Till Kingdom come
Chapitre 57
Sick, Sad World
Rentrer au bunker devenait compliqué et Raphael ne put l'atteindre en toute sécurité qu'aux premières lueurs du soleil levant. Il resta un long moment dans la cage d'ascenseur, au cas où quelqu'un aurait réussi à le suivre jusque-là mais personne ne se pointa. Il était content d'avoir un endroit où habiter mais le bunker manquait cruellement de sûreté par rapport à leur ancien repaire ou au vaisseau – quoi que ça n'avait pas empêché les Foots de le trouver. Raphael et ses frères avaient décidé de monter la garde chacun leur tour pour que les deux autres puissent dormir sereinement. Ils se reposaient bien un peu mais ça ne valait pas le lourd sommeil que la paix garantissait.
Michelangelo était dans la cuisine quand Raphael arriva. Il montait la garde tout en jouant sur une de ces consoles portables, une NintendoDS ou quelque chose comme ça. Où Michelangelo avait-il bien pu la trouver ? Il possédait une vieille GameBoy hors d'âge qui fonctionnait encore parfaitement mais sa préférence allait aux consoles de salon. Il en avait une belle collection qui était malheureusement restée au vaisseau.
– Hey, lança Raphael.
– Hey, répondit Michelangelo sans lever les yeux de la console.
– T'es pas supposé monter la garde ?
– Pourquoi crois-tu que je joue sans le son ?
– J'sais pas. Par goût de la difficulté ?
Michelangelo sourit et lança un bref coup d'œil à son frère.
– Pas trop de casse ?
– Pas de mon côté, non, renifla Raphael en prenant la direction de la sortie.
– Tu ferais bien de passer à la douche avant d'aller te coucher, conseilla Michelangelo.
– J'ai la flemme.
– Je doute qu'Emma apprécie ton état actuel.
Raphael s'arrêta en entendant le nom de sa petite amie. Il se retourna vers Michelangelo mais celui-ci lui montrait sa carapace et ne voulait apparemment pas lâcher sa console.
– Emma est là ? demanda Raphael.
Il n'était pas au courant mais il avait coupé son téléphone portable avant de partir en début de soirée. Peut-être lui avait-elle envoyé un message. Il attrapa l'appareil pour le rallumer.
– Entraînement à sept heures avec Leo, répondit Michelangelo. C'était plus simple si elle passait la nuit ici.
– Sept heures, c'est tôt, concéda Raphael, surtout pour Leo.
– Il est rentré vers trois heures.
– Emma est venue toute seule ?
– Nan, je suis allé la chercher à minuit. Ah, putain de Baggiguane !
Leurs binômes avaient tenu moins d'une semaine et Raphael ne pouvait s'empêcher de se demander ce que dirait Splinter de leur magnifique démonstration d'esprit d'équipe. Le vieux rat les aurait proprement engueulés et ç'aurait été justifié, pour une fois. Quelque part, les remontrances de son maître lui manquaient, aussi incroyable que cela puisse paraître. Splinter n'était pas du genre à dire des gentillesses à ses élèves et ses compliments étaient rares. Raphael avait plus entendu Splinter l'engueuler à cause de son comportement et de son tempérament dans sa vie qu'autre chose, à tel point qu'il ne se souvenait même pas du ton que le vieux rat employait lorsqu'il le félicitait. Ça arrivait de temps en temps parce que Raphael restait le plus fort de l'équipe, que ça plaise ou non à Splinter. Il aurait préféré que Leonardo soit le meilleur mais le fils prodigue n'avait pas la facilité de Raphael pour le combat – ni celle de Michelangelo. Leonardo devait s'entraîner plus longtemps que les autres pour obtenir les mêmes résultats. Cependant, sa faiblesse passait relativement inaperçue parce que Michelangelo faisait toujours n'importe quoi pendant les entraînements et parce qu'il fallait régulièrement rappeler à Donatello de redescendre sur Terre.
