Le jour de la rentrée - Chapitre 3


Au matin du troisième jour, je me réveille doucement, un sourire aux lèvres. Mon rêve a été très agréable… Puis je me lève, je titube et tombe puis constate que je vais encore revivre ma première journée au lycée. Les vêtements, les chaussures et le meuble déplacés hier soir sont de retour à leur place… c'est un cauchemar !

Mais pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce jour-là ? Ok, respire doucement, il doit y avoir une bonne raison…

Je ne vais pas me prendre la tête sur le comment, c'est juste clairement surnaturel. Alors pourquoi ? Qu'est ce qu'il se passe dans cette journée ou ne se passe pas ? Tout me ramène à Edward Cullen, mes pensées, mes rêves, tout tourne autour de lui. Ok alors admettons qu'Edward est celui que je n'attendais pas mais que malgré tout je dois aimer ou tuer ? Dans les films c'est toujours ça : l'amour ou sauver le monde et tuer le méchant.

Edward n'est pas dangereux, sauf pour ma santé mentale, donc j'écarte l'hypothèse que je doive le tuer. D'ailleurs pourquoi ce serait à moi de le faire ? Je n'ai aucune chance face à lui. Dans Terminator, ils envoient du futur un gros balaise pour un gamin, c'est que le job est difficile…

Il est mon… ma…? Il est mon futur petit copain ? Mari ? Amant ? Tout à la fois ? Quelle chance ! Puis je me souviens qu'à chaque fois, il se crispe en me voyant, me fusille du regard et s'enfuit ou me force à le suivre à l'écart et me fait un truc pas net. Il faut que je le force à être avec moi, qu'il comprenne que je ne suis pas dangereuse ni mauvaise.

Comment faire ? Et puis il y a ses sœurs et ses frères, tous aussi mystérieux. Emmett et Alice ont l'air sympa, Jasper… j'en sais rien mais cette Rosalie est sans aucun doute antipathique. Alors il faut que je me renseigne davantage sur eux aujourd'hui, les approcher discrètement.

J'arrive tôt au lycée et je me positionne à l'entrée. Tous les élèves me dévisagent, j'ai l'air d'attendre quelqu'un. Quand Jessica passe devant moi, elle me sourit, puis vient Mike qui lui me reluque carrément. Enfin Edward et sa famille arrivent et le bel adonis a cette expression d'horreur en s'approchant de moi. Jasper se tend aussi, Alice pose sa main sur son bras et lui sourit tendrement. J'hésite à parler, peut-être est-ce trop tôt. Rosalie et Emmett ne remarquent rien. Je fixe Edward et esquisse un sourire, lui semble abasourdi, frustré et affamé, c'est hyper bizarre.

Discrètement donc je le suis, son premier cours est Trigonométrie. La cloche sonne mais je ne bouge pas de derrière la porte. Puisque je n'ai pas été à l'administration, personne ne sait que je suis au lycée, aucun papier à faire signer par mes profs. Avant la fin de la première heure, je vais me poster au bout du couloir, Edward est le premier à sortir, je l'aperçois tourner légèrement la tête vers moi, il est toujours aussi tendu. Je le suis encore pour la deuxième heure, il a histoire. Je dois me remémorer chacun de ses cours, je ne peux rien écrire qui survivra.

Tandis que j'attends, je me fais une liste de tout ce que j'ai toujours voulu essayer, aussi ce que je n'aurais jamais osé vouloir et que je pourrais faire sans conséquences : un tatouage, fumer une cigarette, me soûler, embrasser un inconnu (je le ferai avec Edward peut-être !), faire de la moto, me faire arrêter pour vol de bonbons, faire croire à mon père que j'ai vu un loup-garou dans les bois, apprendre à danser, porter un string, ne pas porter de soutien-gorge, aller dans un cimetière la nuit, manger un énorme steak, cuisiner mon père pour connaître la vérité sur lui et ma mère, sauter du plongeoir de cinq mètres à la piscine, passer une journée entière à lire et ne pas m'inquiéter du reste, aller sur internet pour tout apprendre sur l'anatomie d'un pénis, me masturber… Stop !

La sonnerie retentit, Edward est déjà à la porte, je n'ai pas le temps de me cacher. Il enchaîne avec espagnol et sport. C'est ensuite la pause déjeuner, je ne peux pas aller dans la cafétéria sans risquer d'être démasquée par un prof ou un surveillant. Je me cache dans une salle vide tout proche et j'attends. Et tandis que j'attends, je peux reprendre mes rêveries. Viens ensuite le cours de biologie, le seul que nous avons en commun… Puis il a anglais et enfin la journée de cours est terminée. J'aurais du me renseigner à l'avance pour savoir où il vit, il n'y a aucune chance que je sois discrète avec ma Chevrolet. Je me renseignerai ce soir auprès de mon père.

Le reste de ma journée est occupée à comploter, vais-je réussir à changer tous mes cours? Et il y a le problème de l'espagnol que je ne parle pas, j'avais choisi italien… Ça se ressemble mais pas assez… Vers dix-huit heures, je me décide et vais faire quelques courses. Je trouve dans un petit rayon librairie une méthode d'espagnol. Si cette journée continue de se répéter, j'apprendrai aussi le français. Oh ! Et le piano aussi, j'ai toujours rêvé d'apprendre. Mais pas de bouquins pour ça, je dois me trouver un prof.

Mon père est surpris par mes questions lors du dîner.

« Il n'y a pas de profs à ma connaissance mais notre voisine Mme Gluckmann en joue depuis toujours, tu devrais lui demander. »

« Merci. »

« Tu ne m'as toujours pas raconté ta première journée. » me dit Charlie en me regardant avec inquiétude avaler mon steak.

