Avertissement : On reste dans la même ambiance... Vous voilà prévenu...

Bonne lecture.

Lili


Chapitre 6. L'étau se resserre.

Naruto arriva en courant au commissariat, son portable toujours à l'oreille. C'était au moins la trentième fois qu'il tentait de joindre Sasuke, et toujours il tombait directement sur la boîte vocale. Il avait renoncé à lui laisser des messages, préférant le harceler de textos entre deux appels. A peine eut-il franchi les portes qu'il vit Lee qui l'attendait, blanc comme un linge.

- Alors ? demanda Naruto en emboîtant le pas à son collègue en direction de la morgue.

- Un homme, répondit Lee d'une voix blanche. Des éboueurs l'ont retrouvé dans une benne en plein centre ville.

- J'habite tout prés, fit remarquer Naruto, j'aurai pu vous retrouver directement là-bas au lieu de revenir ici pour repartir.

- Tsunade a préféré vous laisser un peu de repos, et elle ne t'a appelé qu'une fois qu'on a ramené le corps. Orochimaru a commencé l'autopsie, et il a déjà quelques éléments.

Lee poussa la porte battante de la morgue, et ils y entrèrent, retrouvant le reste de l'équipe au grand complet. Tsunade lança un regard noir et pleins de reproches à Naruto qui fronça les sourcils, prêt à répliquer qu'il n'y pouvait rien si Sasuke était aussi buté et n'en faisait qu'à sa tête. Mais il se figea en apercevant le corps étendu derrière le légiste. En le voyant blêmir, Tsunade demanda :

- Qui est-ce ?

Ce fut Tenten qui répondit à la place du blond, une pièce d'identité dans une main et une tablette tactile dans l'autre :

- Kisame Kiri. Aucun lien avec les précédentes victimes. Mais on le connaît... On l'a...

- Je ne comprends pas la logique, intervint Karin. Il y a dix ans, il n'y avait aucun lien entres les victimes. Et là... D'abord on a les deux rescapés du précédent Carnacier, et leurs proches. Puis ce type qui sort de nulle part...

- Pas de nulle part non, souffla finalement Naruto.

Tous les regards se posèrent sur lui, et il soupira lourdement, passant une main tremblante dans ses mèches blondes.

- Quand j'ai connu Sasuke, il vivait chez Kisame. C'était un type un peu flippant au premier abord, mais très sympa quand on le connaissait. Sasuke m'a juste dit qu'après la mort de sa famille, c'est Kisame qui l'a recueilli et élevé.

- Si on prend en compte les avertissements qu'on a reçu dernièrement et les nouveaux éléments, on a la confirmation que sa prochaine cible est Sasuke, conclu Shikamaru.

- Sasuke qui s'est barré on ne sait où, intervint Tsunade en fusillant du regard Naruto.

- Et qui est injoignable, renchérit Kakashi en agitant son propre téléphone où s'affichait le nom de Sasuke. Je tombe à chaque fois directement sur la messagerie.

- Il y a quelque chose que je ne comprends pas, remarqua Suigetsu. Jusqu'à présent on a toujours retrouvé la victime initiale en premier et après ses proches. Pourquoi changer de mode opératoire maintenant ?

- Peut-être qu'il espère attirer Sasuke dans un piège en s'attaquant à ses proches d'abord, suggéra Yamato.

Pendant que ses collègues discutaient, Naruto s'était rapproché de Kisame, retenant difficilement ses larmes en le voyant étendu, raide, froid et un drap blanc couvrant son corps imposant. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait dormi chez Sasuke et Kisame. Celui-ci l'avait toujours accueilli à bras ouvert, le traitant comme un petit frère, et riant de ses bêtises et mésaventures diverses.

Kisame était impressionnant de part son physique, grand gaillard de presque deux mètres pour une petite centaine de kilos de muscles, et de part son faciès particulier. Ses yeux noirs étaient étrangement petits, détonnant avec sa bouche qui était, elle, démesurément grande et dévoilait des dents pointues quand il souriait. Les cicatrices sur ses pommettes saillantes achevaient de lui donner des faux airs de requins.

