Voilà la suite de cette histoire. On entre enfin dans le vif du sujet. Je ne sais pas combien il y aura de chapitres à cette histoire (pour l'instant, au brouillon, on est proche de 6) et je publierai souvent mais pas régulièrement (je suis prof donc tout dépend du tas de copies que j'ai).

Rien ne m'appartient, ni les personnages de la série de la BBC ni l'idée originale de l'enquête (celle à partir de deuxième chapitre) qui est largement inspiré de la saga de Marie-Aude Murail Nils Hazard.

J'espère que ça vous plait. N'hésitez pas à laisser un petit mot en partant, ça fait toujours plaisir.

Bonne lecture !

Chapitre 2 :

Lorsque John raccrocha, il donna leur nouvelle destination au chauffeur de taxi et se tourna vers Sherlock :

« Vas-y. Qu'est-ce que tu n'as pas encore déduit ?

- Afghanistan ou la clinique ?

- La clinique. Matthew est celui qui m'a fait rentrer au dispensaire. Il était avec Mike Stamford et moi à la fac. Il s'est installé à Londres avec sa femme et son fils il y a deux ans environ pour ouvrir l'hôpital de jour pour les familles en difficulté… C'était son rêve de gamin... D'après Moira, il est parti travailler ce matin comme à son habitude mais quand elle est allée dans la cuisine, faire le petit-déjeuner pour Sam, il y avait une lettre lui annonçant son départ.

- Il les a quitté pour sa maîtresse, je ne vois où est le…

- Non, Sherlock, coupa John, Matthew n'aurait jamais quitté sa famille comme ça. Tu ne le connais pas. Il tenait à son fils et à sa femme… Et le dispensaire était son projet, à lui tout seul. Jamais il n'aurait abandonné tout ça... » John avait l'air vraiment affecté par cette histoire, Sherlock s'en rendait compte. Mais John était un homme de cœur, de sentiments, tout l'affectait. Est-ce qu'il avait cet air accablé et inquiet pendant mon absence ? Est-ce que ma disparition le touchait autant que cet illustre inconnu dont je n'ai jamais entendu le nom jusqu'à présent ? Sherlock chassa ces idées incohérentes (et profondément sentimentales si on prenait en compte le pincement au cœur qui les accompagnait) pour se focaliser sur cette affaire qui n'en était pas une, ou pas encore. Il fallait qu'il arrive à convaincre son ami.

« John. Si cet homme avait vraiment disparu, pour une raison vraiment grave, sa femme ne t'aurait pas appelé en premier. Elle aurait appelé la police pour signaler le départ étrange de son mari. Pas toi, un ami de la famille qui peut garder cette histoire secrète et essayer de ramener le mari volage. Est-ce que tu connais les termes exacts de la lettre ?

- Quand quelqu'un pleure au téléphone, Sherlock, il est difficile de lui demander d'être exact et précis. Tu ne veux pas attendre d'avoir tous les éléments en main avant de te faire une idée, s'il te plaît ? Pour une fois que je te demande de faire quelque chose pour moi… »

John savait qu'il avait fait mouche. Depuis le retour de Sherlock à Baker Street, John n'hésitait pas à faire jouer le sentiment de culpabilité de Sherlock, aussi mince soit-il. Il ne lui en avait jamais vraiment voulu d'être parti sans lui, il comprenait car, si ça avait été lui, il aurait sûrement fait la même chose. Avec plus ou moins de réussite, évidemment. Ce n'est pas moi le génie. Il avait été malheureux et même pire que ça. Cependant, après son passage au cimetière, l'espoir que tout cela soit une manigance de Sherlock était né. Face à sa tombe, il n'avait pas pu croire à sa mort. C'était illogique, complément fou mais il ne pouvait pas. Sherlock n'était pas mort, il en était quasi certain. Bien sûr, il n'en avait parlé à personne : il ne voulait pas passer pour un fou furieux dépressif. Il avait alors attendu que son ami revienne, continuant sa vie et s'impliquant dans des causes, comme le dispensaire, qu'il pensait justes. Quand Sherlock était réapparu, il avait soulagé puis en colère. Trois ans, c'était sacrément long quand même ! Depuis ce jour, et la monumentale claque qu'il avait donné à Sherlock, il n'avait jamais rassuré le détective sur ses sentiments afin de pouvoir se venger un peu… Et pouvoir avoir une cuisine propre. Cela lui permettait également de cacher autre chose, des sentiments qu'il avait vu apparaître dans les premiers temps après la chute. Des sentiments qu'il ne voulait pas révéler au détective et qu'il préférait dissimuler sous une moue triste et mécontente.

« Bien. Mais attends-toi à être déçu. Céda Sherlock. Comment arrive-t-il à faire ça ?!

