Épilogue.
J'avais peur de l'obscurité mais je ne savais pas que lui craignait la lumière.
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Stiles accéléra le pas et mit sa capuche tandis qu'il commençait à pleuvoir. Il toucha du bout des doigts sa pommette douloureuse et les quelques points de suture à son arcade. Pendant quelques secondes, il songea qu'il devait faire peur comme cela, sa capuche sur la tête se promenant seul en pleine nuit, le visage couvert d'hématomes en voie de disparition. Puis il réalisa qu'il n'avait en réalité que quinze ans et qu'un gamin de quinze ans ne faisait pas spécialement peur.
Il arriva enfin devant son lycée et en fit le tour. Il laissa tomber son sac de sport par terre et en sortit sa batte de base-ball ainsi que plusieurs balles.
L'hyperactif s'avança au milieu du terrain de Lacrosse, se foutant de la pluie et lança une balle en l'air. Il frappa fortement dedans. Elle rebondit sur un des bancs du gradin dans un bruit mat.
Les balles s'enchaînèrent, accompagnées de cris de rage et, finalement, de larmes. Les premières qu'il s'autorisait après tout ce qu'il avait vécu. Il se sentait pathétique, vide et n'avait plus aucune envie de vivre. Tout ce qu'il faisait était survivre, boire, manger quand il ne vomissait pas et dormir lorsqu'il n'avait pas d'insomnie. Ce qui était rare. Mais il ne voulait pas craquer et prendre à nouveaux des cachetons pour s'endormir à tout jamais. Scott avait été la première personne qu'il avait vu en se réveillant ce jour-là et le souvenir du visage triste de ce dernier suffisait à le dissuader de toute autre tentative d'en finir.
Son meilleur ami ne le lâchait plus d'une semelle et venait travailler, jouer aux jeux vidéos ou manger chez lui presque tous les soirs, que ce soit la semaine ou le week-end. Et, quand au lycée Scott avait cours et lui non, c'était Isaac ou même Danny qui prenait le relais.
Stiles ne voulait pas mourir, mais il ne voulait pas vivre non plus. Du moins pas comme ça. Malheureusement, il n'avait pas le choix.
Il balança sa batte au loin et se laissa mollement tomber sur le gazon. Il s'allongea. L'herbe mouillée lui chatouilla le visage alors il réajusta sa capuche après quoi il se contenta de regarder le ciel. La pluie s'était calmée. Une dizaine de minutes passa quand un bruit à côté de son oreille le sortit de ses pensées de plus en plus noires.
Il se redressa et observa Théo, assis à côté de lui. Ses cheveux bruns collaient à son front et il tripotait nerveusement le bracelet qu'ils avaient en commun. Ils ne s'étaient pas revus depuis ce que son père appelait un « accident ». Théo ne venait visiblement plus au lycée et ils n'avaient pas pu se parler puisque Stiles s'était fait confisquer son portable.
Une larme coula sur la joue de celui qu'il aimait. Stiles voulut lui prendre la main et lui dire qu'il l'aimait, que rien ne pourrait le séparer mais il aurait menti. Ils avaient beau s'aimer, l'hyperactif avait bien failli le quitter quelques semaines auparavant, et il y avait son père.
- Tu n'es pas revenu au lycée, dit-il simplement.
Théo arracha quelques touffes d'herbes et secoua la tête.
- Toi tu ne devrais pas être au lycée, affirma-t-il d'une voix grave sans pour autant regarder Stiles.
- Je pense que tu as tort, chuchota l'hyperactif alors que son cœur battait de plus en plus vite.
Théo releva enfin ses yeux vers lui. Ils étaient brillants, des cernes marquaient sa peau blanche et ses lèvres tremblaient.
- Tu ne te rends pas compte ! Il attrapa ses épaules et un frisson parcourut tout le corps du châtain. Tu as voulu te tuer Stiles !
Il passa une main dans ses cheveux courts, brisant le contact visuel.
- Ça n'a pas d'importance.
Théo le tourna vers lui avec une force insoupçonnée et le secoua. Il avait les traits du visage tirés et la colère et la peur suintaient par tous les pores de sa peau.
- Comment oses-tu dire ça ? Comment tu peux me dire ça à moi ?! Théo avait presque l'air fou. Je t'aime plus que ma propre vie, j'ai eu tellement peur Stiles ! Ne redis plus jamais ça, tu as de l'importance, pour moi, pour Scott, pour tes amis. Stiles sentit une nouvelle sorte culpabilité l'oppresser. Je ne veux pas te perdre !
