Bonjour tout le monde !

Me revoilà pour le troisième chapitre de cette histoire. (Miss Plume Acide : il va sérieusement avoir besoin de réconfort, notre Drago national ;) ). Encore un grand merci à chapou69 et Miss Plume Acide pour leurs adorables reviews. Je ne peux pas m'empêcher de sourire niaisement pendant un quart d'heure après les avoies lues :)

Passons aux choses sérieuses. Comme vous l'aurez peut-être remarqué, les vacances se finissent ce soir. Il faut que je retourne à ma vie d'étudiante parisienne. Et comme ma connexion internet est en dents de scie, je préfère attendre le week-end, être rentrée chez moi, pour publier les chapitres suivants. Pas de panique donc, ça n'a rien à voir avec un quelconque abandon.

Voilà, voilà.

N'hésitez pas à me laisser un petit mot, ça fait toujours plaisir.

Bonne lecture !

Bises

Peaseblossom

Disclaimer : Tout est à la fabuleuse JK. Rowling


Chapitre 3

Peurs paniques

« Malefoy. Malefoy, debout ! »

Une main le secoua. Il la repoussa et se tourna contre le mur en grognant.

« Eh bien, on dirait que monsieur n'est pas du matin. »

Il grommela.

« Malefoy, si dans dix minutes tu n'es pas dans la cuisine, je viens te chercher par la peau des fesses ! »

Des pas qui s'en vont. Le silence. Béatitude. Il soupira et remonta les couvertures sur ses épaules. A demi éveillé, il s'adonna au plaisir indescriptible de ne penser à rien.

« Malefoy ! Plus que trois minutes ! »

Et merde ! D'un coup de pied, il repoussa les draps, s'habilla en hâte, se cogna les doigts de pied contre le pied du lit en enfilant son pantalon, jura très fort, boutonna sa chemise à la va-vite et dévala l'escalier à moitié à cloche-pied. Il arriva en trombe dans la cuisine. Granger haussa un sourcil dédaigneux en voyant sa tenue. Iris rigolait. Et lui était de mauvaise humeur.

« Bonjour ! claironna Iris.

– Tu es dans le timing, remarqua Granger. Mais la prochaine fois, évite d'avoir l'air aussi débraillé. »

Il grogna et s'assit à sa place. Une assiette fumante de saucisses et d'œufs brouillés atterrit devant lui, tandis qu'il préparait son thé. A la fin du petit-déjeuner, son humeur ne s'était guère améliorée. Il profita du court répit pendant lequel Granger faisait la vaisselle pour se laver et s'habiller correctement.

Puis ce fut l'heure du départ. Iris, déjà prête, s'impatientait devant la porte d'entrée, son cartable sur le dos. Granger enfila son manteau et lui tendit une vieille cape.

Il faisait encore nuit dehors. Le jardin brillait dans son suaire de neige. Un petit vent désagréable soufflait. Le froid le réveilla tout à fait. Ils marchèrent jusqu'à retrouver la grande rue du village, qu'ils suivirent sur quelques mètres. La lumière intermittente des lampadaires éclairait mal les trottoirs couverts de verglas. La petite fille gambadait devant.

« Iris ne court pas ! Ça glisse, » prévint Granger.

D'autorité, elle s'empara de la main de la fillette et ils tournèrent à gauche. Une grande maison faiblement éclairée se dressa devant eux. Rien ne la distinguait de ses voisines, si ce n'est l'étrange girouette en forme d'hippogriffe qui piaffait sur le faîte du toit. Un petit groupe de gens attendait, vêtus de vêtements étranges ou bizarrement associés, caractéristiques de sorciers en immersion dans le monde moldu. Ils restèrent assez loin de l'assemblée, cachés dans la pénombre. Après une dizaine de minutes d'attente, durant lesquelles Drago songea qu'on aurait pu le laisser dormir, la porte de la maison s'ouvrit sur une petite femme rondouillarde et souriante aux cheveux noirs tordus en chignon sur le haut du crâne. Une ribambelle d'enfants se précipita vers elle en pépiant. Iris embrasse Granger sur la joue, hésita devant Drago et comme l'institutrice l'appelait, courut vers elle en adressant de grands signes de la main au jeune homme.

« Elle t'aime bien, tu sais, lui glissa Granger, même si tu as la fâcheuse manie de l'ignorer royalement.

– Je n'ai pas eu le droit de parler à mon père avant d'être capable de tenir une conversation raisonnable, cingla-t-il.

