Bonjour tout le monde !

De retour pour de nouvelles aventures (c'est le moins qu'on puisse dire...).

Je remercie tous ceux qui ont laissé des reviews (ceux qui ont l'habitude, comme ceux qui viennent d'arriver) : chapou69, Miss Plume Acide, Charliee3216, Abgrund, Selonia, Sofia Delmon (je suis contente que ça te plaise toujours. J'aime bien imaginer Harry un peu maladroit, je trouve que ça lui va bien, même s'il envoie des gens peu recommandables chez Hermione... Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira. Bises et Renate (Bienvenue sur cette histoire ! Je ne sais pas si ce que je fais est extraordinaire, mais je suis plus que ravie que le résultat te rende si enthousiaste. Merci pour ta review, c'est vraiment gentil et j'espère que la suite va te convaincre de suivre l'histoire jusqu'au bout. Bises) C'est bien simple, je vous adore ! Quand on a des lecteurs aussi motivés et chaleureux, on a juste envie de continuer à écrire et à partager. Merci à tous.

Bonne lecture !

Bises

Peaseblossom

Disclaimer : une minute de silence pour JK Rowling qui a tout inventé...


Chapitre 6

La tyrannique Hermione Granger

Le week-end terminé, la vie reprit son cours. Iris était en vacances, mais c'était bien la seule. Drago se retrouva donc promu au rang de baby-sitter attitré de la petite fille, dès lundi soir. Le jeune homme apprit vite que ça n'impliquait pas grand-chose. Iris savait très bien s'occuper toute seule, et il fut à peine dérangé. Il se contentait de la surveiller, s'assurant qu'elle ne se faisait pas mal. D'ailleurs, elle lui apprit même à se servir de la télévision, qui trônait dans un coin du salon.

Mais le mardi soir, Hermione rentra du travail, furieuse. Même Iris comprit qu'il valait mieux se taire. Granger embrassa sa petite tête blonde et alla fulminer toute seule, dans son bureau. De temps à autre, un bruit rageur traversait les murs, et Drago et Iris échangeaient un regard, perplexe pour l'un, inquiet pour l'autre. Elle en sortit une heure plus tard, passablement calmée et se rendit dans la cuisine pour préparer le repas...enfin, pas vraiment. Elle se figea sur le seuil, bouche ouverte et yeux écarquillés.

Drago était aux fourneaux, occupé à tourner une cuillère en bois dans une casserole fumante, Iris près de lui, juchée sur une chaise, le tout sous le regard vigilant de Pattenrond, posté très dignement sur une chaise.

« Tourne encore, ça va coller, sinon, ordonna la fillette.

– Mais qu'est-ce que je fais, à ton avis ? »

La petite fille se retourna et adressa un grand sourire à sa mère. Elle avait de la sauce tomate sur le menton, et de la farine dans les cheveux.

« Tu as vu, on a fait un gâteau ! » s'exclama-t-elle.

Drago se retourna. Il vit Granger baisser les yeux sur la table où refroidissait fièrement, au milieu d'une mare de farine, le gâteau au chocolat un peu trop cuit qu'ils avaient fait dans l'après-midi.

« J'ai dû franchir une brèche dimensionnelle sans m'en rendre compte, marmonna-t-elle.

– Drago ! La sauce ! » cria Iris.

Le jeune homme se retourna et jura.

« Pas de gros mots, Drago, » gronda sévèrement Iris.

Il se retint de lui envoyer une réplique ironique et se brûla en retirant la casserole du feu. Granger reprit ses esprits. Elle s'avança, récupéra la casserole, coupa le gaz, et nettoya le tout d'un coup de baguette.

Elle jeta un regard inquisiteur à la vaisselle qui s'entassait dans l'évier.

« Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, avoua-t-elle.

– Tu avais l'air... Hum... Disons, occupée. On a voulu t'aider, se justifia Drago. Mais je tiens à te dire que ta fille a des tendances dirigistes un peu trop développées pour son âge. »

Le regard d'Hermione balaya la cuisine, passant des casseroles de pâtes et de sauce tomate dans un coin, au gâteau dans un autre.

« C'est... gentil. Je ne m'attendais pas à ça de ta part. »

Il haussa les épaules. Un mince sourire moqueur apparut sur son visage.

« Promis, ça ne se reproduira plus.