- Et moi ? Hein ? Tu crois que j'ai envie que tu disparaisses ? s'écria-t-il, figeant Théo. Et ouais, je suis passé devant chez toi ce matin, et ouais, j'ai vu ces putains de cartons ainsi que le camion !
Fatigué de tout, Stiles se laissa tomber dans les bras de Théo qui l'étreignit comme s'il craignait de le voir disparaître à tout moment.
- Tu comptais me le dire ? renifla-t-il.
- Demain matin, avant de partir pour Chicago. Il posa son menton sur le haut de la tête de Stiles et le berça doucement. Je suis désolé, c'est pour les études de ma sœur et un poste proposé à mon père. Je n'ai pas le choix.
- Je sais, on n'a jamais vraiment le choix… dit-il en enfouissant son visage dans le torse de l'autre adolescent.
- Ce n'était pas vraiment ce que tu disais avant, répondit Théo d'une voix teintée d'inquiétude.
- J'ai changé de discours. Il ravala ses larmes. Tu vas partir, réalisa-t-il.
- Je serais toujours là dans ton cœur mais pour ça, il va falloir que tu me promettes quelque chose.
Stiles poussa un peu sur ses coudes pour le regarder. Theo se pencha et l'embrassa chastement.
- Ne m'oublie jamais, demanda-t-il en caressant avec son pouce la joue de l'hyperactif qui ferma les yeux à cette caresse.
Quand Stiles rouvrit les paupières, il n'était plus dehors avec Théo mais dans sa salle de bain. Il s'observa dans le reflet durant quelques secondes. Il ne portait plus aucunes traces de sa tentative de suicide, ses cheveux étaient maintenant longs mais des cernes foncés entouraient toujours ses yeux. C'est là qu'il comprit, c'était un rêve. Théo était bel et bien parti, il avait seulement eu un moment d'assoupissement durant lequel il avait vécu à nouveau ce passage de sa vie.
Il ne se questionna pas vraiment sur le pourquoi du comment il était arrivé dans la salle de bain, il faisait couramment des crises de somnambulisme.
Il baissa les yeux quand il sentit quelque chose sous son pied. C'est avec les sourcils froncés et une respiration difficile qu'il s'agenouilla pour attraper le petit cachet. Il hoqueta de stupeur en réalisant qu'une boite de somnifère qu'il connaissait bien était par terre et que quelques médicaments s'en étaient échappés. Des fragments de souvenir lui revinrent et il ramassa avec empressement la boite.
Calme-toi, Stiles, elle est sûrement juste tombée de l'étagère. Rien n'est en train de se reproduire.
Il constata avec horreur qu'elle était vide. Il se releva rapidement et s'aspergea le visage d'eau.
C'est là qu'il la vit. Une lame de rasoir posée sur l'évier.
- Non, non, non…
Ses yeux s'embuèrent de larmes et il se sentit faiblir. Un liquide chaud et visqueux coula le long et ses avant-bras.
- Mais qu'est-ce que j'ai fait… sanglota-t-il alors qu'il essayait de compresser les blessures avec une serviette de bain.
Ses jambes tremblèrent, ses paupières se firent plus lourdes et il se laissa glisser contre le mur.
- Scott... chuchota-t-il. Non, non ! J'avais promis à Scott…
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Scott se réveilla en sursaut lorsqu'il entendit Stiles hurler. Il alluma rapidement la lumière et se retourna à une vitesse folle pour voir ce qu'il se passait. Son meilleur ami était roulé en boule dans un coin du lit, ses yeux étaient écarquillés et il tremblait.
Il s'approcha doucement du corps recroquevillé et posa une main derrière la nuque du châtain, ses cheveux étaient trempés de sueurs. Il le rapprocha de lui et la respiration de l'adolescent se fit moins erratique.
- Scott ? Est-ce que tout va bien ? demanda Melissa en entrebâillant la porte de la chambre.
Il fit signe à sa mère qu'il gérait la situation et elle referma la porte avec une moue inquiète. Stiles passa ses mains sous le haut de son ami, enfouit son nez dans son cou et soupira de soulagement.
- Je suis là... dit Scott en caressant ses cheveux. Tout va bien.
- Je sais, répondit Stiles d'une voix éraillée. C'est pour ça que je ne veux jamais être séparé de toi.
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- Un cauchemar ? Encore ? chuchota Isaac. Je croyais qu'il n'y avait qu'avec toi qu'il pouvait bien dormir ?
Scott observa son petit ami se faire engueuler par Jackson à cause de sa dernière « expérience » en chimie sous les rires de Liam.
- Pourtant il en fait toutes les nuit où il dort chez moi, souffla-t-il avec tristesse. au début ça me réveillait juste quand il criait ou gigotait trop ,mais maintenant je m'empêche moi-même de dormir parce que je m'inquiète pour lui.