– Ce qui a dû prendre du temps, ironisa-t-elle. Mais ces pratiques moyenâgeuses n'ont plus cours de nos jours. Il va falloir t'y faire, mon cher. »

Elle lui tendit son bras. Il le saisit, redoutant à l'avance la sensation du transplanage. La petite rue s'effaça dans un tourbillon de couleurs. Ses pieds retrouvèrent durement le sol une fraction de secondes plus tard. Son estomac avait très envie de rendre tout ce qu'il avait absorbé. Il respira à fond.

« Ne vomis pas, » s'enjoignit-il.

Le malaise s'estompa et il put lever les yeux sans craindre les cabrioles de son ventre. Ils se trouvaient dans une impasse fermée d'une haute grille, entre deux immeubles de brique. Une odeur infâme de moisissures, d'œufs pourris et de poisson avarié s'échappait de grosses bennes à ordures. Des bruits de circulation, klaxons, pétarades et injures trahissaient la présence d'une artère passante non loin. L'impasse n'était éclairée que par me réverbère solitaire en sentinelle au croisement avec la rue. Granger se dirigea de ce côté et Drago lui emboîta le pas.

Ils débouchèrent dans une grande rue brillamment éclairée. Il cligna des yeux, ébloui. Des voitures passaient à toute vitesse, avec des ronflements de moteur. Il y avait peu de passants. La plupart des boutiques étaient encore fermées, leur rideau de fer abaissé.

La jeune femme s'engagea dans la rue. La neige à cet endroit, avait été réduite à l'état de soupe grisâtre. Il leva les yeux. Sur un panneau rivé en hauteur, une écriture blanche et mécanique indiquait Charing Cross Road. Ils suivirent l'artère sur plusieurs centaines de mètres, puis Granger s'immobilisa devant la porte d'un bar d'aspect miteux, surmontée d'une enseigne annonçant le Chaudron Baveur, coincée entre une librairie et un gros magasin de disques. Ils entrèrent dans le pub. Une multitude de chandelles flottaient, baignant la grande pièce d'une lumière chaleureuse. Il y avait peu de clients. Une harpie grognait près de la cheminée en se curant les griffes. Un homme d'une trentaine d'années sirotait une bièraubeurre près de la porte donnant sur la cour. Derrière le comptoir, une jeune femme blonde aux yeux doux surveillait le nettoyage des verres. Son visage ne lui était pas inconnu.

« Bonjour Hannah, » salua Granger.

La jeune femme sursauta et sourit en reconnaissant la nouvelle venue.

« Hermione ! Comme je suis contente de te voir ! Ça fait longtemps, dis-moi. »

Son regard bleu tomba alors sur Drago et elle se rembrunit.

« Je vous sers quelque chose ? demanda-t-elle.

– Non merci, refusa Granger. Nous sommes attendus. Comment va Neville ? »

Le visage rond de Hannah reprit sa gaieté naturelle.

« Très bien. Il est en vacances mercredi de la semaine prochaine. Il rentre pour les fêtes. Au fait, tu vas chez les Weasley pour le réveillon ?

– Non, je ne crois pas. »

Le regard de Hannah se posa de nouveau sur Drago et elle murmura :

« Évidemment. Je comprends. Et Iris ?

– Noël la rend hystérique, mais elle est toujours aussi adorable. »

Hannah sourit.

« Je te laisse, annonça Granger, alors que l'homme à la bièraubeurre s'approchait d'eux. Passe le bonjour à Neville de ma part.

– Je n'y manquerai pas. Bonne journée !

– Miss Granger ? »

La jeune femme se retourna. L'homme à la bièraubeurre, un petit blond trapu, lui adressa un léger signe de tête. Il ignora Drago qui se sentait désagréablement invisible. Le visage fermé, il tentait de dissimuler l'élan de colère qui le gagnait face à tant de mépris.

« Auror Blake, se présenta-t-il. Je suis chargé de votre sécurité aujourd'hui.

– Ce n'est pas tant la mienne que la sienne qui est en danger, grogna Granger en désignant Drago. Dépêchons-nous. Je n'aime pas quand le Chemin de Traverse est bondé. »

L'Auror Blake fit un petit salut militaire. Drago leva les yeux au ciel et suivit Granger, qui s'engouffrait dans la cour du pub. Elle sortit sa baguette, tapota quelques briques au-dessus de la poubelle et la belle arcade en ogive ouvrant le Chemin de Traverse apparut.

Drago avait rarement pris ce chemin. Deux ou trois fois, tout au plus, quand Severus l'avait emmené faire ses achats scolaires alors que ses parents étaient occupés ailleurs. Son père ne se serait jamais abaissé à fréquenter un lieu aussi misérable que la Chaudron Baveur. Quoiqu'il semblât moins sordide maintenant qu'il était tenu par cette jeune femme dont le nom lui échappait. Hannah Harbour ? Boot ? Ou Abbot, peut-être. Oui, c'était sûrement ça. Une petite Poufsouffle aux nattes blondes.