– Je me disais aussi. »

Elle donna un coup de baguette. La vaisselle commença à se faire toute seule, à grand renfort d'eau et de mousse, tandis qu'assiettes, verres et couverts venaient se poser avec grâce sur la table, nettoyée par magie.

Contrairement à ce qu'avait imaginé Drago, c'était plutôt bon. Il n'avait jamais fait la cuisine avant. En fait, heureusement qu'Iris était là, sinon il aurait mis le feu à la maison. Mais ce n'était pas plus difficile que de faire une potion.

En tout cas, ça avait proprement douché la colère d'Hermione.

« Tu as vu comme c'est bon, Maman ? demanda Iris, la bouche pleine de sa troisième part de gâteau.

– Ne parle pas la bouche pleine, mon ange. Mais oui, c'est très bon. »

Drago était pensif.

« Qu'est-ce qui s'est passé pour te mettre dans un tel état ? » demanda-t-il, alors que Granger débarrassait la table.

Elle se retourna.

« Qui êtes-vous ? Qu'avez-vous fait de Drago Malefoy ? » ironisa-t-elle.

Il lui tira la langue.

« Mon assistant m'a lâchée, expliqua-t-elle. Cet imbécile de Fabian a décidé de prendre un congé exceptionnel d'une durée indéterminée pour, je cite : " se remettre de la tyrannie de sa supérieure durant ces dernières semaines particulièrement éprouvantes ". Et évidemment, personne n'a été fichu de le lui refuser, c'est le neveu du Ministre. »

Sa voix montait crescendo. Elle dut fermer les yeux et serrer les poings pour se calmer.

« Je suis déjà débordée. Mon patron me donne tout ce qu'il ne veut pas faire, autrement dit, toutes les affaires délicates. Ce n'est pas facile à gérer. Les pressions sont innombrables. J'en ai par-dessus la tête. J'ai besoin de quelqu'un pour m'aider à trier tout ça. Je ne peux pas tout faire toute seule. »

Elle s'effondra sur une chaise, la tête entre les mains. On aurait dit que tout le poids du monde reposait sur ses épaules.

« Maman, tu viens ? »

Iris, pieds nus, attendait devant la porte, sa peluche (qui s'appelait Citrouille, en fait) serrée contre elle.

« J'arrive, trésor. »

Elle se leva.

« Mais je suppose qu'il va falloir que je fasse avec quelques temps. A moins que tu... »

Elle s'interrompit. Son regard brun s'arrêta sur lui avec une lueur calculatrice qui ne lui plut pas du tout. Un mauvais pressentiment le gagna. Elle ne comptait tout de même pas... Un sourire triomphant étira ses lèvres.

« N'y pense pas, Granger !

– Combien de langues parles-tu ? » demanda-t-elle.

Il croisa les bras, bien décidé à ne pas se faire enrôler contre son gré. Elle lui jeta un regard menaçant et sa baguette crépita. Il soupira.

« Trois. »

Elle eut une moue dubitative.

« Bon, on fera avec.

– Granger ! Tu ne peux pas m'obliger à …

– C'est une solution temporaire. Et vois ça comme un moyen de te réintégrer à la société. Tu ne penses quand même pas que je vais te nourrir à ne rien faire jusqu'à la fin de tes jours ? »

Il lui jeta une œillade meurtrière. Elle ajouta :

« Et puis, tu sais, ça fait bien sur un CV d'avoir travaillé pour la directrice-adjointe du département de la Collaboration Magique Internationale. »

Et elle tourna les talons.

Le lendemain, Drago se trouvait embarqué pour le Ministère, à contrecœur. Le hall ressemblait toujours à une ruche. Il vit des sorciers de la maintenance, en robe bleu, coller des affiches animées sur les volets des guichets d'accueil.

Cette fois, elle l'emmena directement au niveau 5. Ils croisèrent une délégation de sorciers pygmées congolais qui lui arrivaient à peine à la taille, puis Granger orienta une jeune femme au visage d'ange, qui parlait une langue bizarre, tout en sons rauques et grognements. De plus en plus bizarre.