« Ça va mais il y a eu un problème avec mon emploi du temps je dois le faire modifier demain matin. »

« Ok… »

« Cet après-midi, j'étais dans le jardin et j'ai entendu un animal je crois que c'était un loup. »

« Impossible, les rares loups de la régions vivent dans la montagne. Ne t'inquiète pas. »

« Peut-être que c'était un loup-garou… » je tente en me retenant de rire.

« Mais qu'est ce que ta mère t'a raconté ? C'est encore une de ses lubies ? C'est ça ? La dernière en date c'était de devenir bouddhiste, elle en est où ? » se moque-t-il.

« Elle a laissé tomber. »

« Bref... »

« C'est pour ça que tu as accepté de divorcer ? Elle est excentrique mais c'est quelqu'un de bien. »

« Évidemment, je ne dis pas le contraire. »

« Alors pourquoi ? »

« Ça n'est pas une bonne idée Bells. Tu n'as pas à savoir certaines choses. »

« Mais je veux ! »

Mon père soupire et repose sa fourchette, signe qu'il va se mettre à table. Plutôt facile à convaincre pour un shérif.

« Parfois s'aimer ne suffit pas. Elle voulait vivre une aventure, voyager et profiter. Quand elle est tombée enceinte elle… enfin elle était contente… »

« Elle m'a déjà dit la vérité à ce sujet, je sais que ce n'était pas prévu et qu'elle a flippé. J'aurais fait pareil à sa place. »

« Sauf que tu as promis de ne pas te marier avant tes trente ans ! »

J'ai fait cette promesse à mon père alors que j'avais douze ans, j'avais peur car j'avais compris que je ne serais plus jamais une enfant.

« Continue. » je le prie.

« Moi j'étais fou de joie, j'ai commencé à faire des tas de projets pour toi, ta chambre, tes études. Renée s'est faite à l'idée, elle t'a attendue avec impatience. Elle me disait toujours que tu serais plus que sa fille, tu serais sa meilleure amie. Elle avait eu l'intuition que tu serais une fille. »

« Papa, je sais tout ça. Dis-moi pour le divorce. »

« Quand tu as eu trois mois, elle a … eu un déclic je dirais. Elle rêvait de te voir jouer sur la plage au lieu de ça, tu étais à la maison presque tout le temps à cause de la pluie et du froid. C'était d'ailleurs Mme Gluckmann qui te gardait parfois. Un jour Renée lui a demandé de te garder tandis qu'elle faisait vos valises. Quand elle a compris ce qu'il se passait, Mme Gluckmann m'a appelé au poste. Je suis arrivé, j'étais furieux et j'avais peur. Ta mère a refusé que je te prenne dans mes bras, elle t'a installée dans sa voiture en me répétant qu'elle n'avait pas le choix, qu'elle devait penser à toi avant tout. Elle est partie chez sa mère et je ne t'ai revu que quand tu as eu un an. »

« Pourquoi ? Pourquoi tu n'es pas venu me chercher ou juste me voir avant ? »

« Sa mère avait déménagé et je l'ignorais. Quand j'ai eu enfin la bonne adresse, deux mois plus tard, c'était en recevant une lettre de son avocat. Elle avait engagé la procédure de divorce. Je suis venu, ta mère était en cours et ta grand-mère a refusé que je te voie. Elles avaient toutes les deux peur que je t'enlève. »

Des larmes se forment au coin des yeux de mon père, j'ai une grosse boule dans la gorge. Je ne me doutais pas…

« Jamais je ne l'aurais fait, je savais très bien comme c'était douloureux d'être séparé de son enfant. Ta mère a obtenu ta garde, je n'ai eu qu'un mois par an pour te voir. Elle a mis en avant mon travail dangereux et mes horaires décalés tandis qu'elle se destinait à être institutrice en maternelle, on peut comprendre le juge. »

« Raconte-moi mes premières vacances chez toi. »

« La première fois, j'ai vécu au ralenti, je faisais tout doucement, j'avais tellement peur de mal faire, de me tromper. Et puis tu pleurais beaucoup, ta mère te manquait alors je l'ai appelé et elle a accepté de rester avec nous les deux dernières semaines. Par la suite j'ai réussi à m'occuper de toi sans trop de dégât. »

« Ne me parle pas de cette fois où je suis tombée dans le lac ! » je le menace, il adore raconter cette histoire.

« Pourquoi tu ne t'es jamais remarié ? » je lui demande quand il cesse de rire.

« Par paresse et par peur je crois. Après ce que ta mère m'a fait, je ne t'ai pas seulement perdue, j'ai perdu ma joie de vivre et tous mes projets d'avenir. Un mois par an ça n'a jamais été assez… »

« Je suis désolée papa, si j'avais su… J'ai raccourci mes vacances avec toi ces dernières années… je suis tellement désolée et heureuse de vivre avec toi maintenant. » je lui dis, je pleure maintenant et lui aussi.

« Merci Bells. »

On va se coucher en silence, j'en oublie ma situation, je pense à ma mère. Je lui en veux, elle m'avait raconté autre chose, elle avait arrondi les angles et arrangé tout ça à sa sauce. Elle n'a jamais dénigré mon père mais elle me répétait souvent qu'elle m'aimait trop pour vivre sans moi… Pourtant quand j'ai pris la décision de venir à Forks pour qu'elle puisse voyager avec son nouveau mari, elle a cédé facilement…

Je m'endors lourdement en me disant qu'un de ces jours, je parlerai avec ma mère, je lui dirai ce que j'ai sur le cœur. C'est vrai que je n'aime pas Forks mais c'est peut-être à cause de tout ce que ma mère m'en a dit. La chaleur et le soleil me manquent mais je dois oublier et essayer d'aimer ma nouvelle vie avec mon père.