Ils s'engagèrent à la suite de Granger dans la rue marchande. Drago se mit à sa hauteur, tandis que l'Auror cheminait à quelques pas derrière eux. Sa présence le dérangeait. Il avait entendu Potter dire que la maison de Granger était surveillée. C'était une chose. On le croyait dangereux. Mais Granger affirmait que c'était lui qui était en danger, et il ne savait pas à quoi s'en tenir. Quel danger pouvait-il courir ? Cela avait-il trait à la mystérieuse affaire de sa libération ? Il aurait voulu avoir des réponses à toutes ces questions. Mais il avait déjà interrogé Granger et il se doutait bien que son opinion à ce sujet n'avait pas changé. Elle ne lui dirait rien.

Il y avait peu de monde dans la rue. Certains ne voyaient que Granger et la saluaient d'un sourire. D'autres, plus nombreux, apercevaient Drago et lui jetaient un regard mauvais. Un sentiment de malaise le gagna.

Granger marchait vite. Ils rejoignirent la boutique de Madame Guipure. Tout y était comme dans son souvenir. Les vêtements ensorcelés dans la vitrine. Les coupons de tissu, les bobines de fil, les volants de dentelle, les épingles, les paires de ciseaux volant et s'activant dans la boutique. La petite couturière aux cheveux gris.

« Miss Granger ! Vous venez chercher votre robe, je suppose ? Un dernier essayage et... »

Elle s'arrêta net en voyant Drago derrière elle. Elle demeura immobile, tétanisée.

« Nous aurions également besoin de renouveler la garde-robe de monsieur Malefoy, » annonça Granger d'une voix douce.

Cela sembla tirer madame Guipure de son horreur. Elle prit rapidement quelques mesures, craignant de le toucher. Puis elle fit avancer un portant de chemises et de pulls, un autre de pantalons, et lui offrit, d'une voix tremblante, de faire son choix.

« Pendant ce temps, miss Granger, pouvons-nous nous occuper de votre robe ?

– Bien entendu. »

Elles passèrent derrière un rideau. Drago, resté seul, regarda les vêtements sans les voir, perdu. Puis il vit l'Auror Blake l'épier derrière la vitrine, et dans un sursaut d'orgueil, il se pencha sur les cintres, l'air connaisseur. Il choisit quelques chemises qu'il accrocha à un portant vide.

Granger et la couturière jaillirent alors de derrière le rideau. La jeune femme portait un paquet soigneusement enveloppé sur le bras. La fameuse robe, certainement.

« Bientôt fini ? » interrogea Granger.

Il haussa les épaules et tira un pantalon noir. Il la vit suspendre son paquet au portant où il avait entreposé pulls et chemises.

« Qu'avez-vous en tenues de soirée ? demanda-t-elle à la couturière.

– Patientez une minute, voulez-vous ? »

La petite femme disparut derrière un rideau.

« Je n'ai pas besoin d'une tenue de soirée, Granger, fit-il remarquer.

– Ça, tu n'en sais rien. Va déjà essayer tout ça. »

Levant les yeux au ciel, il obéit. Il passa derrière le rideau et se retrouva dans une confortable cabine d'essayage.

Il avait l'avantage d'être d'une stature particulièrement facile à habiller. Tout lui allait. Mais il ne put que constater encore une fois que les privations avaient laissé des traces. Sa musculature avait spectaculairement fondu. Les hématomes et les blessures, grâce aux soins de Granger, se résumaient à de simples ombres violacées, soulignant sa maigreur.

« Grouille, Malefoy ! On n'a pas tout la journée, s'impatienta Granger.

– C'est toi qui m'as traîné ici, je te rappelle, » rétorqua-t-il en retirant un col roulé.

Quelques minutes plus tard, il rejoignit la grande pièce. Madame Guipure était revenue et tenait deux cintres drapés d'une tenue de soirée, l'une noire et l'autre bleu sombre.

« C'est bon ? » demanda Granger.

Il acquiesça. Son regard revint aux tenues de soirée. Il n'hésita pas une seconde.

« La bleue. »

Granger approuva du regard et ils se lancèrent dans l'essayage.

« Je ne vois vraiment pas pourquoi j'aurais besoin d'une tenue de soirée, » grinça Drago.

Debout sur un escabeau, il attendait que la couturière finît de piquer son ourlet. Granger tournait autour d'eux, lissant un pli par ci, retirant une poussière par là.

« Tu verras. Il te faudrait un manteau aussi. Vous n'auriez pas ça en réserve, madame Guipure ? Quelque chose de pratique et de passe-partout ?

– Certainement, miss.

– Tu ne crois pas avoir passé l'âge de jouer à la poupée, Granger ?