Granger poussa une porte vitrée. Juste à côté, sur le mur, une plaque de cuivre gravée indiquait :

Département de la Collaboration Magique Internationale

Hermione Granger

Directrice-Adjointe

Ils entrèrent. C'était une espèce de salle d'attente, éclairée d'une fausse fenêtre. Une demi-douzaine de chaises élégantes s'alignait contre le mur. Un bureau se dressait face à la porte. Au-dessus, une pendule étrange égrenait les secondes. Sur la droite, une autre porte devait mener au bureau de Granger. Au mur, une sorcière volait de tableau en tableau, survolant tour à tour, les pyramides d'Égypte, la Grande Muraille de Chine, le Machu Pichu, la Vallée de la Mort, le Taj Mahal et Stonehenge.

La jeune femme avança vers le bureau, au fond de la pièce. Elle jeta un œil à ce qui s'y trouvait tout en marmonnant :

« Quel foutoir, ici. »

Elle lui fit signe d'approcher. Elle lui désigna une pile de dossiers sur un coin du bureau.

« Ce sont les dossiers en cours. J'aimerais que tu te mettes au courant. »

Autrement dit, il allait passer la journée à lire de la paperasse. Super ! Elle tira une série de tiroirs avant de trouver celui qu'elle cherchait.

« Là, ce sont les papiers à classer. Il y aura aussi mon courrier à trier et mon carnet de rendez-vous à tenir à jour. Je te laisse t'installer, je vais chercher ton contrat. »

Et elle repartit. Drago passa de l'autre côté du bureau. Il observa l'accumulation monstrueuse de travail et se demanda où il allait pouvoir pêcher la patience de tout traiter. Il se laissa tomber sur le fauteuil tournant et prit, sans grande envie, le premier dossier de la pile.

Quelques minutes plus tard, Potter entra dans le bureau.

« Salut, Fabian, est-ce que... Malefoy ? Mais qu'est-ce que tu fous là ? »

Drago leva le nez d'une mauvaise traduction d'une lettre d'excuse russe et répondit :

« Excellente question, que je me pose depuis que je suis arrivé, figure-toi. Il paraît que je suis le nouvel assistant de Granger. Enfin, c'est ce qu'elle a décidé. »

Potter grimaça. Mauvais signe.

« Bon courage.

– C'est censé me remonter le moral ? »

Des éclats de voix résonnèrent dans le couloir, se rapprochant de plus en plus.

« Mais enfin, miss Granger, il faut que vous compreniez que nous ne pouvons pas embaucher Drago Malefoy. Que dirait l'opinion ?

– Je me contrefiche de l'opinion ! »

La porte s'ouvrit à la volée et Granger, suivie de deux hommes, l'un d'une soixantaine d'années aux cheveux blancs, essayait de faire entendre raison à Hermione, l'autre la quarantaine, le maintien fier et arrogant, observait la discussion.

La jeune femme fit volte-face et affronta du regard le plus jeune.

« La qualité de mon travail ne dépend pas de l'opinion. Et sachez que si votre neveu n'avait pas déserté, je n'aurais pas eu besoin de lui trouver un remplaçant en catastrophe ! »

A ce moment-là, Potter crut bon d'intervenir avant que cela ne dégénère.

« Euh, Hermione, ce n'est peut-être pas... »

Mais le mal était fait. L'homme la dévisagea froidement. Elle croisa les bras, les yeux pleins de défi.

« Savez-vous bien à qui vous parlez ? Je pourrais vous faire renvoyer. »

Elle lui tourna le dos.

« Eh bien, allez-y, monsieur le Ministre. Mais à qui refilerez-vous tout le sale boulot ?

– Il y a d'autres personnes compétentes. »

Elle se retourna guère impressionnée. De son côté, Drago trouvait que ça allait trop loin. Malgré la haute estime qu'il avait de lui-même, il ne méritait pas qu'elle foute en l'air sa carrière. Et visiblement, Potter pensait comme lui. Il jetait des regards désespérés à Granger, qui les ignora superbement.

« Très bien, vous aurez ma lettre de démission ce soir. »

L'autre homme jeta un regard épouvanté au Ministre.

« D'abord ce scandale au sujet de la prison, maintenant cela. Vous jouez avec le feu, miss Granger.

– Et vous, avec mes nerfs. »

Le même sourire en coin apparut sur leur visage. Drago trouva ça très, très effrayant. C'était comme si un combat sans merci, un combat de fauves, se déroulait dans la pièce, sans que personne ne bouge. On aurait sans peine pu suivre le fil qui reliait leur regard.

