Bonjour tout le monde !
Encore un chapitre. Profitez-en bien, c'est le dernier avant samedi prochain. Il est un peu plus festif que le précédent, quand même. Tout ne peut pas être noir, dans la vie.
Merci à mes revieweurs adorés : chapou69, Miss Plume Acide, et Charliee3216. Vous êtes adorables et je défie quiconque de me dire l'inverse !
Bonne lecture !
Bises
Peaseblossom
Disclaimer : encore une fois, rien ne m'appartient, tout est à JK Rowling.
Chapitre 5
Visite nocturne et magie de Noël
Les jours qui suivirent le fiasco du Ministère furent tendus. Drago vit à peine Granger. Elle rentrait tard le soir, s'enfermait dans son bureau une bonne partie de la nuit, et partait avant qu'il ne soit réveillé le matin. Les mots qu'elle lui laissait parfois étaient aussi secs qu'impersonnels. Ils ne se croisaient que pour dîner, et c'était à peine si elle lui adressait un regard.
Quant à Drago, il hésitait. On ne l'avait libéré que pour le jeter entre les pattes d'un tueur sanguinaire. Il y avait de quoi rendre fou n'importe qui. Mais il n'était plus tout à fait certain d'en vouloir à Granger, mais il avait trop de fierté pour l'admettre à voix haute. Quant à s'excuser... Mais à bien des égards, elle avait raison. La moitié des lettres qui arrivaient par hibou finissaient dans la cheminée, et ce nombre ne faisait qu'augmenter. Il y avait même une beuglante, une fois, ce qui amusa beaucoup Iris, mais nettement moins Drago.
Pourtant, les circonstances devaient les rapprocher.
o
Drago était couché depuis un très long moment. Granger ne lui avait toujours pas adressé la parole, après cinq jours de mutisme obstiné. Dans la chambre, l'ombre était épaisse. Mais le jeune homme ne trouvait pas le sommeil. Les bras croisés derrière la tête, il fixait le plafond qu'il ne voyait pas, laissant divaguer ses pensées. Il s'était habitué aux bruits de la maison. Une pendule qui sonne. Le plancher qui craque. Le vent qui hurle aux fenêtres. Mais cette nuit-là, il y avait autre chose.
L'oreille aux aguets, Drago se dressa sur son lit. Des pas. Des pas résonnaient, au beau milieu de la nuit. Cela semblait venir du rez-de-chaussée, juste en dessous de lui. Ce pouvait être Granger. Elle veillait toujours tard sur ses dossiers. Mais il était pourtant certain de l'avoir entendue monter peu après une heure du matin.
Sans bruit, il se leva. Il se glissa furtivement dans le couloir. Il savait qu'il ne pouvait rien faire, hormis réveiller Granger. Si quelqu'un était entré...
Dans le noir, sa main rencontra une boucle de cheveux. Il dut aussitôt faire face à la baguette de Granger. La lumière qu'elle jeta fit briller une lueur incandescente dans son regard sombre. Elle soupira.
« Ah, ce n'est que toi.
– Il y a quelqu'un.
– Je sais. »
Quelque chose cliqueta. Ils se raidirent.
« Reste là, » ordonna-t-elle froidement.
Si elle avait peur, elle n'en laissa rien paraître. Elle descendit les marches, sans plus de bruit qu'un fantôme. Drago hésita. Puis, il se lança sur ses traces. Il évita l'avant-dernière marche qui couinait et se retrouva dans le vestibule, noyé d'obscurité. Il tourna vers le salon.
Soudain, un rugissement le fit sursauter.
« Zabini ! Qu'est-ce que tu fabriques dans mon salon à... »
Une pause.
« ... Trois heures sept du matin ! »
Curieux, Drago entra dans le salon, tout illuminé. Son ancien condisciple de Serpentard se trouvait ficelé comme un saucisson sur le vaste canapé de cuir beige. Un sourire un peu railleur errait sur son visage. Ses yeux bleus rieurs tombèrent sur lui.
« Ah, Drago ! Comment ça va, vieux ? Dis, tu ne pourrais pas demander à cette furie de baisser sa baguette ? »
Granger était dans une colère noire. Ses boucles brunes se dressaient dans tous les sens. Elle ressemblait à une Gorgone. Ses yeux lançaient des éclairs. S'ils avaient pu tuer, aucun doute qu'à l'heure actuelle, Blaise mangerait les pissenlits par la racine.
