Ceci est ma vision personnelle d'Angleterre et aussi, un peu, de Canada.
Disclamer: Himaruya possède Hetalia
J'ai toujours su interpréter les silences de daddy. Je n'ai pas eu le choix. Il passe son temps à mentir, à lui-même et aux autres. Parfois, j'ai pensé qu'il était comme un chat sauvage, méfiant et farouche, décidé à ne dépendre de personne. Mais il n'a jamais été ainsi, totalement libre de tout lien. Daddy ne s'attache pas à grand monde mais lorsque c'est le cas, c'est inconditionnellement, complètement. Peu de gens peuvent supporter un tel attachement sans être étouffées. Trop de personnes sont convaincus qu'il n'aime pas assez alors qu'au contraire son défaut est de trop aimer.
Ces mensonges sont une cuirasse blindée derrière laquelle il s'abrite. Peu de gens savent voir au travers de cette carapace. Pour moi, elle a toujours été transparente, comme un simple morceau de verre qu'un faible coup peut briser. Peut-être est-ce parce que c'est mon dad, peut-être parce que, ayant toujours été discret et timide, je préfére observer les gens pour les connaître, je l'ignore.
Daddy manie les mots comme une arme, les siens sont secs, durs, tranchants. Il les jette avec la précision d'un sniper. Ses silences représentent ses blessures, son amour, tout ce qu'il n'arrive pas à exprimer par la parole, seulement dans ses actes et, un peu, dans sa musique. Mon second père n'a pas seulement du talent, il sait mettre une part de lui dans ce qu'il joue et faire partager ses sentiments à son auditoire. Hélas, il joue rarement et seulement en privé. Il a comprit que cela en révèle trop sur lui.
Je pourrai écrire des pages sur les silences de dad. Silences de tempêtes, silences de désert, silences de soleil. Je n'aime pas les premiers, ils impliquent que quelqu'un va souffrir, daddy, d'autres personnes ou de la souffrance des deux côtés. Les derniers sont destinés à papa, à mes frères, à moi, à Kiku. Furtifs, rares et précieux, je les recueille soigneusement. Un regard bref vers moi lors d'une réunion alors que mon jumeau attire toute l'attention à lui, un sourire à demi dissimulé à papa, un instant passé à regarder Peter s'amuser par la fenêtre, un après-midi calme méditer avec son ami japonais. Ces bribes de souvenirs font partie de mes trésors.
D'autres sont mes malédictions. Je déteste lorsque daddy rentre dans sa carapace, sans doute parce que sa douleur est évidente pour moi. Les autres le voient impitoyable et fier mais j'entends un appel au secours et une plaie béante s'ouvre devant moi. Papa le devine aussi, je vois ses yeux s'assombrir à chaque fois. Sauf pendant une période où il ne devinait rien. Une période sanglante où un petit fou voulait créer un grand empire, trop grand pour son étroitesse. Daddy a lutté pour ramener papa, de la neige et de la prison où il était enfermé, celle qu'il avait construite lui-même à partir d'illusions de gloire et de puissance, à partir du sang de son peuple et des peuples voisins et des propos de cet homme jouant au maître du monde. Il a réussi et j'ai retrouvé mon papa, celui qui comprend aussi.
Je n'ai jamais revu cette ombre chez mon père, même pendant les plus durs conflits et je sais que c'est grâce à daddy. Je crois qu'il n'a jamais autant craint pour quelqu'un même pendant la guerre civile qui a déchiré mon frère, le poussant à attaquer tout le monde, poussé par la rage de son peuple déchiré. Daddy et moi étions les seuls à pouvoir l'approcher pendant cette période et nous nous relayions auprès de lui pour qu'il ne soit jamais seul.
Alfred a voulu être indépendant et il a dû en affronter les conséquences. Il voulait que je le sois aussi, il se doutait que papa serait de son côté et voulait qu'on soit libre ensemble. J'ai refusé. J'avais reconnu les pires silences de daddy, ses ouragans intérieurs, ses cataclysmes mentaux. Avoir son fils et celui qu'il aime depuis toujours ligué contre lui l'a profondément blessé. Il n'aurait pas supporté de nous perdre tous les deux. Je suis resté aussi neutre que possible dans ce conflit et dad ne m'a pas forcé à prendre partie. Il savait que j'en souffrais aussi. Malgré tout, j'allais le voir régulièrement, passer un peu de temps avec lui. Pour une nation, je suis encore un enfant, un oisillon à peine tombé du lit mais je suis sûr que la solitude est la pire des ennemies pour un représentant ou un humain. Je sais par papa que dad a longtemps été seul avant de le rencontrer et je suis convaincu que sa cuirasse vient de là. On dit souvent que j'ai toujours été le chouchou de papa et Al' celui de daddy. Ce n'est pas faux mais j'aime mes deux père et je refuse de laisser daddy seul contre tous. Je connais plus de détails qu'il ne le pense sur sa vie, par papa ou par mes oncles et ma tante. Je le connais mieux que lui-même et je crains que le jour où papa tombera, je perdrais aussi daddy.
