Bonjour tout le monde !

Voici le deuxième chapitre du week-end (un petit hommage à ma ville d'adoption... Je lui devais bien ça) Encore un immense merci à tous les revieweurs chapou69 et Abgrund entre autres. Mais aussi mlle x (je suis enchantée de ta confiance en moi, j'espère ne pas te décevoir) et XDrayXMioneX (Voici le nouveau chapitre ;) Je suis contente que l'histoire te plaise).

Voilà !

Bonne lecture !

N'hésitez pas à laisser un petit mot, c'est toujours agréable à lire.

Bises

Peaseblossom

Disclaimer : comme d'habitude, tout appartient à JK Rowling


Chapitre 7

Intermède parisien

Il était six heures du matin, quand Hermione et Drago transplanèrent. Ils traversèrent le grand hall du Ministère désert, qui dans l'obscurité, avait quelque chose de grandiose et d'effrayant à la fois. Les claquements réguliers des escarpins de Granger semblaient résonner interminablement.

Potter était déjà là. Il tenait à la main une vieille brosse à dents qui avait connu des jours meilleurs. La jeune femme l'embrassa.

« On attend du monde ? demanda-t-elle.

– Oui, j'ai trois hommes qui doivent venir avec nous. Les papiers ?

– J'ai réussi à les avoir hier. Heureusement qu'il n'était pas trop tard. On part à quelle heure ? »

Potter consulta sa montre.

« Dans dix minutes. »

Elle acquiesça lentement, et ils prirent leur mal en patience. A mesure que les minutes s'écoulaient, Drago vit Potter devenir de plus en plus nerveux. Il jetait des regards de plus en plus fréquents à sa montre. Finalement, des bruits de pas se firent entendre. Trois silhouettes floues émergèrent de l'obscurité. Leurs traits se précisèrent, et dans la pénombre, leur visage avait quelque chose de redoutable. Potter les salua un peu froidement. Dans le lot, Drago reconnut l'Auror Blake, chargé de les accompagner lorsque Granger et lui avaient été sur le Chemin de Traverse. Ils s'excusèrent pour le retard. Alors, la brosse à dent se mit à palpiter d'une lueur bleutée. Ils s'y accrochèrent et Potter commença le décompte :

« Cinq... Quatre... Trois... Deux... Un... »

Drago sentit soudain un crochet le tirer par le nombril et l'aspirer dans une spirale de couleurs confuse. Le coude de Granger lui rentra dans les côtes, mais il n'eut pas le temps de se plaindre.

Il retrouva le sol directement sur les genoux. L'endroit était désert. Ils se trouvaient sur une petite étendue d'herbe. Pas très loin, la lumière d'un lampadaire ou de phares de voiture éclairait par intermittence les squelettes dénudés d'une rangée d'arbres. Un jardin public. Il avait dû pleuvoir. Ça sentait la terre mouillée à plein nez, et ses genoux étaient humides et couverts de boue. Il râla. Il détestait la saleté.

« Malefoy, ce n'est pas le moment de te faire remarquer, » rouspéta Potter.

Les trois autres Aurors rirent sous cape. Drago les foudroya du regard. Sans un mot, Hermione agita sa baguette et il se retrouva au sec. Il vit le phare de la Tour Eiffel tourner comme un gyrophare sur la ville. De l'autre côté, se dressait la masse imposante du dôme du Panthéon, éclairé comme en plein jour.

Leur petit groupe se mit en marche. Après quelques mètres, ils se trouvèrent coincés derrière une haute grille de fer forgé. Potter jeta un œil aux alentours, et d'un "alohmora", déverrouilla l'entrée. Ils traversèrent un grand boulevard et prirent une petite rue de traverse. Là, sous le néon aguicheur d'une banque encore fermée, deux hommes leur firent signe.

Ils étaient vêtus d'une longue cape bleu nuit, brodée au fil d'argent, d'un M gothique surplombé de trois étoiles. Ils les rejoignirent en quelques enjambées.