Où est-ce que ce crétin avait bien pu passer ? se demanda Raphael en prenant la direction des douches – Michelangelo semblait jouer à Pokémon, autant dire qu'il était une cause perdue jusqu'à ce qu'il ait complété son pokédex. Donatello les avait plantés voilà quatre jours et personne n'avait de nouvelles. Il ne répondait même pas aux SMS de Michelangelo. Raphael comprenait que Donatello lui fasse la gueule et qu'il n'ait pas envie de parler à Leonardo non plus mais il aurait au moins pu contacter Michelangelo pour donner des nouvelles. Ils s'inquiétaient tous malgré les tensions entre eux et Michelangelo se sentait coupable en prime. Il n'en parlait pas mais ça se voyait. Il pensait que Donatello était parti de son côté parce qu'il ne l'avait pas assez soutenu. Et Leonardo ne faisait rien pour l'en dissuader. Raphael n'aimait vraiment pas ce qu'il se passait entre ses frères en ce moment mais que pouvait-il y faire ? Coincer Leonardo pour discuter avec lui allait être compliqué. Raphael lui avait confié l'entraînement d'Emma et il savait que Leonardo lui faisait une grosse faveur. Il ne pouvait pas aller lui secouer les puces comme ça.
Peut-être devrait-il se la jouer plus subtil et passer plus de temps avec Michelangelo. Raphael avait aimé combattre aux côtés de son petit frère. Michelangelo était imprévisible mais son style avait changé ces derniers temps. Il était beaucoup moins brouillon dans ses mouvements et il s'accordait merveilleusement bien avec ceux de Raphael. Ça avait été comme danser une valse sanglante et parfaitement orchestrée avec un partenaire de dix ans – enfin, vingt-six pour être exact. C'était complètement dingue mais Raphael avait vraiment aimé ces dernières nuits avec Michelangelo. Il avait mûri. Raphael considérait que c'était une bonne chose même si son frère semblait aussi un peu mélancolique – qu'il s'enferme dans Pokémon n'avait rien d'étonnant dans ce cas.
Emma avait dû lui apporter la console et le jeu, réalisa Raphael en se récurant les ongles sous la douche à la pointe d'un couteau de jet. Elle jouait aussi beaucoup et les consoles s'entassaient chez elle aussi bien que les jaquettes. Raphael avait un peu touché à tout ça à chaque fois qu'il avait passé du temps avec elle. Il n'aimait pas vraiment les jeux vidéo mais c'était une occupation comme une autre et puis Emma préférait les jeux en coopération, contrairement à Michelangelo qui ne jouait qu'en solo. C'était son domaine d'excellence, après tout, et Michelangelo voulait le garder pour lui tout seul aussi décourageait-il ses frères à jouer avec lui. Emma avait commencé à jouer aux jeux vidéo avec ses frères et c'était pour elle un moment de partage et d'amusement. Ça ne l'empêchait cependant pas d'aimer gagner à tout prix et elle était capable de bassesses incroyables pour parvenir à ses fins.
Emma dormait au milieu du lit quand Raphael entra dans sa chambre, ses lunettes sur le nez, la lampe de chevet allumée et un livre sur le point de tomber par terre. La scène arracha un sourire à Raphael. Il referma la porte sans bruit et s'approcha doucement pour récupérer le livre – Bilbo le Hobbit, pour ne pas changer. Raphael le posa sur la table de chevet puis retira doucement les lunettes d'Emma. L'opération ne la réveilla pas mais elle grogna et se retourna. Raphael éteignit la lumière avant de se glisser sous la couverture, chose délicate quand on était aussi peu souple et lourd que lui. Il parvint tout de même à s'allonger sur le côté, contre le dos d'Emma, et il se risqua à passer un bras autour de sa taille, en faisant bien attention à ses points de suture sous les côtes.