« Zabini... menaça-t-elle, avec un geste éloquent de la baguette.
– Hey ! Détends-toi, Granger. C'est ton pote Potter qui m'envoie. Tu pourrais faire preuve d'un peu de compassion, quand même. J'ai failli me faire tuer. »
A ce moment, il y eut un bruit de clochette, et la tête dudit Potter apparut dans la cheminée.
« Bonsoir, Hermione. Comment...
– Aussi bien que si je venais de trouver Blaise Zabini se vautrant sur mon canapé au milieu de la nuit ! vociféra Granger. Merci beaucoup. »
Les traits de feu de Potter se tordirent en une grimace. Depuis leur paix improvisée sur le parquet du Ministère, Drago avait plutôt tendance à le plaindre. Granger pouvait être... effrayante.
« Écoute, Mione, je sais que c'est inhabituel. Mais c'est encore l'Ange, et cette fois, Zabini a bien failli y passer.
– Et puis-je savoir pourquoi tu ne l'as pas envoyé polluer ton propre salon ? » persifla-t-elle.
Potter eut une moue ennuyée.
« Tu ne vas pas m'en vouloir pour si peu, si ? Tu avais déjà Malefoy, j'ai pensé...
– ... que ma maison ferait un excellent refuge pour Mangemorts repentis, menacés par un fou furieux ? Merci beaucoup, Harry. Je vois que ta confiance en moi est sans limites. »
Potter soupira. Visiblement, il avait compris qu'il ne servait à rien d'essayer de s'expliquer ce soir. N'empêche qu'il y avait eu de quoi s'effrayer.
« Je passe le chercher demain, à la première heure. Promis. »
Elle leva les yeux au plafond. Mais de toute façon, il n'y avait rien à ajouter. Le mal était fait.
« Mione. »
Elle se tourna une nouvelle fois vers la cheminée.
« Je suis désolé.
– Ce n'est rien, soupira-t-elle. Je suppose que je survivrai.
– Bonne nuit, Mione.
– Toi aussi, Harry. »
Et le feu s'éteignit. A cet instant, Granger avait juste l'air très fatiguée. Ce n'est que cette nuit-là que Drago s'en rendit vraiment compte. Avec son T-shirt trop grand qui lui servait de pyjama et ses grands yeux cernés, elle semblait seulement avoir besoin d'une cure intensive de sommeil.
« Maman, qu'est-ce qui se passe ? »
Ils se retournèrent. Iris se tenait à la porte, pieds nus, sa peluche-hibou à la main. Elle jeta un regard un peu timide à Blaise et se retourna vers sa mère.
« Oh, quelle jolie petite fille que voilà, complimenta Blaise. C'est la tienne, Granger ?
– Pourquoi tu appelles Maman Granger, toi aussi ? demanda la fillette de sa voix fluette.
– Tu as ta réponse, Blaise, » commenta sobrement Drago.
Granger s'approcha d'Iris, tout en fusillant Blaise du regard. Elle s'accroupit et caressa les cheveux dorés de la petite fille.
« Retourne te coucher, mon ange. Harry a voulu nous faire une farce. »
Elle l'embrassa sur le front. D'un coup de baguette, elle libéra Blaise et fit apparaître une couverture.
« Tu dors là, Zabini. Et je ne veux pas t'entendre, c'est clair ?
– Quoi ? Il faut que je dorme sur le canapé ? s'indigna-t-il.
– Ce n'est pas ce que tu comptais faire, de toute façon ? s'énerva-t-elle. Le canapé, Zabini. Point final. »
Elle prit la petite main d'Iris et lâcha un " bonne nuit " un brin excédé. Et toutes deux disparurent dans le couloir.
Drago resta seul avec son ancien compagnon de dortoir, lequel testait le confort du canapé où il était condamné à passer la nuit.
« Mouais. Pas fameux. Alors Drago, ça fait quoi d'être libre ? Enfin libre... Tout est relatif. Ça se passe bien avec ce dragon de Granger ? »
Drago haussa les épaules.
« C'est compliqué. Et toi, qu'est-ce que tu deviens ?
– Tu veux dire, quand je ne suis pas occupé à fuir un malade qui veut m'assassiner ? ironisa Blaise.
– Parce que ce n'est pas la première fois ? » s'étonna le jeune homme.
Sa propre situation n'était peut-être pas désespérée, en définitive, si Blaise avait déjà pu échapper au tueur.