« Auror Potter, je présume ? s'assura l'un, un grand blond au nez en bec d'aigle. Inspecteur Tréguier, et voici mon adjoint, l'inspecteur Servat. Nous sommes chargés de l'enquête. Vous avez bien reçu les données ? »

Il avait une voix rocailleuse, teintée d'un très fort accent français. Ses yeux gris, perçants comme ceux d'un faucon, allaient d'une personne à l'autre avec une rapidité déconcertante.

Potter acquiesça.

« Vous avez rendez-vous avec monsieur Darchambeau dans une quinzaine de minutes, continua Servat, un homme sec, aux cheveux bruns et drus et aux yeux d'une étrange teinte jaunâtre. Si vous voulez bien nous suivre. »

A la grande surprise des Aurors et de Drago (en fait, il n'y avait que Granger pour ne pas être surprise), ils n'allèrent nulle part. D'un coup de baguette, Tréguier souleva une plaque d'égout métallique à leurs pieds, et s'y faufila, suivit de son adjoint. Hermione les suivit sans hésiter, mais Drago surprit le regard perplexe que Potter échangea avec l'un des Aurors. Ils se glissèrent à leur suite.

Une odeur bizarre prit Drago à la gorge. Il faisait noir comme dans un four là-dedans, et la faible lueur que projetait les baguettes d'Hermione, Servat et Tréguier suffisait à peine à éclairer un périmètre de deux mètres alentours. Ils se trouvaient sur un étroit trottoir pavé et crasseux, le long d'une rigole. Un liquide non identifié y coulait en clapotant.

Une fois que le dernier Auror fut descendu, les deux Français glissèrent un jeton, qui scintilla une seconde à la lueur des baguettes, dans une entaille du mur. Aussitôt, les briques pivotèrent sur elles-mêmes en ronflant, s'écartèrent, livrant passage à une belle porte de bois clair à double battant, ornée de clous dorés. Les portes s'ouvrirent sans un bruit.

Et Drago eut l'impression d'entrer dans un des grands hôtels parisiens au faste un peu surannée. Un lourd lustre à pendeloques de cristal pendait au plafond. Il y avait des moulures et des corniches torturées, dorées à l'or fin, sur tous les murs. Des tapis rouges couvraient le sol. Un imposant escalier de marbre menait à une galerie, ponctuée de colonnes antiques. Des guichets d'accueil aux volets de bronze doré et travaillé s'appuyaient aux murs. L'agitation était aussi intense qu'au Ministère londonien. Il y avait des gens partout.

Tréguier et Servat s'approchèrent d'un guichet. Une sorcière aux cheveux d'un joli blond vénitien, au décolleté pigeonnant, se limait les ongles, en vérifiant son maquillage dans un petit miroir de poche. Tréguier toussota.

« C'est pour quoi ? marmonna-t-elle sans lever les yeux.

– Marianne ! »

La jeune femme daigna enfin les regarder.

« Oh, bonjour Thomas. »

Elle fixait Servat avec un sourire charmeur, en ignorant délibérément les autres. Ledit Thomas leva les yeux au plafond et soupira lourdement.

« Bon, ça suffit maintenant, grogna-t-il. On a besoin de six badges d'entrée visiteurs. »

La jeune femme soupira.

« Tout de suite ! »

Elle s'exécuta avec une lenteur exaspérante. L'opération terminée, ils se détournèrent. Marianne vit Drago et lui adressa un sourire intéressé. Mal à l'aise, il rattrapa le petit groupe et essaya de penser à autre chose. Il y avait quelque chose de vulgaire chez cette jeune femme.

Ils grimpèrent l'escalier et se retrouvèrent dans la galerie. Des dizaines de portes s'alignaient. Tréguier en ouvrit une. Un escalier durement éclairé s'enfonçait dans le sol. Ils descendirent et finalement, se trouvèrent face à une nouvelle porte.

« A toi de jouer, ma grande, » souffla Potter à Hermione.

Elle grimaça. Même les deux Français avaient l'air désolés pour elle.

Elle avança la main pour frapper mais se ravisa. Elle attrapa le bras de Drago.

« Toi, tu viens avec moi. »

Elle frappa et entra, sans attendre la réponse.

