Salut à toutes !
Je voulais commencer par vous remercier d'être de plus en plus nombreuses à lire ma fic et à laisser des commentaires et je tenais à saluer les "habituées" en particulier. (elles se reconnaitront, mais si ce n'est pas le cas : Mocchi, L'Vin et Laura-067)
J'ai mis beaucoup de coeur dans ce chapitre pour me "rattraper" par rapport à mon dernier UPDATE qui ne vous avait pas réellement emballées (dans l'ensemble). Je pense ne rien vous apprendre en disant qu'il est difficile d'écrire. Cela demande du temps et de l'investissement intellectuel et affectif. Je ne vous demande pas d'adhérer à toutes mes idées, ni à tous mes délires, bien entendu et je suis heureuse quand vous me formulez des critiques pour améliorer l'histoire (c'est pour cela qu'il est important de laisser des reviews, pour pouvoir faire entendre votre voix !). Je fais de mon mieux pour que le scénario vous emballe, mais j'écris avant tout pour moi-même et si je prends AU MAXIMUM en compte vos remarques, il faut que vous compreniez que je ne peux décemment pas changer complètement l'orientation de cette histoire, ni faire plaisir à tout le monde... C'est juste impossible...
Je vous remercie donc de votre compréhension et j'espère que vous continuerez à suivre l'évolution de "Shadows and Light", car j'ai encore beaucoup de choses à raconter et tout autant d'idées/de surprises !
Ces précisions étant précisées, place à la suite.
Au programme de ce week-end : Le loup entre dans la bergerie, essaye de manger l'agneau, mais se heurte au chien de garde.
Enjoy !
Cela ne lui ressemblait pas.
Non définitivement pas.
Habituellement, lorsqu'Aomine dépassait les bornes – à peu près dès qu'il ouvrait la bouche, donc – Kagami lui bondissait sur le poil, toutes griffes dehors. Parfois, cela suffisait à le remettre temporairement à sa place. Et d'autres fois, non. Leurs rapports étaient souvent tendus. Ce n'était pas qu'ils se détestaient ou ne pouvaient se supporter mutuellement, mais le brun prenait un malin plaisir à provoquer le roux, dès qu'il en avait l'occasion. Ils étaient comme chien et chat, particulièrement irritables et instables en présence l'un de l'autre. Cependant, globalement, leurs relations s'étaient drastiquement améliorées depuis quelques temps. Aomine aimait taquiner Kagami, mais c'était davantage pour montrer son affection envers lui que pour lui nuire réellement. Par contre, l'Américain avait du mal à prendre de la distance vis-à-vis de ces attaques, aussi inoffensives soient-elles. Il tombait constamment dans le panneau...
Mais ce soir...
C'était différent.
Parce qu'il ne savait tout bonnement pas comment réagir face à la demande d'Aomine.
Une bonne engueulade ou un énergique one on one suffisaient à remettre les pendules à l'heure quand Daiki allait trop loin.
Pas certain que cela suffise aujourd'hui...
Kagami se figea. Il n'arrivait pas à réagir. A trouver quoi répondre. Ni même à lui envoyer un coup de poing bien placé. Ils étaient si proches... BEAUCOUP trop proches, coincés sur ce minuscule sofa. A tel point qu'il pouvait sentir la respiration d'Aomine venir mourir dans son cou. Kagami était tendu. Impossible pour lui de riposter. Que répliquer ? Que faire ? Le choc et la surprise étaient trop forts. Kagami était perdu, submergé par un flot trop important d'informations et d'émotions qui saturaient son cerveau, qui n'avait vraiment pas besoin de cela.
Et les choses ne s'arrangèrent pas quand Aomine lui saisit le bras. Non, vraiment pas...
Sa poigne était douce et ferme à la fois. Le tigre portait un sweat à manches longues alors leurs peaux n'entrèrent pas en contact fort heureusement. Ce geste fut pourtant suffisant pour le faire flancher. Ses tripes lui hurlaient de s'enfuir, Mais c'était déjà trop tard. Son corps refusait d'obéir, ses muscles se crispèrent brusquement en signe de repli. Le prédateur le tenait, il était pris au piège. Un frisson parcourut son échine et il eut la chair de poule. Pourtant, il ne faisait pas froid. C'était tout le contraire même. La pièce semblait baigner dans une chaleur moite insoutenable. Kagami comprit alors...
Qu'il allait se faire...
Manger.
Et rien ne pourrait empêcher cela.
Aomine profita de l'immobilité (immobilisation ?) de Kagami pour fondre sur ses lèvres.
A ce stade, il se servait directement à la source. Sans doute dans le but de convaincre le récalcitrant propriétaire des lieux. Le brun commença en douceur, dessinant le contour des lèvres de Kagami avec sa langue. Ce mec qu'il détestait aux dernières nouvelles, non ? Daiki Aomine... l'enfoiré qui avait jeté Kuroko sans état d'âme... celui qui avait dit que sa lumière était « trop faible »... ce même connard prétentieux qui les avait humiliés lors de l'Interhigh... CE Daiki Aomine ! Qui était à présent assis à côté de lui, sur son fauteuil et lui l'embrassait !
L'as de Toho le mordilla et profita du fait qu'il écarte les lèvres pour se glisser au chaud. Exactement comme lors de leur premier et unique baiser. Sa technique semblait parfaitement au point et bien rodée. Combien de filles... et de garçons avaient goûté le japonais ? Combien en avait-il séduits ainsi ? Ces désagréables interrogations lui trottèrent dans la tête jusqu'à ce que langue d'Aomine vienne danser avec la sienne en douceur, lui faisant l'effet d'une anesthésie. Le roux ne parvenait plus à réfléchir correctement, si bien qu'il se laissa faire, se tranquillisant dans les bras d'Aomine, à présent passés autour de ses épaules. Il ferma les yeux, s'abandonnant à son agresseur. C'était comme si ce baiser empoisonné lui aspirait toute volonté, l'en vidant totalement...
Il n'arrivait pas à croire qu'il laissait Aomine, entre tous, lui faire cela. C'était très différent de leur baiser « amical » de la dernière fois. Peut-être pas dans la forme, mais dans le fond, c'était autre chose et cela, même un novice comme Kagami pouvait le sentir. En un sens, c'était humiliant... comme s'il le laissait se servir sur sa dépouille, après un combat à mort. Combat qu'ils n'avaient même pas livré dans les règles... Non, il ne pouvait pas le laisser gagner ainsi... se soumettre de cette façon...
Mais brusquement, l'instinct de survie du tigre sembla reprendre le dessus et son corps passa en pilote automatique. Privé de la vue à cause de ses yeux clos, ce furent ses sens restants qui s'embrasèrent d'un seul coup.
D'abord, l'odorat, qui avait toujours été sensible chez Kagami. Aomine sentait un parfum très masculin... musc boisé mêlé à de la transpiration. Cela ne dérangeait pas le félin rouge, au contraire, c'était la marque olfactive distincte d'Aomine, qui le rendait repérable dans l'air, même avant que Kagami n'aperçoive sa silhouette. Ensuite, l'ouïe. La bouche d'Aomine quitta la sienne. Haletant, le brun entreprit de lui embrasser le cou. Sa nuque découverte, bien en évidence, devint la cible des baisers et mordillements d'Aomine. Le plus grand basketteur entreprit de l'allonger dans le sofa, profitant du manque de réaction de Kagami.
Les bruits de succion discrètement érotiques, combinés au froissement des vêtements engendré par leur soudaine recherche de contact intime, avaient composé une litanie envoûtante, uniquement ponctuée par le bruit erratique de leurs respirations dissonantes. Quant au toucher... même si Kagami était toujours passif, gardant les bras le long de son corps, il sentait qu'Aomine cherchait à le coincer sous le poids de son corps athlétique, musculeux et anguleux. Bien que leurs peaux soient toujours dissimulées sous leurs vêtements, une enivrante chaleur irradiait de l'homme couché sur lui. On aurait dit qu'Aomine voulait fusionner avec lui, tant il se pressait contre lui avec insistance. Et oui, maintenant que la panthère le tenait, elle n'allait pas le laisser fuir si facilement...
Et enfin... le goût.
Oh God... le GOÛT...
Intoxiquant. Addictif.