– Cesse donc de te plaindre. En plus, elle te va vraiment bien, remarqua-t-elle en tournant toujours autour de lui.

– Je ne savais pas que tu avais des gènes de vautour, » bougonna-t-il en descendant de son perchoir.

Il se planta devant un grand miroir et constata que Granger disait vrai. Élégante sans être sophistiquée, cette tenue était parfaite. Le bleu de la robe se mariait merveilleusement bien avec ses yeux. Pas de fioritures, hormis la lavallière de soie ivoire. Un instant, Drago retrouva le plaisir d'être bien habillé.

Ils avaient passé près de deux heures dans la boutique quand ils en sortirent enfin. Granger n'avait pas bronché au moment de payer, malgré le montant astronomique de la facture et il se sentait un peu humilié de dépendre de sa générosité.

Talonnés du fidèle Blake qui, à l'instant, lui sembla présenter une curieuse ressemblance avec un caniche, ils remontèrent la rue d'un pas rapide, les poches pleines de paquets rapetissés. Il y avait beaucoup plus de monde. Les gens profitaient du pâle soleil d'hiver qui dormait sur Londres pour faire leurs achats de Noël. Des couples flânaient. Des enfants piaillaient. Toute cette foule bruissant qui les entourait, l'écrasait et l'oppressait. Les gens s'arrêtaient en le reconnaissant.

« Malefoy. »

Ils murmuraient, le frappaient à coups de regards hostiles.

« Mangemort...

– Dangereux... »

Où qu'il regardât, la foule faisait bloc contre lui.

« Fou...

– Assassin... »

Il sentit la panique l'envahir. Des regards mauvais partout. Des murmures assassins. Sa respiration accéléra. Les battements de son cœur se firent assourdissants. Il ferma les yeux pour ne plus les voir. Mais les regards le brûlaient. Les injures le griffaient.

« Meurtrier... »

Une sueur froide dégoulina dans son dos. Il se sentit basculer irrationnellement dans la peur. La terreur revint se nicher dans ses entrailles. Il voyait se creuser sous ses pieds un gouffre, et tout au fond, cette multitude de visages tordus par la haine.

« Malefoy ? Malefoy, ça va ? »

Il ouvrit les yeux. Granger était penchée sur lui, le regard inquiet. Penchée ? Il regarda autour de lui. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était roulé en boule sur la chaussée pour se protéger. Un cercle s'était formé autour d'eux. La plupart des visages reflétaient une morbide curiosité, teintée de répugnance.

« Trop de monde, Granger, articula-t-il avec peine. Je... »

Il s'interrompit, incapable d'aller plus loin. Son regard se fit implorant. Il ne pouvait pas rester là. Il ne pouvait pas. Elle sembla comprendre sa détresse, même s'il n'arrivait pas à la formuler. Elle se tourna vers l'Auror.

« Vous pouvez disposer. Nous allons rentrer chez moi.

– Mais... balbutia Blake. Les ordres...

– Je vous promets de ne pas me perdre en chemin, » garantit-elle, exaspérée.

Drago se releva les mains tremblantes. Après une série de pourparlers, l'Auror consentit à s'éclipser. Drago retrouvait peu à peu une respiration normale. Mais la peur était toujours là. Granger se tourna vers lui.

« Est-ce que...

– Hermione ?

– Oh ! »

Granger sursauta et tomba nez à nez avec un grand roux au visage souriant. Il fallut quelques secondes à Drago pour reconnaître Ronald Weasley. Il avait pris du ventre et arborait un air niais absolument ridicule.

« Bonjour Ron, » salua Granger.

Drago trouva qu'elle avait l'air gênée... et triste aussi. Près de Weasley se tenait une très jolie jeune femme à la peau brune, aux yeux d'un bleu d'aigue-marine et aux longs cheveux noirs, lisses et brillants comme de la soie. Dans ses bras dormait un bébé de quelques mois, soigneusement emmailloté.

« Salut Lyne, » ajouta Granger.

La jeune femme lui sourit.

« Bonjour Hermione. Comment vas-tu ? »

Elle avait une voix grave et chaude comme un rayon de soleil.

« On fait aller. C'est la petite Rose, c'est ça ? » fit-elle en désignant le bébé.

Alors que les deux femmes discutaient grenouillères et couches-culottes, Drago accrocha le regard de Weasley. Son visage n'était pas ouvertement hostile, mais ses yeux bleu profond lui disaient bien tout le mal qu'il pensait de lui. Il finit par se détourner, vaincu. Weasley eut un sourire satisfait et se tourna vers Granger.

« Pourquoi tu n'es pas venue nous voir ? lui reprocha-t-il se le ton de la plaisanterie.