« Oulà, non ! C'est la troisième fois en trois mois. Je ne sais pas ce qu'il me veut ce dingue, mais il est obstiné.
– Tu n'as pas reçu de menaces ?
– Si. Mais ces torchons, je les jette sans même les lire. Pas la peine de se pourrir la vie avec ça. »
Du Blaise tout craché. Drago s'en souvenait comme d'une personne enjouée. Il se faisait facilement des copains, et paradoxalement, peu d'amis. C'était une de ces personnalités extraverties, qui dégageaient un charme inexplicable. Fêtard invétéré (il tenait ça de sa mère, qui avait enjôlé huit maris successifs, et était suspectée d'en avoir assassiné au moins la moitié), il savait se montrer d'une discrétion irréprochable quand les circonstances l'exigeaient. C'était l'ami le plus fiable que Drago ait jamais eu.
« Enfin peu importe, continua Blaise. Pas trop difficile de se réintégrer à la vie normale ? »
Drago soupira.
« C'est... ardu. Tout le monde me voit comme un monstre. Tu sais, un peu comme en sixième année. »
Le jeune homme acquiesça.
« Et à part ça ? demanda Drago. Les nouvelles ne circulent pas beaucoup en prison. Tu as fait quoi après ton procès ? »
Le jeune homme écarta les bras.
« Je suis allé à droite, à gauche, pour me faire oublier. J'ai voyagé. Passé du bon temps. Enterré mon septième beau-père, aussi. »
L'horloge sonna trois heures et demie. Drago bailla. Blaise lui sourit. Le blond lui adressa un vague signe de la main, en lui souhaitant bonne nuit et tourna les talons.
« Drago ! » le rappela Blaise.
Il se retourna. Le jeune homme s'était affalé sur le canapé, les bras croisés sous la nuque.
« J'ai été content de te revoir. Vraiment.
– Moi aussi.
– Je repasserais peut-être, si Granger ne me trucide pas avant. »
Un léger rire secoua Drago.
« J'en serais heureux.
– De quoi ? Que je vienne ou qu'elle me torture ? Plaisanta-t-il.
– Devine. »
o
Noël arriva vite. Surexcitée, Iris vint le réveiller. Elle bondit sur son lit et le secoua jusqu'à ce que, confus, il se redresse.
« C'est Noël ! C'est Noël ! Vite ! Viens, le père Noël est passé ! »
Elle le traîna par la main jusque dans le couloir. Drago vit Granger sortir de sa chambre, fermant son peignoir de satin tout en baillant.
« Bonjour. »
Iris bondit dans le couloir et dévala les escaliers.
« Pas si vite, Iris, tu vas tomber, » tempéra Granger, la voix rauque.
Ils rejoignirent le salon. Sous le sapin s'empilaient des paquets joliment emballés. Il faisait encore nuit dehors. Iris se précipita vers les cadeaux avec des cris de joie. Pendant ce temps, Granger alla se caler dans un fauteuil, les jambes repliées sous elle, la regardant faire avec un sourire tendre. Drago se laissa tomber à son tour sur le canapé. Il se demandait bien pourquoi Iris était venue le réveiller. Le Père Noël ne passerait pas pour lui. Et qui s'en souciait ?
Iris arracha les papiers-cadeaux qui volèrent dans tous les sens. Ses yeux pétillaient de bonheur, et elle poussait des cris d'admiration à chaque nouveau cadeau qui lui était destiné.
« Pour toi, Maman. »
La petite fille lui tendit un petit paquet bleu aux étoiles argentées.
« Merci, mon ange. »
Elle le déballa doucement. Le papier bruissait sous ses doigts. Iris trépignait presque autant que si le cadeau était pour elle.
« Alors, alors, c'est quoi ? »
C'était une petite boîte rouge. Elle l'ouvrit. A l'intérieur, un mince bracelet d'argent brillait. Elle sourit. Iris s'extasia et passa au cadeau suivant. Elle fronça ses petits sourcils blonds.
« C'est pour qui, celui-là ? »
Elle tendit un cadeau emballé de rouge, semé de branches de houx.
« C'est pour Malefoy, trésor. »
Drago sursauta et fit des yeux ronds en voyant la petite fille lui tendre le paquet avec un grand sourire. Ses mains tremblaient quand il le récupéra. Il jeta un regard incrédule à Granger.
« Pour moi ?