C'était comme si Aomine voulait marquer son territoire et apposer sa marque sur lui, pour bien faire comprendre aux rivaux potentiels que la place était déjà prise. Le tigre était chasse gardée (n'est-ce pas, Midorima?). Tout le monde sans exception devait en être informé et le fauve sombre le gratifia d'un superbe et douloureux suçon, bien visible sous le côté gauche de la mâchoire. Une fois son œuvre accomplie, il reprit possession des lèvres de Kagami et son intrusion se fit plus belliqueuse. Une lutte s'engagea alors rageusement entre eux, chaque armée cherchant à repousser l'autre hors de son territoire. Pas question de se soumettre ! La langue du brun prit finalement le dessus, envahissant la bouche du tigre. Enfin ! Enfin Kagami essayait de le repousser ! Mais cette tardive prise de conscience ne suffit pas. Tout du moins, jusqu'à ce qu'émoustillée et curieuse, la panthère décide de lever le pied pour voir ce que le roux comptait faire.
Et elle n'allait pas être déçue du voyage !
Déjà qu'elle osait pénétrer chez lui pour le molester, sans s'essuyer les pieds, ni même lui offrir de fleurs ! Non mais quel TOUPET, quelle GOUJATERIE ! C'était caractéristique d'Aomine ! Prendre par la force ce qu'il désirait, comme s'il pouvait se passer la permission des autres, qui n'était qu'une simple formalité à ses yeux. En réalité, le brun ne faisait que tester les limites de Kagami. Il ne voulait pas le blesser, juste jouer un peu avec lui et voir jusqu'où il pouvait aller sans se prendre un coup de poing.
Kagami se montra vindicatif et même, revanchard. Il imposa sa cadence et le baiser s'enflamma. Ses ongles courts s'enfoncèrent dans la chair tendre des épaules légèrement dévoilées d'Aomine. Kagami était toujours coincé sous le brun, mais il ne subissait plus, pour le plus grand bonheur (et étonnement) de la panthère. La réponse du tigre s'était faite attendre, mais Aomine réalisa avec effroi que Kagami avait une volonté phénoménale. Bien-sûr, il le savait capable de rivaliser avec lui sur le plan de la force pure, mais il n'aurai jamais cru Kagami capable de le... surpasser... L'étreinte du roux se faisait étouffante, dévorante, emplie de frénésie et... de désir... ?
« Aaahh... »
Aomine arriva à se soustraire aux lèvres chaudes de Kagami juste assez longtemps pour libérer un gémissement. Cette proximité mêlée à la prise d'initiatives de l'autre commençaient à le mettre dans un certain état... et il pria secrètement pour que le roux n'ait rien remarqué... Parce que là, l'excitation d'Aomine était complètement retombée. Et pas dans le sens « évanouie », non, non, dans le sens... tombée... vers le sud ! L'afflux de sang et de plaisir se concentrait à présent dans la région de son aine et du coup, une réaction physique impudiquement pressée contre la cuisse de Kagami se dessinait peu à peu.
Si cela continuait il allait... perdre le contrôle...
Et... il ne voulait pas faire fuir Kagami ou l'effrayer... c'était beaucoup trop précipité, trop tôt...
Soudainement (et heureusement pour Aomine), le bruit d'une clé que l'on tournait dans la serrure se fit entendre. Elle ne coupa pourtant pas nettement les ardeurs de la bête féroce qui lui mangeait la bouche, mais lorsque les deux nouveaux protagonistes firent leur entrée dans l'appartement, Kagami battit en retraite. Merde ! Dire que l'as de Seirin était bien lancé, quel dommage !
« …. Ahaha mais non Kise ! Ce n'est pas comme si on allait leur tomber dessus, alors qu'ils sont en train de se rouler des pelles sur le sofa en guise de préliminaires ! C'est totalement impossible, connaissant Taiga, ils sont sûrement...»
« Anooo... Himurocchi... » Objecta Kise en l'interrompant.
Il pointa ensuite de son index le couple allongé sur le canapé – dans une position plus que compromettante - et il se frotta la tête, mal à l'aise. Himuro n'avait encore rien vu, puisqu'il était encore tourné vers Kise, qui se tenait derrière lui, pour lui parler. Cependant, en lisant l'embarras dans le regard du blond, il se décida à finalement jeter un œil à la scène qui se déroulait devant eux...
« Taiga ! »
Le brun de Yosen rougit furieusement, surpris par l'attitude dépravée de son adorable petit-frère ! Ahhh c'était exactement la raison pour laquelle il ne voulait pas qu'Aomine s'en approche ! Ce dépravé avait déjà commencé à souiller l'innocence de Kagami ! On les laissait seuls cinq minutes (bon, plutôt une bonne demi-heure) et voici ce qui arrivait !
Les rôles s'étaient carrément inversés par rapport à leur début de soirée et à présent, c'était Himuro qui endossait le rôle du père de famille choqué par son adolescent ! Kise lui massa les épaules gentiment pour le détendre, pris de peur à l'idée que son aîné puisse faire une crise cardiaque face à cette terrible découverte !
« Respire Himurocchi ! »
Le pervers en chef affichait de belles rougeurs (plutôt à cause du baiser débridé de Kagami. Il se moquait bien d'avoir été pris en flag' par les deux autres) et il se dégagea rapidement de sur sa proie.
« Amène-toi Kise, on se casse ! » Décréta Aomine en réajustant ses fringues.
« Aomine... » Murmura Kagami, encore en transe.
« On s'appelle, ok ? Et réfléchis à ma proposition... » Lança t-il au tigre anesthésié.
« Aominecchi ! J'ai pas envie de partiiiiiiiiir ! Aïeeeeeeeee !» Protesta le kitsune, tandis que la panthère lui attrapait l'oreille pour le tirer hors de l'appartement. Pratique ce piercing, au passage !
La porte claqua et les deux ex-joueurs de Teiko quittèrent les lieux, laissant Himuro et Kagami en tête à tête. Ouf ! Aomine avait réussi à fuir avant le début des hostilités ! Il ne tenait pas à assister aux remontrances d'Himuro, ni même recevoir une leçon de morale bien pensante de sa part ! Mais la bonne nouvelle du jour pour Aomine, c'était que l'élu de son cœur n'était pas insensible à ses charmes... Il l'avait senti répondre au baiser et même lui rendre et ça... c'était magnifique. Il était sur un petit nuage !
L'équipier de Murasakibara, quant à lui, fronça des sourcils et une aura menaçante émana de lui. Il croisa les bras sur son torse.
« Taiga, il faut qu'on parle ! »
La fin de soirée allait être LONGUE pour Kagami.
Le rouge marchait vers le lycée en ce lundi matin, perdu dans ses pensées. Il avait encore du mal à réaliser qu'il avait laissé Aomine l'embrasser... bon, ce n'était pas la première fois, mais... cela n'avait rien eu d'amical comparé à l'autre fois sur le terrain de street basket. Ou peut-être que si... ? Raaah ! Il avait du mal à réfléchir et à ordonner son raisonnement, tant les évènements de ces derniers jours se bousculaient dans sa tête...
Aomine l'aimait... ? Ou n'était-ce que de l'attirance physique ? Peut-être qu'il cherchait à se moquer de lui, encore... ce serait tellement plausible venant de son rival que le roux ne s'en étonnerait pas. Mais jusqu'ici, jamais le brun n'avait cherché à le « tromper » de la sorte, ni à jouer avec ses sentiments et ça n'avait pas l'air d'être son genre. Alors il était sans doute sérieux... et ça ne faisait que compliquer les choses ! Merde de merde de merde ! Qu'allait-il bien pouvoir lui répondre ? Hier, il avait apprécié, il ne pouvait le nier... putain...
« Kagami-kun. »
Le grand basketteur sursauta. Maudit Kuroko ! Il avait toujours le don d'apparaître quand on s'y attendait le moins ! Il se téléportait ou quoi ?!
« Salut Kuroko... oh... et Furi aussi. »
Le jeune verseau était accompagné par le chihuahua, Furihata. Depuis qu'ils étaient passés en seconde année, Furi s'était pas mal rapproché d'eux. Sûrement parce que ses deux autres camarades habituels étaient dans une autre classe, alors que lui était resté dans celle de Kuroko et Kagami.
« Tu as froid ? Pourtant, le printemps est déjà bien entamé... » Sourit Kouki en désignant l'écharpe négligemment enroulée autour du cou de Kagami.
Et c'était d'autant plus suspect qu'il était le seul à en porter une. Virant au cramoisi, Kagami remonta l'étole de laine jusqu'à son nez pour cacher son visage le plus possible, mais aussi et surtout le beau suçon violacé laissé par Aomine sur son cou, en guise de souvenir. Il enfonça sa tête dans ses épaules et grogna.
« Heu... j'ai dit quelque chose de mal ? » S'inquiéta le jeune brun, qui ne tenait pas à s'attirer l'ire de Kagami.
Kuroko secoua la tête et sourit discrètement. Il avait sa petite idée toute personnelle sur la cause de la mauvaise humeur de Kagami.