Le bureau dans lequel ils entrèrent était assez grand, et entièrement blanc. Plus impersonnel encore que celui de Granger. Derrière une massive table de travail, un petit homme au crâne rond et à l'imposante moustache les regarda arriver, l'air hostile. Drago le trouva d'emblée très antipathique.

« Mademoiselle Guerangé.

– Granger, corrigea-t-elle. Bonjour, monsieur Darchambeau.

– Vous venez encore jouer les oiseaux de mauvais augure ? »

Il parlait très vite, très nerveusement et même si Drago comprenait le français, il eut du mal à suivre. Sans y être invitée, Hermione s'avança et s'assit devant le bureau.

« Je viens à cause de cette affaire de meurtre. Pansy Parkinson... »

Le français de Granger était impeccable, sans le moindre accent. Le petit homme ricana.

« Vous voulez nous voler nos assassinats, maintenant ?

– Mais ça n'a rien d'un assassinat ordinaire.

– Écoutez, mademoiselle, je n'ai pas de temps à perdre avec ces bêtises. Cette affaire concerne le Ministère français et rien ne vous autorise à vous en mêler. Au revoir. »

A ce moment, Drago comprit mieux la répulsion qu'inspirait cet homme. Il était infect, en fait, avec des capacités d'écoute proches du néant. Granger serra les dents. Mais sa voix, quoiqu'un peu froide, ne laissa rien paraître de son irritation.

« Je ne crois pas. Cette affaire concerne mes services plus que les vôtres. La victime est une de mes compatriotes. Et sachez que le Ministère britannique tient à ce que la lumière soit faite sur cette affaire, avec ou sans votre aval. »

Le visage rouge, Darchambeau se leva.

« Je vous interdit de me parler sur ce ton ! fulmina-t-il. Nos services de police sont on ne peut plus efficaces. Nous n'avons pas besoin de vous !

– Alors expliquez-moi pour quelle obscure raison le dossier de cette affaire a atterri entre mes mains. »

Elle fit un geste discret à Drago qui s'empressa de tendre la chemise de carton rouge vif, envoyée la veille, contenant les pièces et rapports de l'affaire. Il ne saisissait pas bien ce qu'il faisait là. A moins que Granger n'ait besoin d'un soutien psychologique pour affronter l'abominable petit homme de la Collaboration magique française.

Elle s'éventa avec le dossier d'un geste négligent. Darchambeau vira au violet. C'était un curieux phénomène, que Drago n'avait jamais observé ailleurs.

« Comment avez-vous eu ça ? » hurla-t-il.

Les pointes de ses moustaches frémissaient de fureur.

« De quel droit vous permettez-vous de vous introduire dans nos affaires ? De nous voler nos dossiers ?

– Je ne me permets rien du tout, » coupa Hermione.

Darchambeau la fixa d'un regard tueur.

« Ce sont vos services de police si efficaces qui nous l'ont envoyé, pas plus tard qu'hier, » expliqua-t-elle d'un ton narquois.

Le petit homme ne répondit rien, mais Drago vit bien qu'il n'en pensait pas moins.

« Je n'ai besoin que d'une signature sur la convention de collaboration.

– Je croyais que mon aval ne comptait pas, persifla-t-il.

– Je tiens juste à m'assurer qu'il n'y aura pas de problème.

– C'est vous le problème ! »

Il sentit Hermione se tendre à ses côtés, lutter contre la colère qui la gagnait.

« Il est inutile de s'énerver, je pense, » intervint-t-il.

Il parlait d'une voix légèrement hésitante. Son français était un peu rouillé, et il butait sur certaines syllabes.

« Il y a quatre Aurors et deux de vos inspecteurs qui attendent derrière cette porte, poursuivit-il. Nos Aurors sont sur l'affaire depuis plusieurs mois. L'enquête avancerait plus vite, et nous perdons du temps. »

Le regard meurtrier de Darchambeau se braqua sur lui.

« On ne vous a rien demandé à vous ! »

La main d'Hermione trouva son poignet. Juste à temps. Il aurait volontiers envoyé son poing dans la face rouge et exorbitée du petit homme.