– Et pour qui d'autre ? Ouvre. »
Il déchira le papier, fébrile. Serpent bleu. Son parfum. Il ouvrit la boîte et en sortit la bouteille qu'il connaissait bien. Un flacon rectangulaire de verre bleu autour duquel s'enroulait un serpent blanc gravé. Des effluves musqués et familiers s'envolèrent.
Ahuri, il regarda Granger.
« Joyeux Noël, » se contenta-t-elle de marmonner.
Officiellement, ils étaient toujours en froid. Qu'est-ce qui l'avait poussée à lui offrir son parfum préféré ? Cette question le tarauda durant tout le petit-déjeuner. C'était incompréhensible. Granger envoya Iris se laver, envoyant la vaisselle se faire toute seule. Drago resta.
« Tu te demandes pourquoi je t'ai fait un cadeau, après notre engueulade de vendredi. »
Ce n'était même pas une question. Il acquiesça. Inutilement, d'ailleurs, puisque Granger avait le dos tourné.
« Je sais que les gens comme toi ne s'excusent pas. »
Il faillit s'énerver. Les gens comme lui ? Les anciens Mangemorts ?
« Ne le prends pas mal, s'il te plaît, anticipa-t-elle avec lassitude. C'est dans ton éducation. Ce n'est pas quelque chose qu'on contrôle. Tu as trop de fierté pour admettre tes torts, même si ça m'énerve. Mais tu vois, j'en ai marre de constamment devoir faire la guerre avec ton orgueil. Si on doit vivre cinq ans sous le même toit, je ne veux pas me disputer tout le temps. Vois ça comme un cadeau de réconciliation. »
Douché, Drago garda le silence. Autrefois, Granger se serait obstinée, convaincue d'avoir raison, ce qui dans les faits, était vrai. Et lui se serait montré un monstre de mauvaise foi. Mais les choses avaient changé.
« Tu as raison, glissa-t-il au bout d'un moment. Les gens comme moi ne s'excusent pas. Ils ne remercient pas. Tout leur est dû. »
Elle se retourna.
« Mais suppose que je n'ai plus envie d'être comme ces gens, poursuivit-il. Suppose que je veuille changer. Tu m'aiderais, Granger ? »
Une étincelle brilla dans son regard.
« Qu'est-ce que je fais depuis deux semaines, idiot ? sourit-elle. Même si tu ne sembles pas t'en rendre compte. »
Il se leva. Elle s'approcha.
« On fait la paix ? demanda-t-elle.
– On fait la paix. »
Il lui tendit une main qu'elle saisit sans hésiter.
« Bienvenue chez les gentils, Mal... Drago. »
Quelques heures plus tard, ils se trouvaient tous les trois dans le salon. Iris jouait avec ses nouveaux cadeaux. Hermione, avachie sur le canapé, consultait un dossier. Et Drago lisait.
Soudain, une clochette résonna. Son tintement argentin annonçait toujours que quelqu'un s'apprêtait à entrer par voie de cheminette. Drago jeta un regard curieux à la jeune femme qui haussa les épaules.
Une flambée de flammes vertes s'éleva dans la cheminée. Une silhouette en jaillit, puis une deuxième.
« Joyeux Noël !
– Harry ! »
Iris se précipita vers Potter.
« Mione ! »
Un petit garçon, dont Potter tenait la main, s'échappa et se précipita vers la jeune femme. Il lui sauta dessus. Ses cheveux virèrent au bleu électrique.
« Bonjour Teddy. »
La jeune femme lui caressa les cheveux. Sa petite frimousse était toute illuminée d'un grand sourire. Drago se souvint l'avoir vu sur une photo dans le bureau de Potter au Ministère. Il pouvait avoir l'âge d'Iris.
« Bonjour Ginny, » salua Hermione.
Ginny Potter, enceinte jusqu'aux yeux, lui rendit son salut avec un sourire radieux.
« Mais que faites-vous là ? demanda Hermione.
– Nous n'allions pas vous laisser tout seul pour Noël, enfin, » s'indigna Ginny.
Hermione sembla toute retournée. Elle jeta un regard à Potter qui lui sourit avec douceur. Ses lèvres articulèrent un merci silencieux.
Teddy rejoignit Iris et ils commencèrent à jouer ensemble. Hermione envoya valser son dossier et fit de la place sur le canapé.
« Molly... Molly ne l'a pas trop mal pris ? s'inquiéta-t-elle.
– Pas du tout. Elle nous a même donné le dessert, glissa Potter.