Elle n'aurait pas dû venir. Le bunker n'était pas sûr. Ils pouvaient être attaqués à n'importe quel moment et ça virerait en bain de sang. Raphael ne voulait pas qu'Emma soit impliquée dans tout ça. Il la voulait en sécurité et l'idée que cela nécessitait de mettre de la distance entre eux le travaillait depuis quelques jours. Son frère, Derek, avait peut-être eu raison. Peut-être Emma devait-elle retourner un moment à Windfield, Kansas, au moins jusqu'à ce que la guerre soit terminée. Ce serait douloureux pour Raphael mais mieux valait qu'ils se séparent plutôt que de la perdre définitivement. La sagesse et la prudence lui dictaient de demander à Emma de s'éloigner de New York et une petite voix plus pernicieuse lui faisait remarquer que ce serait aussi le moment parfait pour rompre. Il était plus raisonnable de regarder les choses en face et de décider de mettre un terme à cette utopie comme un grand garçon plutôt que de laisser la situation dégénérer. Emma n'allait certainement pas rester avec lui pour toujours. Elle avait vingt-trois ans, une personnalité attachante, elle était mignonne et adorable. Elle pouvait espérer mieux qu'un mutant aux valises remplies de cadavres et de merdes bien plus fantaisistes. Emma méritait mieux.
– Hey.
Raphael n'avait pas senti Emma se réveiller. Il n'avait pas non plus remarqué qu'il la serrait certainement un peu trop fort. Raphael se détacha d'elle en s'excusant mais Emma se tourna pour se blottir dans ses bras. Elle l'embrassa doucement sur le nez avant de reposer la tête sur les oreillers. Il n'y avait aucune source de lumière dans la chambre, Raphael ne pouvait même pas voir si elle arrivait à garder les yeux ouverts ou pas. Il repassa son bras autour de la taille d'Emma et frotta son nez contre son front. Sa peau était un peu moite dans le bas de son dos. Elle sentait la transpiration et la fraise. Raphael sourit. Il s'était plaint de l'odeur de son précédent gel douche et Emma en avait changé exprès pour lui.
Elle faisait beaucoup d'efforts pour lui mais que lui apportait-il ?
– Raph ?
– Pardon, s'excusa Raphael en retirant son bras.
Outre la rigidité de son corps et sa température moindre, son poids lui posait parfois problème. Son seul bras était plus épais que les cuisses d'Emma. Raphael aurait aimé qu'elle fasse plus d'efforts dans sa reprise de poids mais il ne savait pas comment aborder le sujet – en avait-il seulement le droit ? Cependant, Emma lui attrapa le poignet et reposa sa main sur sa hanche. Elle portait une de ses culottes en coton faciles à déchirer – Raphael s'en était aperçu par accident. Ce n'était pas le moment de penser à ça. Il lui faisait déjà suffisamment mal comme ça quand elle allait bien alors avec sa blessure, c'était hors de question.
– Ça va ? demanda Emma.
Elle étouffa un bâillement. D'habitude, elle se réveillait plutôt vers huit heures du matin. Raphael aurait aimé qu'elle dorme encore un peu avant l'entraînement mais c'était raté.
– Je rentre et je trouve une jolie fille dans mon lit, répondit Raphael. J'ai pas à me plaindre.
Emma pouffa et l'embrassa à l'aveuglette. Raphael profita de cette occasion pour retirer le poids de son bras de la hanche d'Emma et lui caressa doucement la joue du pouce. Trouver ses lèvres fut soudainement beaucoup plus facile. Raphael embrassa Emma lentement, prenant son temps pour partager avec elle ce délicat moment. Il avait lu quelque chose dans une revue de Donatello, un jour, à propos des baisers. Les lèvres concentraient des milliers de terminaisons nerveuses et étaient par conséquent extrêmement sensibles. Toute cette stimulation lors d'un baiser excitait le cerveau qui se retrouvait vite noyé sous des hormones aux noms compliqués – dopamine, ocytocine, plein de trucs en -ine. L'article concluait sur le fait qu'un bon baiser équivalait à une ligne de cocaïne et Raphael ne pouvait qu'être d'accord à présent. Embrasser Emma lui retournait la tête aussi efficacement que l'adrénaline libérée dans ses veines durant un combat incertain.
Aimer était un combat. Raphael n'y aurait pas cru si on le lui avait dit quelques mois plus tôt mais c'était ce qu'il ressentait ces temps-ci. Il ne se battait pas contre Emma mais contre lui-même. Il devait lutter contre ses idées noires et ses doutes, contre sa tendance à grommeler dans son coin et sa brutalité naturelle. Raphael n'était pas tendre avec ses frères. Ils se donnaient des coups pour un oui ou pour un non même en dehors du dojo. Les habitudes avaient la vie dure et Raphael avait occasionnellement donné un coup d'épaule à Emma – grosse erreur compte tenu de sa fragilité et son manque de rembourrage. Il se devait d'être plus doux avec elle, plus attentif aussi, mais c'était relativement facile. Ça l'avait d'ailleurs étonné. Etre tendre et délicat venait presque naturellement lorsqu'il était avec Emma et il aimait lui réserver quelques petites attentions.