« Monsieur Darchambeau, commença-t-elle d'une voix tendue, entendons-nous bien : je détesterais faire cela, mais je n'hésiterais pas une seconde si vous persistez à faire des difficultés. Une signature, c'est tout ce que je vous demande. Autrement, je serai obligée de faire intervenir le Ministre de la Magie britannique, et monsieur Langlade, évidemment. »

La mention de monsieur Langlade, Ministre de la Magie français et connu pour son intransigeance en cas de faute professionnelle, sembla faire son effet sur Darchambeau. Il souffla comme un taureau furieux, rouge comme une écrevisse. Il affronta Granger du regard, comme pour s'assurer qu'elle ne plaisantait pas. Puis, il retourna s'asseoir, piocha un formulaire qu'il commença à remplir de mauvaise grâce.

« Combien de temps restez-vous ?

– Le temps nécessaire, répondit froidement Hermione.

– Je vous laisse trois heures. Après ça, je ne veux plus vous voir. Ni vous, ni vos hommes. »

C'était vraiment court en temps. Trois heures. Il faudrait que Potter s'en contente. Trois heures, c'était déjà une victoire en soi. La jeune femme signa à son tour et récupéra le précieux document.

Ils sortirent et sentant la tension s'évanouir, s'écroulèrent d'un même mouvement contre la porte du bureau. Le petit groupe d'Aurors et de policiers les observèrent avec une compassion non feinte.

« C'était comment ? demanda Potter.

– Abominable, répondit Drago.

– Comme d'habitude, » ajouta Hermione.

Elle tendit le parchemin à Potter qui le détailla avec attention.

« Il est toujours comme ça ? demanda Drago à la jeune femme.

– Qui Darchambeau ? Aujourd'hui, c'était pire que d'habitude. Mais sinon, il faut toujours négocier, marchander.

– Avec un caractère pareil, il est fait pour déclencher les guerres, pas pour les éviter. Comment un bonhomme pareil a pu atterrir à la Collaboration magique ?

– Ça fait trois ans que je me pose la question, soupira-t-elle.

– Trois heures ! » s'écria Potter.

Tous les regards se tournèrent vers lui. Il tenait son parchemin à bout de bras, comme s'il allait soudain se mettre à brûler.

« C'est une blague ?

– C'est trop court, commenta Tréguier. Que voulez-vous que nous fassions en trois heures ? »

La jeune femme soupira.

« La prochaine fois, vous irez parlementer, si ça ne vous suffit pas. C'est tout ce que j'ai pu obtenir.

– Et ce n'était pas gagné, » ajouta Drago.

Les Aurors et les Français s'entre-regardèrent, perplexes. Servat passa une main dans ses cheveux drus. Tréguier se pinça l'arête du nez. Potter relisait le parchemin, dans le vain espoir d'avoir mal compris. Les autres Aurors dansaient d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.

« Il faudra faire avec, commenta sobrement Servat. De toute façon, on n'a pas le choix.

– Allons-y. Ne perdons pas plus de temps, » enjoignit Tréguier.

Pourtant, aucun n'avait l'air très convaincu. Ils remontèrent l'escalier en silence. Arrivés dans le hall, Drago se tourna vers Granger.

« Tu sais, quand je disais que je ne voulais pas travailler avec toi, je le pensais vraiment. Et bien là, je le pense encore plus. »

Un maigre sourire apparut sur ses lèvres. Elle avait l'air exténuée. Il comprenait. S'opposer à ce... à ce...monstre de mauvaise foi, de mauvaise volonté, de... de bassesse, ça demandait une énergie folle.

Il fit semblant de ne pas voir le salut langoureux de Marianne et emboîta le pas aux autres. Ils sortirent du Ministère et retrouvèrent les égouts. Après la lumière vive et chaude du hall, l'obscurité des tunnels était aveuglante. Ils retournèrent à la surface. La circulation était quasi nulle dans la petite rue. En revanche, des bruits de klaxon, des sirènes et des invectives hurlaient sur le boulevard, tout proche.

« Ce n'est pas très loin, indiqua Tréguier. On peut y aller à pied. »

Il jeta un regard hésitant aux chaussures d'Hermione. Elle le rassura d'un regard.