– On a fait un deal, en fait, avoua Ginny. On venait pour le réveillon et on la laissait nous bassiner avec Celestina Moldubec, à condition de pouvoir passer Noël avec toi. »
Hermione éclata de rire. Drago grimaça. Celestina Moldubec ? Les Weasley avaient décidément des goûts discutables.
« Au fait, Neville et Hannah vont se marier, annonça Ginny. Il lui a demandé, hier. C'était trop mignon. »
Granger sourit.
« Je suis contente pour eux. »
La discussion repartit de plus belle, demandant des nouvelles des uns et des autres, avant qu'Hermione ne se souvienne brusquement de sa dinde qui rôtissait dans la cuisine. Elle se précipita hors du salon, suivie de Ginny, chargée du dessert.
Le silence s'abattit sur la pièce, seulement troublé par les exclamations des deux enfants, à quatre pattes sur le tapis.
« Vous vous êtes réconciliés avec Hermione ? demanda Potter, après quelques minutes.
– Oui, si on veut. Elle m'a offert un cadeau. »
Potter rit.
« C'est bien Hermione, ça. »
Peu de temps après, les deux jeunes femmes revinrent annoncer que le déjeuner était servi. Le repas fut le plus joyeux que Drago ait connu depuis Poudlard. L'atmosphère festive et enjouée le gagna et il s'autorisa même à sourire, sincèrement heureux de se sentir à sa place. C'était très bizarre, d'ailleurs. Sa vie s'était fixée dans cette maison. Il y avait trouvé une chaleur qu'il n'avait connue qu'à Poudlard. Il ne pensait pas que ça lui arriverait un jour. Pas après la guerre. Pas après Azkaban. Et pourtant...
« Potter, je peux te poser une question ? »
Ils s'étaient de nouveau réunis dans le salon. Hermione et Ginny discutaient du bébé à venir et Potter avait cru bon de s'éloigner avant de devoir donner son avis sur la meilleure manière de choisir les couches et les petits pots. Ginny était en pleine phase de stress pré-accouchement et craignait de ne jamais être à la hauteur. Sauf que c'était Potter qui en faisait les frais.
« Bien sûr.
–Qu'est-ce qui s'est passé entre Granger et Weasley ? »
Potter parut surpris. A dire vrai, Drago s'étonnait aussi de sa propre audace. Ça ne le regardait pas. C'était personnel. Mais il voulait comprendre pourquoi Granger avait été si bouleversée de croiser Weasley sur le Chemin de Traverse, pourquoi elle avait l'air blessée lorsqu'on parlait de lui. Le brun passa une main dans ses cheveux en bataille.
« Elle avait l'air gêné de le voir quand on l'a croisé sur le Chemin de Traverse, précisa Drago, curieux malgré tout. Et elle ne voulait pas aller chez eux à Noël. Ils étaient bien ensemble après la guerre ? »
Potter soupira.
« Ne lui dit pas que je t'ai raconté, demanda-t-il en baissant la voix. Hermione et Ron sont sortis ensemble après la guerre. Ils étaient très amoureux et tout le monde leur prédisait un avenir radieux.
– Mais ? »
Parce que dans toutes les belles histoires qui commençaient de cette manière, il y avait un mais. Si tel n'était pas le cas, ils n'auraient pas croisé Weasley avec une autre femme que Granger.
« Ron voulait fonder une famille. Pas tout de suite, bien sûr. Mais il voulait des enfants. Beaucoup d'enfants.
– On ne change pas un Weasley, se moqua Drago.
– Hermione a dû passer des examens à Sainte-Mangouste. Pour vérifier que tout allait bien, poursuivit Potter, sans tenir compte de sa remarque. Tu te souviens qu'elle a été torturée par Bellatrix. On voulait être sûr qu'il n'y avait pas eu de dégâts. »
Drago fronça les sourcils. Cette histoire le hantait toujours. Il jeta un œil à Hermione qui discutait vivement avec Ginny. La lueur douloureuse dans ses yeux...
« Ce jour-là, elle a appris qu'elle n'aurait jamais d'enfants. »
Potter soupira. Il reprit :
« Ron a ... Ron a été stupide dans cette histoire. Hermione était bouleversée. Elle avait besoin de son soutien. Mais lui n'a vu que ce qu'elle ne lui donnerait jamais.
– Et il l'a quittée, » termina Drago.
Potter hocha la tête.
« Le lendemain, confirma-t-il.
– Quel imbécile, siffla Drago.
