Bonjour tout le monde !

De retour pour un nouveau chapitre (c'est l'heure des révélations...) Merci à chapou 69 et à Sofia Delmon (et bah non, il n'est pas mort, Ron ! ;) Je suis contente que ça te plaise et puis pour l'assassin... ça viendra... ça viendra...) pour leurs reviews.

Bonne lecture ! N'hésitez pas à laisser un mot (c'est toujours agréable de savoir si les lecteurs apprécient ou pas)

Bises

Peaseblossom

Dislcaimer : Tous les honneurs vont à JK Rowling.


Chapitre 4

Règlements de compte

La lettre de menace avait ravivé le sentiment d'insécurité chez Drago. Il avait l'impression d'être constamment épié, surveillé. Et tout seul, dans cette grande maison, c'était encore pire. La journée lui sembla interminable. Ainsi, ce fut presque avec soulagement qu'il entendit les braillements d'Iris percer le silence oppressant.

« Iris, dépêche-toi, s'il te plaît. Il fait froid. »

La voix de Granger lui parvint basse et épuisée. Journée harassante, sûrement. Granger était un bourreau de travail.

Il rejoignit calmement le vestibule. Elle avait l'air exténuée. Pourtant, son attaché-case plein à craquer n'augurait rien de bon pour la nuit à venir.

Iris sautillait un peu partout, tout en racontant sa journée. Et blablabla... Il ne comprenait pas pourquoi Granger prenait la peine de l'écouter. Enfin, le déluge de paroles se tarit et la jeune femme envoya la petite fille jouer avec un sourire.

« Maman, tu pourras lire l'histoire du Dragon étincelant et de la Rose triste, ce soir ? demanda la fillette, une main sur la rampe de l'escalier.

– Bien sûr, mon ange. »

Dès qu'elle eut disparu, Granger s'appuya contre le mur en soupirant. L'attaché-case tomba sur le sol, éparpillant des feuilles volantes dans tous les sens. Elle passa une main dans ses cheveux, les yeux fermés.

« Grosse journée ?

– Épuisante. J'ai failli tuer trois fois mon assistant, et envoyer mon café à la figure de mon patron.

– Rappelle-moi de ne jamais travailler avec toi. »

Elle sourit. D'un coup de baguette machinal, elle rassembla les feuilles et envoya son attaché-case dans son bureau. Elle rouvrit les yeux. Elle avait l'air préoccupé.

« Je dois m'absenter demain, annonça-t-elle. La jeune fille qui s'occupe d'Iris est malade et je n'ai pas eu le temps de lui trouver une remplaçante. Est-ce que tu pourras t'en charger ? »

Il la fixa, pas bien certain qu'elle s'adressait à lui. Lui ? S'occuper d'un enfant ?

« Mais... Tu vas où ?

– Saint-Pétersbourg. Une sombre affaire de trafic illégal de foie de dragon. Pitié, dis-moi que ça ne te dérange pas. »

Elle avait l'air si désespéré qu'il voyait mal comment il pourrait refuser.

« C'est pour combien de temps ? » s'enquit-il.

Sa patience avait ses limites, et il ne savait pas combien de temps il tiendrait face à une petite fille hyperactive. Granger soupira de soulagement.

« Demain seulement. Je devrais rentrer dans la nuit. Jeudi matin au plus tard. »

Il acquiesça. Elle lui adressa un sourire resplendissant, malgré la fatigue qui couvait dans ses yeux.

« Merci. Tu me sauves la vie. Et toi ta journée ? Ça a été ?

– Oui, oui. »

Ce n'était plus le moment de parler de menaces. Pas question de l'inquiéter alors qu'elle partait à l'autre bout du monde. Il ne voulait pas tout faire foirer. Il serait temps de paniquer après. La connaissant, elle était capable de passer la nuit à trouver un moyen d'être partout à la fois. Surtout que, tout compte fait, cette lettre n'était peut-être qu'une sombre plaisanterie. Du moins, essaya-t-il de s'en convaincre.