Ils suivirent de petites rues. Le jour se levait, au-dessus des toits d'ardoise et de zinc, sur un ciel morne et nuageux. Les façades des immeubles haussmanniens semblaient grises et ternes dans cette lumière morose. L'air était vif et pénétrant, coupant presque. Mais la promenade était agréable. Il y avait quelque chose de magique à se promener au hasard des rues d'une ville qu'on ne connaissait pas, à découvrir les venelles et les impasses de ce labyrinthe géant.

Les cloches d'une église toute proche se mirent à sonner. Ils débouchèrent sur une petite place, plantée d'arbres. La plupart des boutiques n'étaient pas encore ouvertes. Ils se glissèrent dans l'étroit passage d'une rue piétonne, aux pavés disjoints.

Les deux Français s'arrêtèrent sous le porche d'un immeuble à la façade un peu miteuse. La grande porte cochère avait tout d'une porte de prison. Haute. Grise. Rébarbative.

Jusque-là, Drago n'avait pas trop réfléchi à ce qu'impliquait sa présence à Paris, ce jour-là. Mais en voyant le nom de Pansy sur une boîte aux lettres dans le vestibule, la réalité le rattrapa. Elle était morte. Il la connaissait depuis qu'il portait des couches. A Poudlard, c'était une jeune fille un peu cruche, collante, mais attachante. A cette époque, il n'aurait jamais accepté qu'il lui arrive quoi que ce soit. Il n'avait pas vraiment pensé à elle depuis la fin de la guerre, et il s'en voulait un peu. A présent, il ne lui parlerait plus jamais.

Ils grimpèrent un escalier en colimaçon jusqu'au troisième étage. Une femme, portant la même cape bleue que Tréguier et Servat, attendait devant une porte sombre. Le parquet craquait sous leurs pieds.

« Bonjour Isabelle.

– Salut, vous deux.

– Rien n'a bougé ?

–Affirmatif. »

Ils entrèrent. C'était un petit appartement. Une grande pièce servait de chambre, cuisine, salon et bureau, et une autre, plus petite, de salle de bain.

« La place est à vous, » déclara Tréguier.

Rien n'avait été rangé ou nettoyé. Drago sentit son cœur se serrer en voyant les taches de sang qui maculaient le carrelage blanc. Sur le lit, les draps étaient rouges de sang séchés. Au-dessus, à même le mur, cinq mots, en lettres sanglantes.

L'Ange s'est vengé

« Sectumsempra ? demanda Potter, en embrassant la pièce du regard.

– Confirmé par le légiste, acquiesça Servat.

– Comme les autres, » murmura pensivement Potter.

Drago ferma les yeux. Tout était calme. Pourtant, il y avait tant de violence dans ce spectacle immobile que son estomac se retourna. Il savait très bien ce que ça faisait un sectumsempra. Elle s'était vidée de son sang, là, dans ce lit, dans cette chambre. Son agonie avait pu durer des heures. Des heures de souffrance barbare.

« Malefoy ? Tout va bien ? »

La voix d'Hermione lui apparut comme très lointaine.

« Je... Je crois que je vais prendre l'air. »

Il retourna dans le couloir, s'obligeant à respirer calmement. On aurait pu croire que guerre et prison l'aurait rendu insensible à ce genre de vision. Et bien non. Il y avait tellement de sang, tellement d'effroi. Un frisson irrépressible courut le long de sa colonne vertébrale.

Il fixa les lattes mordorées du parquet, suivit des yeux les nœuds du bois. Ça sentait bon la cire. Il n'y avait personne d'autre à l'étage. Du moins, personne ne donnait signe de vie.

Après une ou deux minutes, Hermione vint le rejoindre.

« C'est atroce, » murmura-t-elle.

Elle s'appuya contre le mur.

« Tu tiens le coup ? »

Il s'adossa à côté d'elle.

« Je ne sais pas. J'ai du mal à réaliser, je crois. »

Ils ne dirent rien pendant un moment, appréciant le silence du couloir, et le murmure des voix de l'autre côté de la porte.

Puis Potter sortit, et il n'y plus rien d'apaisant dans ce couloir. Il avait l'air perturbé. Granger le regarda, curieuse.