Regarde-toi, pensa Raphael alors qu'Emma lui caressait les joues tendrement, incapable de résister à une fille qui n'a fait que te sourire et raconter des bêtises avec toi. C'était à la limite du pathétique. Emma soupira d'aise et passa sa jambe par-dessus celle de Raphael. Par réflexe, il remonta sa cuisse entre celles d'Emma. Elle gémit, se colla un peu plus contre lui. Raphael mit fin au baiser.
– Je vais te faire mal, souffla-t-il.
– Je crois au contraire que tu vas me faire beaucoup de bien, répondit Emma. Comme toujours.
Raphael ne put s'empêcher de sourire même s'il savait qu'il lui faisait régulièrement mal. Il n'était pas exactement le plus attentif des amants et il avait tendance à être un peu trop enthousiaste. Ça lui arrivait trop souvent à son goût de laisser des marques sur Emma, que ce soit des hématomes ou des éraflures. Elle lui assurait que ce n'était rien mais ça n'empêchait pas Raphael de s'en vouloir.
Emma chercha ses lèvres à tâtons et Raphael céda à sa demande. Il glissa sa main dans le dos d'Emma pour lui caresser les reins, doucement, ses doigts suivant le creux de sa colonne vertébrale et rencontrant occasionnellement l'élastique de sa culotte. Leur baiser fut plus électrisant que le précédent mais pas plus léger. Emma resserra sa prise sur la cuisse de Raphael, bougeant ses hanches d'avant en arrière pour se frotter contre lui. Ses mains effleuraient le visage et le cou de Raphael, flirtaient parfois avec le bord supérieur de son plastron. Emma avait appris au fur et à mesure tout ce qui faisait trembler Raphael de la tête aux pieds. C'était plus la manière de le toucher que l'endroit qui comptait. Un effleurement le long de son plastron le faisait frémir aussi efficacement qu'une caresse sur ses cuisses. L'endroit le plus sensible chez lui restait l'entre-jambe où se terrait sa queue. Il perdait tous ses moyens quand Emma parvenait à le caresser là. Ça n'arrivait cependant pas souvent car il s'arrangeait pour qu'elle ne puisse pas y accéder facilement. Raphael n'aimait pas l'idée d'être aussi vulnérable.
Emma avait pourtant bien d'autres moyens de l'atteindre. Raphael ignorait si elle était au courant du pouvoir qu'elle avait sur lui. Elle commandait à la pluie et au beau temps dans le petit monde de Raphael. Elle aurait pu le faire marcher sur la tête si elle n'avait pas été aussi gentille. Raphael se serait plié à ses ordres plus facilement qu'à ceux de Splinter ou Leonardo. Mais Emma n'était pas comme ça. Elle était attentive à ce que Raphael ressentait et elle veillait à ce qu'il ne s'enfonce pas trop dans ses idées noires. C'était ça qu'il aimait par-dessus tout chez elle. Emma arrivait à le sortir de son triste monde tragique.
Emma était trempée lorsque Raphael glissa un doigt entre ses petites lèvres. Elle se cambra, son clitoris déjà sensible frottant contre la peau épaisse du doigt de Raphael. Il eut envie de plonger immédiatement entre ses cuisses pour l'embrasser, la caresser de sa langue et retrouver la saveur d'Emma dans sa bouche. Il adorait lui donner du plaisir de cette manière. Outre son efficacité, elle était beaucoup plus douce pour Emma. Ça ne l'empêchait pas de parfois se faire mal avec la carapace de Raphael mais au moins ne l'écrasait-il pas sous son plastron rigide. Il réprima cependant son envie et caressa le sexe d'Emma de ses doigts sans cesser de l'embrasser, attentif à ses soupirs et à ses mouvements. Il prit son temps et ne plongea son doigt en elle que lorsqu'il fut sûr qu'Emma était prête. Elle était brûlante et contractée, frémissante d'émotions. Raphael n'eut pas à la caresser longtemps pour la faire jouir. Il adorait les petits tremblements d'Emma, son hoquet de surprise étouffé par le manque d'air se transformant en un long gémissement et l'expression concentrée sur son visage tendu. Tous ces petits signes étaient la preuve qu'il donnait du plaisir à Emma et ça le ravissait. Ça le rassurait. Il était capable de lui apporter autre chose que des problèmes et des cicatrices.