o

Granger était partie tôt. Très tôt. Si tôt que Drago ne l'avait pas entendue. Par contre, il entendit clairement la chose sonnante et stridente que Granger appelait un réveil. Elle le lui avait donné la veille, persuadée qu'il ne se lèverait jamais sans. Il mit cinq minutes à l'arrêter. L'esprit ensommeillé, il alla réveiller Iris. La petite fille dormait recroquevillée autour d'une peluche en forme de hibou. Ses longs cheveux blonds s'éparpillaient partout sur l'oreiller. Elle ressemblait à un ange. A la voir si paisible, il avait des scrupules à la réveiller. Un miaulement le rappela à l'ordre. Pattenrond l'observait d'un œil dédaigneux. Sa queue orangée formait comme un point d'interrogation. Super. Granger avait briefé le chat pour le surveiller. Levant les yeux au ciel, il secoua avec une douceur inaccoutumée l'épaule d'Iris. Elle soupira, se retourna.

« Iris, murmura-t-il.

– Maman ? demanda-t-elle d'une voix pâteuse.

– Non, c'est Drago. »

Elle se redressa, tout en frottant ses petits yeux. Elle regarda autour d'elle, un peu désorientée.

« Elle est où Maman ?

– Tu te souviens de ce qu'elle a dit hier ? Elle devait partir tôt, ce matin. C'est moi qui m'occupe de toi. Tu vas t'habiller ? »

Elle se leva et rabattit les draps sur sa peluche. Caressant la tête du chat au passage, elle se rendit dans la salle de bain. Il lui emboîta le pas. Ils se débarbouillèrent, chacun à leur lavabo. Puis Drago alla s'habiller dans sa chambre. Il se recoiffait rapidement quand Iris entra, une brosse à la main.

« Tu peux me coiffer ? »

Mode panique on. Il regarda à droite et à gauche, espérant trouver une échappatoire salutaire qui ne vint jamais. Il ne s'était pas préparé à cela. Il prit la brosse sans réelle volonté tandis qu'elle s'asseyait sur le lit. Il inspira un grand coup et improvisa.

« Aïe ! Tu me tires les cheveux ! se plaignit-elle, quelques secondes plus tard.

– Mais quelle idée d'en avoir autant ! Tu as déjà pensé à te les couper ? C'est plus facile à coiffer. »

Après quelques minutes éprouvantes, il noua maladroitement un ruban dans les cheveux dorés de la petite fille, plutôt fier de lui en dépit des circonstances. Ils descendirent déjeuner. Là encore, ça ne se passa pas si mal. Puis, ils partirent pour l'école. Il faisait nuit, et se balader tout seul avec une enfant de six ans avait quelque chose d'angoissant après l'épisode de la lettre. Il surprit un mouvement derrière lui et se rassura en se disant que ce devait être un Auror.

Ils attendirent quelques minutes que l'institutrice apparaisse. Iris l'embrassa, ce qui lui fit tout drôle, et gambada vers ses amis.

Pensif, il retourna vers la maison. Le mercredi, Iris n'avait école que le matin et il devait aller la chercher à midi. Jusque-là, tout s'était bien passé et il croisait les doigts et priait Merlin pour que ça dure. Le cap des devoirs fut un peu plus difficile à passer. Il n'avait pas de patience pour expliquer les choses qui lui apparaissaient comme des évidences. Il s'énerva quand elle lui demanda pour la troisième fois comment discerner la droite de la gauche. Ses yeux verts larmoyèrent. Il souffla lourdement et lui donna un morceau de chocolat. Une heure après, c'était oublié. Le soir succéda à l'après-midi. Le repas terminé, Granger avait décidément tout prévu, Iris alla se coucher et lui réclama trois histoires qu'il fut contraint de lire. Et la fillette ne s'estimait satisfaite que lorsqu'il mettait le ton au dialogue, ce qui le rendait on ne peut plus ridicule.

Il alla se coucher aussitôt, épuisé. S'occuper d'un enfant était tellement fatiguant. Il songea à Granger, qui vivait cela tous les jours, en plus de son travail au Ministère. Pas étonnant qu'elle soit exténuée. Il commençait peu à peu à sombrer dans le sommeil, quand il entendit la porte de sa chambre couiner.
Il se redressa brusquement. La silhouette menue d'Iris se dressait dans l'encadrement de la porte, sa peluche serrée contre elle.

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda-t-il un peu brutalement.

