Comme Shura et Aphrodite, tu as trouvé la mort pendant cette bataille.
Certains trouvent ta mort pathétique, ils pensent que tu t'es laissé vaincre par ton disciple. Mais de mon côté, je serai honoré que mon disciple provoque ma fin. Car cela signifiera qu'il m'aura surpassé.
Je ne te connais que très peu, Camus. Je me souviens du fier Chevalier au visage froid, mais pas dur pour autant. Je me souviens du Chevalier aussi insensible que les glaciers sibériens. Il y avait toujours au fond de tes yeux quelque chose de triste, j'avais souvent l'impression que tes rares sourires n'étaient que façade. Je pressentais une douleur vibrant dans ton cosmos, mais que tu semblais toujours tenter de le cacher. Aurais-tu aimé naître femme, pour ainsi cadenasser tes émotions derrière un masque ?
Je me souviens de notre enfance, quand le barrage de la langue nous empêchait de nous comprendre. Ailos, Saga, Masque de Mort, Shura, Aphrodite, Aiolia et Milo se comprenaient parfaitement. Mais entre le tibétain, le brésilien, l'hindi et le français, on avait encore du mal. Quand tu défendais les autres, tu les défendais en parlant ton impeccable français, et les autres ne comprenaient pas. Tu étais certainement le plus sage d'entre nous. Le reste du temps, tu t'entraînais, tu t'acharnais à apprendre le grec, tu lisais, et écrivait même parfois. Tu ne jouais pas souvent avec nous... C'était la belle époque.
Ton enterrement, ainsi que celui des autres, fut un moment très rude pour nous tous. Après treize ans de haine, nous avons pleuré. Nous avons pleuré des hommes, des frères, des amis.
Nous te regrettons tous, mon frère. Milo tente de rester fier, cela ne fonctionne pas avec moi. Il t'aimait d'un amour refoulé mais passionné, et c'en était de même pour toi, n'est-ce pas, Camus ? Tout le monde n'ose pas le montrer, mais tout le monde est peiné de ton décès.
Je suis passé par ton Temple, j'y ai prié. Et j'y ai ressenti Milo. Traces furtives de son passage. Traces de cosmos, quelques objets dérangés, des signes de vie. Le Scorpion est présent, dans le moindre recoin de toutes les pièces. Et l'on peut y sentir également ta présence, mais elle semble plus passive, moins vive.
J'ignore pourquoi. Mais je souhaite continuer à prier pour toi. Milo m'en a remercié, et depuis je souhaite continuer à prier pour vous. Je sais que la mort n'est qu'une étape. Comparées à celle d'un certain Chevalier, la douleur que m'a provoqué ta mort semble bien terne. Ce n'est qu'une question de temps avant que tu ne reviennes... Comme le Scorpion attend ce moment !
Nous ne t'oublierons jamais, Camus. Même quand tous les Chevaliers de notre génération seront tombés, tout le monde gardera de toi le souvenir d'un homme froid mais juste.
Puisses-tu être heureux là où tu es, Camus.