Il fallut quelques instants à Emma pour retourner les caresses que Raphael lui prodiguait doucement. Ils s'arrêtaient rarement au premier round. Raphael aimait faire grimper Emma aux rideaux jusqu'à ce qu'elle le supplie d'arrêter aussi prit-il le temps de refaire monter la pression. Emma l'attira contre elle et bascula sur le dos, écartant les jambes pour que Raphael puisse s'y glisser. Elle le réclama de quelques murmures au creux de l'oreille. Raphael se redressa sur les coudes et tendit la main jusqu'à la table de chevet pour récupérer un préservatif qu'il confia à Emma. Elle avait moins de difficultés avec ses longs doigts agiles que lui pour déchirer l'emballage et sentir ses mains le long de son membre était toujours délicieusement excitant. Raphael s'imbriqua lentement en Emma, forçant un peu pour rouvrir l'étau contracté de sa chair brûlante. Emma remua sous lui, bougeant ses hanches pour trouver un angle plus confortable. Raphael attrapa un coussin pour le glisser entre eux, pour que les hanches saillantes d'Emma ne s'abiment pas au contact de son plastron rugueux. Ils ne faisaient pas souvent l'amour dans cette position à cause des frottements et du poids de Raphael mais elle était idéale lorsqu'il voulait prendre son temps, être tendre et échanger des baisers et des mots doux. C'était exactement ce que Raphael voulait à ce moment-là et il s'appliqua, contractant et relâchant les muscles de sa queue pour obtenir un petit mouvement de va-et-vient juste assez ample pour venir titiller le fond de la cavité. Emma gémit et ses baisers se firent moins précis, entrecoupés par de petits hoquets surpris. Raphael joua sur ce thème un moment, basculant son poids sur un seul bras pour pouvoir caresser de sa main libre le corps tendu d'Emma. Ses petits seins disparaissaient presque quand elle était allongée sur le dos et seuls ses tétons ressortaient vraiment, pointant sous son débardeur. Raphael glissa sa main sous le vêtement pour les effleurer tout en dévorant le cou d'Emma de petits baisers. Elle se cambrait et se déhanchait sous lui, accentuant les mouvements de Raphael. Il finit par mettre en action ses hanches, se retirant presque complètement pour mieux replonger dans le corps d'Emma. Ses gémissements se firent plus bruyants, plus profonds et Raphael se laissa aller à l'accompagner. Il sentait la pression monter en lui petit à petit, plus excité par les couinements d'Emma que par la chaleur infernal de son corps. Il était une tortue, après tout, et son sexe n'avait pas pour fonction première la pénétration. Il aimait cette sensation humide et chaude sur son membre, c'était agréable et il parvenait à en jouir mais il préférait les frottements contre son gland libéré du latex du préservatif.
Cependant, Emma aimait cette forme de sexe et Raphael se pliait de toute façon à ses désirs. Elle lui avait appris comment la satisfaire et il avait découvert quelques autres trucs au fil des semaines, comme appuyer un peu vers le bas par exemple, ce qu'il fit au bout d'un moment. Emma se cambra un peu plus pour suivre le mouvement et Raphael fut obligé de mettre un peu plus de pression. Il glissa sa main libre dans le creux du dos d'Emma pour la soutenir tout en continuant à la prendre avec force. Emma s'était accrochée à son cou et ses gémissements étaient de la musique aux oreilles de Raphael. Sa peau était moite de transpiration et l'odeur enivra Raphael. Ses draps seraient imprégnés de cette senteur pour les prochains jours et il savait déjà qu'il en profiterait pour se remémorer cette nuit lorsqu'il serait séparé d'Emma. Il pourrait imaginer sa présence à ses côtés en s'endormant. C'était mieux qu'une couche salie par le sang de ses ennemis.