Elle se balança d'un pied sur l'autre. Elle avait l'air perdu.

« Je peux dormir avec toi ? »

Il se frotta les yeux, se demandant comment désamorcer le problème sans la faire pleurer.

« Iris, tu es grande. Il faut que tu dormes toute seule dans ta chambre.

– S'il te plaît. J'ai peur quand Maman n'est pas là.

– Mais ta mère va bientôt revenir.

– Mais peut-être qu'elle va arriver dans longtemps. Je vais faire des cauchemars. »

Elle avait l'air sur le point de fondre en larmes. Elle semblait si fragile. Il céda dans un soupir.

« Allez viens.

– C'est vrai ?

– Vite, avant que je ne change d'avis. »

Elle se précipita vers le lit. Il pesta quand il vit la porte restée grande ouverte. Il se leva pour aller la fermer et revint se glisser entre les draps. Iris se lova contre lui. La sensation de ce petit corps chaud contre lui lui fit bizarre. Il sentait un cœur qui n'était pas le sien battre très vite contre sa poitrine. C'était comme tenir un tout petit oiseau dans ses mains. Comme tenir une vie contre soi. C'était étrange.

Et sur ces pensées, il s'endormit.

o

Après cela, le vendredi arriva vite, et Drago avait à peine vu Granger. Apparemment, son voyage ne s'était pas très bien passé. Elle avait dû faire des heures sup', et ça ne la mettait pas dans une humeur charmante, bien au contraire.

Elle le réveilla de bonne heure le vendredi matin. Ils déposèrent Iris à l'école et s'envolèrent pour Londres.

Dans le grand hall bondé, on ne fit pas attention à eux. Les cheminées au manteau doré fonctionnaient à plein régime, lançant des gerbes de feu d'un vert profond. Des sorciers apparaissaient, plus ou moins couverts de suie. Des cris, des appels. Un bourdonnement d'activité et d'agitation qui rendait le Ministère semblable à une ruche. Seule la grande fontaine dorée jaillissait de ce tourbillon dans lequel Granger l'entraîna. Elle le poussa sans ménagement dans un ascenseur sur le point de décoller. Il écrasa quelques pieds et on lui jeta des regards épouvantés. Coincé entre un grand homme barbu qui sentait trop fort l'eau de Cologne, et une petite sorcière replète aux yeux de souris, il s'obligea à respirer pour éviter une crise panique. Granger était juste devant lui. Elle fouinait avec des claquements de langue agacés dans son sac, à la recherche de quelque chose qu'elle ne trouvait pas. Le grand homme barbu à la gauche de Drago l'aborda affablement.

« Bonjour, Hermione.

– Bonjour.

– Pressée, on dirait.

– Comme tous les jours. »

Arrivés au niveau 2, ils parvinrent à s'extraire de la cabine. Un vol de notes de service manqua l'éborgner. Granger l'entraîna d'un pas rapide dans les couloirs. Le parquet impeccablement ciré crissait sous ses pieds. Des gens les regardèrent passer avec des yeux ronds.

Une tête surmontée d'une brosse de cheveux bruns en bataille émergea au-dessus des têtes et Drago reconnu Potter. Il avait changé, mais pas en mal comme Weasley. Paradoxalement, il avait l'air plus jeune qu'au jour de la Grande Bataille. C'est vrai qu'un psychopathe à vos trousses, ça vous vieillit un homme. Il restait grand et athlétique mais il dégageait une réelle assurance. Pas comme l'adolescent encore paumé qu'il était six ans plus tôt. Ses yeux verts brillaient, mais il avait l'air grave.

« Ah, Harry ! » le héla Granger.

Il les aperçut et un sourire sincère étira ses lèvres. Granger s'approcha, lui claqua une bise sur la joue. Elle farfouilla dans son attaché-case, et en tira un dossier rouge vif qu'elle lui refourgua.

« Je te le laisse. J'ai une réunion et je suis déjà en retard. Je passerai le chercher quand j'en aurais fini avec eux, avertit-elle à toute vitesse.

– Les Russes ? demanda-t-il.

– Qui d'autre peut poser autant de problèmes ? railla-t-elle avec aigreur.

– Les Français ? proposa-t-il avec un sourire.