« Vous savez vous y prendre pour avoir ce que vous voulez, glissa le Ministre. Vous auriez dû aller à Serpentard.

– On me l'a déjà proposé. Mais où aurais-je trouvé le courage de vous tenir tête ? »

Il sourit pour de bon, et d'un coup de baguette, il fit apparaître un parchemin, couvert de fines lignes manuscrites.

« Votre contrat.

– Je vous remercie, monsieur le Ministre.

– Vous avez déjà songé à faire de la politique ? demanda-t-il, innocemment.

– Avouez que ça vous ferait peur. »

Potter, l'autre homme et Drago s'entre-regardèrent. La scène était surréaliste. Drago se souvint du mépris qui couvait dans la voix de Granger quand elle lui avait parlé du Ministre. N'aurait-elle pas dû l'ignorer, plutôt que de le provoquer ?

« Sur ce, je vous laisse à vos dossiers. Monsieur Faulkner, n'oubliez pas la réception des ambassadeurs iraniens à dix heures.

– Évidemment, monsieur le Ministre.

– Bonne journée. »

Et Renald Hawkins sortit. Granger, très satisfaite d'elle-même, se tourna vers Drago.

« Mais enfin, miss Granger, quelle mouche vous a piquée ? s'écria Faulkner. Vous en prendre au Ministre ? Ma parole, vous êtes devenue folle ? Vous auriez pu vous retrouver à Azkaban.

– Je suis d'accord, approuva Potter.

– Moi aussi, » ajouta Drago.

Elle leva les yeux au plafond.

« J'ai assuré ma santé mentale, ça devrait vous suffire. Tiens, tu signes...ici. »

Elle déroula le parchemin chèrement gagné devant Drago et indiqua une ligne en pointillés, tout en bas. Drago hésita une fraction de seconde. Elle lui envoya un regard menaçant et il se mit à la recherche d'une plume.

« Sérieusement, Hermione, reprit Potter. Ce n'est pas un jeu.

– Mais bien sûr que c'est un jeu. Lui, il joue. Il faut juste savoir bluffer comme lui, ou s'écraser.

– Dis, quand il parlait de Serpentard, et que tu as dit que... » commença Drago.

Elle haussa les épaules.

« Oui, le Choixpeau avait envisagé de m'y mettre. Il paraît que je suis ambitieuse et rusée, mais j'étais trop téméraire.

– Je vous en prie, miss Granger, par Merlin, ne refaites plus jamais ça ! » s'exclama Faulkner.

Pour toute réponse, elle lui tendit le contrat dûment signé. Il le prit brusquement avec un grognement, et retourna à ses occupations.

« Hawkins ne respecte que ceux qui lui tiennent tête, pensa-t-elle à haute voix, le regard fixé sur la porte. La compétition l'excite. Tout est calculé dans son discours. Il ne faut jamais lâcher prise, ne jamais lui laisser la moindre faille à exploiter. »

Elle secoua la tête et se tourna vers Potter.

« Tu avais quelque chose à me dire, peut-être ? » demanda-t-elle à Potter.

Il acquiesça et la suivit dans son bureau.

« Granger ! l'arrêta Drago. Je...

Elle s'arrêta sur le seuil et lui lança :

« Ne me remercie pas, tu ne sais pas ce qui t'attend. Regarde le dossier E 494 Rus d'abord. C'est le plus urgent. J'ai un paquet qui devrait bientôt arriver des archives, réceptionne-le pour moi, s'il te plaît. »

Et la porte claqua dans son dos.

Drago songea que Granger devait être schizophrène. Ou quelque chose comme ça. La femme qu'il voyait à la maison, qui préparait le repas, s'occupait d'Iris et jouait avec elle, n'avait rien à voir avec cette machine à travailler, frondeuse, provocante et agressive, quand on remettait en cause la qualité de son travail. Il eut presque l'impression... de se voir lui-même à Poudlard. Une carapace de méchanceté et d'ironie pour cacher un mal être persistant. Mais tenir tête au Ministre ? L'homme le plus puissant du monde magique britannique ? Elle avait risqué sa tête et pourquoi ? Pour l'embaucher officiellement, lui, un détenu d'Azkaban fraîchement sorti de prison. C'était du délire. Quelque chose ne tournait pas rond dans la tête de Granger.

