Pourtant bien consciente de ne pas pouvoir se libérer aussi aisément de sa prison dorée, Emma se mit à tambouriner avec vivacité la porte épaisse du mausolée de l'ancien maire de la ville. Ses mains devenaient de plus en plus colorées et douloureuses. Mais cela n'empêchait en rien la répétition de son geste. Elle se sépara à contrecœur de sa veste fétiche pour s'offrir un peu plus de liberté de mouvement. Cela n'influença malheureusement pas des moindres la répercussion de ses coups. À part abîmer davantage chaque centimètre de sa peau de neige, cela ne servait pas à grand chose.

– Regina!, hurla-t-elle à nouveau gagnée par la rage de vivre, d'une voix pourtant brisée par l'épuisement, tant moral que physique. Je vous prie d'ouvrir tout de suite cette fichue porte, où les conséquences risqueraient d'être sacrément mauvaises pour vos petites fesses!

La fureur commençait doucement mais sûrement à envahir le plus naturellement du monde son cœur vaillant. Jamais elle ne s'était sentie aussi inquiète en trente-deux ans passés d'existence. Il y avait dans l'air un sentiment funeste. De toute évidence, Regina n'avait que peu de temps à vivre, à présent.

À la veille de l'âge de la créature mi-dieu mi-homme que l'une des plus grands religions monothéistes du monde entier considérait comme le messie, véritable sauveur de l'humanité, il lui était tout bonnement insupportable de penser que la femme qu'elle portait, elle aussi, dans son cœur depuis le premier jour, allait prendre sa place jusque dans la mort, le tout sans même lui donner la moindre chance de vivre leur amour au grand jour, loin de toute menace ennemie.

Emma, dont les pensées se concentraient principalement sur cet avenir qu'elle n'allait sans doute jamais toucher du doigt si elle restait enfermée entre ces murs froids, prit la décision, peut-être brutale, de foncer droit dans la porte, dans une performance digne des plus grands films d'action.

Son épaule heurta les pierres glaciales avec violence. La jeune femme gémit de désolation.

Elle se mit à glisser le long de la paroi, abandonnant tout espoir.

Soudain, un éclair de feu se mit à étinceler avec une intensité croissante autour de la porte en pierres blanches du sépulcre. Emma eut un léger mouvement de recul avant de réaliser que la porte venait de s'ouvrir comme par magie sous ses doigts fins. Elle voulut prendre dans la seconde la direction de la sortie mais une sorcière aux cheveux flamboyants l'interrompit dans son élan. À peine eut-elle le temps de se réjouir de sa brusque libération après avoir pourtant abandonné tout espoir de le faire par elle-même que Zelena fit son apparition, son enfant sagement endormi dans les bras.

– Comment...?, l'interrogea-t-elle, les sourcils froncés par l'incompréhension.
– Peu importe, répondit sans attendre Zelena. Je crois bien qu'il est temps de reprendre ta place.

Saisissant aussitôt que les choses étaient plus que jamais sérieuses pour sa bien-aimée, Emma contourna la jeune sorcière et disparut dans les bois, sans même se retourner une seule fois.

Zelena posa des yeux tendres sur sa petite Robin et sourit.

– Rassure-toi, mon ange, murmura-t-elle avec douceur. Notre Regina nous reviendra saine et sauve.

Mais une douleur toute particulière dans la poitrine contredit jusqu'à ses espoirs les plus enfouies. Il venait tout juste d'arriver malheur à celle qu'elle percevait toujours comme sa seule famille. Elle déglutit, retenant ses larmes avec brio, et disparut à son tour, dans un nuage de fumée émeraude.


Sans doute motivée par son amour véritable pour la fraîche condamnée, nouvelle héroïne de Storybrooke, Emma fut la première à arriver sur les lieux. Zelena la suivit de quelques secondes, tout au plus. Ses genoux lâchèrent sous son poids pourtant fort léger lorsqu'elle découvrit le corps inanimé de sa jeune sœur, sous une Emma dont les membres tremblaient de chagrin.

– Pourquoi as-tu fait cela?, implora-t-elle, tout en sachant qu'elle ne pouvait pas obtenir de réponse à ses interrogations les plus secrètes. Pourquoi a-t-il fallu que tu joues les héroïnes à trois sous?

Toujours en retrait, Henry avait le souffle coupé. Les mots de sa tante le touchaient au plus haut point. Il n'avait néanmoins pas bougé d'un iota depuis que l'épée lunaire avait, sous ses yeux innocents, traversé le flanc de sa mère adoptive. Comme souvent, incontestablement, personne ne porta la moindre attention à ce qu'il pouvait bien ressentir, du plus profond de son cœur d'adolescent. Au moment où il laissa glisser ses yeux noisettes sur la Wicked Witch, son cœur se serra encore plus dans sa cage thoracique. À présent, seule la peine qui le meurtrissait jusqu'au fin fond de son âme d'éternel rêveur dirigeait ses faits et gestes.

