Bien le bonjour, lecteurs nombreux mais silencieux.

Sans plus attendre, voici la suite.

Musique du chapitre: Concerto pour violon en Mi mineur, Op.64 de Mendelssohn.

(Cousin hubert! Qu'est-ce que c'est que ce bin's ?

Si vous écoutez la musique, vous allez sûrement comprendre...

Ah, j'adore!)


-Eh, gamine, T'es morte ?

-Tais-toi, maugréa Kristy. Elle avait l'impression que tous ses membres étaient faits de plomb et ne parvenait même pas à soulever ses paupières ou remuer les doigts. Cependant, elle entendait le tapotement agaçant des ongles de Maximilien sur les barreaux.

-Hors de question. Je te l'ai demandé cent fois auparavant, tu ne m'as jamais obéi.

-J'en ai assez de tomber dans les pommes sans cesse. Dit la jeune fille sans prendre la peine de relever sa remarque, Quand ce n'est pas la faute de monstres horribles, c'est celle des sorciers.

-Ce n'est pas comme s'il y avait grand-chose à voir ou à faire ici, de toute façon, Fit remarquer non sans raison Maximilien. Mais attends…Il se tut un instant, reniflant bruyamment.

-Tu as un rhume ?

-Non, mais quelqu'un vient. Décidément, il s'en passe des choses depuis que tu es là.

-Qui peut venir ? S'inquiéta Kristy. Elle était incapable de se défendre ou de faire le moindre mouvement si l'homme rouge décidait de finir sa besogne. L'idée de se faire découper en étant paralysée mais consciente était si horrible que ses poils se dressèrent sur sa nuque. Kristy tendit l'oreille, attendant le grincement de la porte des cachots et il ne se passa rien pendant quelques instants ou elle crut avec soulagement que Maximilien c'était trompé. Alors qu'elle se faisait cette réflexion, le couinement des charnières rouillées lui parvint. Quelqu'un approchait, ses pas résonnant avec lenteur sur le sol de pierre avec la régularité d'une horloge. Ce son s'accentua au fur et à mesure que l'inconnu arrivait et quand il fut tout proche, le silence retomba brusquement. Kristy écouta, plus rien ne bougeait, comme si le temps c'était arrêté.

-Tu voulais voir Voldemort ? Murmura Maximilien d'un ton fataliste et chargé de faiblesse. Le voilà.

Kristy ne réalisait pas ce que son voisin de cellule venait lui apprendre, comme si son esprit jugeait la chose impossible et donc sans danger. Sa respiration ne s'accéléra même pas lorsque la porte de sa cellule s'ouvrit. Elle entendait sa voix intérieure hurler de terreur, étouffée comme si on voulait l'empêcher de s'exprimer. Mais son corps et ses pensées restaient calmes, inconscients, drogués. Kristy fut assaillie par une sensation désagréable comme si on avait plongé son corps toujours immobile dans un bain rempli de glaçons. Un bruissement de tissu lui indiqua que le seigneur des ténèbres était tout proche, peut-être à quelques centimètres seulement. La jeune fille sentit son souffle glacé lui frôler le visage et elle eut l'impression que le diable en personne se tenait à ses côtés, ayant aspiré un bout de son âme par ce simple mais terrifiant geste. La peur commença enfin à poindre dans son esprit, avant de s'imposer totalement. La mort incarnée sur terre était à ses côtés, silencieuse mais fatidique. Jamais Kristy n'avait ressenti cela, pourtant elle savait que la grande faucheuse avait cette même aura froide, fatale. Inévitable. Pareille à un oiseau tombé du nid devant un loup affamé, elle était totalement à sa merci.

-Krisssty Sssnowshoe, Siffla une voix si tranchante et gelée qu'elle semblait sortie tout droit de l'au-delà. Je peux t'éviter une mort atroce si tu acceptais de m'aider. Voir sa vie s'arrêter avant même d'être adulte, quelle tragédie…. Je ne me répèterai pas alors écoute-moi bien.

Inconsciemment Kristy cessa de respirer un instant, toute son attention fixée sur ce que son geôlier allait lui dire.