Au delà de ça, sa grosse voix n'encourageait nullement à venir lui chercher des noises, et Kisame n'hésitait jamais à s'en servir pour les protéger Sasuke et lui. Il avait toujours était là pour les soutenir, les encourager, les aider, se conduisant comme un grand frère protecteur et complice de leurs bêtises, même s'ils étaient majeurs et vaccinés. La seule personne qui semblait effrayé Kisame était Kushina, la mère de Naruto.

Naruto et Sasuke étant inséparables, Kushina et Kisame avaient été amenés à se côtoyer régulièrement. Le caractère jovial et expressif de Kushina avait tout de suite plu à Kisame et tous deux s'entendaient très bien. La jeune femme s'était mise en colère une seule fois contre le géant impressionnant de muscles, et Naruto riait encore de l'avoir se ratatiner sur lui-même comme un enfant pris en faute face à la rousse de trois tête plus petites que lui. Kisame n'avait plus jamais contrarié celle qui était devenue une amie.

Kisame avait là pour soutenir Naruto à l'enterrement de sa mère, pleurant la perte de son amie comme lui pleurait la perte de son dernier parent vivant. Il l'avait accueilli chez lui, l'avait aidé dans les démarches longues et pénibles mais obligatoires après un décès. Sans Kisame et Sasuke, Naruto n'était pas sûr qu'il aurait réussi à surmonter cette épreuve. Puis Sasuke était parti... Et d'une certaine façon, il avait perdu Kisame. Pour Naruto, Kisame était indissociable de Sasuke. Et c'était pour cette raison qu'il n'avait jamais plus répondu aux appels téléphoniques ou aux mails du géant quand Sasuke était sorti de sa vie.

Il n'avait pas eu le cœur de le voir, se sentant trop coupable du départ du brun, et ne voulant surtout pas en entendre parler. Et Kisame n'aurait pas manqué de l'interroger sur le sujet ou de lui donner des nouvelles. Pourtant il aurai tant eu besoin du soutien inconditionnel de celui qu'il considérait comme un grand frère. Plus jeune, il voyait Kisame comme un roc indestructible, une sorte d'immortel. Et il était là, étendu sur un brancard réfrigéré, un drap blanc recouvrant son corps massif, ses yeux fermés à tout à jamais.

Instinctivement, il tendit la main pour caresser le front de Kisame, frissonnant en sentant la peau froide sous ses doigts.

- Comment ? souffla-t-il.

- Je ne crois pas qu'il soit nécessaire que tu saches ça, commença Orochimaru.

- Je ne te demande pas ton avis !

Le ton sec et inhabituellement froid du blond, fit taire le légiste qui laissa son assistant expliquer :

- D'après nos premières constatations, il a été torturé avec une pince crocodile, qui râpe les parties génitales, et un tabouret de Judas.

Tournant l'écran d'un ordinateur de la pièce, Kabuto montra à l'équipe un tabouret étrange. L'assise était un cône en bois, dont la pointe était dirigée vers le haut.

- La victime, nue, était assise ici, expliqua-t-il en désignant le sommet du cône. Son propre poids la faisait s'empaler petit à petit sur le tabouret, provoquant des hémorragies importantes qui finissaient par la tuer. Afin de rendre ceci encore plus humiliant, le bourreau s'arrangeait pour positionner la victime de telle sorte que son anus soit sur la pointe.

- Taré, marmonna Karin.

- Ingénieux, rétorqua Kabuto. Au Moyen-Âge c'était utilisé pour soutirer des informations ou des aveux à la victime. Cet instrument, aussi barbare puisse-t-il te sembler, permettait de garder la victime en vie suffisamment longtemps pour que la douleur la fasse parler. Ce qui était le but recherché...

- N'empêche qu'il faut être sacrément dérangé pour se servir de cette merde à notre époque ! répliqua Karin.

- Je te l'accorde, concéda Kabuto. Je suppose qu'on trouvera dans son sang une forte concentration de MicMac. Et qu'on ne trouvera aucun indice permettant de trouver ce psychopathe, mais on va quand même essayer...

- A nous trois on devrait réussir, décida Karin en enfilant une paire de gants en latex.

Shikamaru se rapprocha de Naruto qui fixait toujours le corps allongé sur la table d'autopsie d'un air vide et hagard. Il posa une main ferme sur son épaule attirant son attention. Naruto fronça les sourcils, et lui emboîta le pas quand son collègue quitta la pièce. Plongeant ses mains dans ses poches, il sentit un papier au fond de l'une d'elle et le sortit précipitamment. Il fixa un court instant la série de chiffres et de lettres inscrites à la va vite, et rejoignit Tenten pour le lui tendre.