– Hermione était effondrée. Elle s'est jetée dans le travail, à tel point que s'en était hallucinant. C'est comme ça qu'elle oublie. C'était déjà le cas à Poudlard. C'est pour ça qu'elle a si vite gravi les échelons au Ministère. Elle était brisée. Elle ne parlait plus. Elle ne souriait plus. Elle ne dormait plus. J'ai craint le pire. »
Potter fit une nouvelle pause.
« Deux ans après la guerre, elle est venue me voir. Ginny venait juste d'être engagée chez les Harpies. Elle portait une petite fille endormie dans ses bras. Quelques mois plus tôt, nous avions inauguré la Fondation pour les Orphelins de la Grande Guerre, et cette même petite fille n'avait pas lâché sa main de toute la cérémonie. »
Drago observa Iris qui jouait bruyamment avec Teddy, sur le tapis.
« C'était Iris. Elle avait deux ans. Elle avait quelques jours quand ses parents ont été tués par des Mangemorts, à la veille de la Grande Bataille. Je savais qu'Hermione se rendait souvent à la Fondation. Mais ce jour-là, elle est venue me dire qu'Iris était officiellement sa fille. »
Il tourna à nouveau le regard vers les deux femmes. Ginny affichait une grimace de répulsion et Hermione riait.
« Iris lui a permis de remonter la pente. Mais dans le fond, elle reste fragile. Je crois qu'elle refuse de tomber amoureuse par peur de souffrir encore. »
Drago acquiesça lentement.
« Et ils ne se parlent plus du tout ? Moi qui croyais le Trio d'or indestructible.
– C'est tendu, disons.
– De quoi parlez-vous les garçons ? les interrompit Ginny.
– De boulot, » répliqua Potter du tac au tac.
A ce moment, Iris se mit à chouiner et les deux femmes se retrouvèrent occupées avec les enfants. Drago observa quelques secondes Teddy changer la couleur de ses cheveux à toute vitesse pour faire rire Iris.
« En parlant de boulot, reprit-il. Tu en es où avec ton enquête ? »
Potter grimaça.
« Au point mort, j'en ai peur. Tu as reçu de nouvelles menaces ?
– Non. Rien depuis la semaine dernière. »
Potter lui jeta un regard lourd d'avertissements.
« Fais attention, tout de même. J'ai l'intuition qu'il est tout proche. Vraiment tout proche. »
Finalement, ce fut l'un des plus beaux Noëls de l'existence de Drago. Le soir venu, allongé sur son lit, il songea à cette journée, à cette joie. C'était tout nouveau pour lui. Il aurait aimé partager cela avec sa mère. Elle n'aurait peut-être pas apprécié, mais elle aurait compris pourquoi il en avait besoin, ces temps-ci. Pour la première fois, il avait compris la magie de Noël.
Drago avait encore hésité, ce jour-là, à demander à Granger s'il pouvait rendre visite à sa mère. Il avait un peu peur de sa réaction, mais il n'arrivait pas à s'expliquer pourquoi.
Il hésitait encore quand, le lendemain après-midi, on sonna à la porte d'entrée. Hermione fronça les sourcils et alla ouvrir. Elle n'attendait personne, ce jour-là. Mais bon, elle n'attendait personne la veille non plus.
« Hey, Granger ! »
Drago passa la tête dans le vestibule. C'était Blaise, emmitouflé jusqu'aux oreilles, encadré de deux hommes à l'air méchant.
« Zabini, qu'est-ce que tu fais ici ? Tu as encore failli te faire tuer ? siffla la jeune femme.
– Oh, pas du tout. Je suis venu offrir son cadeau à Drago. Par contre, tu peux dire à tes deux gorilles de me lâcher. Je suis d'une constitution très fragile, tu sais. »
Blaise, fragile ? Mon œil. Il faisait un mètre quatre-vingt-dix, et était bâti comme une armoire à glace. Quant aux deux gorilles, c'étaient les Aurors chargés par Potter de surveiller la maison. Les effectifs avaient été doublés, depuis l'affaire de la lettre de menace. Iris entra à son tour et vint se cacher derrière Hermione.
« Maman, c'est qui ?
– Un ami de Drago. Tu te souviens ? Vous pouvez le lâcher, lança-t-elle aux Aurors. Allez entre. »
Elle s'écarta. Le jeune homme entra et secoua ses cheveux pleins de neige. Iris rit aux éclats. Drago entra à son tour, et s'appuya au chambranle de la porte.