– Oui, mais ça, c'est à cause de Darchembeau. Je vous laisse. A tout à l'heure, Malefoy. »

Elle se recoiffa à la va-vite, lissa son tailleur et ouvrit à la volée une porte toute proche. Drago vit un morceau de salle de conférence, pleine de tables d'écolier et de gens qui braquèrent leur regard sur Granger.

« Messieurs, bonjour, » salua-t-elle.

Et la porte claqua dans son dos.

Potter se tourna vers lui, l'air à moitié aussi désorienté.

« Eh bien, nous voilà abandonnés, commenta-t-il. Suis-moi. »

Il le suivit jusqu'au bout du couloir. Là, ils se retrouvèrent dans une grande pièce, cloisonnée en petits boxes, à peine assez grands pour contenir un bureau et deux sièges. Les murs étaient tapissés de vieilles affiches de personnes recherchées. Il en aperçut même une à l'effigie de Sirius Black. Il y avait des posters de joueurs de Quidditch aussi, qui volaient à travers toute la pièce. Potter l'entraîna vers une de ces cases et invita Drago à s'asseoir.

« Assurdiato, murmura-t-il. Bien. Tu veux un café ? »

Drago refusa poliment. Étrangement, Potter lui était moins antipathique qu'avant. Il ne savait pas bien quand ce sentiment général de haine avait fait volte-face. Quand Potter l'avait sauvé du Feudeymon ? Quand il avait témoigné pour lui à son procès ? Quand il avait appris que c'était lui qui avait demandé sa mise en liberté ? Impossible à dire. Mais c'était là.

Le jeune homme piocha dans une pile de dossier et l'ouvrit.

« Bon. Nous y sommes. J'imagine que tu te poses pas mal de questions.

– C'est peu de le dire.

– J'ai officiellement déposé un recours devant le Magenmagot. La révision de ton procès aura lieu dans peu de temps. Ils te feront parvenir la date.

– Granger m'a dit. »

Potter leva les yeux vers lui. Une lueur curieuse brillait au fond de ses prunelles vertes.

« Ça se passe bien ? Avec Hermione ? Beaucoup ont essayé de la dissuader de prendre ta tutelle, tu sais.

– Je m'en doute, marmonna-t-il, amèrement. Je pense que ça va. Ce n'est pas évident de vivre sans magie et Iris est... vive, disons. Mais on se fait à tout. »

Potter sourit. Il griffonna quelque chose dans le dossier qu'il tenait.

« Ça a été plutôt difficile de convaincre le Directeur de la Justice Magique d'accepter cette demande de mise en liberté.

– Potter, arrête de tourner autour du pot. Qu'est-ce que vous me voulez ? »

Le jeune Auror soupira. Il tapota sa pile de dossier, pensif.

« Par où commencer... »

Drago le laissa réfléchir. Il en profita pour observer le territoire de son interlocuteur. Une cafetière ronflait dans un coin. Le bureau croulait sous les dossiers, les plumes, les encriers, et autres objets plus ou moins étranges. Sur la cloison était rivé le diplôme d'Auror de Potter. Il y avait aussi une multitude de photos. Potter, Granger et Weasley. Photo du mariage de Potter et Weasley-fille. Weasley et Lyne. La famille Weasley au complet. Granger et Iris. Un petit garçon dont les cheveux changeaient tout le temps de couleur. Une vieille photo de Sirius Black, James Potter et Rémus Lupin, et une autre de Lily Potter. En fait, Potter avait emmené sa famille au bureau.

« Déjà, se décida Potter, comme Hermione a dû te le dire, ta condamnation était une erreur. Ça n'aurait jamais dû arriver. Mais... mais Daren Law, le Directeur de la Justice Magique est plutôt réticent à revenir sur les procès de guerre. »

Drago l'encouragea d'un signe de tête.

« Il a fallu trouver un autre prétexte pour soutenir ton dossier. Tu as lu l'article qui parlait de ta libération ? »

Drago ne vit pas le rapport mais acquiesça quand même.

« Un tas d'horreurs sur le compte de tout le monde, se rappela-t-il.

– C'est ce que Skeeter fait de mieux, maugréa Potter. Bref. Elle parlait du meurtre d'Armathan et de Maya Greengrass, entre autres. »

Drago se raidit et Potter le remarqua.