« Tiens, au fait, j'ai croisé Aomine-kun ce matin. »
Immédiatement, le phrase eut l'effet escompté et Kagami se tendit subrepticement. Il tendit cependant une oreille curieuse pour écouter la suite...
« Il m'a dit qu'il t'a envoyé des messages Kagami-kun, mais que tu ne lui as pas répondu. »
Ce n'était pas volontaire, en plus.
« J'ai oublié de prendre mon portable ce matin en sortant. »
C'était la pure vérité et voici que le rouge se mettait à avoir peur qu'Aomine s'imagine qu'il lui faisait la gueule vis-à-vis d'hier... Putain, ridicule... On s'en foutait de l'avis de ce sale ganguro trop bronzé !
« Oh je m'en doutais, c'est ce que je lui ai dit. »
Kagami soupira... de soulagement... ? Et re-putain !
« Alors il m'a demandé de te transmettre un message. »
Le tigre tourna la tête vers son ami, intrigué. Il espérait que ce n'était rien de pervers et surtout, il croisa les doigts pour qu'Aomine n'ait pas parlé à Kuroko de leur petit « corps à corps » de la veille. Il ne voulait pas se taper la honte !
« Il a dit qu'après les cours, il allait se mettre en quête d'un nouveau terrain de street basket pour que vous puissiez à nouveau vous affronter tous les deux. »
« 'Tain quel con, j'te jure... et têtu avec ça... »
Kagami lui avait pourtant bien dit qu'il ne voulait plus jouer contre lui ! Du moins, pas tout de suite ! Il avait besoin de progresser avant de se re-mesurer à lui. Non, rectification, ILS avaient besoin de progresser, tous les deux. D'acquérir de nouvelles techniques, de nouveaux réflexes et de travailler leurs faiblesses pour pouvoir se subjuguer l'un l'autre... encore et encore...
« Et c'est tout... ce qu'il t'a... hmm... dit ? » Demanda t-il, une pointe de gêne dans la voix.
« Oh il a aussi parlé de t'aider à réviser l'Histoire. »
Génial... ce type n'abandonnait pas facilement, on dirait ! Kagami ne lui avait même pas encore donné sa réponse au sujet de... sa demande... qui conditionnait et bien... sa proposition de tutorat. Rien que d'y repenser, Kagami en avait mal à la tête. Il renifla sèchement.
« J'ai pas besoin de cet enfoiré. » Décréta t-il, à moitié convaincu seulement.
« Tu auras tout loisir de lui dire, puisqu'il va venir à la pause déjeuner pour discuter des modalités avec toi. »
« QUOI ? » Hurla Kagami.
« Il y a un problème ? » Interrogea innocemment Kuroko, en se tournant vers lui.
« N-non... mais c'est juste que je... j'ai... pas envie d'voir sa sale gueule, c'est tout ! » Répondit-il, encore trop troublé par ce qui était arrivé hier entre lui et Aomine, pour oser lui faire face.
« Je croyais que vous aviez fait la paix et que vous étiez devenus amis. » Poursuivit Kuroko en remuant le couteau dans la plaie.
« N'importe quoi ! C'est lui qui t'as raconté ces conneries ? C'est mon rival, rien d'autre ! »
« Tu es sûr qu'il est uniquement cela ? »
Cette fois, Kagami fut tellement décontenancé par la question qu'il se mangea violemment un poteau qui semblait être apparu comme par magie sur sa route.
« Haaaa bordel de merdeeeeuh ! » Râla le rouge en se frottant le front.
Son écharpe glissa légèrement suite au choc et dévoila le suçon...
Kuroko gloussa un peu, tandis que Furihata détourna le regard, embarrassé. Cela ne les regardait pas, après tout. Et même s'il en crevait littéralement d'envie, Kuroko se retint de faire un quelconque commentaire à ce sujet, faisant mine de n'avoir rien remarqué. Furihata l'imita. Et ils décidèrent d'en rester là, incident clos. Mais incident qui ne fit que confirmer les suppositions de Kuroko quant à la véritable nature de la relation d'Aomine et Kagami. Apparemment, la panthère avait fait le premier pas hier et l'ombre de Seirin en était ravi pour lui. Kagami semblait avoir encore un peu de mal à l'accepter, mais ça allait venir, ça ne faisait pas de doute ! Aomine était un garçon charmant pour qui se donnait la peine d'aller au delà de son apparence un peu bestiale et rude. C'était comme pour Kagami, au fond. Les deux géants avaient un cœur d'or sous leur extérieur barbare...
Les trois garçons se remirent tranquillement en route et Kuroko décida de ne plus importuner Kagami. Le rouge risquerait de se faire renverser par une voiture à la moindre remarque de travers un peu taquine ! Cependant, le fantôme ne manqua pas de noter que Furihata semblait... ailleurs. En effet, il pianotait frénétiquement sur les touches de son téléphone et cela n'avait pas échappé à l'oeil averti de l'observateur naturel de Seirin.
« Furihata-kun, tu écris à ta petite-amie ? »
Le brun se mit à rire nerveusement et arbora à son tour de belles rougeurs révélatrices.
« Non... enfin... ce juste une bonne amie... »
« On la connaît ? » S'intéressa même Kagami, en se penchant vers lui.
Furihata secoua la tête.
« Elle ne vit pas à Tokyo, contrairement à nous. Je l'ai rencontrée sur le forum de discussion dont tu m'avais parlé Kuroko-kun. »
« Ohh celui-là hein ? » Un sourire se dessina sur le visage de Kuroko.
Et en général, ça n'annonçait rien de bon !
« Heu oui... pourquoi, il y a un problème ? »
« Non, non, c'est très bien même. Et vous vous parlez depuis longtemps tous les deux ? »
« Un mois, je dirai. Mais ça ne fait que quelques jours que j'ai son numéro de téléphone. »
« Et elle mignonne ? Tu l'as déjà vue en photo ? Elle a un copain ? » Le pressa Kagami.
« On se connaît à peine alors... pour le moment, je prends le temps de la découvrir. Je me fiche bien de savoir à quoi elle ressemble, mais je suis sûr qu'elle est me plaira et quant à savoir si elle a un amoureux, c'est un sujet trop intime pour l'aborder tout de suite. Je préfère... ne pas me précipiter, ça pourrait tout gâcher entre nous, alors que tout va parfaitement bien jusqu'ici. »
« Waaah le timide Furi est un philosophe romantique en fait ! » S'étonna Kagami avant de poser amicalement une main sur la tête de son coéquipier.
« Tu devrais peut-être lui demander des conseils amoureux, Kagami-kun. Il a l'air de mieux savoir s'y prendre que toi. »
« Raaah laferme Kuroko ! »
Les trois lycéens éclatèrent de rire, tandis qu'ils arrivaient devant leur établissement scolaire. L'ambiance était vraiment bon enfant en ce début d'année.
Espérons que cela continue ainsi...
A midi, la sonnerie tira les élèves de la classe de 1ère C de leur léthargie. Kuroko laissa échapper un bâillement, quant à Kagami, il dormait carrément. Ce cours de littérature les avait assommés. Heureusement, ils savaient qu'ils pourraient emprunter ses notes à Furihata, qui lui, avait bu les paroles de la prof. Dernièrement, le meneur de jeu remplaçant était très assidu dans cette matière et une certaine « Red Queen » n'y était bien-sûr pas étrangère...
A midi et quart, alors qu'ils se dirigeaient vers le réfectoire pour rejoindre leurs senpais, Kuroko reçut un SMS.
De : Eromine
Reçu à : 12h14
Hey t'es où ? J'attends devant la grille de votre lycée là avec Satsuki. Elle voulait te voir. Tu peux embarquer Bakagami avec toi ? Il faut que je lui parle de ce dont je t'ai parlé ce matin pour que tu lui en parles.
De : Tetsu
Reçu à : 12h15
J'ai rien compris. Tu peux la refaire ?
De : Eromine
Reçu à : 12h15
Putain fais pas le con Tetsu ! Attrape juste Kagami par la peau de son cul et amenez-vous ici ! Et prends-moi un sandwich au bœuf teriyaki, j'ai faim moi merde ! Alors dépêchez-vous ! PS : Satsuki t'a préparé un bento. Bon courage, mon pote.
Sentant sa dernière heure arriver, Kuroko déglutit avec peine. Puis, il se tourna vers Kagami, qui faisait déjà la queue pour commander son sandwich de 60 cm.
