17.
De son côté, Alhannis était toujours remonté contre son cadet à la crinière fauve.
- Dis donc, papa, à quoi il joue, Algie ? Pourquoi il nous laisse tomber maintenant, au pire moment qui soit ?
La mine sombre, le capitaine du Deathbird – qui n'avait pas poussé la miséricorde jusqu'à retourner à ses pénates initiales sur l'Arcadia – considéra l'aîné de ses enfants qui depuis son bureau à Genius Valley tournait comme un lion en cage.
- J'avoue avoir été aussi un peu désappointé par ses récentes réactions.
- En ce cas, pourquoi ne l'as-tu pas secoué comme un prunier pour l'obliger à se remuer ? glapit le jeune homme, poings serrés.
- Alhie, ton petit frère a déjà enduré bien trop de choses. Il sait donc parfaitement analyser la situation et savoir qu'il n'a aucune chance.
- C'est ce qu'il t'a dit ?
Albator secoua la tête de façon négative.
- Inutile, c'était une évidence.
- Il ne peut pas se retirer de la bagarre ! vitupéra Alhannis. Il est la seule chance de Pouchy !
- Je ne sais même pas s'il y en a une pour qu'on revoit ton petit frère, avoua son père.
- Tu ne peux pas parler ainsi, pas toi !
- Il faut être réalise, Alhie. Le Monarque est une monstruosité sans nom, et Alguérande n'a que vingt-six ans et il est plutôt isolé vu qu'Amarance a disparu avec Terra IV.
- Cela ne l'a jamais empêché de tenter sa chance ! objecta Alhannis en se calmant néanmoins légèrement. Pourquoi aujourd'hui est-ce qu'il…
- Ton frère a forcément des raisons, peut-être qu'elles ne sont pas claires, même pour lui, poursuivit Albator. Mais, franchement même après tout ce qu'il a réalisé, je ne vois pas ce qu'il pourrait faire contre une entité qui est quasiment à l'échelle des univers !
- Mais, il n'y a que lui qui puisse…
- Il a atteint ses limites, de cela au moins il est conscient. On ne peut pas le forcer. Et je ne veux pas non plus perdre un autre fils. Tu as fini de préparer tes bagages ?
- Oui, maman s'en occupe. Nous serons prêts à partir pour la colonie lunaire dans vingt-quatre heures.
Le jeune homme roux eut un profond soupir.
- Papa, tu n'ignores pas qu'il n'y a nul endroit où nous serons en sécurité, reprit-il. Le Monarque n'a pas de cible particulière, il agit selon sa fantaisie si je puis dire !
- Tu vas bien partir ? insista Albator.
- Il y a Althénor, sa mère et moi avons à le protéger. Et, oui, nous quittons bien la Terre. Et toi, quelles sont tes intentions.
- Les canons de l'Arcadia seront sans doute inefficaces contre le nuage noir du Monarque, mais j'ai à m'interposer.
- Papa ! protesta Alhannis, horrifié. Tu vas te faire vaporiser !
- Possible…
- En ce cas, il me faut convaincre Alguérande de se mêler de l'histoire. Il est hors de question de t'envoyer à une mort certaine !
- Veux-tu bien t'occuper de tes affaires et quitter la Terre au plus vite ! ordonna Albator en mettant fin à la discussion.
Effleurant les cordes de sa harpe sans la faire vibrer, Clio tourna la tête vers le grand Pirate balafré.
- Ton aîné a raison !
- Évidemment. Mais que puis-je faire d'autre ? J'ai à protéger ma famille, qu'elle soit sur la Terre ou non ! J'ai déjà perdu Pouchy, ça suffit !
- Tu ne tiendras même pas une seconde face au Monarque.
- C'est bien suffisant pour lui envoyer mes tirs, aboya le capitaine du Deathbird.
- Je tâcherai d'établir une connexion avec lui, reprit la Jurassienne. Une frappe mentale aura peut-être un impact minimal. Enfin, si j'arrive à le percevoir. Albator, ce n'est pas entièrement parce qu'il refuse le combat contre le Monarque qu'Alguérande fuit ainsi la confrontation, c'est parce qu'il ne capte rien de lui. Tout comme il ne pouvait se téléporter sur Terra IV, il ne peut pas déchaîner son énergie sur du vide ! Je t'assure que cette entité surnaturelle est vraiment unique en son genre, déroutante au possible, je comprends parfaitement qu'Alguérande ne sache pas quoi faire !
Albator esquissa un sourire.
- Je ne te propose pas de rejoindre la colonie lunaire ?
- Je ne te quitte pas, en effet. Nous ferons face au Monarque.
- Et ne m'oubliez pas ! jeta Warius dont le Karyu venait de se matérialiser à tribord du Deathbird. J'ai jadis imposé un règne de mal à la Terre, aujourd'hui, j'ai à la protéger !
- Nous serons donc trois contre le Monarque, conclut Toshiro, déterminé.