« On a un problème. »

Comme il ne continuait pas, Drago ne résista pas à l'envie de lui répondre ironiquement :

« Mais encore ? »

Potter se contenta de sortir de sa poche un sachet de plastique où se trouvait une longue tige de bois, fine et élégante. Une baguette. Une baguette que Drago reconnut tout de suite. Son premier réflexe fut de tendre la main. Granger agrippa son poignet. Il sentit la douceur tiède de ses doigts contre sa peau froide. Il riva son regard à celui de Potter.

« Que faisait ma baguette dans ta poche, Potter ? demanda-t-il froidement.

– C'est justement ça le problème, Malefoy. Que faisait ta baguette dans l'appartement de Parkinson ? »

Le silence qui s'installa était lourd. Drago n'arrivait pas à se contrôler. La magie l'appelait. Il voulait prendre sa baguette, sentir la chaleur du bois réchauffer sa paume. Se sentir entier. De nouveau. Mais la main de Granger retenait toujours son poignet. Un curieux fourmillement courait dans son bras et il ne se l'expliquait pas. Et il était furieux du doute qu'il lisait sur le visage de Potter. Tout se mélangeait dans sa tête. Le jeune homme reprit, lentement :

« Tu crois que je l'ai …

– Bien sûr que non, intervint Hermione. Il sait bien que c'est impossible. N'est-ce pas Harry ? »

Potter hocha la tête.

« Je ne sais plus. Je crois que cette affaire va me rendre fou. »

Drago échangea un regard avec la jeune femme.

« Cette baguette est censée se trouver sous haute surveillance au Ministère, continua-t-il. Comment je suis supposé expliquer sa présence sur une scène de crime en France, moi ? »

Granger se mordit la lèvre.

« Peut-être que le mieux est de ne pas en parler du tout, » lâcha-t-elle.

Potter la regarda, éberlué.

« Ne rien mentionner ? Dissimuler ça ? Tu sais que c'est illégal ? »

Elle leva les yeux au plafond. Mais Drago aussi était gêné. Il y avait toujours quelque chose d'étrange à entendre Granger parler d'outrepasser un règlement. Merlin seul savait ce qu'ils risquaient à cacher une chose pareille. Il se dégagea de sa poigne et recula un peu.

« Je sais bien que c'est illégal, répondit-elle. Et ne me dit pas que ça te fait peur. Mais toi comme moi savons que cette baguette n'a pas pu être utilisée par Drago. Si ça venait à se savoir, on aura une émeute sur les bras. La baguette de Malefoy sur la scène de crime : les gens n'iront pas chercher plus loin. Et au Ministère, ils ne sont pas plus futés.

– Mais s'il s'avère que c'est cette baguette qui a jeté le sort ? renchérit Potter.

– Ça ne prouve rien. Toi et moi savons qu'il n'a pas bougé de chez moi depuis sa libération. »

Potter réfléchit quelques secondes. Puis il secoua la tête de droite à gauche.

« Il faut au moins que je le dise à Daren. Je ne peux pas lui cacher l'info. Il comprendra.

– Va pour Daren. »

Potter grimaça. Il risquait son boulot, tout sauveur du monde magique qu'il était.

« La question c'est : comment le tueur se l'est-il procurée ? poursuivit Granger. A moins de travailler au Ministère et d'avoir les autorisations nécessaires, il est impossible d'accéder au coffre surveillé du deuxième étage. »

Plusieurs minutes s'écoulèrent en silence. Pourtant, Drago aurait pu entendre les rouages de leur cerveau tourner à plein régime. Tout ce qu'il voyait, c'est qu'il était dans le pétrin jusqu'au cou. Hermione avait raison. Si les gens apprenaient de quoi il retournait, son retour à Azkaban était certain.

« A quoi penses-tu ? » demanda Potter.

Il s'adressait à la jeune femme.

« A cette fuite au Ministère. »

Potter fronça les sourcils, et jeta un coup d'œil à Drago. Il haussa les épaules. Lui non plus ne voyait pas où elle voulait en venir. Les rouages de la réflexion de Granger demeuraient un mystère.

« Et si c'était la même personne.

– Tu veux dire : le tueur et le mouchard ?