- Il t'a dit de quoi il s'agissait ?
- Non, justement c'est pour ça que je reste éveillé, le pire c'est que je crois qu'il fait toujours le même rêve. Mais il ne s'en souvient pas, ou uniquement sur le coup. Du coup, il ne sait jamais que c'est un rêve, il croit que c'est la réalité.
Isaac haussa les épaules.
- Je ne comprends pas... Cependant, c'est peut-être mieux qu'il ne s'en souvienne pas, non ? Au moins ça ne le fait pas souffrir la journée si jamais il y repensait. Et puis, comment tu peux savoir que c'est toujours le même ? demanda le blond en penchant la tête pour capter le regard de Scott.
Le plus petit soupira et reporta son attention sur les tubes à essais et son livre de chimie devant lui.
- Stiles parle quand il dort. Il tourna les pages du livre. Isaac posa les mains à plat dessus en fronçant les sourcils. D'après ce que j'ai pu comprendre, il parle d'un déménagement, répète le nom de Théo sans cesse et, quand enfin il semble se calmer, c'est là que le pire arrive. Il se met à pleurer en disant qu'il m'avait promis quelque chose. Il leva les yeux vers son ami et secoua la tête. Je m'inquiète. Et aussi, je me dis que s'il s'en souvenait... Eh bien, il saurait que ce n'est qu'un rêve et il pourrait peut-être l'arrêter.
- Il ne se souvient vraiment de rien ?
Le rire de Stiles attira à nouveau leur attention. L'hyperactif avait l'air heureux pourtant. Ça faisait deux semaines qu'il lui avait avoué ses sentiments et qu'ils étaient ensemble. Discrètement certes, il n'y avait seulement que leurs amis les plus proches qui étaient au courant mais cette situation convenait au deux pour le moment. Stiles avait l'air moins tracassé, il se posait moins de questions. Scott attendra le temps qu'il faudra, si celui qu'il aimait n'était pas encore près pour faire son coming out, alors il attendra.
N'empêche que ses rêves m'inquiètent pas mal…
- On n'en reparle plus jamais, Stiles se lève et fait comme si rien ne s'était passé, répondit Scott, et Isaac lui attrapa le poignet.
- Comment peux-tu en déduire si vite qu'il ne se rappelle de rien alors ? Le brun fronça les sourcils et Isaac renifla. Écoute, peut-être qu'il ne veut juste pas en parler. C'est une possibilité, essaye d'avoir une discussion avec lui ou attend qu'il vienne lui-même te dire ce qui cloche, dit-il en jetant un coup d'œil au concerné. Tu peux toujours lui faire comprendre que tu attends qu'il t'en parle.
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Scott n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il soupira et observa son petit-ami qui lui tournait le dos. Il joua quelques minutes avec ses cheveux et s'amusa à essayer de trouver les formes que les grains de beautés parsemant la peau laiteuse pourraient former s'ils étaient reliés. Il pencha la tête et aperçut sur le réveil qu'il était bientôt trois heures du matin. Se sentant encore trop éveillé, il décida de se lever et il traversa la pièce sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Stiles.
Le Shérif étant en déplacement, il avait pu en profiter pour dormir chez lui et faire une activité un peu moins sage avec Stiles sans craindre de gêner qui que se soit.
Il passa aux toilettes et descendit les escaliers le plus silencieusement possible. Une fois en bas, Scott se servit un verre de lait et s'affala sur le canapé. Il tapota à côté de lui jusqu'à qu'il trouve la télécommande et alluma la télé. Il soupira en se rendant compte que le programme à trois heures du matin n'était pas génial et qu'il allait encore devoir se mater une rediffusion de cauchemars en cuisine, ce qui ne l'empêcha de se faire hypnotiser par le téléviseur.
Il était d'ailleurs tellement absorbé par l'écran qu'il sursauta quand son portable, posé sur son ventre nu, vibra. Il le déverrouilla et ouvrit les messages de Liam. Il y avait trois photos, une de Corey penché au-dessus de la cuvette des toilettes, une de Mason en panique et une de Brett filmant la scène. Charmant. Une quatrième photo apparut, montrant Jackson dormant la joue écrasée contre l'épaule d'un Isaac buvant une bouteille d'eau. Scott enregistra celle-ci. Et enfin, sur la dernière, Liam tenait un balai et un sac poubelle rempli de cadavres de bouteilles.
Son téléphone vibra à nouveau et deux messages s'affichèrent à la suite.
« Vous devriez être là, tu me manques »
« T'es toujours là pour m'aider à ranger. »
Scott dut se retenir de rire en se mordant les lèvres après ces remarques. Il baissa le son de la télé et composa le numéro de son ami.