- Peux-tu chercher à qui appartient la voiture avec ce numéro d'immatriculation ? Quand je suis sorti voir où étais parti Sasuke j'ai vu cette voiture passer dans ma rue.

Tenten haussa un sourcil surpris, mais ne posa aucune question et s'empressa de rejoindre son bureau pour y effectuer les recherches demandées, laissant les autres se regrouper en salle de réunion pour essayer de trouver quelque chose qui leur permettrait d'avancer dans cette foutue enquête.

Kakashi expliqua que des recherches leur avait permis de retrouver les actes de décès des membres de la famille Uchiwa. Étonnamment, tous étaient officiellement mort de mort "naturelle" : maladie, crise cardiaque, accidents... Il n'était nulle part question de torture ou d'assassinat. Seules les morts de Fugaku et Mikoto Uchiwa étaient déclarées comme violentes. Mais l'enquête avait très vite été bouclée, Itachi ayant témoigné contre son père et plaidé coupable pour le meurtre de celui-ci. Il n'avait été condamné qu'à de la prison avec sursis, ayant des circonstances atténuantes.

- On se demandait comment c'était possible, enchérit Yamato, jusqu'à ce qu'on se souvienne que Sasuke avait dit, il y a longtemps, que son père était médecin légiste. On a fouillé, et il s'avère que c'est bel et bien Fugaku Uchiwa lui-même qui a autopsié les corps des membres de sa famille, enfin pour ceux qui ont été autopsié, soit moins de la moitié.

- C'était facile pour lui de falsifier les rapports, soupira Shikamaru.

- Et de déguiser ses crimes en des morts plus naturelles, approuva Suigetsu.

- Il devait prendre des photos de ses crimes avant de tout remettre propre, ajouta Kakashi. Et pour ceux qui étaient trop abîmés, il simulait un accident.

- Un putain de psychopathe, grogna Lee. Mais pourquoi ?

- On ne sait pas encore, mais on cherche, répondit Yamato.

Les membres de l'équipe soupirèrent, conscients de l'horreur de ces révélations, et du fait qu'hélas cela ne faisait nullement avancer leur enquête. Bien au contraire, cela la complexifiait.

Tout en écoutant ses coéquipiers, Naruto tenta pour la énième fois d'appeler Sasuke, mais en vain. Il tombait toujours, sur le répondeur. Son pressentiment s'était mué en certitude. Sasuke était en danger. Il le sentait jusqu'au plus profond de ses tripes... Et il se raccrochait désespérément à l'espoir infime que peut-être Sasuke était bel et bien parti de son propre chef pour retourner dans son village paumé au fin fond du trou du cul du monde.

La seule chose qui lui permettait de s'accrocher à cet espoir, c'était le mot qu'il avait retrouvé sur sa table. Sasuke en avait eu marre de cette histoire, il était parti... Il n'y avait aucune raison pour que le tueur se soit trouvé sur sa route à ce moment là... Il déposait en général les corps des heures avant qu'on les retrouve, celui de Kisame n'avait sûrement pas fait exception à la règle... Sasuke avait du appeler un chauffeur particulier qui était venu le chercher, et il devait être bien en sécurité dans sa maison perdue en montagne, ou à l'appartement de Kisame dont il avait sûrement une clé.

Mais bien qu'il se répétait ceci comme un mantra, la certitude que Sasuke était en danger ne le quittait pas. Merde ! Il ne pouvait pas rester là, les bras croisés, à attendre que ce psychopathe se décide à faire Dieu savait quoi avec Sasuke ! Tous les éléments trouvés récemment tendaient à prouver que le Carnacier était lié, de près ou de loin, à Fugaku Uchiwa, le père de Sasuke...

Non, se morigéna-t-il. Rien ne prouvait que les Uchiwa étaient liés d'une manière ou d'une autre avec ce malade. Mais dans ce cas, pourquoi les photos des membres de la famille de Sasuke se trouvaient chez Yahiko Ame ? Comment celui-ci était entré en leur possession ? Et pourquoi nommé Fugaku Uchiwa, The first ? Toutes leurs recherches, dix ans auparavant, n'avaient trouvé aucun lien entre le Carnacier et les Uchiwas... Ils n'avaient pas particulièrement cherché à en faire un, mais ils avaient tellement fouillé que si un tel lien existait, ils l'auraient forcément trouvé. Mais n'en il n'y en avait aucun... Aucun !