-Il paraîtrait que tu vois les morts et que tu communiques avec eux. On m'a même rapporté qu'ils t'adressaient des visions. Si cette chose est vraie alors je n'aurai pas à me débarrasser de toi. Peut-être même seras-tu récompensée si tu obtiens ce que je désire plus que tout au monde.

J'ai besoin que tu me retrouves quelque chose de très important et que, grâce à tes amis trépassés, tu vas récupérer. J'ai besoin des paroles exactes d'une prédiction dont je ne connais que la fin. Trouve l'entièreté de son contenu et tu es libre avec ma promesse de te laisser à jamais vivre en paix. Saurais-tu accéder à ma requête ?

Kristy sentit son corps retrouver sa capacité de mouvement mais ne bougea pas pour autant et se refusa à ouvrir les yeux.

-Vous avez tué ma mère. S'entendit-elle répondre.

-Ce n'est pas moi qui l'ai voulu.

Kristy réfléchit à toute vitesse. Qu'avait-elle à perdre ? Elle n'avait plus rien qui comptait à ses yeux et ne connaissait personne au dehors à protéger du seigneur des ténèbres. D'un autre côté, mourir ou vivre avec ce qui lui restait s'avérait pareil. Mais si elle obtenait ce qu'il voulait, elle serait récompensée. Lui refuserait-il des moyens suffisants pour reconstruire sa vie ? Si cette prophétie était aussi importante qu'il le disait, il accèderait sans aucun doute à sa requête. Mais parviendrait-elle à faire dire aux revenants ce qu'elle désirait ? Réussirait-elle à les affronter sans être envahie d'effroi ? Pourtant, c'était le seul moyen de s'en sortir, Kristy devait tenter le tout pour le tout.

-J'accepte, lâcha-t-elle.

-Parfait. Au ton de sa voix, Kristy sentit qu'il était satisfait et même impatient.

-Cependant, je ne commande pas l'apparition des revenants ni des visions.

-Mais à tout problème existe une solution, fit Voldemort d'une voix assurée comme si ce n'était qu'un détail sans importance.

La porte du cachot claqua et Kristy attendit que les pas se fussent évanouis pour rouvrir les yeux. Elle remarqua qu'elle respirait par saccade et que ses bras tremblaient.

-Que voulait-il ? S'enquit Maximilien.

-Que je l'aide à retrouver quelque chose, grâce aux apparitions qui me viennent parfois… Je vois les morts, ajouta-t-elle, sentant sa question venir.

-Et que lui as-tu répondu ?

-J'ai accepté.

Maximilien eut une exclamation dédaigneuse et elle sentit sa présence se décoller de son esprit. Au lieu de la réjouir, ce constat l'attrista. Elle se sentait encore plus seule qu'avant et personne n'était là pour lui dire quoi faire ou écouter ses doutes.

Un peu plus tard dans la journée, la porte des cachots s'ouvrit à nouveau et Avery apparut à sa vue, entouré de boules lumineuses du même vert phosphorescent que ses yeux. Il fit disparaître les lourds barreaux rouillés et vint se placer à sa hauteur.

-Debout.

-Pourquoi ? Cracha Kristy, méfiante.

-Tu changes de crèche. Ordre du maître.

-Et c'est vous qu'il a envoyé ?

-Sois pas impertinente et ramène-toi. Je n'ai pas que ca à faire.

Si elle fut choquée par sa grossièreté, elle n'en montra rien et se releva pour la première fois depuis ce qu'il lui sembla une éternité. Ses jambes flageolaient et la captive n'était pas sûre de savoir tenir longtemps debout. Avery le remarqua, soupira et lui tendit la main.

Kristy hésita mais sentant ses forces diminuer à grande vitesse, elle glissa à contrecœur son bras sous celui du Mangemort et fut surprise de voir qu'il la fit avancer avec une certaine douceur.

-Attendez, l'homme là… On ne peut pas le laisser ici. Kristy plissa les yeux pour distinguer la figure de Maximilien mais la luminosité était insuffisante.

-Oublie-le.

Elle se laissa entraîner, fixant la cellule de son ancien voisin avec un petit pincement au cœur. Elle le connaissait à peine, il était désagréable et dément, pourtant la jeune fille s'y était en quelque sorte attaché.