Potter sortit du bureau une poignée de minutes plus tard.

« Bon courage, Malefoy. Elle n'est vraiment pas facile au travail, lui glissa-t-il avant de sortir.

– Ça, je crois que j'avais remarqué, marmonna-t-il entre ses dents.

– Malefoy ! Dossier E 2 589 F ! »

Il ferma les yeux. Le cauchemar commençait.

Trois heures plus tard, il ne s'étonnait plus de la demande de congé exceptionnel du précédent assistant de Granger. Il fallait fouiller dans des cartons d'archives poussiéreux, classer des rapports, les rédiger parfois, ne pas louper les notes de service, gérer les éventuels conflits de juridiction entre départements, trier un courrier que dix hiboux n'auraient pas suffi à porter, il dut apprendre à matriculer des dossiers, chose qui ne devait rien au hasard, contrairement aux apparences, bref, un calvaire.

Il trimait comme un elfe de maison, mais ça ne semblait jamais aller assez vite pour la jeune femme. La porte de son bureau, restée ouverte, laissait filer des notes de service, et des ordres aussi, à une cadence infernale.

« Dossier E 102 Rus ! »

La pile de dossier en cours s'effondra. Drago se retint d'envoyer son poing cogner contre le mur. Il n'en pouvait plus. Il ferma les yeux et s'exhorta au calme. Un étau lui comprimait le crâne. Il retrouva le dossier en question. D'un pas rageur, il alla jusqu'au bureau de Granger. C'était un bureau on ne peut plus impersonnel. Des murs blancs. Une armoire en fer. Un bureau d'acajou, qui disparaissait sous la paperasse. Et juste une photo au mur. Iris, qui ne devait pas avoir plus de deux ans, dans les bras d'Hermione.

« Je. Ne. Suis. Pas. Ton. Esclave ! » gronda-t-il.

Elle leva le nez de ses dossiers. Son regard le cloua sur place à travers ses lunettes.

« Si tu étais vraiment mon esclave, je te ferais faire mon boulot en plus, et je m'occuperais de choses bien plus intéressantes. D'autres revendications ?

– Mais Granger, ce n'est plus du travail, c'est de l'acharnement !

– Eh bien, va dire ça à ce cher Vilnius Faulkner, qui me refile tous les dossiers sensibles qu'il ne se sent pas capable de traiter ! Mon dossier, s'il te plaît. »

Il le jeta sur le bureau. Une volée de feuilles s'éparpilla sur le bureau et elle lui jeta un regard inquiétant.

« Il te faudrait au moins deux assistants, Granger. On ne peut pas gérer les problèmes liés à la politique internationale à deux. »

Peu à peu, il s'était rendu compte de la position délicate dans laquelle Hermione se trouvait. Le Ministre de la Magie menait une sorte de politique de prestige, mais il se heurtait à la méfiance des ministères étrangers, et c'était à elle de désamorcer les conflits, en plus des affaires délicates de contrebande et de réseaux illicites. Toutes les plaintes et les difficultés que rencontraient la section britannique de la Confédération internationale des Sorciers et l'Organisation internationale du Commerce magique remontaient vers elle. Elle soupira.

« Sur le fond, je suis d'accord. Mais c'est déjà difficile d'en avoir un.

– Tu ne peux pas refaire une crise au Ministre ? ironisa-t-il.

– Toutes les bonnes choses ont une fin, sourit-elle. Il faut savoir s'arrêter. »

Elle replongea dans son dossier, dictant en même temps des notes à une plume à papote bleu nuit. Il soupira. Il faudrait qu'il fasse avec.

« Il n'y a pas une machine à café, quelque part ? s'enquit-il.

– A droite, au fond du couloir, première porte à gauche. Regarde dans le premier tiroir de ton bureau, il doit y avoir quelques noises. »

Il hésita à lui demander si elle en voulait un, mais il se dit qu'avec tout ce qu'elle lui faisait endurer, elle pourrait bien aller chercher son café toute seule.

Il suivit ses instructions. Il n'y avait personne, et c'était tant mieux. Même si la nouvelle de son entrée au Ministère, en tant qu'assistant d'Hermione Granger avait dû faire le tour du service, il se voyait mal affronter le regard ahuri ou paniqué des autres membres du bureau.

