19.
Le second du Pharaon s'était rapproché de son commandant, assis dans son fauteuil sur la passerelle du cuirassé.
- En recoupant les données des Observatoires du système solaire terrien, je suis le parcours de ce maudit nuage noir. Il apparaît et disparaît régulièrement, mais il ne fait rien pour vraiment se camoufler en revenant toujours.
- Oui, et alors ? grinça Alguérande.
- Désormais, tu peux le suivre, insista Gander sur le ton de l'évidence. Et si tu sais le tracer, tu peux l'affronter !
- Depuis quand tu prends l'initiatives de m'envoyer au casse-pipe ? siffla le jeune homme.
- Ne me fais pas croire un instant que tu vas laisser ton père et ses amis face au Monarque sans lever le petit doigt ? ! s'étrangla le lhorois. Ils ne disposent d'aucun pouvoir mais ils ont décidé de l'affronter, alors que toi…
Alguérande jeta un regard noir à son second.
- Et si j'avais décidé de devenir raisonnable et de réfréner mes élans suicidaires ? aboya-t-il. J'ai ma propre famille et la responsabilité de ce cuirassé avec son équipage.
Le Mécanoïde ouvrit des yeux ronds.
- Tu ne vas tout de même pas te retrancher derrière ces arguments ?
- Ils me semblent tout à fait pertinents, rétorqua sèchement le commandant du Deathbird. Même Alhannis s'est arraché à ses racines chéries pour mettre sa femme et leur petit Althénor en sûreté !
- Non, je ne croirai jamais que tu vas laisser mourir ton père et ses amis sans lever le petit doigt !
Alguérande fit la grimace.
- C'est pourtant bel et bien dans cette situation que je me trouve : je ne peux que lever le petit doigt vers le Monarque, avec dès lors aucune efficacité ! D'ailleurs, si j'avais jamais représenté une réelle menace pour lui, c'est lui qui m'aurait dégommé depuis belle lurette !
Gander soupira, gardant le silence un moment avant de reprendre :
- Madaryne et Oralys ne risquent rien ?
- La station spatiale est hors du système solaire terrien. Et à moins que le Monarque ne veuille des décorations à sa collection, ils sont saufs. Tout comme la colonie lunaire qui ne compte que quelques milliers d'individus.
Le lhorois fronça les sourcils.
- Pourquoi parles-tu de « collection » ?
- Ça me semble évident : le Monarque vole planètes et galaxies, il se compose son univers, comme un collectionneur !
- Oui, c'est une façon de voir les choses. Mais pour moi, cet être n'est qu'une atrocité qui doit disparaître afin de lui reprendre sa collection justement !
Les prunelles du Mécanoïde prirent l'éclat du métal.
- Tu as donc bel et bien l'intention de rester là sans rien faire ? souffla-t-il.
- Oui ! jeta le jeune homme en se levant et en quittant la passerelle sans plus un mot.
Un appel en urgence était parvenu au Pharaon et son commandant l'avait quitté immédiatement.
En deux jours, il était arrivé à la station spatiale où Madaryne se produisait quasi quotidiennement dans l'un des colisées.
Alguérande s'était précipité à l'infirmerie de l'aile musicale de la station.
- Mady !
La jeune femme qui patientait dans un salon d'attente se leva et se précipita vers lui.
- Je crois que je peux désormais entièrement comprendre ce que tu as ressenti quand tu n'as pu mener de combat contre Phernelmonde parce qu'Alveyron était accroché à toi, ton impuissance…
- Tu n'as aucun reproche à te faire, assura-t-il. J'ai vu la vidéo de l'accident. Personne n'aurait pu l'empêcher… Alveyron va mieux ?
- C'est le plus courageux des petits garçons, fit Madaryne d'une voix tremblante. Il a essayé de protéger sa copine dans la cour de récréation, de ce schinel échappé de sa cage du zoo. Mais le temps que les éducateurs puissent intervenir et maîtriser ce singe aux longues griffes recourbées, Alveyron avait été blessé au visage… Viens, il n'a pas arrêté de te réclamer !
Alguérande rentra alors dans la chambre qui pour ne pas perturber le petit blessé n'évoquait en rien l'hôpital mais bien une véritable chambre d'enfant !
- Papa !
Alguérande s'approcha du lit et serra très fort son fils aîné contre lui.
- Mon héros ! Tu dois avoir bien mal, mon pauvre chou…
- Oh tu es là, mon papa ! se réjouit le petit garçon.
Alguérande s'assit d'un côté du lit, Madaryne de l'autre, et il passa très délicatement le bout de l'index sur la cicatrice qui marquait désormais la joue gauche de l'enfant.
