Le jour de la rentrée - Chapitre 9


Je mets neuf jours à me remettre de la période « Jacob ». Je prends de bonnes résolutions et me gave de films romantiques et de glaces. Le matin de mon retour au lycée, je passe deux heures à me préparer. Malheureusement, je ne fais pas de progrès avec Edward, que je sois avec lui ou non en cours.

Pour décompresser après les cours, je me teins les cheveux. Moi qui ai toujours été complexée par mon physique, je me rassure enfin, je ne suis bien qu'avec ma vraie couleur. Et quand je suis passée par toute la palette de colorations, je passe aux lentilles de contact de couleur. Le constat est le même, je préfère mes yeux marrons.

Et comme je ne fais pas de progrès avec aucun des Cullen, je continue à me chercher. Je me fais tatouer à plusieurs endroits, des modèles simples et petits, c'est pas mal. Je me fais aussi percer les oreilles, le nez, la lèvre et l'arcade… pas mon truc mais c'était marrant. Je m'achète de la lingerie, pas mal non plus mais pas toujours très confortable.

Après toutes ces expérimentations, je peux conclure qu'un peu de mascara et de blush ne tuent pas, que des cheveux lissés c'est plus joli et que les baskets basses c'est ringard.

Me voilà parée, je me sens confiante, en harmonie avec moi-même. Au soixante et unième jour de rentrée au lycée de Forks, je suis motivée à tout reprendre du début mais en tenant compte de toutes les infos collectées jusqu'à maintenant. Je n'ai que la biologie avec Edward, quand je m'assois à côté de lui, je lui souris. Durant les cours, je lui souffle :

« Je vois bien que tu n'es pas à l'aise, je suis désolée. »

Ça marche, il se détend enfin, il lâche le pauvre bureau.

« Dis-moi ce que je peux faire pour ne plus te gêner autant. »

« Ton… ton odeur… » dit-il difficilement avant de se lever et de quitter la classe sous les regards ébahis de tous les élèves et du prof.

Le lendemain, j'utilise le gel douche sans parfum de mon père, je ne peux rien faire pour le shampooing, alors je relève mes cheveux et les rassemble en un chignon lâche. En biologie, je ressaye de détendre Edward.

« Je vois bien que tu n'es pas à l'aise, je suis désolée. »

Ça marche, il se détend un peu, il lâche le pauvre bureau, typique…

« Dis-moi ce que je peux faire pour ne plus te gêner autant. »

« Ton… ton odeur… » dit-il difficilement avant de se lever et de quitter la classe sous les regards ébahis de tous les élèves et du prof.

Malgré mes efforts, Edward est toujours incommodé par mon odeur naturelle apparemment… Quelle malchance… Je fais quelques recherches l'après-midi qui n'aboutissent à rien. En fin de soirée, alors que j'allais m'endormir, je me repasse un après-midi avec Jacob et ses légendes sur les Sang-froids…

Le lendemain (pour moi), je me suis aspergée de parfum à la fraise… pas très original, c'était un cadeau de mon père pour mes onze ans, je l'ai laissé toutes ces années à Forks. Quelques têtes se retournent sur moi quand j'arrive au lycée, tant pis, le plus important c'est Edward.

En biologie, le prof fronce le nez en me tendant mon papier signé. Edward s'écarte de moi mais me regarde différemment. Il a l'air curieux, trop curieux et aussi inquiet, une ride se forme entre ses sourcils. C'est ma chance pour le faire parler davantage.

« Salut, je suis Bella Swan. »

« Edward Cullen, bienvenue à Forks. » me dit-il tout bas tandis que commence le cours.

Et puisque je connais l'exercice par cœur, je me permets de bavarder. Je lui dis la même chose que les jours précédents.

« Je vois bien que tu n'es pas à l'aise, je suis désolée. »

Il est incrédule, ne se rapproche pas, ne lâche pas le bureau. Il me dévisage, je me sens nue sous son regard noir encre.