Quelques minutes plus tard, et cinq noises en moins, nanti d'une tasse de café noir corsé non sucré, il retrouva son bureau. Une pile de lettres, estampillées au sceau du Ministère, à déposer à la volière, niveau 1, y avait fait son apparition.

« C'est reparti, » soupira-t-il.

Petit à petit, il s'organisa. Il dut ranger complètement le bureau pour ça, mais dès le milieu de l'après-midi, il ne cherchait plus où son prédécesseur avait pu ranger les rapports à envoyer, les formulaires de dépose de plainte, ou les modèles de rapports et lettres officielles. La fréquentation du bureau de Granger était quasiment inexistante. Quelques rendez-vous prévus de longue date, tout au plus.

Vers quatre heures, quelqu'un entra. Drago leva le nez et le reconnut tout de suite. Sa présence était glaçante. Comme si entrait avec lui un intense courant d'air froid. C'était l'homme avec Granger, le jour où on l'avait fait sortir d'Azkaban. Un certain Daren. L'impression de menace que Drago ressentit était la même que la première fois. Cet homme était dangereux. Il n'aurait pas su expliquer pourquoi. Peut-être quelque chose dans son maintien ou dans son regard polaire. Il se planta devant le bureau de Drago, droit comme la justice.

« Qu'est-ce que vous faites là, vous ? »

Sa voix glaciale et autoritaire lui déplut tout de suite.

« Je travaille comme assistant de miss Granger depuis ce matin, » expliqua Drago, tout aussi froidement.

Quelque chose brilla dans le regard de l'autre.

« Dossier E 2 035 Fr ! »

Ah, la voix douce et tendre de Granger... Drago ignora son visiteur et commença à chercher dans les dossiers en cours.

L'homme toussa.

« Je voudrais voir miss Granger.

– Vous avez rendez-vous ? »

Le jeune homme savait pertinemment qu'Hermione n'avait plus de rendez-vous jusqu'à la fin de la journée. Mais il ne résista pas à la tentation de le faire mariner. L'autre eut un claquement de langue déplaisant.

« Non, mais...

– Miss Granger est très occupée, en ce moment. Vous devriez repasser plus tard, » glissa sournoisement Drago.

Aussitôt, l'homme asséna ses poings sur le bureau, mitraillant le jeune homme du regard. Des feuilles volantes s'éparpillèrent sur le sol, mais Drago n'y prit pas garde. Ce regard le transperçait. Sa voix était sifflante, comme celle d'un serpent.

« Écoutez-moi bien, je...

– Malefoy, ce dossier, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? gronda Granger en sortant de son bureau. Oh, bonjour Daren. »

A cet instant, il l'aurait bénie. Il ne voulait pas savoir ce que l'autre comptait ajouter. Ça suffisait amplement comme ça. Pendant quelques secondes, il s'était revu dans sa cellule d'Azkaban.

L'expression de l'homme s'adoucit. Il se retourna pour la dévisager. Quand il s'adressa à elle, sa voix était presque tendre.

« Hermione, j'aurais voulu vous parler, mais votre... assistant, s'obstine à refuser. »

Il avait dit assistant comme si c'était une insulte. Drago fronça les sourcils.

« Je n'ai fait que dire que tu étais très occupée, » protesta-t-il.

Le regard d'Hermione passa de l'un à l'autre.

« J'ai bien peur qu'il n'ait raison, finit-elle par déclarer. Je suis navrée, Daren, mais je n'ai pas une seconde à moi. Nous discuterons plus tard, ajouta-t-elle avec un sourire indulgent. Malefoy, dossier E 2 035 Fr, tout de suite ! Bonne fin de journée, Daren. »

Et elle retourna dans son bureau. Le visage de l'homme se ferma. Il envoya une œillade assassine à Drago, et sortit rageusement de la pièce.

Aussitôt, le sentiment d'oppression qui pesait sur le jeune homme s'évapora. Cet homme lui faisait froid dans le dos.

Pourtant, la façon qu'il avait de parler à Granger l'intriguait. C'était presque... de la vénération. C'était un peu effrayant, en fait. Qu'y avait-il entre ces deux-là ?

Il farfouilla dans les dossiers, avant de se faire de nouveau incendier par la jeune femme.