Plongeant sa tête dans ses mains et crispant ses doigts dans ses cheveux, Naruto s'obligea à repenser aux différents éléments de manière logique et rationnelle, chassant loin de son esprit Sasuke, sa disparition soudaine, et ce sentiment de danger imminent qui ne le quittait pas. Il y avait forcément une logique... Un lien... Quelque chose qui reliait les deux Carnaciers entre eux ou à Fugaku Uchiwa.

- Naruto, l'interpella Tenten en entrant dans la pièce.

- Tu as trouvé ? s'enquit-il.

- Oui. La voiture appartient à un certain Nagato Tenrou. Il a quarante ans, dernière adresse connue à quelques rues de chez toi, et travaille comme clerc de notaire chez Aka et Tsuki. Pas de casier judiciaire. Pas de famille.

Naruto se saisit de la photo que sa collègue lui tendit, et dévisagea longuement l'homme en costume noir qu'elle représentait. Il avait le visage creux, de lourdes cernes sous les yeux, de longs cheveux rouges sang, et des iris étrangement mauves.

- Tu crois que ça peut-être lui notre tueur ? intervint Suigetsu. Il a une tête de junkie, mais pas de psychopathe.

- C'est pas écrit en lettres de feu sur leur front tu sais, se moqua gentiment Yamato.

- Je ne sais pas, avoua Naruto. Mais sa voiture est passée devant chez moi peu après que j'ai remarqué le départ de Sasuke.

- Sasuke était peut-être parti depuis un moment, tenta Kakashi. Tu n'as rien remarqué qui puisse indiquer si c'était le cas ?

Naruto fronça les sourcils, et se repassa son réveil, cherchant la réponse à la question de son ancien collègue.

Les yeux fermés, il se revit passer une main endormie sur les draps, là où Sasuke était censé se trouver. Étaient-ils encore chauds ? Non, ils étaient froids... Pas très froids, mais suffisamment pour en conclure que Sasuke les avaient quitté depuis un moment. Il se souvint avoir vu des traces de buée sur le miroir de la salle de bain, preuve que son amant avait du prendre une douche, récemment... Mais il en restait peu, trop peu pour en déduire que c'était très récent.

Il se revit constater tristement que les affaires du brun avaient disparu. Plus de vêtements épars à droit à gauche, plus de manteau, plus de chaussures. Sasuke avait pris tout ce qu'il avait amené avec lui. Ne restait comme trace de sa présence qu'une assiette sale posée sur la table. Naruto ouvrit brutalement les yeux, son cœur s'affolant dans sa poitrine alors que ses minces espoirs partaient en fumée.

Une main posée sur la poitrine, il vit la pièce tanguer sous ses yeux, les silhouettes de ses collègues devinrent floues, et leurs voix se transformèrent en bouillie incompréhensible. Il sentit des larmes couler sur ses joues alors que ses genoux le lâchaient et qu'il tombait au sol, quelque chose qu'il n'identifia pas le retenant dans sa chute. Sasuke... Sasuke n'était pas rentré chez lui... Et cette certitude lui broyait le cœur et lui tordait les entrailles.

- Naruto, qu'est-ce qu'il se passe ?

La voix douce mais inquiète de Kakashi le tira de son marasme de terreur et de désespoir, le faisant reprendre contact avec l'instant présent. Il était assis au sol, entouré par ses collègues aux visages tendus par l'inquiétude. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais constata alors qu'il avait le souffle court, comme s'il avait couru trop longtemps.

- Calme toi, reprit Kakashi. Tu viens de nous faire une crise d'hyperventilation. Respire...

- Je me souviens, croassa Naruto. Sasuke a du quitter... mon appartement pas très longtemps avant que je me réveille.

- Naruto, l'interrompit Yamato.

Mais Naruto leva une main empêchant son collègue de poursuivre et reprit.

- Il a pris une douche, a mangé et est parti. Mais il y a un truc qui va pas... Il a laissé son assiette sale sur la table. Sasuke est maniaque, jamais il ne partirai en laissant de la vaisselle sale traîner comme ça. Au pire, il la mettrait dans le lave-vaisselle, sinon il la laverai.