– Oui. »

Potter réfléchit quelques secondes.

« Ça se tiendrait. Mais comment tu expliques le coup de la baguette ?

– Pour alimenter la psychose. Les gens ne sont pas très futés. La baguette de Drago Malefoy dans l'appartement de Pansy Parkinson assassinée. Personne n'ira voir plus loin. Il suffit que la presse s'en mêle et crois-moi, le Ministère ne s'empressera pas de publier un démenti. Bien au contraire. Ça les arrangerait de voir Malefoy retourner à Azkaban. »

Potter se pinça l'arête du nez.

« Pourquoi pas. De ce point de vue, l'opinion fait pression pour le remettre en prison, et nous, on nous oblige à boucler discrètement l'affaire. Ça donne l'impression que le Ministère contrôle la situation. Ce n'est pas bête. Tordu, mais pas bête. Sauf que pour Malefoy, je te rappelle qu'on n'était que quatre à savoir. »

L'arrivée de Servat interrompit Potter et fit tomber le silence sur leur petit groupe. D'un pas ferme, il se dirigea vers eux.

« Vous pensez que le tueur est resté en France ? » demanda-t-il.

Potter secoua la tête.

« Impossible à dire. Mais je ne pense pas. Nous privilégions la piste d'un assassin justicier. Un tueur de pseudo-Mangemorts acquittés, qui se venge d'un épisode traumatique qu'il aurait connu pendant la guerre. Mais à part les victimes et ce que nous savons d'elles, nous n'avons pas l'ombre d'un indice sur sa personnalité ou son identité. »

A la moitié de sa tirade, Granger s'était désintéressée de la conversation et s'était retirée un peu plus loin dans le couloir, pour pianoter sur ce qu'elle appelait un « portable ». Mais Drago resta. Cette affaire le fascinait, autant qu'elle l'horrifiait.

« Pansy Parkinson était Mangemort ? interrogea le Français.

– Elle a été acquittée en tout cas, fit Potter en haussant les épaules. Rien n'a pu être prouvé dans son cas.

– Elle ne l'a jamais été, » intervint Drago.

Un silence accueillit sa déclaration. Hermione tourna la tête vers eux. Il ferma les yeux.

« C'était une fille. Et Il ne voulait pas de filles dans ses rangs, sauf si elles avaient un fort potentiel magique. Et ce n'était pas le cas de Pansy. Je crois bien que tante Bellatrix a été la seule à porter la Marque. »

Il ouvrit les yeux. Le silence était palpable, lourd comme une chape de plomb.

« De toute façon, Pansy avait peur et son père était mal vu. Elle n'aurait jamais fait un bon Mangemort. Ça l'amusait de se croire la reine du monde à Poudlard et de pouvoir se moquer autant qu'elle voulait des Sangs-de-bourbe, mais... »

Potter se raidit. Drago comprit sa bourde trop tard. C'était sorti tout seul. Il risqua un œil vers Granger, qui gardait un calme olympien.

« Cette injure est passible d'une amende de deux cents gallions et d'une peine de six mois de prison avec sursis, » récita-t-elle comme si elle annonçait la météo du jour.

Elle planta son regard dans celui de Drago. Il vit qu'elle ne se sentait pas blessée, ni même attaquée. En fait, il ne voyait rien, dans ses yeux. Un drôle de nœud tordit son estomac.

« Mais étant donné que tu n'as pas encore touché ton salaire, et que si tu retournais maintenant en prison, tu n'en ressortirais jamais, je pense qu'on peut raisonnablement faire comme si on n'avait rien entendu ? » fit-elle en jetant un coup d'œil à Potter.

Il acquiesça, lentement. Très lentement. Elle se détourna de nouveau d'eux, et se replongea dans un énième dossier. Sans plus. Servat fit glisser son regard de l'un à l'autre. Après quelques secondes, il se racla la gorge, pour dissiper la tension.

« Vous... Vous avez l'air de l'avoir bien connue. Elle avait encore de la famille ?

– Non. »

C'était Potter qui avait répondu.

« Ses parents sont morts pendant la guerre.