« Aomine-kun et Momoi-san nous attendent dehors. Nous allons manger avec eux. »
« Il était sérieux alors ce matin quand il disait qu'il allait passer ici... »
« Aomine-kun est toujours sérieux. Enfin, sauf quand il ne l'est pas. »
Kagami haussa un de ses sourcils tigresques, en signe d'incompréhension totale. Mais bon, il avait l'habitude maintenant avec Kuroko... il était bizarre, parfois !
« J'ai pas envie de le voir, je te l'ai dit ce matin. Alors trouve une excuse pour qu'il me lâche. »
« Il ne va pas être content, tu sais... Il risque de revenir t'attendre ce soir après les cours, s'il ne peut pas te voir à la pause déjeuner. »
L'Américain grommela et se tendit, n'ayant pas spécialement envie de jouer à chat avec la panthère noire. Mais il savait qu'Aomine serait capable de venir le chercher lui-même au self s'il le fallait. Rien qu'à l'idée du scandale qu'il pourrait taper, Kagami frissonna.
« Que dois-je lui dire ? »
« J'en sais rien, trouve un truc ! Moi pendant ce temps, je vais me planquer quelque part où il ne pourra pas me trouver ! »
« Je te déconseille les toilettes des filles. Haizaki-kun aussi pensait que c'était une bonne idée, au départ, mais ça n'a pas empêché Aomine-kun de l'en déloger à grands coups de pieds, devant tous les élèves du collège. »
Mince, la seule idée qu'avait eu Kagami n'était donc pas une option envisageable...
« Haizaki ? Qu'est-ce que ce connard avait fait pour qu'Aomine veuille lui en coller une ? »
« Il avait pris le dernier sandwich au bœuf teriyaki à la cantine... »
Ah ouais quand même. Bon. Dans ce cas, il ne lui restait plus qu'une seule solution.
« Oi ! Riko ! » Appela Kagami dans la file.
Kagami était à peu près sûr qu'Aomine ne frappait pas les gonzesses. Mais attends une seconde ! Est-ce que ça marchait aussi pour les... nanas comme Riko, qui tenait plus de la mégère apprivoisée que de la damoiselle en détresse ?
« Qu'est-ce que tu fais, Kagami-kun ? »
« Je vais me cacher derrière la coach ! Il osera rien me faire, elle est beaucoup trop flippante, même pour lui ! »
Kuroko soupira. De vrais gamins ces deux fauves...
« Putain qu'est-ce qu'ils foutent ? »
Aomine faisait les cent pas, mains derrière le dos, devant les grilles du lycée de Seirin. Il était fébrile, souhaitant voir Kagami, mais d'un autre côté... il craignait la confrontation... Après ce qui était arrivé hier, le roux n'avait peut-être plus envie de lui parler. Et si Kagami n'était pas capable d'assumer ?
« Dai-chan, calme-toi ! Tu me donnes le tournis ! » Se lamenta sa manager, assise sur une des barrières.
Comme si les dieux avaient eu pitié d'elle et l'avaient entendue, Kuroko ne tarda pas à arriver. Et il n'était pas seul.
Sauf que ce n'était pas Kagami qui l'accompagnait, mais l'aigle de l'équipe, Izuki. Aomine se précipita vers eux et Kuroko lui tendit son sandwich.
« Teriyaki, comme tu me l'as demandé. »
« Ouais merci... et Kagami ? Il arrive bientôt ? » Fit-il en lui arrachant le succulent repas des mains.
« Il ne se sentait pas bien. »
« T'es sérieux là ? Il est... malade ? Il a quoi ? »
Aomine ne put s'empêcher de s'inquiéter, presque instinctivement. Merde, il était déjà si accro ?
« Rien de grave, juste une... » Kuroko s'interrompit, cherchant ses mots. Et une bonne excuse, surtout.
« Une petite crise de lâcheté aigüe. » Compléta astucieusement Izuki.
Momoi sauta au cou du sixième homme de Teiko, le câlinant et lui remettant son bento, préparé avec amour. Aomine, lui, serra le poing.
« Hai. Mais tu ne peux pas aller lui casser la figure Aomine-kun. »
« Donne-moi une seule bonne raison de ne pas le faire. »
« Il s'est caché derrière notre coach. » Affirma Kuroko.
Aomine se mit soudainement à trembler et il relâcha toute sa colère. Ah ouais, la coach, hein ? Ce gorille femelle dotée de la grâce d'un hippopotame en armure ? Bon, ok, ça irait pour cette fois, Kagami avait de la chance... et Aomine ne renonçait pas du tout parce qu'il avait les chocottes, non, non...
« Bon... je repasserai l'attendre après votre entraînement. Dis-lui, ok ? »
« Hai. »
Kuroko s'assit avec Momoi et Izuki, avant d'ouvrir son bento.
« Itadaikimasu ! »
C'était lui qui allait être malade s'il avalait ça, il le voyait venir gros comme une maison. Par chance, il parvint à renverser négligemment le contenu de la petite boîte vernie pour éviter de le manger. Et Momoi ne se douta de rien, tant le geste maladroit de Kuroko fut crédible. Finalement, Izuki proposa même de partager son déjeuner avec son équipier. Ouf !
Il avait frôlé la mort de près !
De retour de la pause déjeuner, Kuroko passa le message d'Aomine à Kagami. Le jeune homme savait bien qu'il ne parviendrait pas à fuir Aomine éternellement, mais s'il pouvait reculer l'échéance de leur face à face, c'était parfait. Il avait besoin de temps pour réfléchir à leur relation, déjà bien compliquée sans avoir besoin d'en rajouter ! Ce qu'avait hélas fait la déclaration du brun...
Que ressentait-il vraiment pour Aomine ? Hmmm... difficile à dire, tout était tellement flou que...
« Kagami-kun.»
« Ouais ? »
« Je viens de recevoir un message pour toi... »
« Aomine est lourd... il pourrait pas arrêter de nous gonfler ? »
« Non, c'est un message de Midorima-kun. »
Midorima ? Allons bon ! Kagami l'avait presque zappé celui-ci... Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui vouloir ? Mais c'est alors qu'il percuta ! Ils devaient se voir ce soir pour leur première session de révisions ! Kagami s'était décidé hier pour l'étude de la biologie avec l'as de Shutoku et ce dernier avait accepté de venir à son appartement pour le tutorer directement après le dîner.
« Je lui ai expliqué que tu avais oublié ton téléphone, alors il m'a répondu que si ta tête n'était pas attachée sur tes épaules, tu l'oublierais sûrement aussi. Oh et maintenant il me demande si tu es toujours d'accord pour ce soir, vers 20 heures. »
« 'Foiré... » Il enfonça son visage dans ses bras croisés sur son pupitre. « Dis-lui que ouais, ça tient toujours. »
Midorima... il n'y pensait même plus...
« Voilà, je lui ai répondu. »
« Et dis-lui d'aller de se faire foutre aussi. »
« Je vais éviter, sinon il ne voudra plus te donner des cours et ce serait dommage. Midorima-kun est un très bon professeur. »
« Toi aussi il t'a aidé à passer des examens au collège ? »
« Hai. Il a aidé toute l'équipe, excepté Akashi-kun, qui n'en n'avait pas besoin. »
« Wow vraiment ? Et t'as survécu ? Aomine m'a dit qu'il en a chié avec Midorima... apparemment, il ne le laissait aller pisser qu'une fois par jour. »
« Hai, c'est vrai. D'ailleurs, j'avais attrapé une sacrée cystite à cause de ça... Alors évite de trop boire avant de commencer les révisions avec lui.»
« Même si j'ignore ce qu'est une cystite, je crois que je vais suivre ton conseil. »
Honnêtement... Midorima et les cours de soutien étaient le cadet de ses soucis et il n'avait pas la tête à réviser ce soir. Il était bien trop préoccupé. Il savait qu'il ne pourrait pas faire poireauter Aomine pendant des lustres, mais ça l'angoissait franchement. Plus les heures passaient, plus il appréhendait de croiser la route de l'as de Toho. Il ne voulait pas le blesser, ni gâcher leur amitié s'il répondait par la négative, mais en même temps, il n'était même pas sûr qu'il allait... repousser fermement Aomine. Il était perdu et ça le tracassait tellement qu'il n'avait pas fermé l'oeil de la nuit. Alors d'un côté, à bien y réfléchir, Midorima constituerait une agréable distraction ce soir. Au moins, sa présence l'empêcherait sûrement de penser à ce qu'il pourrait bien annoncer à Aomine...