– Oh, je... je suis débordée ces temps-ci, répondit-elle évasivement.

– Tu es toujours débordée.

– Je sais. Mais tu me connais. Je ne supporte pas le travail à moitié fait. Pardonnez-moi, mais il faut qu'on y aille.

– Évidemment, grogna Weasley. Mais tu trouves toujours du temps pour les cas désespérés. »

Il jeta un regard peu avenant à Drago.

« Ne sois pas méchant, Ron, gronda gentiment Lyne. C'est tout à son honneur.

– Il faut vraiment qu'on parte, » répéta Granger.

Elle eut un pâle sourire d'excuses que contredisait sa hâte de partir. Elle empoigna le bras de Drago un peu trop fort pour que cela soit naturel.

« Attends, Hermione ! Tu viens à Noël ? demanda Weasley.

– Non, Ron, » répondit-elle sans se retourner.

Sans crier gare, ils transplanèrent. Ils apparurent sur la même colline que la veille, surplombant le village.

Peu à peu, il sentait que l'angoisse s'éloignait, le laissant vide et hagard. La réalité reprenait lentement ses droits sur son esprit. Ils rejoignirent la maison sans un mot. En entrant dans le vestibule, un intense sentiment de paix et de sécurité le gagna. La puissance du soulagement qu'il ressentit lui fit prendre la mesure de la terreur qui l'avait étreint. Il s'était imaginé que la guerre, la prison, l'avaient endurci. Que rien ne pourrait l'atteindre avec plus de violence. Il s'était trompé. Il était plus fragile, plus vulnérable qu'il ne l'avait jamais été. Le monde entier était contre lui, et il n'avait aucun moyen de se défendre. Ses barrières psychologiques s'étaient effondrées. La magie lui était interdite. Il n'avait plus rien. Rien, hormis une trêve tacite avec Granger.

D'un geste, elle l'invita à la suivre dans la cuisine. Elle avait le visage fermé et la même lueur douloureuse qu'il lui avait déjà vue dans les yeux. Dans la cuisine, elle sortit du chocolat et lui en donna un gros morceau.

« Qu'est-ce qui s'est passé, exactement ? demanda-t-elle. J'ai cru que tu allais te trouver mal. »

Il croqua dans le chocolat. Comment lui répondre sans avoir l'air idiot. Tout lui paraissait absurde dans cette affaire. Maintenant que la peur s'était envolée, ne restait que la colère, lourde et sournoise, dans le fond de sa gorge.

« Ils me rejettent, se décida-t-il.

– Qui ça « ils » ?

– Les gens. Tous. Ils me détestent et je ne les connais même pas. Pour eux, je suis un danger, alors que je n'ai même plus le droit de porter une baguette magique.

– Ils ont peur. Il leur faut du temps, tempéra Granger.

– Mais je ne leur ai rien fait. Ils me traitent d'assassin, sans savoir. »

Granger garda le silence.

« Je n'ai pas choisi mon camp, on m'y a mis d'office. S'il n'en avait tenu qu'à moi, je serais parti m'enterrer à dix mille kilomètres jusqu'à ce que ça se calme, reprit-il. Aucun d'entre eux n'a vu ce que j'ai vu, entendu ce que j'ai entendu, subi ce que j'ai subi, sans rien pouvoir faire d'autre qu'obtempérer ou mourir. Est-ce que quelqu'un peut essayer de comprendre ? Ils sont restés chez eux à attendre que le déluge passe.

– Tu es injuste...

– Et eux ne le sont pas peut-être ? s'enflamma-t-il. Le Seigneur des Ténèbres habitait chez moi, merde ! Je sais que j'ai fait des erreurs. Ça me coûte de le dire, mais j'ai eu tort. Et on me craint, on me hait. Mais j'étais mort de trouille et il voulait me tuer. J'avais dix-sept ans quand j'ai été condamné pour avoir essayé de survivre. »

Ce jour-là, tout s'était écroulé autour de lui. Il s'était trouvé assommé, affreusement pâle. Sa mère, tout juste acquittée, avait bondi, blême. Potter avait jeté un regard d'incompréhension au jury. A chaque fois qu'il y repensait, la scène semblait se dérouler au ralenti. A chaque fois, il ne pouvait réprimer le violent frisson qui le prenait.

« Je comprends ta colère, assura Granger avec douceur. Ça n'aurait jamais dû se passer comme ça.

– Je ne te le fais pas dire, gronda-t-il. Mais toi, Granger, pourquoi tu ne fais pas comme tout le monde ? Pourquoi tu ne me détestes pas ? »

Excellente question. A Poudlard, il lui avait fait plus de mal qu'à quiconque. Parce qu'elle était née-moldue et parce qu'elle était l'amie de Potter.