Gravir les marches fut le plus pénible pour Kristy. A chaque pas, ses muscles protestaient avec véhémence et elle trébucha plusieurs fois sur sa robe de nuit.

Enfin, la porte s'ouvrit et elle fut éblouie par la clarté qui s'infiltra dans l'embrassure. Ils débouchèrent dans un vaste et superbe hall dont les murs étaient recouverts de bois sombre, percé de grandes fenêtres en arc d'où le soleil se déversait généreusement. Le carrelage était composé de petits losanges bruns rouges et bleus qui formaient un vaste dessin au sol, à moitié masqué par un énorme tapis rouge rongé aux mites. Juste en face des deux arrivants se tenait un grand escalier en bois, décoré d'un lourd tapis pourpre qui lui donnait un air majestueux mais peu accueillant. Bien qu'il régnait une odeur de renfermé et d'humidité, l'endroit gardait toute sa majesté. Ils ne gravirent pas les escaliers mais Avery la tira vers une petite porte à sa gauche et ils débouchèrent dans un grand salon du 18e dans les tons verts qu'ils traversèrent sans s'arrêter. Ils parcoururent un couloir sombre et étroit seulement éclairé par un chandelier posé dans une petite alcôve, tournèrent à droite et un autre escalier en spirale beaucoup plus petit, sans doute destiné à l'origine aux domestiques.

Kristy commença son ascension avec appréhension et si ce Mangemort ne la soutenait pas, elle aurait déjà dégringolé l'escalier une dizaine de fois.

A chaque palier, la captive entendait derrière les portes des bruits de voix. Visiblement, il y avait beaucoup de monde et elle devina sans peine qu'il s'agissait des mangemorts.

-C'est tout en haut, lui annonça son gardien. Nous y sommes presque.

Enfin, un couloir plus long que les autres et flanqué de cinq portes de chaque côté s'offrit à la vue soulagée de Kristy. Tout au fond une lourde fresque y avait été mise en décoration. Il la poussa sans ménagement vers les deux dernières chambres et ouvrit celle de droite.

-Voilà ton nouveau chez-toi, annonça le Mangemort lentement comme si le moindre mot lui blessait la langue, Tu dois y rester. Pas la peine de t'enfuir, je suis dans le même couloir que toi et c'est rare que je n'y sois pas.

Sans rien ajouter d'autre il tourna les talons et s'apprêta à sortir.

-Attendez… Quel est votre nom ? Demanda Kristy, pensant presque aussi tôt que cette question était stupide et inutile et que l'homme ne lui répondrait pas. Cependant, il s'arrêta et dit sans se retourner :

-Avery.

Le Mangemort ferma alors la porte et elle se retrouva seule.

Kristy balaya la pièce du regard. C'était une chambre blanche sans fioritures. Au fond de la pièce était creusée une simple cheminée en pierres blafardes et grossièrement taillées. Non loin de là, Une vieille coiffeuse à la peinture blanche écaillée rehaussée d'un miroir et une commode de même couleur avaient été placés contre le mur. Un lit de bois leur faisait face, près d'une petite fenêtre agrémentée de barreaux.

-Pour empêcher toute évasion, songea amèrement la prisonnière.

Kristy se laissa tomber sur le lit et s'attendant à le sentir dur et inconfortable, elle fut agréablement surprise de voir qu'elle s'enfonçait dans les draps comme dans un lit de plume. La prisonnière tâta le matelas et bien qu'il y avait plus confortable, celui-ci était tout à fait correct.

La jeune fille ouvrit les quelques tiroirs qu'offrait l'ameublement, mais ils étaient vides. Elle grimpa sur le lit et regarda au dehors. Elle était tout au sommet de la demeure qui semblait avoir des proportions généreuses, elle-même construite au sommet d'une colline dominant un petit village, des champs de toutes les couleurs et une forêt qui disparaissait à l'horizon. Le soleil jouait dans la rivière qui serpentait paresseusement entre les arbres.

A genoux sur le lit et contemplant ce beau décor, Kristy fit le point sur sa toute nouvelle situation. Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom attendait d'elle une étrange prophétie. Pour cela, elle devrait affronter sa pire crainte mais le jeu en valait la chandelle. Même si au fond d'elle Kristy se sentait sale d'aider ce meurtrier, elle était heureuse de sa nouvelle condition. Pour rien au monde la jeune fille ne désirait retourner dans les cachots.