« Qu'est-ce qu'il y a ?

– Rien, rien. Continue. »

Potter se leva et se versa une tasse de café.

« Ce ne sont pas les seuls. Depuis trois mois, depuis que les derniers Mangemorts en cavale ont été capturés et condamnés, en fait, on a droit à une série de meurtres, tous sur le même mode opératoire, signés l'Ange de la Vengeance. En octobre, on a retrouvé Stan Rocade, l'ancien contrôleur du Magicobus, mort, chez lui. On a également retrouvé Théodore Nott assassiné. »

Potter avala son café. Un voile couvrait son regard.

« C'était abominable. Je n'avais jamais rien vu de tel. Il y avait du sang partout. Enfin, peu importe.

– Et qu'est-ce que je viens faire dans cette sombre affaire de meurtres ? Un coupable idéal ? ironisa Drago.

– Pas vraiment, non. »

Potter se rassit.

« Tous ceux qui ont été assassinés ont été jugés pour avoir appartenu de près ou de loin, à un moment ou à un autre, de gré ou de force, aux cercles des Mangemorts. Ils ont tous été innocentés, expliqua-t-il. Nous pensons qu'un déséquilibré a estimé que ce n'était pas suffisant et fait justice lui-même.

– Un déséquilibré ? »

Potter acquiesça. Le cerveau de Drago fonctionnait à plein régime. Ce que lui disaient ses méninges ne lui plaisait pas du tout, mais alors pas du tout.

« Tu veux que je serve d'appât ?

– Eh bien, pas exactement, tempéra Potter avec gêne. En fait...

– Potter ! Tu veux que je serve d'appât. Tu veux que ton fichu tueur me tue pour que tu puisses l'attraper !

– Malefoy, ça ne sert à rien de s'énerver. »

Peut-être, mais la colère bouillonnait, montait en lui, et il n'arrivait pas à la contenir. Il sentait gronder à l'intérieur de lui. Il aurait dû se douter que cette affaire cachait un traquenard. C'était cousu de fil blanc.

« Putain, Potter, c'est tout ce que ça te fait ? C'est quoi ton excuse : un sacrifice pour le salut général ?

– Malefoy... Ce n'était qu'un prétexte.

– Un prétexte ? Mais Potter, tout le monde sait que je suis sorti d'Azkaban. J'ai reçu des menaces mardi. Ça aussi, ça fait partie du prétexte ? »

Potter blêmit à la mention de menaces. Mauvais signe.

« Des menaces de qui ? Par hibou ? Tu en as parlé à Hermione ? »

Drago serra les dents et se retint de lui hurler dessus.

« Je ne sais pas qui a envoyé ce truc. Quelqu'un l'a balancé par-dessus la grille, mardi matin. Granger travaillait et j'étais seul. Et non, je ne lui en ai pas parlé. Elle venait de me dire qu'elle partait en Russie, et je ne voulais pas l'inquiéter alors qu'elle me confiait la responsabilité d'Iris. »

Potter respira à fond et se pinça l'arête du nez, les yeux fermés.

« Bien. Tu ne lui dis rien. Pas question de l'inquiéter en ce moment. Elle a suffisamment de problèmes comme ça. Est-ce que tu as la lettre sur toi ?

– Bien sûr, je me balade avec un torchon qui me dit qu'on compte bien me tuer prochainement, c'est évident, ironisa Drago.

– Je passerai le chercher, dans ce cas. »

L'instant d'après, ce fut la folie. Potter consulta des papiers, rédigea frénétiquement des notes de service qui volèrent partout. Il aboya même sur un autre Auror, oubliant qu'il avait jeté un sortilège d'insonorisation.

Et au milieu de tout ça, Drago resta impassible, à ressasser sa fureur. On l'avait jeté tout droit dans la gueule du dragon. On se servait de lui. Et s'il y avait bien une chose qu'il détestait, c'était qu'on le manipule, comme s'il ne valait rien.

Après un quart d'heure d'agitation, Potter se calma et s'assit. Sa mâchoire était contractée. Presque autant que celle de Drago. Les deux jeunes hommes se dévisagèrent avec férocité. Le silence qui s'installa entre eux fut lourd. Très lourd, chargé d'une tension palpable.