Emma jouit alors que Raphael lui murmurait à l'oreille qu'il l'aimait. Son corps vibra et enserra celui de Raphael, ses gémissements se transformant en un long cri de délicieuse agonie. Sa respiration fut chamboulée par l'événement et Raphael put sentir le souffle erratique d'Emma contre sa joue, s'échappant de ses lèvres humides. Plus bas, ses contractions massaient le sexe tendu de Raphael mais ce ne fut pas suffisant pour lui faire atteindre la jouissance. Ça n'en restait pas moins agréable et il resta une longue minute dans l'écrin de chair, embrassant le cou d'Emma et lui caressant le dos. Il se retira ensuite délicatement et roula sur le côté, gardant Emma dans ses bras. Elle s'y blottit, son cœur battant encore la chamade. Il résonnait contre le plastron de Raphael mais pas à l'unisson avec son propre rythme cardiaque, beaucoup plus maîtrisé. Ça le fit sourire et il embrassa le front d'Emma pour l'occasion.
Ce fut à ce moment-là que Leonardo frappa à la porte pour prévenir Emma qu'elle était en retard pour l'entraînement.
Emma avait du mal à rester longtemps assise sur ses talons. C'était presque amusant de la voir lutter contre ses engourdissements tout en essayant d'être attentive à la leçon – sans parler de sa gêne d'avoir été en retard à cause de l'appel de la luxure. Ça rappelait à Leonardo ses premières années d'entraînement. Il n'en gardait qu'un vague souvenir, pourtant il se remémorait sans difficulté les longues heures d'immobilité imposées par Splinter. Un ninja devait pouvoir rester parfaitement figé pour ne pas attirer l'attention sur lui – il était facile de repérer un mouvement, même la plus infime des respirations. Il fallait savoir regarder, évidemment, mais ils s'occuperaient de ça plus tard. Les êtres humains avaient la fâcheuse tendance à trop compter sur leur vision mais un ninja devait développer tous ses sens, sans exception. L'intuition était aussi importante. C'était elle qui permettait d'éviter une arme de jet dans un angle mort. Il ne serait pas difficile pour Emma de développer cette capacité. Un combattant ne devenait pas bon sans intuition or Emma pouvait prétendre à un niveau technique équivalent à celui de Donatello.
Ils avaient discuté de son apprentissage au début de la leçon. Leonardo avait ressorti un exercice dont Splinter avait usé lorsqu'ils étaient gamins. Il s'agissait d'un jeu de mémorisation. On commençait par dix objets divers disposés en face de l'étudiant. Il ne pouvait les voir qu'une seconde et il devait pouvoir les décrire avec précision ensuite. Plus l'élève progressait, plus le champ de recherche s'élargissait, jusqu'à pouvoir détailler toute une pièce d'un seul coup d'œil. Emma n'était pas mauvaise à ce petit jeu et Leonardo avait entretenu la conversation pour la déconcentrer. Il avait volontairement choisi de parler de l'entraînement d'Emma afin de la perdre dans ses souvenirs. La concentration exigée pour l'exercice avait tendance à sauter au profit de l'effort nécessaire pour se remémorer certains événements précis.
Emma ne se souvenait pas vraiment quand elle avait commencé à pratiquer le kung-fu parce qu'elle avait suivi l'exemple de ses frères, en particulier Derek qui était plus âgé qu'elle de dix années. Elle avait rencontré son professeur à quatre ans et s'était entraînée avec lui jusqu'à ce qu'elle parte pour Boston, à dix-huit ans. Le dojo se trouvait à une centaine de mètres du restaurant de la mère d'Emma et la petite fille avait passé pratiquement tout son temps libre après l'école là-bas, par acharnement pour rattraper le niveau de ses frères. Son professeur semblait être quelqu'un d'intéressant. Ancien moine Shaolin, il avait claqué la porte du temple lors d'un changement de direction et émigré aux Etats-Unis, des rêves plein la tête. Il avait voyagé dans le pays et rencontré l'amour dans une petite ville de dix mille âmes, Windfield, Kansas. Il s'était installé là-bas et avait monté son dojo mais les affaires ne furent jamais fructueuses pour lui. En effet, il avait conservé des méthodes d'apprentissage très classiques, ce qui ne correspondait pas aux attentes de la plupart de ses élèves. Il fallait pouvoir supporter les entraînements quotidiens et les douleurs qui allaient avec. Emma faisait en parallèle de la danse classique – Leonardo aurait aimé la voir en tutu, juste pour rire – et la douleur n'était pas quelque chose d'inconnu pour elle. De toute façon, elle mettait un point d'honneur à être meilleure que ses frères et elle y était parvenue à l'adolescence.