-Et toi, à être surpris. »

La maison était une jolie maison de banlieue, comme on en trouve des dizaines dans ce genre de quartier : blanche, aux volets verts, avec une petite barrière entourant un jardin où trônaient des jeux d'enfants. La maison parfaite pour une famille parfaite. Pas si parfaite en réalité. Aucune famille n'est parfaite. Chacune possède des secrets bien honteux qu'ils préfèrent garder en sécurité. Comme le départ d'un mari. Il faudrait que John comprenne. Mais John est bien trop romantique pour comprendre ce genre de choses. Il doit rêver d'habiter dans ce genre de maison. Avec un chien en plus. Ce que je ne peux pas lui donner… Mais pourquoi je pense ça moi ? Sherlock préféra arrêter là ses pensées et puis, John venait de sonner à la porte. Trop dangereux. Une femme leur ouvrit. Brune, 42 ans depuis quelques jours (nouveau bracelet, création assez récente), taille moyenne et enceinte jusqu'au cou. 7 mois pour être exact. Je comprends mieux l'acharnement de John. La femme embrassa le médecin et les invita à entrer. Ses yeux étaient cernés, montrant qu'elle pleurait par intermittence depuis quelques heures déjà. Son regard s'accrocha à lui comme s'il était une bouée de sauvetage. John avait dû faire un portrait plus qu'élogieux de lui.

« Merci d'être venu si vite. Je ne savais plus quoi faire… Matthew… Ce n'est pas possible. Il faut que tu me le ramène, John. » Et elle se remit à pleurer. Voulant éviter à tout prix de supporter une telle scène, Sherlock s'enfuit vers le salon, laissant John consoler la femme en lui chuchotant des paroles réconfortantes (non sans lancer un regard noir au détective pour récompenser son courage exemplaire).

Sherlock regarda autour de lui, scannant la pièce de la plinthe mal fixée en bas du mur est aux photos s'étalant sur le buffet à côté du bureau en désordre où trônaient des papiers d'origine diverse, une tasse du « meilleur papa du monde » et un presse papier en forme de globe terrestre. Sherlock s'approcha du bureau. Factures. Lettre de congés pour son cabinet. Relevés de compte. Agence de voyages. John va être déçu. Il releva la tête. Son regard fut attiré par une photo : elle représentait un homme et son fils. Le garçon portait un ruban bleu et souriait de toutes ses dents. Premier prix de sciences. Projet père-fils. Sont très proches. Mais il l'a quand même abandonné. Cette affaire avait des résonnances avec son propre histoire et ça ne lui plaisait pas du tout. Le jeune garçon de la photo fit soudain son apparition.

« Vous êtes qui ? » Il avait 8 ans, les yeux verts, brun, des taches de rousseur et une fossette au menton. Il tenait dans sa main gauche, une trousse rouge tâchée. Sûrement pour une nouvelle maquette. Avant qu'il ne puisse répondre, Moira et John apparurent dans la pièce.

« Sam, mon chéri. Il est l'heure de goûter. Viens dans la cuisine. Maman doit parler aux deux messieurs.

- Maman, pourquoi tu pleures ? Et c'est qui, eux ?

- Des amis. Ne t'inquiète pas, mon chéri. Maman va bien. Une histoire de grandes personnes » Renifla Moira. Elle prit son fils par la main qui grognait de mécontentement face aux répliques de ces adultes qui ne voulaient jamais mettre au courant les enfants qui pourtant pouvait aider parce que maintenant il était grand et puis zut !

John sourit et se tourna vers le détective :

« Il me rappelle étrangement quelqu'un.

-Je ne vois pas de quoi tu parles. Je n'ai pas de taches de rousseur.

-Je ne parlais pas de…

- John, coupa Sherlock, il avait préparé son coup. Il y a encore sur son bureau son lettre de demande de congés pour l'hôpital ainsi que le solde de tous ses comptes. Il a pris un billet en aller simple pour Florence, dans une agence différente que celle où il prévoit ses vacances. Il est parti, John, sans intention de retour. La lettre doit être seulement pour assurer ses arrières si jamais sa secrétaire le délaisse.

- Sa secrétaire ?, s'étonna John.

- C'est toujours la secrétaire. » Conclut Sherlock, sur le ton de l'évidence. Son regard bleu était planté dans celui de John. Il voulait lui montrer son soutien, qu'il était là maintenant qu'il lui avait apporté les preuves que son « ami » était parti, laissant une femme enceinte et son fils derrière lui. Il voulait lui montrer que lui, Sherlock, ne le laisserait jamais plus. John mit sa main sur le bras de Sherlock et approcha ses lèvres de son oreille :

« Tu n'as pas encore gagné, Sherlock. » Le détective prit un air étonné : John avait-il pu mal interpréter son regard ? Comment pouvait-il croire qu'il frimait alors qu'il cherchait juste à lui donner toute la compassion dont il était capable ? Sherlock ne put étendre ses réflexions que Moira réapparaissait déjà dans le salon, avec le thé. Le docteur lâcha le bras de son ami, non sans un regard appuyé vers celui-ci, pour lui prendre le plateau des mains et le poser sur la table basse.