- Peut-être qu'il était pressé ? suggéra Suigetsu.

- Crois moi, je le connais depuis des années ! Même pressé, il fait la vaisselle. Et il a trouvé le temps de laisser un mot... Il n'y a qu'une seule explication possible à ça : on l'a forcé à partir de toute urgence, lui faisant oublier son assiette. On l'a attiré dehors... Dans un piège...

- Kisame, souffla Shikamaru.
Naruto hocha la tête et expliqua :

- Je vous l'ai dit, c'est Kisame qui s'est occupé de Sasuke après la mort de sa famille. Il avait huit ans à l'époque. Je sais que Kisame a l'air flippant, mais c'était un mec bien et il était super gentil, surtout avec Sasuke. Sasuke le considérait comme sa seule famille. Alors si le tueur lui a envoyé un message ou une photo de Kisame, il a pas du réfléchir plus loin et il s'est sûrement précipité dehors.

- Droit dans le piège, conclu Shikamaru. Et dire que de vous deux c'est lui le plus réfléchi...

Naruto ricana doucement et avoua :

- Si tu savais à quel point cet enfoiré peut être impulsif tu ne dirais pas ça... Quand ça le touche personnellement, il réfléchit encore moins que moi.

- C'est pas peu dire, ironisa Yamato.

- Bref, il est très probablement tombé dans un piège, et tu as vu cette voiture passer devant chez toi peu après, reprit Tenten. Qu'est-ce qu'on attend pour aller interroger ce Nagato ?

Tous approuvèrent, et décidèrent rapidement de la formation de trois équipes : Naruto et Shikamaru iraient sonner à la porte du domicile de Nagato, Tenten et Suigetsu iraient au cabinet de notaire employeurs de Nagato, Kakashi, Yamato et Lee restaient en retrait prêt à intervenir en cas de besoin.

~oOo~

- Tu es sûr que c'est là ? s'enquit pour la millionième fois Naruto.

- Oui, soupira Shikamaru. Sûr et certain.

- Bon, on y va alors !

Shikamaru arrêta Naruto qui sortait de la voiture banalisée garée devant une maisonnette moderne donnant directement sur la rue.

- Naruto, promet moi de garder ton calme. Va pas lui sauter à la gorge dès qu'il aura ouvert la porte. On n'a aucune preuve pour l'instant...

Naruto serra les dents et acquiesça, signifiant ainsi qu'il avait compris le message. Oui, il allait se retenir de choper ce salopard par le colback et de le secouer jusqu'à ce qu'il lui dise où était Sasuke ! Enfin, il allait essayer...

Shikamaru emboîta le pas à son collègue, notant la posture tendue et les poings serrés signes de la colère bouillonnante de celui-ci. Il pressa le pas, arrivant devant la porte avant Naruto et frappa sans attendre, peu désireux de laisser son ami prendre les devants. Il ne craignait que trop la réaction de celui-ci. Il savait que Naruto était un professionnel, et qu'il était capable de garder son calme dans des situations extrêmes... mais là, la vie de Sasuke était potentiellement en jeu... Dieu savait ce que Naruto était capable de faire.

Il aurait aimé croire que Sasuke était bel et bien rentré chez lui. Mais il avait appris à se fier à l'instinct du blond. Ses intuitions, souvent aussi surprenantes qu'inattendues, étaient fréquemment vérifiées. Et il se souvenait parfaitement que Naruto avait toujours été très protecteur avec Sasuke, et semblait toujours savoir quand le brun avait des problèmes, comme s'ils étaient connectés si intimement qu'une alerte s'allumait dans la tête blonde au moindre soucis de son ami.

La porte s'ouvrit et Shikamaru fronça les sourcils en voyant une jeune femme aux cheveux bleus. Il avait l'impression de l'avoir déjà vu quelque part auparavant, sans arriver à savoir où, ni quand exactement.

- Bonjour Madame, excusez-nous de vous déranger. Nous sommes de la police, nous aimerions vous parler, énonça-t-il poliment en montrant sa plaque, conscient que Naruto faisait de même.

- Bonjour, répondit-elle. Entrez, je vous en prie.