Une fois à Boston, elle avait navigué de club en club à la recherche d'un professeur intéressant, sans grand succès. Elle avait fréquenté un club de boxe thaïlandaise et un groupe de parkour tout en continuant à faire un peu de kung-fu ici et là. Elle n'avait guère trouvé d'adversaires à sa hauteur et ses études lui avaient de toute façon pris beaucoup de temps aussi avait-elle levé le pied pendant ces années. Lorsqu'elle s'était installée à New York chez son frère, elle avait utilisé les salles de sport de la police pour se remettre en forme. Bon nombre des collègues de Derek pratiquait au moins un art martial et Emma avait pioché des techniques et des mouvements ici et là. Il en résultait un style assez brouillon mais efficace et avec de solides bases. S'entraîner avec des policiers n'était cependant pas l'idée de l'année. Tôt ou tard, quelqu'un remarquerait les ressemblances entre la petite sœur d'Ackerman et le Singe Rouge. Cependant, Leonardo n'avait rien dit à ce propos. C'était le problème d'Emma, pas le sien, et elle devait conserver une façade publique pour ne pas attirer l'attention sur elle. Elle devait aller au travail, sortir avec ses amis et se fondre dans la masse. Comme un ninja, en quelque sorte.
– Cinq mètres, dit Emma, derrière, vers la gauche.
– Quatre mètres, corrigea Leonardo.
Emma rouvrit les yeux et se tourna pour vérifier. Leonardo ne fit aucune remarque car elle obtenait déjà de bons résultats. L'exercice consistait à déterminer la position de l'adversaire sans autre indice que le bruit de ses déplacements et les mouvements d'air qu'il provoquait. Leonardo savait se déplacer sans faire le moindre bruit mais il se laissait aller à traîner un peu des pieds sur le béton – ils n'en étaient qu'à leur premier entraînement, après tout. A part quelques distances inexactes, Emma arrivait à le suivre à l'ouïe. C'était une bonne chose.
Emma fit soudainement une grimace et s'écroula sur le côté en se tenant le pied droit. Une crampe, comprit Leonardo en ignorant les jurons très imagés que la jeune femme était capable de sortir. C'était la troisième en une demi-heure. Il jeta un coup d'œil à son téléphone pour regarder l'heure et décida qu'ils pouvaient s'arrêter là.
– Ce sera tout pour aujourd'hui, déclara-t-il en rangeant l'appareil. Je vais te raccompagner.
Emma n'osa pas le contredire, même s'il était assez évident qu'elle aurait préféré que Raphael la ramène jusqu'à la surface en sureté. Cependant, Leonardo préférait s'en charger. Ça prendrait moins de temps et puis Raphael ne devait pas avoir fini sa nuit. Il était rentré au petit matin d'après Michelangelo et Leonardo préférait savoir son frère reposé et d'attaque pour la nuit suivante plutôt qu'heureux d'avoir fait une balade sous New York avec sa petite amie. Sa tolérance envers leur relation avait ses limites. Que Raphael perde leur objectif de vue était au-delà de la ligne de l'admissible.
Leonardo laissa à Emma quelques minutes pour récupérer ses affaires dans la chambre de Raphael – et certainement faire autre chose vu le temps que ça lui prit – puis la conduisit à travers les tunnels du métro jusqu'à une distance raisonnable du bunker. Ils n'échangèrent pas un mot durant le trajet et Emma fit des efforts pour faire le moins de bruit possible. Ce n'était pas encore parfait mais son attention était louable. Leonardo s'arrêta dans un conduit d'aération, à proximité d'une grille donnant sur une petite rue. La lumière était crue, conséquence du ciel blanc de nuages. Il pleuvrait certainement ce soir.