La journée de cours sembla s'éterniser pour Kagami qui fut bien heureux quand elle s'acheva enfin ! D'ordinaire, il ne manquait jamais une seule séance d'entraînement, mais les circonstances faisaient qu'il demanda à s'y soustraire exceptionnellement aujourd'hui. Riko se montra compréhensive en remarquant ses cernes de six pieds de longs et elle accepta qu'il s'absente pour pouvoir rentrer plus tôt chez lui. Le tigre parvint donc à esquiver ainsi Aomine. La fin justifie les moyens, paraît-il... Et justement, ledit Aomine vint comme convenu l'attendre à la sortie du gymnase. Mais point de Kagami, qui avait déjà filé en douce depuis deux bonnes heures.
« Hey Tetsu ! J'ai trouvé ce que je cherchais ! » Le harangua le bronzé.
« Le hors série tiré à seulement 7000 exemplaires du magazine Grosses Poitrines Naturelles ? »
« Mais non crétin ! Un terrain de street bas' pour moi et Kagami ! Bon... c'est un peu une ruine, mais les deux paniers tiennent encore debout, alors ça fera l'affaire. En plus, il est à mi-chemin entre nos deux lycées et pas très fréquenté. C'est juste nickel. »
« Ah. Ravi pour toi. » Répondit évasivement Kuroko en regardant sa montre.
« Heu... t'attends quelqu'un ? Et Kagami ? Toujours en train de prendre sa douche ? »
« Non, il a été dispensé d'entraînement pour pouvoir rentrer plus tôt chez lui. »
« Graaaah le fourbe ! Il m'a encore devancé, merde ! » Geignit Aomine en tapant du pied par terre.
Ce mec le faisait vraiment tourner en bourrique ! Et ça commençait franchement à lui taper sur le système ! S'il ne voulait pas le voir, qu'il lui dise directement et en face ! Ce serait mieux que de détaler comme un petit lapin face à un prédateur affamé !
« Tu sais, je crois qu'il te fuit. »
« Naaaan, sans déconner ? »
« Qu'est-ce que tu lui as fait ? »
Kuroko fronça des sourcils et le fixa de son regard d'un bleu fantômatique. Aomine sentit son sang se glacer dans ses veines, Kuroko pouvait être effrayant quand il voulait !
« Tetsu-chaaaaaan ! » Cria une voix familière non loin d'eux.
Aomine reconnut aisément le faucon de Shutoku, cette fois. Heu... c'était comment son nom déjà ? Takashi ?... Machin... Ao quelque chose ! Enfin bref, il fut surpris de le voir là et encore plus quand Takao se colla au bras de son ancienne ombre. C'était sûrement lui que Kuroko attendait un peu plus tôt...
Décidément, le passeur de génie avait la cote en ce moment !
De : Ahomine
Reçu à : 19h58
Arrête de m'ignorer ! Faut vraiment qu'on parle. Alors je serai au Maji Burger près de chez toi d'ici dix minutes et t'as intérêt à y être aussi ! »
Kagami contemplait mornement son téléphone. C'était au moins le vingtième message qu'il avait reçu depuis qu'il était arrivé... et sûrement pas le dernier. Pas question pour autant de répondre à la requête d'Aomine. Il n'avait pas envie de le voir. Il ne se sentait pas encore prêt. Que devait-il lui dire ? Peut-être que s'il ne faisait pas attention à lui, le brun finirait par se lasser... Kagami l'espérait un peu naïvement.
C'est alors qu'il entendit la sonnerie de sa porte d'entrée. Il se releva de son futon et il se précipita vers l'interphone pour aller ouvrir à son visiteur.
Il était 20 heures.
Et c'était Midorima.
Ce type était vraiment hyper ponctuel ! Il n'avait même pas une toute petite minute de retard.
Kagami le fit entrer sans attendre.
Le camarade de Takao portait un pull à col V noir et un pantalon fin de la même couleur. Il remonta ses lunettes sur l'arête de son nez et il pénétra avec hésitation dans l'appartement de son hôte. Se dirigeant vers le salon en examinant visuellement les lieux, il passa même son index sur le meuble-télé du roux, pour vérifier si de la poussière s'y trouvait.
« C'est propre et bien rangé... tu vis tout seul ici ? »
« Ouais, mon père est resté aux Etats-Unis. »
« Et tu as une femme de ménage à ton service ? »
« Non... pourquoi ? »
« Pour rien. Tu as vraiment un bel appartement. »
« Merci. »
Puisque son inspection générale fut probante, Midorima s'assit enfin sur un des coussins disposés au sol, près de la table basse sur laquelle reposaient quelques livres de biologie. L'as de Shutoku sortit les siens de son sac et il en ouvrit un. A vrai dire, il était agréablement surpris. Pas un vêtement ne traînait, aucune ordure ne jonchait le sol, rien ne dépassait et une douce odeur citronnée de produits d'entretien flottait dans l'air.
Quand Kagami l'avait invité chez lui pour leur première séance, Midorima s'était imaginé le pire, à tort. Il avait pensé que l'endroit ressemblerait à l'holocauste, comme la chambre d'Aomine mais il s'était lourdement fourvoyé. Il avait jugé Kagami beaucoup trop vite, parce que la pièce à vivre était bien aérée et conviviale. Cela l'impressionna et le rassura à la fois. Kagami vivait dans un habitat sain et accueillant. Avoir un appartement à soi tout seul était le rêve de beaucoup d'ados et Midorima avait craint que ce fantasme ne monte à la tête du tigre, qui aurait tôt fait de transformer son nid douillet en garçonnière. Mais que nenni.
Pourtant... l'endroit manquait de vie. Midorima frissonna. Kagami devait se sentir affreusement seul le soir, dans un environnement aussi vaste et vide de chaleur humaine... et cela peina le joueur de Shutoku.
« On va commencer par étudier le chapitre sur la reproduction, si tu le veux bien. » Proposa t-il en rougissant légèrement...
« Ok » Fit simplement Kagami en venant s'installer sur le pouf à côté de lui.
Le grand shooter se sentait un peu... intimidé à l'évocation du sujet. Il n'avait vraiment pas fait exprès de tomber sur celui-ci, mais bon, cette partie-là était au programme de leur année de cours, alors il ne pouvait pas se permettre de faire l'impasse dessus. Ce serait ridicule.
« Hmm... ça a l'air compliqué... » Se désola Kagami en regardant les images du livre.
« Allons, c'est plus facile que ça n'en n'a l'air. Et puis, tu ne peux pas être plus stupide qu'Aomine... même lui a réussi à comprendre ça. »
S'il savait comme il se trompait, le pauvre !
Et il était loin d'imaginer à quel point !
Non loin de là, un jeune homme courait sous la pluie pour aller se mettre à l'abri fissa. C'était Aomine. Il se précipita à l'intérieur du Maji Burger en tremblant de froid. Balayant du regard la grande salle, il serra les dents en constatant que Kagami n'était pas venu. Encore ! Décidément, il était bien parti pour battre le record du nombre de lapins posés en une seule journée ! Mais bien vite, il aperçut un visage amical en la personne de Kuroko. Ce dernier sirotait un de ses fidèles milkshakes.
Il semblait seul, une fois n'est pas coutume !
Aomine en profita donc pour se diriger à sa table.
« Hey Tetsu, Kagami n'est pas avec toi ? »
Kuroko regarda à sa gauche, puis à sa droite et enfin, sous la table avant de décréter sérieusement.
« Non. »
« Je vois... t'es tout seul alors ? »
« Je suis avec Ogiwara-kun. Il est parti me chercher un burger. »
« Ogiwa... heu... » Il ferma les yeux pour interroger sa mémoire. « C'est ton pote qu'on avait défoncé au collège, non ? »
« Hai. »
« Dis Tetsu... » Commença t-il en se frottant la nuque.
« Hai. »
« … C'est le quatrième mec avec lequel je te vois en l'espace d'un seul jour. T'en as combien, au juste ? »
« Plus que toi. » Le cassa t-il, en le fixant de son regard monoexpressif.
Aomine s'écrasa une main sur la figure... Bon, c'est vrai, il l'avait bien cherché, quand même avec sa question de merde...
« Mais pour ton information, sache que je dois aller au cinéma avec Kise-kun ensuite. »
« Et bah... t'as une sacrée santé, en fait. Et moi qui te croyais pas endurant... »
« Si tu cherches Kagami-kun, il n'est pas ici. »
« Ouais, tu l'as déjà dit. »
« Mais je sais où tu peux le trouver. »
« Ahhhhh... ? Tu m'intéresses là, vas-y, continue. » Sourit-il en se penchant vers lui.
« Il est chez lui. »
Ah oui... logique, vu l'heure. Il aurait du/pu s'en douter...
« Avec Midorima-kun. » Acheva t-il en avalant une lampée de sa boisson fétiche.