– Tu ne peux pas rester ici, lui dit Snow White, d'une voix faible, espérant de ce fait protéger son petit-fils des horreurs de la vie, bien qu'il était évident que ses proches s'y étaient pris un peu tard, sur ce point.

Henry choisit, contre toute attente, de l'ignorer en toute conscience et rejoignit Emma auprès de Regina.

Il s'agenouilla face à elle et se surprit lui-même à faire preuve d'un incommensurable maturité en tentant de la consoler. Les yeux au bord des larmes, il porta l'une de ses mains sur la joue de sa mère biologique. Son autre main se porta sur les épaules ensanglantées de la pauvre Regina. Tout en gardant en mémoire que les miracles n'arrivaient que très rarement lorsque la mort avait prononcé, avec fermeté, son terrible jugement, il eut le curieux réflexe, très enfantin en dépit de son âge, de secouer le corps inerte de sa mère, comme pour la réveiller d'un profond sommeil.

Emma l'imita et réalisa à son tour une apposition tout-à-fait moderne et naturelle des mains. Sans même se consulter une seule fois, mère et fils se penchèrent sur le corps sans vie de Regina et lui déposèrent de concert un baiser plein de tendresse sur ses joues rendues ternes par le trépas.

Ils ne s'en rendirent pas compte tout de suite mais le ciel se mit à changer de couleur de manière tout-à-fait radicale. La tempête orageuse, aux allures d'éclipse mystique, laissa place aux rayons de soleil digne d'une journée d'été. Le temps prenait une allure plus douce. Plus paisible.

Les mains de Regina se mirent alors à se mouvoir avec une incroyable légèreté.

Ses poumons se remplirent d'air et ses yeux, bleus puis marrons, s'ouvrirent avec difficulté.

Emma et Henry ne réagirent que lorsqu'elle émit un gémissement plaintif, pourtant à peine audible. Ils se redressèrent sans attendre et sourirent en cœur en réalisant que la personne la plus importante de leurs entourages respectifs était revenue d'entre les morts. Cependant, ils ne pouvaient en aucun cas se permettre de crier victoire aussi rapidement: les saignements de la jeune femme reprenaient de plus belle, maintenant que son cœur meurtri battait à nouveau dans sa poitrine affaiblie. Elle avait plus que jamais besoin de soins médicaux avant de se considérer comme pleinement remise.

Faisant signe à son fils de contacter les secours avec son téléphone portable dernier cri sous prétexte de vouloir l'éloigner sans risquer une subite crise existentielle, Emma aida son amie à se relever et couvrit ses larmes de baisers, sans même penser à ses parents qui l'entouraient toujours.

– Moi aussi je t'aime, Regina, avoua-t-elle, les joues rougies de se montrer aussi honnête, après toutes ces années de mensonges éhontés par omission. Je t'aime et j'ai besoin de toi. Je ne veux pas que tu donnes ta vie pour moi, je ne le mérite pas. J'espère tout simplement vivre à tes côtés.

Le sourire aux lèvres, Regina rassembla le peu de force qu'il lui restait pour embrasser, à son tour, l'amour de sa vie à pleine bouche. Lorsqu'Henry raccrocha enfin, signalant alors l'arrivée prochaine des ambulanciers, il fut surpris de constater à quel point les deux femmes s'étaient rapprochées en si peu de temps. Il éclata de rire et fit malencontreusement glisser son téléphone au sol.

Il avait longtemps rêvé d'une famille et, bien qu'elle n'était pas tout-à-fait conforme à ce qu'il avait imaginé dans ses rêves les plus fous, il était ravi de voir que les fins heureuses étaient possibles même pour les cas les plus désespérés.


THE END ...

(Et voici un petit épilogue bonus, pour les plus guimauves d'entre vous.)


… Cinq ans plus tard ...

Le soleil venait de se lever sur la ville de Storybrooke. Les habitants avaient repris le cours de leur vie, appréciant le calme ambiant.

Au 108 Mifflin Street, à l'étage, sagement emmitouflée sous ses couvertures épaisses, Regina s'étira, comme à son habitude, longuement dans son lit deux places avant de se décider à ouvrir grands les yeux, une bonne fois pour toute. Elle sourit, heureuse d'être encore en vie près de cinq ans après s'être sacrifiée pour sauver la majorité et remercia le ciel de lui avoir offert une seconde chance, malgré tous les péchés accomplis par le passé. Elle constata bien assez vite que, pour la toute première fois depuis un moment maintenant, personne ne lui tenait compagnie dans son petit nid douillet. Elle grogna doucement, mécontente de l'absence douloureuse de sa compagne, en un dimanche qui méritait pourtant les plus agréables grasses matinées en amoureuses.