« Samuel se doute de quelque chose. C'est un garçon intelligent. Son père et lui étaient sur un nouveau projet pour le club de sciences… Et Matthew devait prendre son après-midi pour le finir… Je ne sais pas comment lui dire que son père… que son père.» Moira recommença à pleurer. Cette femme ne s'arrête donc jamais. Comme s'il avait lu dans ses pensées, John donna un coup de pied dans la cheville du détective qui étouffa une expression de douleur.

« Moira, on va le retrouver, ne t'inquiète pas. Sherlock est un excellent détective. Il trouverait n'importe qui sans bouger. Il te ramènera Matthew. N'est-ce pas Sherlock ?, promit John, avec un regard appuyé.

- Euh… Oui. Tout dépend. » Sherlock avait l'air étrangement mal à l'aise. Le compliment de John avait déclenché une fête dans son estomac. Il but une gorgée de thé (pas aussi bon que celui de John) pour reprendre contenance.

« Est-ce que l'on pourrait voir la lettre qu'il vous a laissé ?

-Bien sûr. » Elle se leva jusqu'au buffet et pris une feuille de papier dans le tiroir avant de la tendre à Sherlock. John se pencha, afin de lire par-dessus l'épaule de son ami. Proche. Un peu trop proche. Bon dieu ! Reprends-toi Sherlock ! Il commença à lire :

« Moira chérie,

Je vais bien, ne t'inquiète pas mais il faut que je parte pour quelques temps. Je ne serai pas long. Ne préviens pas la police, tout ira bien. Je reviendrai. Ne dis rien à mes parents, ni à Sam ou juste que je me suis engagé pour une mission humanitaire. Je n'en sais rien.

Je rentrerai. Ne me fais pas chercher.

Je t'aime

Matthew »

Oh ! Voilà qui est différent. Merci John. Pas une simple affaire d'adultère. La secrétaire n'a rien avoir là-dedans. Bien plus complexe. Une affaire qui a pu pousser un homme sans histoire à partir à l'autre bout de l'Europe.

« Pourquoi Matthew ne parlait-il plus à ses parents? Demanda Sherlock.

-Comment diable savez-vous que Matthew et ses parents ne se parlent plus ?, s'étonna Moira.

-Simple détail. Alors ?

-Matthew les a mal conseillés pour un placement et ils ont perdu beaucoup d'argent. Mais Matthew a toujours été prévenant. Quand sa mère téléphone pour prendre des nouvelles du bébé, il demande toujours comment elle va.

-Où habitent-ils ?

-A quelques pâtés de maisons d'ici. Quand nous sommes venus à Londres, Matthew voulait être proche de ses parents. C'est ici qu'il a grandi… Il voulait que les enfants soient heureux comme lui l'a été. » Posant sa tasse, Sherlock se leva d'un bond, entraînant John dans sa course.

« Très bien, Mrs Clarkson. On prend l'affaire. » John tourna sa tête à toute vitesse, manquant de se briser la nuque. Il avait un immense sourire et éclat dans le regard. Si je ne me retenais pas, je pourrais même l'embrasser ! Du calme, John. Sherlock serra la main de Moira et John l'a pris dans ses bras, la rassurant encore du retour de Matthew. A ce moment-là, alors qu'ils étaient sur le pas de la porte, Samuel apparu de nouveau, les bras chargés de bois et de figures en plâtre.

« Maman ! Il manque des pièces !, s'alarma le jeune garçon.

-Plus tard, mon chéri. Je raccompagne ces deux messieurs.

-Mais Maman ! C'est le mobile pour le bébé ! S'il manque des pièces, Papa va me gronder et va être déçu quand il va revenir. C'est quelqu'un qui les a volés ! » Samuel se mit à pleurer. Le monde semblait s'écrouler autour de ce petit garçon qui ne voulait en aucun cas causer de la peine à son père. Sans crier gare, Sherlock s'agenouilla vers lui et, lui posant la main sur son épaule, il demanda :

« Quelles sont les pièces qui manquent ? » Le garçon leva ses yeux verts vers le détective, le sondant de son regard rempli de larmes comme s'il cherchait à savoir s'il pouvait lui faire confiance. John s'était arrêté de respirer. La scène lui paraissait irréelle.

« La terre et le soleil. Le mobile doit ressembler au système solaire. » John émit un petit son, un rire étouffé. Sherlock n'en prit pas compte et tendit la main vers une planète. Mercure. Première planète du système. Egalement dieu des messagers pour les Romains. John avait raison, la connaissance du système solaire peut être utile… Il va être invivable.

« Tu me le prêtes ?

-Pour quoi faire ?, interrogea Sam, suspicieux.

-Pour faire savoir à ton père que je viens de ta part. » John lâcha un « Sherlock ! » appuyé et Moira fit un geste vers son fils. Mais c'était inutile. Le garçon avait déjà compris.

« Vous direz à Papa qu'on en a besoin avant que le bébé n'arrive.

-De la terre et du soleil ?

-Surtout du soleil. »