Puis ce fut relativement calme, jusqu'à ce qu'une note de service file à travers la pièce. Sa pointe acérée visa son œil, si vite qu'il s'en fallut d'un cheveu qu'elle ne le crève. Drago se douta que cela signifiait que c'était urgent. Mais c'était la première fois qu'une note lui était personnellement adressée.

Malefoy, j'ai besoin de voir Hermione tout de suite. Arrange-toi pour qu'il n'y ait personne, j'arrive. C'est très urgent. Potter.

Ça, c'était nouveau. Il se leva, traversa la pièce et passa la tête dans le bureau de Granger. La paperasse s'accumulait tellement devant elle, qu'on ne voyait plus que le sommet de sa plume à papote bleu, à qui elle dictait un rapport.

« Granger, Potter veut te voir. Il dit que c'est urgent. »

Pendant une seconde, il crut qu'elle ne l'avait pas entendu. Puis la pile de dossier devant elle s'envola et elle leva les yeux. Il secoua la note. Elle retira ses lunettes, agacée.

« S'il dit que c'est urgent... » grogna-t-elle.

De toute façon, Potter ne lui laissa pas le choix. Deux secondes après, la porte s'ouvrait en claquant. Potter entra en trombe dans le bureau, une enveloppe en kraft sous le bras, mit Drago à la porte sans un mot et s'enferma avec Hermione.

Ils restèrent là-dedans un bon quart d'heure. Le murmure rapide de leur conversation ronronnait vaguement, un peu inquiétant. Mais Drago n'en saisit pas un seul mot. Il n'y eut pas d'éclats de voix, pas d'éclats de rire. Ça n'arrivait pas souvent quand on mettait Potter et Granger ensemble.

Ils sortirent tous deux en même temps, la mine préoccupée. Potter n'avait plus son enveloppe en kraft. Mais il faisait tournoyer sa baguette, d'un geste nerveux.

« Drago, annule tous mes rendez-vous de demain, s'il te plaît. »

Le jeune homme fronça les sourcils. Elle oubliait d'être autoritaire et de l'appeler Malefoy. Il se passait quelque chose de grave.

« Tous ?

– Tous. »

Drago jeta un œil à l'agenda. Sept entrevues à annuler, et pas des moins importantes. Il se passait quelque chose de très grave. Granger prenait son boulot très au sérieux. Elle n'aurait jamais décommandé pour une affaire minime, quelle qu'elle soit. Qu'avait donc pu lui annoncer Potter, qui soit si urgent pour prendre le pas sur des affaires en cours depuis des mois ?

« Qu'est-ce qui se passe ? »

Potter se tourna vers Granger, l'air de vouloir dire quelque chose. Elle le coupa.

« Non, Harry. Il faut lui dire. De toute façon, je l'emmène. »

Potter acquiesça, résigné. Drago le plaignit. Il avait l'ait dépassé par les événements, et il comprenait parfaitement ce que cela pouvait avoir de frustrant. Tournoyer comme une épave, entraînée dans un tourbillon incessant. Hermione se tourna vers lui.

« Tu m'emmènes où ? demanda Drago.

– A Paris. Il y a eu un nouvel assassinat, revendiqué par l'Ange »

En France ? Il haussa un sourcil. Pourquoi donc leur déséquilibré ce serait-il déplacé de l'autre côté de la Manche ? Ça devait mettre pas mal des hypothèses de Potter à l'eau. Il n'y avait pas eu de Mangemorts, là-bas. Ou alors...

« A Paris ? Mais... Ça ne dépend pas du Ministère français ? »

Potter soupira.

« Techniquement, si. Mais de un, on est déjà sur l'enquête, ils vont donc avoir besoin de nous. Et de deux, la victime est britannique. On a besoin d'Hermione pour obtenir l'autorisation de travailler là-bas.

– Et il y a vraiment besoin d'aller à Paris pour ça ? s'étonna Drago.

– Tu comprendras quand on y sera, » se renfrogna la jeune femme.

Elle tourna les talons et retourna dans son bureau. Potter fit un mouvement pour partir à son tour, mais Drago l'arrêta, saisi d'une brusque angoisse.

« Attends, Potter. Qui est-ce qui a été tué ? »

Le jeune homme regarda vers la porte du bureau de Granger, indécis.

« Pansy Parkinson. »