La bombe fut lâchée ! Aomine hoqueta de surprise. Midorima ? Qu'est-ce qu'il foutait chez son chéri, bordel ? Ne me dites pas que... ! Ha le salop !
Merde, merde, merde ! Il ne pouvait pas laisser Quatre Yeux seul avec Kagami ! Ca pouvait bousiller toute la précieuse avance qu'il avait pris sur lui hier soir ! Et redistribuer les cartes ! Au bord de la crise d'angoisse, Aomine remercia en vitesse son complice et il fila hors du restaurant. La peur au ventre, il fonçait jusqu'à chez Kagami, sans se soucier de la pluie diluvienne qui s'abattait sur lui. Merde... et s'il était déjà trop tard ? Que se passerait-il s'il les surprenait dans une position équivoque ?
« Putain Kagami... me fais pas ça...j't'en supplie... putain... »
Il priait pour arriver à temps ! Foutue pluie ! Tenant bien son sac de sport contre lui, il courut à perdre haleine dans les rues de la capitale.
20:32, appartement de Kagami.
« Comment appelle t-on un organisme doté des deux sexes ? »
« Un transexuel ? Non, non je sais ! Un travesti ! »
« Faux. C'est un hermaphrodite. »
Midorima lui donna une petite tape sur la tête avec le manuel scolaire de biologie. Kagami fulminait. Ca faisait presque une heure qu'ils travaillaient ce chapitre et rien à faire : ça ne voulait pas rentrer ! Il ne parvenait pas à retenir ces mots beaucoup trop compliqués et il commençait déjà à saturer. Le shooter n'était pas un mauvais enseignant, mais Kagami était peut-être... trop..
« On dirait bien que tu es plus stupide qu'Aomine, en fin de compte. Je ne pensais pas cela possible. »
Cette remarque lui valut un regard assassin de la part de Kagami, mais Midorima n'était pas du genre à s'avouer vaincu.
« Ne t'inquiète pas, cette donnée ne changera pas l'issue de ton apprentissage. Au pire, cela retardera ta mémorisation, mais en aucun cas cela ne remettra en cause ta réussite, au final. Je vais veiller personnellement à ce que tu décroches la meilleure note de ton lycée dans cette matière. Même si je dois te harceler nuit et jour dans ce but. » Enonça t-il avec conviction.
« Tsss.. ça sert à rien de te donner tout ce mal pour moi. Tu l'as dit, je suis débile ! J'arrive à rien du tout ! Même un collégien en sait plus que moi. »
« Certes, je ne puis te donner tort sur ce point. Néanmoins, si tu échoues, ce sera également mon premier échec et je refuse de laisser cela se produire. »
Ah oui, Kagami n'avait pas pensé à cela. Midorima s'était engagé à l'aider et son honneur était en jeu. S'il se rétamait en bio, cela ne ferait que prouver l'incapacité de Midorima à lui inculquer quelque chose et le grand tireur envisageait cela comme un défi personnel.
« Bon, ça me gave, j'ai besoin d'une pause ! »
« Je ne t'ai pas autorisé à en prendre une. »
Kagami roula des yeux. C'est vrai, c'était une des conditions de Midorima pour avoir accepté de l'aider... Le rouge devait suivre à la lettre ses consignes et le laisser décider de la manière dont ils travailleraient. Cela incluait bien-sûr le découpage de la soirée, aussi bien pour les pauses que pour le programme étudié. Midorima était un maniaque du contrôle qui gérait tout de A à Z. Tout était millimétré et chronométré à la seconde près pour ne laisser aucune place à l'imprévu. Même leur temps de parole était limité ! Cela dit, Kagami s'y attendait et puis, les règles du jeu fixées par Midorima n'avait plus à démontrer leur efficacité, alors cela valait bien quelques sacrifices. En plus, Aomine l'avait prévenu et Kuroko aussi. Le vert était un tortionnaire né ! Mais c'était pour la bonne cause et il n'allait pas s'en plaindre, même s'il avait un peu grincé des dents quand Midorima lui avait confisqué son portable...
« Bien loin de moi l'idée de remettre en cause vos méthodes, Midori-sensei, mais j'ai vraiiiiiment besoin d'une pause. Sinon, mon cerveau risque d'exploser ! » Le prévint Kagami en joignant les mains en signe de respect.
« Imploser, tu veux dire. « Exploser », ce serait vers l'extérieur, or, si ton cerveau éclate dans ta tête, c'est une implosion. Et ne m'appelle pas « Midori-sensei », mon nom est Midorima. »
« Pitiiiiiiiay ! » Insista t-il en s'inclinant.
Midorima rosit et il accorda une pause de « pas plus de cinq minutes » à Kagami, parce qu'il fallait pas déconner non plus, là, ho ! S'adoucissait-il avec le temps ? Non, c'était autre chose... Qu'est-ce qu'il ne ferait pas pour le tigre... Il en arrivait même à se montrer moins intransigeant, alors qu'il ne négociait jamais en temps normal... Mais il lui était très compliqué de résister à Kagami et à sa bouille craquante d'enfant geignard. Midorima espérait juste que Kagami n'allait pas abuser de son point faible...
Se relevant tout de suite, Kagami était à deux doigts de lui faire un bisou sur la joue pour le remercier. Il se dirigea vers la cuisine pour se prendre un soda frais et il demanda à Midorima s'il désirait aussi quelque chose. Le shooter déclina poliment. Sauf que tout à coup, Midorima entendit frapper derrière lui, au niveau de la baie vitrée qui donnait sur le balcon. Interloqué, il alla voir de quoi il s'agissait et...
« ! »
Avec stupéfaction, il reconnut Aomine ! Que faisait-il là à une heure pareille ?! Et surtout, comment était-il arrivé ici ?!
Craignant que Kagami ne lui ouvre pas, le brun avait préféré grimper ! Après avoir escaladé la façade de l'immeuble glissante à cause de la pluie, il était parvenu à se hisser jusqu'à l'appartement de Kagami et sans se tromper d'étage. Midorima afficha un air hébété et secoua la tête. Non, non, il ne rêvait pas ! Aomine était bel et bien là, frappant le verre pour attirer l'attention du propriétaire des lieux. L'apparition de ce troisième protagoniste risquait d'ébranler la concentration de Kagami et d'anéantir ses efforts ! Sans même parler du fait qu'Aomine allait rompre leur intimité si chèrement gagnée ! Alors par réflexe et dans l'urgence la plus absolue, Midorima tira les rideaux pour camoufler délibérément la présence de son rival ! Kagami ne nota rien d'anormal, trop éloigné de la source du bruit pour y avoir prêté attention. C'était sa chance et Midorima n'allait pas la céder ! Il se racla la gorge et s'adossa à la baie vitrée, gardant bien les rideaux fermés derrière lui.
« Kagami. Peux-tu me préparer du thé et... mettre de la musique, s'il te plaît ? »
Malgré le double vitrage, Midorima devait étouffer le battage d'Aomine.
« Heu... de la musique ? Tu es sûr ? J'suis pas certain que ça aide à réviser. »
« Mais si au contraire, c'est un excellent stimulant intellectuel ! » Assura Midorima, en suant à grosses gouttes.
« Bon... si tu le dis. » Après tout, c'était Midorima l'expert.
Le roux mit de l'eau à chauffer pour le thé et il alla fouiller dans sa collection de CD. Il n'avait pas ramené grand chose des States et n'avait rien acheté de japonais depuis son arrivée ici. Il ne possédait que quelques albums de rap et de rock américains, entassés dans un carton, près de sa télévision. Il en attrapa un au hasard et la musique se lança, espérant que cela convienne à son invité.
« Mido... pourquoi t'as tiré les rideaux ? »
« Il y a de l'orage et je ne veux pas que cela te perturbe. »
« Oh... d'accord. »
Heureusement que Kagami n'était pas tellement du genre à poser des questions ! Il ne se méfiait pas assez et sa crédulité allait lui causer des problèmes plus tard, pensa Midorima. Mais ce n'était pas le moment !
Le tigre revint près de lui avec du thé encore fumant et sa canette de coca, sans broncher et ils se replongèrent dans leurs bouquins.
Mais une bonne demi-heure plus tard... Kagami fut obligé de se lever pour aller ouvrir la porte de son appartement. On venait de sonner et il ne s'attendait pas du tout à trouver sur son seuil deux policiers ! Aurait-il mis la musique trop fort ? Le roux se poussa pour les laisser pénétrer dans le salon, pas tout à fait sûr de ce qui était en train d'arriver, pendant que Midorima se tendait imperceptiblement.