-Pauvre Maximilien, soupira-t-elle.

Elle eut beau se concentrer longuement pour rentrer en contact avec lui, jamais elle ne parvint à frôler son esprit.

Alors que la nuit était tombée et que Kristy plongée dans le noir le plus complet déplorait l'absence de toute source de lumière, Avery apparut, toujours flanqué de ses loupiotes verdâtres, un plateau flottant derrière lui.

-Voilà à manger, annonça-t-il. Le sorcier rouge fit léviter son chargement jusqu'à la petite table de chevet où le plateau se posa en douceur et quitta la pièce sans rien ajouter d'autre.

Kristy ne se préoccupe pas de la froideur de sa sentinelle et respira avec délice le doux parfum que la nourriture encore chaude dégageait. Elle c'était attendue à une tambouille infâme mais le contenu de l'assiette avait été préparé avec soin et la viande semblait bien cuite. Kristy, se moquant bien de savoir si le plat était empoisonné ou pas, dévora goulûment ce qui lui avait été servi.

Elle but d'une traite le verre de jus de fruits qui accompagnait le tout. Le liquide frais lui fit du bien.

Repue et satisfaite, la jeune fille se glissa sous les draps et s'endormit presque aussi tôt.

Le lendemain matin ce fut le son de la porte qui venait de s'ouvrir qui la tira de son sommeil.

Un petit homme rond et laid s'avança vers elle. Il était sale et il lui manquait un doigt. Kristy lui trouva l'air d'un rat d'égout. Il tenait à la main une petite pile de linge sur laquelle une cruche d'eau tenait en équilibre.

-C'est donc toi, Kristy Snowshoe.

-Oui, confirma la jeune fille, l'esprit encore embrumé par le sommeil.

-Je t'ai apporté de quoi te laver et te changer, poursuivit le petit sorcier. Dépêche-toi de t'apprêter, le maître veut te parler. Dès que tu es prête dis le moi, je t'attends derrière la porte.

-Mais… Je n'ai pas déjeuné, fit-elle d'un ton hésitant.

-Tant que le maître ne nous a pas permis de te nourrir, ne compte pas sur moi. Je refuse d'avoir des ennuis pour satisfaire ton appétit, et il faudrait être fou pour désobéir au seigneur des ténèbres, même pour une si petite chose. Tu n'es qu'une prisonnière je te signale, même si tu es privilégiée. Garde tes caprices pour toi.

Vexée, Kristy s'apprêta à protester et tourna la tête vers le plateau qu'elle avait laissé sur la table de chevet mais il avait disparu.

Cet homme, Avery… Il a bravé les ordres hier, comprit-elle presque aussi tôt. Je ne sais pas pourquoi, mais je l'en remercie.

Queudver posa son chargement sur la coiffeuse et sortit avec un regard méprisant que Kristy lui rendit bien.

Quand elle quitta son lit, tous ses muscles la faisaient souffrir mais elle prit le pli de les ignorer.

Il y avait plus d'essuies qu'il n'en fallait et elle en prit deux, rangeant le reste dans la commode. Elle fit le même pour une robe beige en double exemplaire et garda l'autre pour s'habiller, mais il n'y avait pas la moindre trace de chaussure ou de pull, ce qu'elle regretta car il ne faisait pas chaud en cette heure matinale.

La prisonnière remplit la petite cuvette sur la coiffeuse du contenu de la cruche. L'eau était glacée et Kristy frissonna quand elle glissa sa main dedans.

Elle se lava le corps et les cheveux, prenant beaucoup de temps avant de réussir à rincer complètement ses derniers.

Une fois qu'elle fut propre et apprêtée Kristy le fit savoir au sorcier qui lui ouvrit la porte et tandis que la jeune fille traversait à sa suite le couloir, Kristy, pleine d'appréhension à l'idée de voir enfin le visage du seigneur des ténèbres, songea :

-L'heure de l'affrontement a sonné.


Bon, comme il semble inutile de pleurer après des reviews (c'est peut être mieux comme cela) eh bien, nombreux abonnés, bonne lecture.