– Nous ne sommes pas très loin du coin sud-ouest de Central Park, prévint Leonardo. La station la plus proche est Columbus Circle.
– Cool, répondit Emma.
Elle n'avait qu'à prendre la ligne A jusqu'à la station 14 Street puis passer sur la ligne L qui la ramènerait chez elle, à Bedford Avenue. Emma tripota la bandoulière de son sac.
– Qu'y a-t-il ? demanda Leonardo.
Emma hésita un peu mais se lança tout de même.
– Tu n'as vraiment rien à redire ? Sur Raph et moi, je veux dire.
– Non, rien, mentit Leonardo.
Elle n'avait pas à savoir que ça l'agaçait de voir Raphael se comporter comme un parfait crétin lorsqu'Emma était aux alentours. Il oubliait qui il était et ce qu'il était dans ces moments. Ce n'était tolérable que dans l'intimité de la chambre de Raphael mais il devait se mettre dans le crâne que ce genre de comportement était inapproprié en toute autre circonstance. Leonardo n'était pas sûr que Raphael ait intégré cette information.
– Hum. Cool.
– Tu parais presque déçue, railla Leonardo.
– Je pensais que tu désapprouverais, en fait, admit Emma sans oser le regarder dans les yeux. C'est quand même une situation pas évidente et avec tout ce qu'il se passe de votre côté en ce moment...
– Honnêtement, je n'approuve pas vraiment, répondit Leonardo en haussant les épaules, mais je dois rester objectif. Tu fais du bien à Raphael. Il a retrouvé un semblant d'équilibre grâce à toi et je ne peux pas le nier. Tant que tu lui apportes cet équilibre, je n'interfèrerais pas. Ce serait contre les intérêts de l'équipe.
– Alors tu m'utilises, comme Donatello.
Emma ne semblait même pas blessée par sa réalisation. Oui, elle était un outil aux yeux de Leonardo. Il ne pouvait cependant pas le lui dire crûment. Il devait maintenir un statu quo avec elle.
– En tant que leader, oui, répondit Leonardo. En tant que frère, non.
Emma hocha la tête. Elle faisait donc la différence entre le devoir et le reste. C'était une bonne chose.
– Et si on se séparait, un jour ? demanda Emma.
– Je ne sais pas vraiment.
Ce serait compliqué à gérer. Si la décision ne venait pas de Raphael, Leonardo ne savait pas dans quel état il récupérerait son frère.
– Ce serait votre problème, reprit Leonardo. En tant que frère, je serais peut-être amené à lui dire que tu ne le méritais pas et d'autres choses moins agréables à ton propos, je pense.
– Mouais, j'imagine... Et en tant que commandant ?
– Je devrais lui rappeler à quel point tu lui as fait du bien.
Emma eut un petit sourire en coin.
– Ce serait presque sympa de ta part, dis donc.
Leonardo lui rendit son sourire et se décontracta un peu.
– Je ne te déteste pas, Emma, dit-il, mais la situation est compliquée. C'est la première fois que Raphael est amoureux et est aimé en retour. Je suis heureux pour mon frère mais je ne peux pas m'empêcher de me dire que le moment est mal choisi. Je n'apprécierai pas que tu brises ses rêves. Tu n'es cependant pas obligée de continuer cette relation si tu n'en veux plus et tu n'as pas à t'inquiéter pour Raphael. Ça mettra du temps mais il se relèvera.
– Hum.
– Y penses-tu ? demanda Leonardo.
– C'est arrivé, admit Emma en regardant ses pieds.
Elle releva les yeux pour les planter dans ceux de Leonardo.
– Mais je suis pas du genre à abandonner à la première difficulté.
Leonardo soutint son regard de longues secondes avant de hocher la tête.
– Fais attention en sortant, prévint-il avant de tourner les talons.
Il y avait beaucoup de détermination dans le regard d'Emma et ce n'était pas pour lui déplaire mais la pointe d'obstination qu'il y trouvait aussi ne lui disait rien de bon. Il allait falloir éteindre ce feu avant qu'il ne se propage.