« - Salut mec, je pensais que tu dormirais, résonna la voix lente de Liam quand il décrocha.
- J'arrivais pas alors je me suis levé... Il marqua une pause et regarda la télé en grimaçant. Gordon Ramsay est toujours là pour moi.
- Ouais, tu as carrément raison, ce mec est parfait comme cure pour nos insomnies. Il y eut un silence pendant lequel Scott attendit que Liam rigole ou lui dise qu'il déconnait. Mais attends, tu n'es pas censé être chez Stiles ?
- J'y suis, répondit-il en se mettant en tailleur et en ramenant le sweat que l'hyperactif avait laissé au rez-de-chaussée sur ses jambes.
- Alors qu'est-ce que tu fais dans son salon à regarder un cuisto de cinquante ans à la télé alors que tu as un petit-ami sexy roulé en boule à moitié nu dans son lit à bouffer des yeux toute la nuit ? s'exclama le plus petit et Scott grogna.
- Tu vas pas t'y mettre aussi. Tu traînes trop avec Jackson.
- C'est lui qui m'a soufflé la phrase d'ailleurs, nouveau silence, mais il n'a pas encore dessaoulé. »
Scott écouta le capitaine protester et se disputer avec Liam. Il écarta un peu le combiné et tendit l'oreille lorsque qu'il entendit des pas à l'étage. Il reconnu le grincement de la porte de la chambre de son petit-ami et devina que Stiles se dirigeait vers la salle de bain.
« - Scott ? Tu es toujours là ? Demanda Liam.
- Je vais te laisser, je retourne avec Stiles, dit-il un peu distraitement. Bon rangement mon pote.
- Sage décision ! »
Il raccrocha, éteignit la télévision et monta les marches quatre à quatre. Il se fia à la faible lumière qui s'échappait de la salle de bain et longea les murs du couloir plongé dans le noir. Une fois arrivé, au bout il poussa doucement la porte et fronça les sourcils.
- Stiles ? chuchota-t-il d'une voix incertaine.
Le concerné rangea une boite de rasoir au fond du placard et en sortit un électrique qu'il posa sur le rebord du lavabo.
Il baissa les yeux sur les deux boites de somnifères jetées à la poubelle, Stiles fit un nœud avec le sac et lui sourit difficilement.
- Je fais des rêves dont j'aimerais vraiment me débarrasser. Il prit la main de Scott et le guida jusqu'à sa chambre. Je sais bien qu'on ne peut pas se débarrasser de souvenirs, mais on peut se débarrasser de ce qui nous les rappelle et de ce qui nous fait peur.
C'est à ce moment précis que Scott comprit que son petit-ami se souvenait bien de ses cauchemars. Pire, cela devait concerner sa tentative de suicide. Mais il comprit surtout que Stiles était prêt à évoluer, qu'il lui faisait confiance pour le rendre heureux. Scott lui sourit réellement et le tira vers lui dans une étreinte.
- Je dois lui dire Scott. Stiles pausa sa tête sur son épaule. Je dois le dire à mon père au plus vite, je n'ai pas le choix.
- On a toujours le choix, souffla-t-il en le berçant un peu.
Le châtain releva la tête.
Scott frissonna en voyant son regard larmoyant et plein d'amour. Il le sera encore plus fort, lui murmurant sans cesse des je t'aime et passant ses doigts dans ses cheveux.
Il se jura être toujours présent pour son Stiles et de l'aider à confronter son père, le rassurer lors de ses cauchemars et de l'aimer jusqu'à la fin.
- C'est fini, amour. Chuchotât-il alors que leurs lèvres se frôlaient. Tout ira mieux.
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Mes petits loups...c'est la fin de « Who is S ? »… vous vous rendez compte ?!
J'espère vraiment que cette épilogue vous auras plu ! Je vous le dit, une suite est clairement prévue. Bon j'ai déjà une autre fiction en cours dont le prologue sera posté dans pas si longtemps. Mais la suite arrivera après, avec nos bébés à l'université et tout ce qui va avec.
Je tiens à remercier la supeeer Zephirebleue ! Mais alors vraiment mille merci, tu es géniale. J'ai beaucoup progressé grâce à tes conseils et tu m'a beaucoup faite rire avec tes remarques.
Et bien sure merciii a vous tous, vous qui me lisez, vous qui me laissez des reviews adorables et qui me font sourire. C'est ce qui me donne, en plus de la passion, l'envie d'écrire.
Gros bisous, à bientôt pour des prochaines aventures ^^ ! big love.
Charlgrt.