« Un de vos voisins nous a appelés pour signaler qu'un cambrioleur s'est introduit sur votre balcon en escaladant la façade de l'immeuble. Tout va bien ? »
« Un voleur ? » Répéta Kagami en clignant des yeux. Il avait mal entendu, non ?
« Nous n'avons rien à signaler d'anormal, messieurs. » Intervint Midorima en s'approchant à son tour.
« Cela ne vous dérange pas si on vérifie ? »
« Non bien-sûr, allez-y. »
Un des flics attrapa alors sa lampe de poche et Kagami lui ouvrit la baie vitrée pour qu'il puisse se rendre sur le balcon. L'homme inspecta donc chaque recoin et Midorima s'étonna qu'il n'y trouve pas Aomine ! Où était passée la panthère noire ? Il n'avait quand même pas pu se volatiliser ! C'était à n'y plus rien comprendre cette affaire... Ne découvrant rien d'anormal ici, le policier revint à l'intérieur.
« Faux signalement. Sûrement encore une blague de petits plaisantins qui n'ont rien de mieux à faire que d'espionner chez les gens... » Soupira t-il, déçu.
« Nous n'allons pas vous importuner plus longtemps dans ce cas. Merci de votre coopération. » Ajouta l'autre et repositionnant bien son couvre chef. « Bonne soirée. »
« Vous aussi et merci de vous être déplacés quand même... » Sourit Kagami, en se sentant rassuré.
Les deux représentants des forces de l'ordre sortirent alors et Midorima les escorta.
Et c'est pile au moment où la porte claqua que Kagami perçut distinctement une plainte provenant du balcon. Il s'y précipita donc.
« Oi Kagami ! Tu peux m'aider à remonter stp ? »
« A...Aomine ? Merde ! T'es où ? » Demanda le tigre en cherchant anxieusement son comparse du regard.
« Accroché aux barreaux du balcon. Grouille, je commence à avoir des crampes! »
L'Américain se pencha et effectivement, il tomba nez-à-nez avec le malheureux brun qui ne restait suspendu qu'à la force de ses seuls bras ! Kagami l'agrippa et pour qu'il puisse remonter. A bout de souffle, Aomine s'assit un moment sur la surface du sol détrempé pour reprendre ses esprits.
« Viens à l'intérieur te réchauffer, ne reste pas dehors. T'es tout mouillé en plus ! Je vais te chercher des serviettes ! »
Il lui tendit la main pour l'aider à se remettre debout. Grelottant de froid, Aomine le suivit et Kagami se rendit dans la salle de bains pour lui apporter de quoi se sécher.
« Midorima ! Va prendre des fringues dans ma chambre pour qu'il se change aussi s'il te plaît. »
« T'as entendu Midorima ? A moins que tu ne tiennes à ce que je reste tout nu dans le salon... » Ricana Aomine en lui lançant un regard mauvais. Il allait lui payer ce maudit binoclard !
Le coéquipier de Kuroko revint rapidement auprès du brun qui se déshabilla près du canapé, devant lui, sans la moindre gêne. Même s'il avait l'habitude de voir les autres joueurs de Seirin enlever leurs vêtements dans les vestiaires après les entraînements, cela fit quelque chose à Kagami... et justement, craignant ce genre de réactions, Midorima savait qu'il ne devait pas traîner ! Il ne s'attarda pas dans la chambre de leur hôte et lui rapporta des vêtements secs. Par chance, Kagami et Aomine faisaient à peu près la même taille. Kagami était en train d'éponger les épaules d'Aomine, n'osant pas attaquer son torse et Midorima toussa pour leur signaler qu'il était là !
« J'ai laissé... mon sac sur le balcon, tu me le ramènes Midoooo ? » Chantonna t-il pendant que Kagami s'occupait gentiment de lui.
Cela énerva prodigieusement le meilleur ami de Takao, mais il prit sur lui pour n'émettre aucune protestation. Putain, Midorima avait du bol que Kagami soit là, parce que sinon, Aomine ne se serait pas gêné pour l'enfermer sur le balcon et sous la pluie pour se venger ! Il avait vraiment hâte de lui foutre une déculottée sur le terrain en fin de semaine...
« Alors vous faisiez quoi ? »
Kagami alla éteindre la musique et Aomine enleva ses habits froids pour passer ceux prêtés par le rouquin. Bien entendu, il ne s'embarrassa par de fausse pudeur et il se changea au beau milieu du salon, bien en vue pour que Midorima et Kagami profitent du spectacle. Et les adorables rougeurs qu'il devina sur les joues de Kagami le confortèrent dans son choix. Quant à Midorima, ses yeux émeraudes pétillaient de rage.
« Midorima me donnait des cours de biologie. Tu sais, je t'en avais parlé. »
« Je me souviens, oui. Quel chapitre étiez-vous en train d'étudier ? »
« La reproduction. »
Oh petit cochon de Midorima...
Un sourire carnassier se dessina sur les lèvres d'Aomine. Il n'en n'attendait pas moins de son rival. Ce dernier ne perdait pas de temps ! Il avait plongé sans détour dans le vif du sujet !
« Intéressant... »
« Mais j'ai un peu de mal. » Avoua Kagami en retournant s'asseoir près de la table basse.
« C'est parce qu'il n'utilise pas la bonne technique... » Affirma Aomine, sûr de lui.
Il alla fouiller dans son sac et il en sortit un DVD, planqué sous son ballon de basket. Kagami haussa un sourcil interrogateur et Midorima afficha un air perplexe.
« Heureusement, le hasard fait bien les choses et il se trouve que j'ai amené avec moi de quoi remédier à ce problème. Et en même temps, ça va te permettre de réviser l'histoire du Japon. Elle est pas belle, la vie ? »
D'une pierre deux coups, en somme. Kagami pencha la tête vers Aomine, un peu intrigué. Midorima n'était pas vraiment inquiet. Le brun n'avait rien d'un bon précepteur, la menace n'était donc pas sérieuse.
Aomine enfila la galette dans le lecteur de DVD et il alluma la télévision, lançant le « documentaire historique ».
Kagami plissa les yeux et sur l'écran s'affichèrent deux jolies jeunes femmes plutôt dévêtues, mais pour ce qu'il pouvait en apercevoir, elles étaient vaguement couvertes de deux kimonos lâches et évasés, courts, qui laissaient entrevoir... non qui offraient carrément leurs formes voluptueuses en pâture aux spectateurs. L'une des deux geishas chevauchait l'autre et sa compagne défaisait lentement son obi coloré pour la dénuder complètement. Timidement, ses lèvres vinrent effleurer la poitrine blanche et imposante de son amante, ce qui fit gémir de plaisir celle qui recevait les caresses.
Kagami piqua un fard et Midorima fit de même, mais beaucoup plus rouge !
« Aomine ! Qu'est-ce que c'est que... » Commença le professeur à lunettes.
« Bah quoi ? C'est un porno qui se passe du temps de l'Ere Tokugawa. C'est parfait, non ? Tu vois Kagami, ces deux nanas là, ce sont des courtisanes et... »
« Tais-toi donc imbécile ! » Le somma Midorima en serrant les poings. Les pitreries et autres frasques d'Aomine ne l'amusaient PLUS DU TOUT !
« Ahh... je crois comprendre ! Midorima est sans doute pressé qu'on aborde le chapitre du shudo... Mais patience, sensei, c'est prévu... juste après ce film. J'ai justement un autre DVD dans mon sac qui traite de ce sujet là aussi ! C'est fou c'que j'suis prévoyant ! » Se félicita le scorer en se lançant des fleurs.
« Shudo ? »
« L'homosexualité chez les samourais. » Précisa Aomine au naïf roux.
« Yamete kudasaiiii ! » Gémit érotiquement une des femmes qui s'ébattait à la télévision.
De toute évidence, les préliminaires étaient terminés et les geishas peu farouches étaient passées à la vitesse supérieure ! Midorima était à présent aussi rouge que le T-shirt que Kagami avait passé à Aomine. Couleur qui n'allait ni à l'un, ni à l'autre des deux prétendants, au passage. Excédé par cette mascarade honteuse, Midorima bloqua le champ de vision de Kagami (qui semblait tout même faire preuve d'une curiosité intellectuelle et d'une réceptivité certaines, quant aux "documentaire"), s'interposant entre lui et la télévision. Il était hors de propos de laisser Aomine corrompre ainsi le gentil fauve !
« Cela n'a rien à voir avec la reproduction, baka ! Ce sont deux femelles, explique-moi comment elles peuvent procréer ensemble ? » Hurla le tsundere. « Kagami, arrête de regarder ces âneries et concentre-toi sur la leçon ! »
« Ne me dis pas que t'es choqué, Shin-chan ? Ca ne t'excite pas ? Moi, ça me donne très, très envie de les rejoindre, pas toi Kagami ? » Le trolla allègrement Aomine en augmentant le son de la télévision pour le faire criser davantage.