« Salut Drago !
– Bonjour, Blaise.
– Tu t'appelles Blaise ? demanda Iris. C'est un prénom bizarre, non ? »
Pour une fois, Blaise n'eut rien à répondre. Il regarda la petite fille avec des yeux ronds.
« Euh... Oui, peut-être. »
Hermione étouffa un rire. Elle se tourna vers Drago.
« Tu l'emmènes à la bibliothèque ? lui proposa-t-elle.
– Euh, oui. »
Blaise se débarrassa de son manteau, de son écharpe et de ses gants, et suivit Drago dans l'escalier. Arrivés dans la bibliothèque, ils dérangèrent Pattenrond, roulé en boule dans un canapé. Le chat feula, descendit d'un bond souple du fauteuil et sortit en les snobant royalement.
« Un psychopathe, ce chat, » commenta Blaise.
Un feu ronflait dans la cheminée. Drago remit une bûche et alla s'installer. Blaise, déjà assis, caressait un accoudoir, l'air rêveur.
« C'est plutôt chouette, ici. Je devrais peut-être faire la cour à Granger pour venir plus souvent. »
Drago cilla. Il avait encore en tête les paroles de Potter. Il se sentait un peu coupable vis-à-vis de Granger. Pourtant, il savait que rien ne résistait à la folie de sa tante. C'était un personnage qu'il avait redouté, sans pitié, sadique. Sa soif de sang n'était jamais satisfaite. Plus sa victime souffrait, plus elle prenait son pied. Il n'avait jamais compris comment Bellatrix et sa mère avaient pu être sœurs. Il s'interrogeait même parfois sur leur enfance. Il imaginait très bien, une petite Bellatrix aux cheveux fous, torturer des souris, avec de petits cris de joie, alors que Narcissa regardait le spectacle d'un air pincé et dégoûté.
« Tu n'as pas peur de te faire mordre, j'espère, » marmonna-t-il simplement.
Blaise haussa les épaules.
« Bah, il faut savoir prendre des risques. Tiens. »
Il lui lança un paquet aux couleurs bigarrées, fermé d'un nœud en ruban, presque aussi gros. Il jeta un regard suspicieux à Blaise.
« Ce n'est pas une graminée vénéneuse du Botswana, ou je ne sais quelle autre horreur qui aura envie de me tuer comme en cinquième année, hein ?
– Je t'ai déjà dit que je ne savais pas qu'elle était chatouilleuse, protesta le jeune homme, avec une expression de parfaite innocence. Ce n'était pas de ma faute !
– Ouais, ouais, à d'autres. »
Il défit tout de même le monstrueux nœud de ruban rose vif et déchira avec précaution le papier psychédélique. C'était une boîte à chaussures, on ne peut plus inoffensive, en carton gris. Il l'ouvrit. Il écarta trois couches de papier de soie et son regard tomba sur une écharpe rayée de vert et d'argent et une paire de gants fourrés. Les mêmes que ceux qu'il portait à Poudlard. Une boule lui remonta dans la gorge.
« Je... Merci, murmura-t-il.
– Je me suis dit que ça te plairait, expliqua sobrement Blaise.
– C'est... Parfait. »
Il se sentait incroyablement gêné. Qu'avait-il à offrir en retour ? Il n'avait plus rien.
Des éclats de rire retentirent de l'extérieur. Curieux, Blaise se leva et alla à la fenêtre. Ça dissipa un peu le silence gêné qui s'était installé. Drago respira à fond, posa la boîte sur la table basse et se leva dans un froissement de papier de soie.
« Elles ont l'air de bien s'amuser, » remarqua Blaise.
Drago s'avança. Hermione et Iris étaient sorties. Elles faisaient un bonhomme de neige.
« On y va ? proposa Blaise.
– Je ne sais pas si... Oh, après tout, pourquoi pas ? »
Ils descendirent, enfilèrent leur manteau et sortirent. Drago glissa sur le perron et se rattrapa de justesse à la rambarde.
Blaise se pencha, ramassa un peu de neige et cria :
« Eh, Granger ! »
Elle se retourna. Il lança sa boule de neige. Elle para l'attaque, mais pas assez vite pour en éviter une deuxième. De la neige plein les cheveux, elle grogna :
« Ah, tu veux jouer à ça. »
Elle donna un léger coup de baguette, et cinq boules de neige s'élevèrent et foncèrent sur eux. Drago plongea derrière un buisson. Blaise se mit à courir, mais les boules de neige le poursuivaient. Il trébucha, s'écroula par terre, et les boules de neige s'écrasèrent sur son nez.