« Les protections qu'on a établi sont suffisantes pour coincer ce malade, avança Potter.

– C'est pour ça qu'aucune de tes protections n'a vu qui a balancé cette foutue lettre, cracha Drago. Ton assassin a tué quatre personnes sous ton nez, Potter. Tu le crois incapable de recommencer ?

– Ne me prends pas pour un imbécile, Malefoy ! Je connais mon boulot. »

Ils s'affrontèrent du regard. Mais Drago n'était pas d'humeur à lâcher prise. C'était sa vie qui était en jeu, merde ! Il lui aurait volontiers envoyé son poing dans la figure.

« Granger était au courant ? » demanda-t-il d'une voix étonnement basse, même pour lui.

La lueur dans les yeux de Potter se durcit.

« Malefoy, à quoi tu penses ? Personne n'a jamais voulu te mettre en danger.

– C'est ça. Est-ce que Granger savait ? »

Potter se contenta de le regarder fixement, les dents serrées et les doigts crispés sur sa baguette, qui cracha des étincelles rouges.

« Merci, Potter. Tu me rends un immense service. »

Il se leva, en renversant la chaise. Il traversa le bureau des Aurors au pas de course. Il bouscula une secrétaire, mais il était trop aveuglé par la rage pour le remarquer. Il ne cherchait même pas à comprendre. Il suivait sa colère, sans tenir compte de l'étau qui lui enserrait le cœur.

« Malefoy ! Reviens tout de suite ! »

Il fonça droit devant lui. Il se planta devant la porte que Granger avait franchie. D'un geste sec, hargneux, il entra. Une douzaine de regards se braqua sur lui. Granger, debout sur une estrade, la baguette à la main, devait expliquer un quelconque diagramme sur le tableau noir derrière elle avant d'être interrompue.

« Malefoy ? »

Il avança vers elle, menaçant.

« Tu le savais. Tu le savais et tu ne m'as rien dit. »

Il la prit à la gorge. Il y eut du mouvement derrière lui, des injonctions. Il les ignora. Une légère douleur se réveilla dans son poignet. Il l'ignora aussi.

« Malefoy, lâche-moi, ou je ne pourrais plus rien faire pour toi, souffla Granger.

– Hermione ! »

Ça, c'était Potter. Il sentit les ongles de la jeune femme s'incruster dans sa peau. Il ignora la douleur.

« Malefoy, » insista-t-elle.

Il serra les dents et lâcha prise. Il détourna les yeux.

« Baissez vos baguettes, ordonna-t-elle.

– Mais, miss Granger...

– S'il vous plaît. Je m'en occupe. Fabian, tu prends le relais. »

Elle agrippa le poignet de Drago et l'entraîna hors de la pièce. Au passage, elle gratifia Potter d'un regard insondable.

« Je vois que tu lui as annoncé la bonne nouvelle.

– Hermione, je...

– Peu importe. Tu as du travail, je crois. Vous avez tous du travail, non ? » ajouta-t-elle plus fort.

Elle irradiait d'une colère glaciale et menaçante. Personne n'osa la contredire, et en quelques secondes, il n'y eut plus personne dans le couloir.

« Merde, Malefoy, qu'est-ce qui t'a pris ? hurla-t-elle en frappant le mur.

– Granger, ton petit copain m'apprend qu'on m'a sorti d'Azkaban pour attirer un tueur en série, tu voulais que je réagisse comment, hein ? Que je lui offre des chocolats ? hurla-t-il tout aussi fort. Et depuis le début, tu étais au courant !

– Oui, j'étais un courant. Et alors ? Ce n'est pas pour autant que j'étais d'accord avec le principe ! »

A cette seconde, il eut l'impression d'être revenu dix ans en arrière. Cette année-là, elle l'avait frappé.

« En fait, tu es comme tous les autres. Tous tes beaux discours sur le pardon, tu n'en crois pas un mot, siffla-t-il entre ses dents. Quelle hypocrisie. Ça te plaît de savoir qu'on veut me tuer ? C'est comme ça que tu te venges ? Tu as dû bien t'amuser, non ? »

Elle ferma les yeux, en se mordant la lèvre. Quand elle les rouvrit, son regard était implacable, blessé et déçu, aussi. Il s'en serait étonné, s'il n'avait pas été aussi en colère.