La pièce fut envahie de gémissements, soupirs et autres bruits inspirants qui achevèrent la patience déjà bien entamée du plus studieux des trois garçons.
De plus en plus rouge et essoufflé par la fureur qui s'était inévitablement insinuée en lui, Midorima débrancha le lecteur sans hésiter, s'attirant dangereusement les foudres d'Aomine. Celui-ci était plus que décidé à parfaire l'éducation sexuelle de son poulain et ce n'était pas ce petit puceau frustré de Midorima qui allait l'en empêcher !
« Putain, tu fais chier ! C'était le moment le plus DELICAT du cours là ! Elles allaient faire un 69 ! »
« Un 69, tu dis ? Bien, bien, voyons cela... »
Midorima sembla contre toute attente se calmer à la simple évocation de cette position et il regagna sa place près de Kagami, sans faire de scandale. Il se mit alors à feuilleter le manuel de biologie d'un air étonnament détaché et serein.
« Hmm... alors... ah oui, voilà... « En cas de rapports buccaux-génitaux non protégés, on s'expose à toutes sortes de maladies et infections sexuellement transmissibles, comme par exemple le SIDA, l'herpès et l'hépatite. Ce sont les trois maladies majeures. Dans des cas beaucoup plus rares, des infections comme le chlamydiae peuvent également se transmettre de cette manière. » Récita robotiquement Midorima.
Et de tourner le livre vers Kagami et Aomine pour ILLUSTRER sa leçon. (et je vous épargnerai la description de l'image que Midorima leur désigna, ce serait trop traumatisant et gerbant pour vous chères lectrices, mais disons qu'il y avait de quoi forcer plus d'un gigolo à faire vœu de chasteté sur le champ et jusqu'à la fin de ses jours ! Mais si vous êtes curieuses ou masochistes, chacune sont kiff après tout, Internet est votre ami à ce sujet !)
Le silence le plus complet se fit. On aurait pu entendre une mouche voler, s'il y en avait eu une dans la pièce. Satisfait de son intervention, Midorima reprit :
« Sur ce, où nous en étions-nous arrêtés, Kagami ? Ah oui ! La parthénogénèse ! Il s'agit de... »
Aomine devait mobiliser chaque cellule de son être pour éviter de coller son poing dans la gueule de ce putain de binoclard de mes deux. Non seulement il venait de lui casser son fantasme favori, mais en plus, il avait sûrement dégoûté Kagami pour toujours ! Jamais le tigre ne voudra coucher avec lui maintenant ! Bon... avec Midorima non plus, ni personne d'autre, du coup ! Mais ce n'était pas une consolation suffisante ! C'était FOUTU ! Tous ses efforts venaient d'être réduits à néant !
Et malheureusement, le brun était un sanguin... et Midorima était allé beaucoup trop loin... Incapable de se retenir plus longtemps, il se rua sur lui avec fougue. Terrifié et pris d'un nouveau réflexe de survie, comme toute à l'heure quand il avait tiré le rideau, Midorima eut tout juste le temps d'attraper la première chose qu'il avait sous la main, à savoir le livre de biologie de seconde année et il asséna un violent coup à la tête du félin pour contrer son assaut.
Le coup le toucha de plein fouet et, déséquilibré, Aomine trébucha lourdement dans le canapé du rouge.
Terrassé par une soudaine douleur sourde, se tint le crâne et un peu de sang coula au niveau de son œil !
BIOLOGY WINS.
FATALITY !
Paniqué, Kagami le prit dans ses bras, pour le faire se redresser et examiner sa blessure de guerre. Plus de peur que de mal, seule l'arcade sourcilière avait été touchée, mais cette zone particulièrement fragile et fine saignait à présent abondamment. Et Aomine paraissait sonné...
« Merde ! Ca ne s'arrête pas de saigner, fais quelque chose Mido ! » Exigea Kagami en improvisant une compresse avec sa canette de métal encore froide.
Se levant un peu trop à la hâte pour aller chercher la trousse à pharmacie de Kagami, Midorima cogna son genou dans la table basse et le contenu de la théière encore fumante se déversa sans pitié sur l'entrejambe du pauvre Aomine. Il avait vraiment la GUIGNE ce soir ! Il enchainait catastrophe sur catastrophe !
« Je... je suis désolé ! » Balbutia Midorima en fonçant maladroitement à la salle de bains, sous les cris de d'agonie d'Aomine.
Mais le brun l'avait bien cherché, quand même !
« Putain l'enfoiré... il m'a castré avec une brûlure au troisième degré là ! J'suis sûr qu'il l'a fait exprès ! »
« Castré ? Oh attends ! Ca je sais, ça veut dire que tu ne pourras plus te reproduire c'est ça ? » Devina fièrement Kagami.
Ok, il avait vraiment envie de pleurer là... Cette soirée était un fiasco de bout en bout.
« Ahhhh ! Je suis aveugle, j'vois plus rien ! J'vais crever, serre-moi fort Bakagami ! »
« C'est parce que tu as du sang dans l'oeil, aho ! » Expliqua le tigre en l'essuyant du mieux qu'il pouvait avec une des serviettes posées sur la table.
Midorima arriva avec le nécessaire de secours du rouge et il considéra la plaie avec sérieux. Il était formel...
« J'ai bien peur qu'il ne faille le conduire aux urgences... »
« A l'hôpital ?! Merde, non ! » Protesta la panthère meurtrie.
On avait déjà fait plus romantique comme soirée !
« C'est beaucoup trop profond ! Il faut le recoudre, il a besoin de points de suture... »
Il ne manquait plus que ça...
Là, c'était le summum du cauchemar...
Les trois garçons attendaient en silence dans la salle d'attente. Les urgences n'étaient pas très accueillantes à cette heure de la nuit... ni très rassurantes... entre les clochards bourrés et les enfants qui pleuraient, Midorima commençait vraiment à appréhender et à se sentir mal à l'aise. Quant à Aomine, Kagami tenait toujours pressé contre lui un linge propre, qui ne l'était plus tellement d'ailleurs car il s'était imbibé de sang. Par chance, Aomine portait un T-shirt rouge, alors la salissure était moindre à cet endroit là...
Ils patientèrent ainsi une bonne heure sans qu'aucun d'eux ne prononce le moindre mot et en fin de compte, un docteur assez jeune et beau gosse les reçut. Sûrement un nouvel interne, se dit Midorima. Il avait les cheveux mi-longs noirs de jais et une barbe de trois jours qui laissait deviner qu'il avait du enchaîner les garder ces derniers jours...
Quand Aomine lui expliqua ce qui était arrivé, il éclata de rire si fort que Kagami et Midorima purent l'entendre du couloir où ils se trouvaient encore assis, en attendant qu'Aomine sorte de sa consultation.
Jamais la redoutable panthère de Toho ne s'était sentie aussi humiliée. Ce médecin se foutait ouvertement de sa gueule ! Bon ok, en temps normal, il aurait sans doute été le premier ironiser du ridicule de la situation... s'il n'avait pas été concerné !
Quand l'adulte le relâcha enfin, Aomine arborait UN MAGNIFIQUE cache œil de pirate du plus bel effet, digne d'Halloween. Kagami étouffa un rire (pas longtemps, cela dit) et Midorima employa son ton le plus sarcastique et le plus hautain en le désignant.
« Kagami, je te présente le célèbre Masamune Date, grand seigneur japonais, qui perdit son œil droit durant son enfance, des suites de la petite vérole. Merci Aomine, grâce à toi, nous avons même pu réviser un peu d'Histoire ce soir, en effet ! »
Tout à coup, Aomine était moins impressionnant, moins effrayant, malgré le regard plus noir que l'Enfer qu'il adressa à son rival...
Midorima allait en baver lors de leur prochain match, qui arrivait à grands pas.
Aomine s'en fit la promesse...
Ayé ! Notre "triangle amoureux" (de la poissitude) est lancé ! ENFIN ! HALLELUIA !
Pas de bonus de fin cette fois parce que le chapitre est déjà suffisament long (23 pages... ahem... oui, j'me suis lâchée...) et je ne voudrai pas vous décourager/souler. Mais je ferai en sorte de l'écrire pour le chapitre suivant ou peut-être ferai-je un court chapitre supplémentaire à ce sujet prochainement. Dites-le moi si vous avez une préférence. :D
A très bientôt pour la suite et j'espère que l'histoire vous plaît !