« Alors c'est comment la vie culturelle à Forks ? »

Il esquisse un sourire, jamais je ne l'avais vu sourire, mon cœur a un raté… il est irrésistible, je le suivrais encore aujourd'hui si il me le demande.

« Il n'y a pas de vie culturelle, il faut aller au moins à une heure de route pour trouver un cinéma. »

« Port Angeles ? »

« Oui. »

« Quel temps… je ne sais pas comment je vais faire pour m'y habituer. A Phoenix, il faisait chaud toute l'année. »

Il ne répond pas, je ne sais plus trop quoi dire, alors j'attaque, enfin façon de parler.

« Mon parfum ne te gêne pas trop ? »

« Non. » ment-il.

« Je voulais masquer mon odeur naturelle. »

Je parle sans réfléchir, je vais à la pêche, je n'ai rien à perdre.

« Pourquoi ? » me demande-t-il.

Il a de nouveau ce regard curieux et inquiet.

« Je te l'ai dit, pour ne pas te mettre mal à l'aise. »

« Pourquoi penses-tu que je le suis ? »

« Longue histoire… dis-moi plutôt comment masquer mon odeur plus efficacement. »

« Impossible. » déclare-t-il, visiblement déçu par cet état de fait.

« Ok… alors dis-moi ce qui peut l'accentuer, pour que j'évite de le faire. »

« Avoir chaud, rougir, être… excitée, saigner. »

« L'odeur du sang me rend malade. »

Il me sourit encore tandis que ses yeux deviennent encore plus noirs. Il m'hypnotise, je me demande s'il a décidé de me tuer ou pas encore.

« Donc pour demain, c'est inutile que je m'asperge de parfum ? »

« Oui c'est inutile, tu sens très bon naturellement… »

Il se penche vers moi, ses yeux ancrés dans les miens, je respire fortement pour éviter de rougir, en vain. Le prof explose notre bulle, il tousse à côté de notre table et lance un regard dur à Edward.

Mon voisin se crispe et s'éloigne à nouveau de moi. Je sens que c'est fichu, il ne me reparlera pas. Quand la sonnerie retentit, Edward se lève et s'enfuit. J'abandonne mes affaires dans la classe et cours après lui. Il est sur le parking, devant sa Volvo grise, les poings serrés et le corps tendu. Il sait que je suis à deux mètres de lui, il ne se retourne pas.

« Où vas-tu ? » je lui demande.

« Loin. Adieu Bella Swan. »

Il monte en voiture et disparaît en moins d'une minute. Je reste sur le parking désert, confuse et dépitée. La pluie tombe de plus en plus fort, je ne bouge pas. J'ai envie de me noyer et oublier, j'ai envie qu'il revienne et qu'il me prenne à même le sol. Je l'aime, c'est définitif, je ne sais rien de lui mais mon âme l'a reconnu. Je dois être à lui et lui à moi, il y a quelque chose qui nous en empêche et c'est pour vaincre cet obstacle que je revis cette rentrée. Je ne vois pas d'autres explications.

La sonnerie résonne dans le bâtiment, je suis frigorifiée et lasse. Je rentre chez moi avant que le parking ne soit envahi d'élèves. La soirée, je m'enferme dans ma chambre, je cogite et même si je sais que ça aura disparu demain, j'écris tout, mes spéculations, mon amour, mes peurs. Je veux comprendre pourquoi je ne peux pas être avec lui.

Cet obstacle entre Edward et moi n'est pas d'ordre matériel, il a l'air riche et je suis de la classe moyenne, ça ne le dérange pas je pense, sinon la fratrie serait dans un lycée privé de Seattle. Cet obstacle est inhérent à sa personne, quelque chose en lui l'empêche d'envisager une interaction avec moi, avec quiconque. Ses frères et ses sœurs sont pareils, je me demande si ses parents adoptifs sont ainsi. Avant de me coucher je demande à mon père l'adresse des Cullen, il m'explique comment arriver chez eux.


Une étape a été franchie entre ces deux-là...