« Pff, c'est de la triche ! » s'indigna-t-il.
Hermione eut un sourire narquois. Mais elle le perdit vite quand une autre boule de neige s'écrasa dans son cou. Iris se cacha derrière le bonhomme de neige en riant.
« Toi aussi, tu es contre moi ? »
Et là, ça dégénéra. Par la force des choses, Drago se retrouva avec Granger. Lui qui avait toujours trouvé ce jeu stupide, il était servi. Blaise prit un malin plaisir à lui balancer boule de neige sur boule de neige. Dos à dos avec Hermione, ils menèrent une attaque combinée, mais se retrouvant encerclés, ils durent courir se mettre à l'abri derrière un massif de plantes bizarres. Une racine mal intentionnée se dressa sur leur chemin, et ils tombèrent l'un sur l'autre, derrière un buisson, garni de petites baies rouges. Granger riait aux éclats.
Mais Drago se figea. Elle était trop proche. Le parfum de sa peau lui chatouillait les narines. Ses cheveux glissaient sur son cou. Son poids pesait sur lui, et il se sentait tout chamboulé. Comme si un séisme de magnitude 9 l'avait secoué de l'intérieur. Il sentait son cœur battre contre le sien. Ou peut-être était-ce le sien qui battait trop fort. Une bouffée de chaleur monta de son ventre et fit griller ses joues.
Et Hermione riait toujours. Ses lèvres l'hypnotisaient.
« Je suis désolée, haleta-t-elle. Ça va ? Tu ne t'es pas fait mal ? »
Il déglutit et secoua la tête.
Soudain, il y eut un bruit. Ils se raidirent. A quelques pas d'eux, quelque chose bougeait, au milieu des plantes.
« Tu as entendu ? » demanda Drago.
Elle acquiesça et leva sa baguette.
« Faut le dire si on vous gêne ! s'exclama Blaise. Vous savez qu'il y a des chambres pour ça ? »
Granger roula sur le côté et se releva.
« Idiot. »
En attendant, elle était écarlate. Drago se releva à son tour, époussetant la neige sur son pantalon. Il fixa le massif. Il ne savait pas ce qui s'était trouvé là. Ce n'était pas rassurant. Ce n'était peut-être qu'un oiseau. Mais il avait l'intuition que c'était pire que ça. On les espionnait dans ce massif. Il croisa le regard préoccupé d'Hermione, et comprit qu'elle pensait comme lui. Blaise et Iris tentèrent bien de relancer la bataille, mais la magie n'était plus là.
« Rentrons. Il fait froid, » fit Granger en frissonnant.
Drago jeta un dernier regard aux buissons, avant de rentrer. La chaleur de la maison lui sauta à la gorge. Il se débarrassa rapidement de son manteau, tandis que Granger lui jetait un sort pour sécher ses vêtements. Ils s'installèrent dans la cuisine, où Hermione servit une tournée de chocolat chaud. Le froid les avait affamés, et c'était franchement délicieux. Iris semblait s'être fait un nouvel ami. Elle ne quittait plus Blaise, qui paraissait l'avoir adoptée.
Drago évitait de regarder la jeune femme. Ce qu'il avait ressenti, dans ce buisson, dépassait l'entendement. C'était fou, absurde. Comment aurait-il pu désirer Granger ? En tout cas, il se sentait incapable de croiser son regard, sans rougir comme un adolescent. Ce qui était une réaction des plus stupides, là encore. Et tout conscient qu'il en était, il ne pouvait pas s'en empêcher.
« Ce n'est pas que je veuille te mettre dehors, prévint Granger, mais il serait peut-être temps que tu t'en ailles.
– Ne fais pas l'hypocrite, Granger, tu as très envie que je m'en aille, ironisa Blaise.
– Sans doute. »
Le jeune homme se leva tout de même et s'apprêta à repartir.
« Dis, tu reviendras, hein ? réclama Iris.
– Mais oui, ma belle. Ne serait-ce que pour embêter ta mère. »
Hermione leva les yeux au plafond et se contenta d'un soupir.
La nuit commençait déjà à tomber quand il sortit. Iris lui fit de grands signes d'au-revoir, auxquels il répondit avec un enthousiasme enfantin. Puis il disparut, et avec lui, les dernières étincelles de la magie de Noël.