Je crois que mon frère n'a jamais compris ma décision. Pour lui, la liberté est une chose qui s'acquière les armes à la main, en hurlant sa rage contre ses ennemis. C'est une lutte, je l'admets, mais le fracas des batailles, les cris d'orage, la conquête par l'acier et la poudre ne sont pas fais pour moi. Mon combat a été patience et subtilité. J'ai attendu que daddy soit prêt à accepter mon départ, j'ai préparé le terrain sur plusieurs années, lui parlant de mes projets, érodant peu à peu sa résistance jusqu'à ce qu'il admette que j'étais adulte. Il m'arrive d'en parler avec Peter. Mon plus jeune frère admire beaucoup Alfred et j'essaye de lui montrer une autre voie. Il m'écoute, c'est une jeune nation intelligente qui comprend, malgré ses délires, qu'une petite plate-forme aura du mal à défier l'Angleterre. Et puis, lui aussi connaît les silences de daddy même si il ne les interprète pas aussi bien que moi. De nous trois, Al' est celui qui a le plus de mal mais, sous ses airs de grand gamin, il a assez de sagesse pour demander conseil à papa ou à moi.
Ces dernières années, il y a plus de silences de soleil. Ces chers entêtés sont enfin en couple. Pour la plupart des nations, rien n'a changé en apparence mais je peux voir leurs regards, leurs sourires et les silences de daddy, si chaleureux, si éclatants, que je me demande si les autres ne sont pas aveugles. Je suis peut-être dur avec eux, après tout, j'attends ça depuis si longtemps, depuis mon enfance.
Je me souviens que dad s'endormait souvent sur le canapé devant la cheminée et que mon premier père pouvait l'admirer pendant des heures. Parfois, il effleurait ses cheveux, imperceptiblement, n'osant aller plus loin de peur de l'éveiller. Je me souviens de la tendresse de mon père anglais lorsqu'il observait papa cuisiner. Je me souviens des regards furtifs de l'un vers l'autre. Les rares fois où, pendant ce petit jeu d'évitement, leurs regards se croisaient, nous quittions la pièce, Alfred et moi. Nous avions l'impression de surprendre quelque chose de trop intime pour être dévoilé et je crois sincèrement que nous aurions été moins gêné de les surprendre nus dans un lit.
Après cela, pendant quelques heures, daddy ne prononçait pas un mot mais son silence rayonnait. Je m'attendais presque à le voir luire doucement. Pourtant, papa, d'habitude si habile à deviner son plus cher rival, ne comprenait pas. Je ne comprendrais sûrement jamais vraiment la relation entre mes parents. Comment ont-ils pu se convaincre si longtemps qu'ils se détestaient l'un l'autre?
Nous n'avons pas eu une enfance malheureuse mais si ils avaient pu se décider à se dévoiler plus tôt, certains silences arides, silences désolés, silences stériles auraient été évité. Des silences de désolation, me rappelant une de ces villes fantômes qui existent chez mon jumeau. Les maisons sont debout mais toute vie l'a désertée, elle est vide comme ses yeux à certains moments.
Certains ont comparé les iris de daddy à des émeraudes. Je n'aime pas cette métaphore, elle me rappelle ces instants où son regard était si froid et lointain. Papa y voit une forêt immense et touffue, pleine de sentiers cachés, de buissons touffus où vivent des lutins, d'antiques arbres habités d'esprits, de sources enchantées, de secrets dissimulés et de clairières où dansent les fées. Je l'ai entendu lui dire une fois. Je me suis rapidement éclipsé, très gêné d'avoir surpris ce moment d'intimité, mais j'aime bien cette idée.
Les yeux de mon père sont le meilleur moyen d'interpréter ces silences. Il contrôle admirablement bien son corps et son visage mais, pour qui sait le lire, son regard dit tout. En ce moment, il crie son bonheur. J'ai parlé de la vie de daddy mais celle de papa n'a pas été simple, comme celle de tous nos semblables. Ils ont mérité d'être un peu heureux et je suis heureux pour eux.
Enfin les vacances! J'ai réussi à avancer un peu sur Impossible n'est pas anglais et je vais essayer de faire Australie ou Nouvelle-Zélande pour le dico. Je ne promets rien (même en vacances, mes profs ne me lâchent pas). En tout cas, je ne compte pas abandonner l'écriture et je tiens à clôturer ma première fic sérieuse.
Merci d'avoir lu.