Avec douceur, elle s'empara de l'oreiller de sa chère et tendre. Son sourire s'agrandit sur ses lèvres rosées. À en croire le parfum de cannelle dont il était imprégné, Emma venait sans doute de s'évader quelque part entre les murs de l'immense bâtisse depuis relativement peu de temps.

Une odeur d'autant plus gourmande envahit sa chambre à coucher lorsqu'O'malley, le chat de gouttière au pelage aussi roux que les cheveux incandescents de Zelena que la famille avait adopté quelques années auparavant, ouvrit la porte avec malice. Il bondit sur le lit, marcha avec grâce dans sa direction, ronronnant de plaisir, et se pelotonna tout contre elle, au niveau de sa nuque. Il avança son museau dans les cheveux épais de la brune et se mit à patouner chaque centimètre de sa peau. Encore quelque peu enfantin dans son comportement, il tenta de téter le lobe de la plus proche de ses oreilles mais Regina ne le laissa pas faire. Avec tristesse, le chat montra sa désapprobation d'un miaulement court et poursuivit son massage malgré tout, reconnaissant de tout ce que Regina lui avait offert avec le temps, alors même qu'elle s'était opposée à son intégration, au commencement.

La jeune femme savoura avec une joie non-dissimulée les petites attentions particulières de la boule de poil. Elle se résolut toutefois à l'interrompre, au bout de dix bonnes minutes, de relaxation privée pour rejoindre les siens dans la cuisine américaine à la fois moderne et sobre du 108 Mifflin Street.

Emma, qui avait pris des cours de cuisine auprès de ses pauvres parents, qui, pour le coup, avait fait preuve d'une patience incommensurable compte tenu du travail monstre qu'ils avaient été obligés de produire avant de lui permettre de réussir à préparer ne serait-ce que des spaghettis à l'italienne sans risquer de mettre le feu à la plaque de cuisson, lui fit signe de ne pas lever le petit doigt et de prendre place aux côtés d'Henry et de sa fiancée Violet, invités tous deux en cette douce journée d'automne au domicile familial après un road trip démesuré à travers toute l'Amérique du Nord. Le jeune homme, toujours fidèle à son statut d'écrivain, aujourd'hui renommé à travers tout le continent, contait ses aventures avec une ferveur telle que Regina y retrouvait presque le bambin qu'elle avait éduqué avec peine et sans aide, avant la fin de la malédiction noire. Violet, quant à elle, avait les yeux fixés sur le ventre rebondi de sa belle-mère, n'osant pas le toucher de peur de se montrer intrusive.

– C'est une fille..., lui dit Regina, interrompant ainsi Henry dans son récit, comme si de rien n'était.

Henry déglutit. Il attendait de connaître une réponse à cette question sans se résoudre à la poser depuis la veille au soir.

– Nous avons pensé qu'il serait intéressant qu'Henry et toi choisissez son prénom, compléta Emma, en lui servant un chocolat chaud à la cannelle, fraîchement préparé sans aucune aide industrielle. Nous tenons à ce que vous soyez tous les deux impliquées dans la venue prochaine de ce petit ange.

Henry se tut, ému de se voir attribuer une tâche aussi honorable. Il n'eut pas le temps de faire le moindre commentaire, toutefois.

Robin, sa jeune cousine, sauta sur ses genoux, visiblement joyeuse de retrouver son partenaire de jeu fétiche après de longs mois de séparation. Satisfait lui aussi de pouvoir à nouveau mordiller ses bonnes joues rebondies, il se mit à la chatouiller avec ruse. Zelena prit place à table, savourant l'instant présent.

Seuls les rires de l'enfant raisonnaient à travers la pièce, à présent. Comme un doux écho de l'avenir proche.


C'est doux, c'est niais... mais je tenais à la présence de cet épilogue, présenté de manière courte pour ne pas altérer significativement le sacrifice de Regina pour les siens. C'est un choix personnel et j'espère que vous saurez l'accepter. Elle a choisi, malgré tout, de donner sa vie pour ne pas perdre Emma. Emma a certes manqué de la perdre à sa place mais, s'il y a bien une chose que nous a appris la série, et cela depuis la toute première saison, c'est qu'il n'y a pas de magie plus puissante qu'un amour véritable. L'Evil Queen, quant à elle, est perdue à jamais. La mort a été déjouée ce qui, à dire vrai, est un clin d'œil assumé au deuxième volet de Final Destination, pour ceux qui saisissent la référence.

Le chat, O'malley, bien évidemment inspiré de Thomas O'malley des Aristocats, aura le droit à son propre One Shot, prochainement.

N'hésitez pas à balancer vos critiques et reviews diverses et variées, je prendrai le temps de vous répondre au plus vite.

Pensées pour ma fiancée et nos chats pour cette Fanfiction: vous êtes mes muses, à commencer par toi, mon amour.

Poutoux sur vos bouilles, paix et amour.