Les deux policiers pénétrèrent dans la modeste demeure et suivirent leur hôtesse jusqu'au salon. Une fois installés Shikamaru tendit à la jeune femme la photo d'un homme aux longs cheveux rouges et au visage émacié.

- Nous recherchons cet homme pour l'interroger. Sauriez-vous où nous pourrions le trouver ?

- Je n'en ai pas la moindre idée, lâcha platement la femme après avoir examiné la photo. Qu'est-ce qui vous fait croire que je saurais où le trouver ?

- Nous avons relevé sa plaque d'immatriculation et l'adresse de la carte grise est celle-ci, expliqua Shikamaru.

- C'est étrange, admit leur hôtesse. Je suis célibataire et je n'ai jamais vu ce monsieur. Du moins il me semble... Mais je peux vous montrer les papiers de ma voiture si vous voulez.

- Ce serait très aimable à vous.

Pendant qu'elle se levait pour chercher son sac à main et ses papiers, Shikamaru poursuivit.

- Cet homme s'appelle Nagato Tenrou. Vous n'avez jamais entendu ce nom ?

- Hum... Si maintenant que vous le dites, Nagato ça me dit quelque chose mais... je ne sais plus...

Elle tendit ses papiers à Naruto qui s'en saisit et les examina. Le modèle de la voiture et la couleur ne correspondait absolument pas avec la grosse berline noire qu'il avait vu devant chez lui.

Il allait rendre la carte à leur hôtesse quand son nom lui sauta aux yeux. Konan Blue... Oui, il connaissait ce nom. Il l'avait lu pas plus tard que deux jours auparavant... Dans le dossier du premier Carnacier ! Il prit discrètement une profonde inspiration pour se calmer. Il tenait peut-être le lien entre les deux psychopathes ! Pas question de le perdre en effrayant la demoiselle.

- Vous étiez amie avec Yahiko Ame, n'est-ce pas ?

Naruto vit clairement Shikamaru faire soudainement le lien entre la femme qu'il avait face à eux et celle rencontré dix ans auparavant.

- Oui, effectivement, mais je ne vois pas le rapport avec... commença-t-elle. Oh ! Attendez... Oui, c'est ça...

Reprenant la photo laissée sur la table, elle la montra aux deux policiers :

- Je me disais que cette photo me rappelait quelque chose mais je ne savais absolument plus quoi. Je me souviens qu'un jour Yahiko m'a dit qu'il avait un frère, Matato, Makato... quelque chose comme ça...

- Nagato ? suggéra Naruto avec un calme qu'il ne ressentait pas.

- Oui, ça doit être ça, confirma Konan. Mais je n'ai jamais vu son frère, juste une photo de quand ils étaient enfants. De ce que je sais, le frère de Yahiko est parti il y a longtemps et Yahiko n'avait plus aucun contact avec lui. Je ne comprends pas pourquoi vous avez trouvé une voiture à son nom à cette adresse, je ne l'ai jamais vu et j'ai acheté cette maison à une vieille dame qui y vivait jusqu'à il y a quelques mois.

- Vous vous souvenez du nom de cette dame ? S'enquit Shikamaru.

- Non, mais il est sur l'acte de vente. Si vous voulez bien attendre que j'aille le chercher...

- Bien sûr madame.

Les deux hommes de lois regardèrent leur hôtesse s'éloigner. Dès qu'elle fut hors portée de voix, Naruto souffla à Shikamaru :

- On l'embarque ?

- Non, répliqua Shikamaru. On n'a aucune preuve qu'elle ait un lien quelconque avec cette merde.

- Fais chier ! Le frère ? Tu crois que ça peut être le frère ?

- J'en sais rien, mais on a que ça comme piste, faut creuser.

- Pourquoi tu lui as demandé le nom de la vieille qui lui a vendu sa baraque ?

Shikamaru leva les yeux au ciel, désespéré de devoir expliquer ce qui lui semblait une évidence :

- Yahiko Ame vivait dans la maison de sa grand-mère. Et si la grand-mère avait deux maisons et que le frère, Nagato, vivait ici ? Cela expliquerait que la carte grise de sa voiture soit à cette adresse.

- Ah oui... Bien pensé !