« Sans doute parce que tu n'es plus un petit crétin prétentieux bourré de préjugés stupides et racistes, sourit-elle.

– Sérieusement, Granger. »

Son visage se fit plus grave, lointain.

« Tu te souviens du soir où Greyback nous a capturés et emmenés au manoir ? » demanda-t-elle.

Il acquiesça silencieusement. Les échos de cette soirée peuplaient encore ses cauchemars.

« On était dans le pétrin jusqu'au cou. Quand tu es arrivé, je me suis vue morte. Tu nous avais reconnu, impossible de faire autrement. Un mot de toi, et Voldemort arrivait. C'était notre mort à tous assurée, et le retour en grâce de ta famille, sans doute. Mais tu n'étais déjà plus le garçon que j'avais connu. Tu n'as rien dit de catégorique. Tu nous as fait gagner du temps.

– Granger ne me dis pas que...

– Si, Malefoy. Je t'ai tout pardonné pour une minute d'hésitation qui nous a sauvé la vie. C'est stupide, hein ? »

Ces paroles douchèrent proprement sa colère. Évidemment qu'il trouvait ça stupide. Mais en même temps... Pardonné. Le mot sonnait étrangement à ses oreilles. On ne lui avait jamais rien pardonné, pas plus ses écarts de conduite que ses échecs. Granger continua d'une voix plus claire :

« Je n'ai pas grand-chose à t'offrir. Je ne peux pas changer les gens et ce qu'ils pensent. Je ne peux pas remonter le temps. Mais tu as tout mon soutien, pour ce qu'il vaut. »

Le silence retomba. Granger s'enferma dans ses pensées. L'air absent, elle croqua un carré de chocolat. Soudain, elle ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ils étaient embués de larmes. Intrigué, il se souvint de l'échange qu'elle avait eu avec Weasley. Elle contrôla le tremblement de ses mains et se leva.

« C'est Weasley ? demanda-t-il.

– C'est Weasley qui quoi ?

– Qui te fait pleurer ?

– Ça n'a aucune espèce d'importance, » ragea-t-elle.

Elle se détourna pour ranger le chocolat. Elle agissait mécaniquement, perdue dans ses pensées. Soudainement, elle demanda :

« Qu'est-ce qui te manque le plus ? De ta vie d'avant ? »

Un instant, il fut dérouté. Quelle étrange question. Des images, des désirs, des sensations, des souvenirs défilèrent dans sa tête en un kaléidoscope ininterrompu. Tant de choses lui manquaient.

« La magie, surtout, commença-t-il. La considération aussi. Ma mère. Severus. »

Il réfléchit.

« Le Quidditch. Serpent bleu, ajouta-t-il.

– Serpent bleu ? s'étonna-t-elle.

– Mon parfum. Ma mère me l'avait offert pour mes quinze ans. »

Elle garda le silence quelques secondes.

« Elle va bien, tu sais. Elle a eu du mal à se remettre de ta condamnation et de celle de ton père, mais elle va bien. Elle a fait un don important, il y a quatre ans, pour l'ouverture de la Fondation pour les Orphelins de la Grande Guerre. Je la croise parfois au bal du Nouvel An du Ministère. »

Il acquiesça silencieusement. Il se sentit rassuré. Narcissa Malefoy ne se serait jamais montré en public, si son esprit et son corps n'avaient pas été capables de refléter toute la dignité qui seyait à son rang.

« Est-ce que tu crois que je pourrais aller la voir ? » s'enquit-il, légèrement anxieux.

Elle eut un sourire indéchiffrable.

« Ça devrait pouvoir se faire. Tu sais, au Ministère, ils voudraient que je te garde cloîtré chez moi. Mais... »

Une série de coups de bec sur la vitre l'interrompit. Un superbe hibou grand-duc noir s'impatientait sur le rebord de la fenêtre. Granger récupéra le courrier.

« … mais tu conviendras que ça n'a aucun sens. Autant te laisser à Azkaban. Tiens, c'est pour toi. »

Elle lui lança une enveloppe cachetée au sceau du Ministère. Il l'attrapa au vol et l'ouvrit machinalement.

La lettre portait l'en-tête du Ministère. L'écriture en pattes de mouches ne lui était pas totalement inconnue.

Mr. Malefoy,

Suite à votre libération sous tutelle, le vendredi 10 décembre, vous êtes convoqué au bureau des Aurors à 9 heures, ce vendredi 17 décembre. Présentez-vous au secrétariat des Aurors, niveau 2, porte 6, muni de la présente convocation.