« Écoute bien ce que je vais te dire, je ne le répéterai pas, prévint-elle. Je mets ma famille en danger pour toi. Je t'ai défendu, au risque de paraître totalement folle et irresponsable. Je reçois des lettres de menace chaque jour depuis que je t'ai installé chez moi. Je t'ai confié ma fille, Malefoy ! Ma propre fille ! Penses-y avant de dire que je m'amuse. »

Et elle tourna les talons. Elle prit l'ascenseur, sans le lâcher des yeux. Il aurait juré y avoir vu des larmes, avant qu'elle ne disparaisse totalement.

Drago se laissa aller contre le mur. Il glissa, lentement, et se retrouva assis sur le parquet, la tête dans les mains. Il ne savait plus où il en était. Tout se bousculait dans sa tête. Plus rien n'avait de sens.

Après quelques minutes, quelqu'un vint s'asseoir à côté de lui, en silence.

« Tu n'aurais pas dû t'en prendre à elle, » glissa Potter à voix basse.

Drago soupira.

« Si tu es venu me faire la morale, Potter, c'est inutile.

– Elle ne voulait pas ça. »

Dire qu'il commençait à lui faire confiance. Il avait cru qu'elle était sincère. Mais elle savait. Elle l'avait laissé se débattre avec ses peurs, alors qu'elle savait parfaitement ce qui l'attendait. La peur. L'horreur. La mort. Elle s'était jouée de lui. La déception, qu'il ignorait depuis le début, le submergea. Et Merlin, ce que ça faisait mal. De Potter, il n'en avait rien à faire. Lui ne lui avait rien promis. Mais Granger...

« Tu n'as pas le droit de lui en vouloir, Malefoy. C'est la seule qui t'a soutenu inconditionnellement depuis que tu es revenu. »

Le trafic reprenait dans le couloir. Les gens allaient venaient, leur jetant un regard perplexe. Une femme d'une quarantaine d'année s'arrêta devant eux.

« Harry, est-ce que...

– Je suis occupé. »

Il attendit qu'elle soit partie avant de poursuivre à voix basse.

« Tu sais, elle a fait un scandale au Ministre en début de semaine. A cause de toi. »

Drago releva la tête. Il fixa Potter, sans rien dire.

« Elle était furieuse. Et tu sais à quoi ressemble Hermione quand elle est furieuse, sourit-il. Savoir que tu avais été maltraité en prison l'a mise dans une rage folle. Elle a coincé le Ministre dans un couloir et lui a dit ce qu'elle pensait de son système pénal. »

Le sourire de Potter s'élargit.

« Il y en a un qui lui a balancé que ceux qui allaient en prison méritaient ce qui leur arrivait. Si je n'avais pas été dans les parages, il était bon pour Sainte-Mangouste.

– Qu'est-ce que tu cherches, Potter ? A me faire culpabiliser ? railla Drago.

– Exactement. Je ne sais pas ce qui est passé par ta petite tête, mais c'était de la folie. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas le choix. Cet incident sera reporté sur ton dossier. Il y a eu trop de témoins pour faire comme si. »

Potter se leva et épousseta son pantalon.

« Allez viens. Je te ramène. »

Il lui tendit la main. Drago vrilla son regard dans celui du jeune homme. Il lui avait tendu la main en première année à Poudlard. Potter l'avait refusée. Il détourna les yeux. Potter soupira. Il semblait aussi conscient que lui de l'étrangeté du moment.

« On n'a jamais été amis, Malefoy. Mais en ce moment, tu n'as qu'Hermione et moi.

– Je ne comprends plus rien, avoua Drago. Je ne sais plus où j'en suis, si je peux même faire confiance à quelqu'un.

– Et si tu arrêtais de réfléchir cinq minutes ?

– Et quoi, Potter ? Tu ne me transformeras pas en Gryffondor sentimental.

– Personne ne m'en voudra d'avoir essayé. »

Drago sourit légèrement.

« On t'offre la possibilité de tout recommencer, Malefoy. Ne la gâche pas.

– Décidément, Potter, je ne te comprendrai jamais. »

Et il s'empara de la main tendue.