Les pas de leur hôtesse revenant dans le salon mirent fin à la conversation. Souriante, elle leur tendit l'acte de vente de sa maison, et Naruto nota le nom de l'ancienne propriétaire, grimaçant intérieurement en voyant que celle-ci s'appelait Mme Yamaki. Absolument rien à voir avec la grand-mère de Yahiko Ame... Il laissa Shikamaru saluer leur hôtesse en lui donnant sa carte au cas où quelque chose lui reviendrait, et lui emboîta le pas quand il quitta la demeure.

Le retour au commissariat se fit en silence, Shikamaru réfléchissant à la possible implication de Konan Blue, et aux raisons pour lesquelles ils n'avaient jamais entendu parler du frère de Yahiko Ame avant aujourd'hui, Naruto ruminant son angoisse sourde qui lui tordait un peu plus les entrailles à chaque minutes qui passaient. Tous deux espérèrent que leurs collègues partis au cabinet Aka et Tsuki auraient de nouveaux éléments, mais à leur arrivée ils apprirent que non.

Tenten et Suigetsu firent des recherches poussées sur Nagato Tenrou, recherches qui confirmèrent les dires de Konan Blue et ceux des patrons d'Aka et Tsuki. Nagato Tenrou avait quitté le domicile familial alors qu'il n'avait que seize ans, son père le reniant dans la foulée pour d'obscures raisons de fierté familiale. Nagato avait alors pris le nom de jeune fille de sa mère et s'était fait rayer du livret de famille.

A dix-sept ans, il avait été embauché comme coursier à Aka et Tsuki, tout en poursuivant ses études par correspondance. Impressionnés par ses notes, Hidan Aka et Kakuzu Tsuki lui avaient proposé un poste d'assistant, puis une fois son diplôme obtenu l'avaient embauché. A vingt-six ans Nagato était parti travailler dans la succursale ouverte quelque mois plus tôt à New-York, et il n'était jamais revenu depuis. A l'heure actuelle, Nagato Tenrou était marié avec une certaine Shizune Nurse, bibliothécaire de son état, et avait quatre enfants.

Leurs recherches confirmèrent aussi que l'ancienne propriétaire de la maison de Konan Blue avait durant un temps hébergé Nagato, ce qui expliquait l'adresse sur la carte grise à son nom. Mais elle n'avait aucun lien de parenté avec lui, ni avec Yahiko Ame, ni avec les Uchiwa. En bref, ils avaient fait chou blanc, et Naruto enrageait, tournant comme un lion en cage, incapable de juguler son anxiété.

- Naruto arrête de t'agiter, lâcha pour la vingtième fois Kakashi alors que l'inspecteur blond faisait les cent pas dans la salle de réunion.

Avec un soupir à fendre l'âme, Naruto obéit, se laissant lourdement tomber sur une chaise. Fébrile, il se saisit d'un document posé devant lui, cherchant à se concentrer dessus. Mais rapidement, il abandonna.

Non, il ne pouvait pas réfléchir... C'était impossible. Pas quand tout son être lui hurlait que Sasuke était en danger. Il n'avait envie que d'une seule chose : se précipiter au secours de son ami, l'arracher des mains de cet espèce de malade mental, et lui passer le savon du siècle pour s'être enfui sans le prévenir. Mais bordel qu'est-ce qui lui avait pris ? Il était intelligent non ? Il devait bien se douter que c'était un piège non ?

Naruto laissa tomber sa tête sur la table, fermant douloureusement les yeux. Il n'avait aucune certitude quant aux raisons pour lesquelles Sasuke était parti en plein milieu de la nuit. Avait-il vraiment reçu un message du Carnacier, comme il le soupçonnait ? Ou en avait-il juste eu marre, comme dit dans son message ? Pourquoi laisser un message d'ailleurs ? Alors qu'il n'avait même pas débarrassé son assiette ?

Ou bien était-ce le développement de leur relation qui l'avait fait fuir ? Pour Naruto ça avait été totalement naturel, la suite logique... Ils étaient amants avant, et il n'avait jamais cessé de l'aimer cet enfoiré. Quand ils s'étaient unis, il avait l'impression d'être à nouveau entier... D'avoir retrouvé une partie de lui-même perdue depuis trop longtemps. Mais peut-être que pour Sasuke les choses n'étaient pas aussi simples ?