Veuillez agréer l'expression de nos plus respectueuses salutations,

Harry Potter

Auror

C'était tellement formel, qu'en d'autres circonstances, il en aurait ri. Depuis quand Potter le vouvoyait-il ? Depuis quand utilisait-il ce ton compassé de gratte-papier dans ses lettres ?

Mais à ce moment, Drago ne voyait qu'une chose : cette entrevue signifiait la fin de ses interrogations. Potter n'aurait pas d'autre choix que de répondre à ses questions. Quoi qu'il arrive, il saurait ce que l'on comptait faire de lui.

o

Des visages, des milliers de visages se penchaient sur lui. Il aperçut dans la foule une grimace féroce sur le visage de Weasley. Il reconnut le rictus fou de sa tante Bellatrix. Il repéra le visage de serpent du Seigneur des Ténèbres le fixer avec cruauté. Et des gens, des centaines de gens qu'il ne connaissait pas le dévisageaient avec une hostilité dévorante. Tout autour de lui se mit à tourner. Jusque-là, tout était silencieux, mais le son augmenta. Plus fort. De plus en plus fort. Des cris, des insultes, des gémissements, des moqueries. Il se vit basculer dans une spirale infernale. Interminable. Soudain, il discerna le visage de Granger. Elle souriait et lui tendait la main. L'espoir le submergea et il courut vers elle. Mais alors qu'il allait prendre sa main, un éclair de lumière éblouissant la toucha de plein fouet. Elle s'écroula en hurlant. Tétanisé, il la regarda convulser sur le sol. Le rire sadique de Bellatrix retentit. Elle apparut de nulle part et commença à danser autour d'eux, en faisant pleuvoir des sortilèges de torture sur Granger. Son regard implorant se leva vers lui. Il ne savait pas quoi faire. Soudain, Bellatrix se pencha à son oreille et chantonna :

« Tue-la. »

Il continua de fixer Granger, incapable de faire un geste.

« Tue-la, c'est tout ce qu'elle mérite. »

Il recula. Bellatrix haussa les épaules.

« Tant pis. Je m'en charge. »

Une nouvelle vague de convulsions s'empara de Granger.

« Avada...

– Non !

– Malefoy ! Malefoy, réveille-toi ! »

Il se redressa, haletant, les yeux grands ouverts. Sans réfléchir, il attrapa la taille de Granger. La chambre baignait dans la pénombre. Un peu de lumière provenait du couloir. La silhouette sombre de la jeune femme se découpait à contre-jour, assise sur le lit. Elle était là. Vivante. La chaleur de sa peau irradiait contre sa joue.

« Tout va bien, souffla-t-elle. Ce n'était qu'un cauchemar. Rien qu'un cauchemar. »

Elle passa une main un peu hésitante dans ses cheveux.

« Qu'est-ce qui se passe, Maman ? »

Iris entra, toute ensommeillée.

« C'est bon, mon ange. Ça va mieux. Tu peux aller te recoucher.

– C'est Drago qui a fait un cauchemar ? »

Granger acquiesça. Iris monta sur le lit. Elle prit Drago par le cou et se blottit contre lui. Pris au dépourvu, il ne sut que faire. Elle lui déposa un baiser sonore sur la joue.

« Faut pas avoir peur, assura-t-elle en baillant. Maman, c'est la plus forte. Elle chasse toujours les cauchemars.

– Iris, il faut que tu ailles te recoucher, maintenant. Tu as de l'école, demain. »

La petite fille embrassa Granger et sortit. Drago se releva, s'assit le dos au mur et soupira.

« Souvent ? demanda Granger.

– Tout le temps. Mais jamais si fort.

– Je vois. »

Elle se leva. Il se redressa brusquement.

« Tu... »

Elle se tourna vers lui, un sourire hésitant sur les lèvres.

« Je reviens », rassura-t-elle.

Il ne s'expliquait pas ce mouvement de panique. Elle s'éloignait, et il se sentait... abandonné. C'était absurde. Ça ne lui était jamais arrivé. Même pas quand il était enfant. Surtout que... bien... ça restait Granger. Au fond de lui, quelque chose lui disait que c'était trop facile. Qu'on ne pouvait pas pardonner aussi facilement. Pourtant, il voulait lui faire confiance, cesser de réfléchir. Après tout, elle l'avait soutenu. Et son cauchemar... Si réel.

Granger entra dans la chambre. Elle portait un T-shirt trois fois trop grand, qui tombait jusqu'à mi-cuisse et glissait sur son épaule.

« Tiens, avale. Ça ira mieux. »

Elle lui tendit une fiole emplie d'un liquide trouble. Potion de Sommeil sans Rêves. Accès ultra-réglementé en raison des effets indésirables de dépendance et de perte de mémoire. Si Granger en avait...

« Souvent ? demanda-t-il.

– Tout le temps, répondit-elle. Bonne nuit, Malefoy. »

o

Il était dix heures passées quand Drago se réveilla. La maison était silencieuse. Au-dehors, le ciel était morne. Il avait dû neiger durant la nuit. Il descendit prendre son petit-déjeuner, se souvenant avec un temps de retard que Granger travaillait. Un mot l'attendait sur la table de la cuisine.

Malefoy,

Je travaille toute la journée. Je ne rentrerai que vers 18 heures avec Iris. Ton repas de ce midi est dans le frigo. Tu le mets au four comme je t'ai expliqué hier et par pitié, ne fais pas tout brûler. Tu peux aller te promener si tu veux, les clefs de la maison sont sur la console dans l'entrée.

Sois sage. Bonne journée.

Granger

Il se mit de l'eau à bouillir en suivant scrupuleusement les instructions que Granger lui avait données la veille. Tout cet attirail moldu le laissait perplexe. Il y avait de quoi déclencher au moins quarante accidents domestiques rien que dans la cuisine. La preuve : un de ses toasts avait pris feu dans le grille-pain et il avait manqué s'ébouillanter avec la bouilloire.

Assis devant son thé fumant, il se demanda à quoi il pourrait bien occuper sa journée. Lire sans doute. Marcher un peu, peut-être aussi. Vu que Granger lui avait laissé les clefs. Il s'étonna de cette marque de confiance. Quoiqu'à la réflexion, elle ne risquait pas grand-chose. S'il partait en vadrouille, il y aurait certainement un Auror pour le talonner et s'assurer qu'il ne s'échappe pas.

Il erra plusieurs minutes dans la maison, avant de se décider pour le salon. C'était une grande pièce, très lumineuse. Une série de baies vitrées ouvrait tout un mur à la lumière du jour. Près de la cheminée, affublée de chaussettes rouges et blanches, se dressait un grand sapin, décoré de toutes les couleurs. Rien à voir avec le salon du manoir où il avait grandi. Il s'approcha des fenêtres. Le jardin nimbé de blanc s'étendait jusqu'à la grille. L'étendue de gazon était parsemée d'enchevêtrements de plantes suspects, déshabillés par l'hiver. Granger n'avait pas la main verte, semblait-il.

Un mouvement au niveau de la grille accrocha son regard. Un geste furtif. Il se dit que ce ne devait être que l'Auror de garde. Sauf que quelque chose clochait. Il le sentait. Il scruta attentivement la clôture de fer forgé. Tout était si blanc tout autour qu'il s'en fit mal aux yeux. Il y avait quelqu'un. Soudain, quelque chose passa par-dessus la grille. Puis il n'y eut plus rien. Plus un geste. Drago fixa quelques secondes la neige au pied de la barrière. Sa curiosité lui murmurait d'aller voir.

Il n'hésita qu'une seconde. Il se rua dans le vestibule, enfila son manteau tout neuf, et sortit. Le froid le gifla. A pas prudents, il s'approcha de la grille. La neige s'enfonçait en bruissant sous ses pieds. Il mit quelques minutes à retrouver la chose qui avait été si négligemment balancée dans le jardin. Ça aurait pu être dangereux. Mais il s'en fichait. Il voulait savoir. C'est alors qu'il la vit, à demi-ensevelie sous la neige, au pied d'un gros buisson plein d'épines. C'était une lettre. Jetant un regard à droite puis à gauche, il la décacheta.

Je sais que tu es là. Rien ne te protégera. Je te tuerai. Comme les autres.

L'Ange se vengera

Son sang se glaça. Pas de signature. Juste une écriture raide et rouge comme le sang. Il regarda de nouveau autour de lui, scrutant le silence immobile. Pas un bruit. Pas un geste. Méfiant, il retourna se barricader dans la maison. Les perspectives de promenade venaient de chuter en flèche. Il était surveillé. Et par quelqu'un qui ne lui voulait pas du bien. Il faudrait qu'il en parle à Granger, même s'il répugnait à se plaindre comme un gamin. Il alla cacher l'enveloppe dans le tiroir de sa table de chevet. Il s'assit sur son lit, la tête dans les mains.

'' Comme les autres. '' Qu'est-ce que cela voulait dire ? Il se souvint de l'article qu'il avait lu quelques jours plus tôt. Armathan et Maya Greengrass avaient été tués. Des gens qu'il avait vaguement connus. Celui qui les avait tués lui avait-il envoyé ces menaces ? Était-il le prochain sur la liste ?

Il se laissa tomber sur son oreiller. On voulait sa peau. Après Voldemort. Après la guerre. Il n'était pas prêt à affronter la mort de nouveau. Mais qui avait-il offensé pour avoir droit à une vie pareille ?