Il lui avait semblé pourtant que ça l'était. Mais peut-être que Sasuke ne voulait rien de plus qu'un peu réconfort et oublier les horribles révélations de l'après-midi dans une étreinte charnelle. Mais cela n'expliquait pas sa fuite soudaine... Même si apprendre que son père était un putain de psychopathe et que son frère n'était pas mort d'une overdose aurait secoué n'importe qui, Naruto savait que Sasuke était d'une nature vengeresse.

Lui plus qu'un autre aurait tout fait pour faire toute la lumière sur cette affaire et venger son frère. Naruto releva soudain la tête, livide... Ce crétin ne serait quand même pas parti tout seul retrouver ce taré pour lui faire la peau ? Affolé, il sortit son portable de sa poche et tapa un message qu'il envoya rapidement :

" Où es-tu ? Me dis pas que tu es parti faire une connerie !"

Il n'essaya même pas d'appeler. La dernière fois qu'il avait essayé, moins d'une heure auparavant, la voix enregistrée du répondeur lui avait appris que la boîte vocale était pleine et ne pouvait plus prendre de messages... Comme elle le lui répétait bien gentiment environ une fois par heure depuis plus de vingt-quatre heure maintenant. Il se mordit les lèvres pour ne pas hurler de frustration en voyant les très nombreux textos restés sans réponse qu'il avait envoyé.

Une main se posa sur son épaule, attirant son attention sur Lee qui lui fit un sourire encourageant en lui tendant un sandwich.

- Mange, ça te fera du bien.

- Merci Lee, souffla Naruto en prenant le casse-dalle sans grande conviction.

- On le retrouvera, le rassura son coéquipier.

Ni l'un ni l'autre n'exprimèrent à voix haute la crainte commune à tous de retrouver Sasuke sur la table d'autopsie d'Orochimaru. Tsunade avait été très claire : pas question de prendre des risques ! Un seul d'entre eux disparu était amplement suffisant. Le Carnacier n'hésiterai pas à se servir de Sasuke pour leur tendre un piège s'il le détenait vraiment. Et ils ne devaient pas lui faire le plaisir de tomber dedans.

Naruto mordit une microscopique bouchée de son sandwich, mâchant mollement pour avaler. La sonnerie de son téléphone lui indiquant qu'il avait reçu un texto le fit sursauter, et se jeter sur le malheureux engin numérique. Il fronça les sourcils, déçu en voyant que ce n'était pas un message de Sasuke, et s'apprêta à le supprimer quand un doute soudain le fit hésiter. L'écran de son portable lui indiquait diligemment qu'il s'agissait d'un MMS provenant d'un numéro masqué.

Le cœur battant à tout rompre, son estomac se vrillant d'angoisse, Naruto ouvrit le message. Une photo se téléchargea et sous ses yeux agrandis d'horreur il vit Sasuke... Sasuke entièrement nu... allongé à plat ventre sur une étrange table en bois... Ses chevilles et ses poignets attachés à chaque coins de table par des cordes reliées à des roues... Du sang mêlé de sperme tâchant ses fesses, l'arrière de ses cuisses, ses joues et son menton... Ses yeux noirs brillants de larmes... Posé bien évidence près de lui un étrange instrument avec un long bec conique au bout d'une longue vis... Et sous la photo, le message en lui-même :

" Viendras-tu le sauver ?".

To be continued...


Commentaire de l'auteure :

Et oui, voilà... Sasuke est entre les mains du Carnacier. Naruto and Co le sauveront-ils ou Sasuke périra-t-il dans d'atroces souffrances ?

- Lili ! Je te déteste !

Surprise Lili sursaute et se retourne pour voir un Naru fou de rage de précipiter vers elle.

- Ben pourquoi ?

- Devine, ricane Sasu d'un air sadique.

Lili fronce les sourcils et examine de plus près son chapitre.

- Euh... A cause de ce que j'ai fait à Kisame ?

- Cherche encore... rage Naru.

Lili fait la moue et réfléchit intensément :

- Parce que c'est Lee qui t'a donné le sandwich ? Parce que c'est un sandwich et pas des ramens ?

- Je vais la tuer ! hurle Naru.

Pendant que Naru course Lili, qui ne voit toujours pas ce que le blondinet peut lui reprocher, Sasu se tourne vers les lecteurs et demande :

- Et si vous éclairiez sa lanterne ? Une petite review ?


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 7 : Viendras-tu le sauver ?