– Ah. Dans ce cas, accepteriez-vous de passer à la morgue ? »

Drago fronça les sourcils. Le regard de Servat était fixé sur lui. Il voulait que lui, aille à la morgue ?

« Que je... Pourquoi ?

– Identification. Ce n'est qu'une formalité, mais c'est obligatoire. Pour le rapport. »

Drago fronça les sourcils. Il ignorait comment il réagirait face au corps sans vie de Pansy. Granger avait refusé de lui montrer le dossier, et il n'avait pas vu les photos. Mais ce qu'il avait vu dans l'appartement était suffisant en fait d'horreur. Il ne savait pas s'il serait capable d'en supporter plus.

« De toute façon, nous allons repartir, intervint Hermione. On peut bien faire un détour. »

En silence, ce qui relevait du miracle avec le parquet crissant, elle s'était rapproché d'eux. Elle tenait une lettre à la main.

« Tu t'en vas ? s'étonna Potter.

– Nous, corrigea-t-elle, nous partons. Ce n'est pas moi qui vais t'apprendre ton travail. Nous n'avons plus rien à faire ici. »

Servat fronça les sourcils.

« Mais si Darchambeau se pointe ? »

Elle sourit avec indulgence et lui tendit la lettre.

« Remettez-lui ça. Et ne faites surtout pas attention à lui. Je ne peux pas vous dire que tout va bien se passer, mais ça devrait suffire. »

C'est la jeune femme qui attendait devant la porte, Isabelle, qui les emmena à la morgue, et annonça une procédure d'identification.

La morgue sorcière était un endroit étrange. Tout était blanc et aseptisé. Une odeur qui n'était pas uniquement celle des produits d'entretien saturait l'atmosphère. Et ce n'était pas très agréable. Ça sentait la mort. C'était un endroit qui n'avait rien de vivant, et qui pourtant, débordait d'activité. Des sorciers déambulaient sans cesse, poursuivis par des chariots métalliques, couverts de bocaux et de boîtes, dont Drago préféra éviter de deviner le contenu. Ils passèrent devant plusieurs salles d'intervention et le jeune homme détourna les yeux.

Finalement, ils se retrouvèrent dans une vaste pièce, crûment éclairée. Au mur, des dizaines de tiroirs métalliques s'enfonçaient dans le mur. Ils patientèrent quelques minutes dans le silence. Puis un médecin entra en trombe dans la pièce.

« Désolé du retard, fit-il rapidement en français. Identification du corps 28, c'est ça ?

– C'est ça, répondit Isabelle.

– Parfait, parfait. »

Tout en fouillant dans son dossier, il s'approcha et tira le tiroir étiqueté 28. Une boule se logea dans le ventre de Drago. Une silhouette floue, la forme vague d'un corps se dessina, couverte d'un long drap blanc. D'un coup de coude, Granger l'obligea à s'avancer. Il était trop angoissé pour la foudroyer du regard. Le médecin le regarda d'un air interrogatif. Il acquiesça. Délicatement, l'homme dévoila le visage. C'était bien elle. Et Drago ne savait pas à quoi il s'était attendu. Elle avait l'air serein, comme si elle n'était qu'endormie. Sa peau était plus pâle qu'elle ne l'avait jamais été. Ses cheveux blonds tombaient en vagues souples contre son cou et ses épaules. Les longs sourcils sombres. Le nez trop retroussé. Les joues un peu trop rondes. Les lèvres fines. Le petit menton arrogant. C'était elle, indéniablement. Et pourtant, il n'arrivait pas à retrouver dans ce corps la fille qu'il avait connue autrefois.

« Ça n'a pas été facile de l'arranger, celle-là, entendit-il le médecin dire dans son dos. Elle a été sacrément amochée.

– C'est elle, » lâcha-t-il.

Il tourna les talons, et s'enfuit dans le couloir. On le dévisagea, tantôt avec surprise, tantôt avec inquiétude. Il zigzagua entre les chariots et les bacs de linge sale en route pour la blanchisserie.

« Malefoy, attends ! »

Granger courut pour le rattraper. Il l'ignora et accéléra. Il ne voulait parler à personne. Il voulait être seul. Au bout d'un moment, Granger se résigna et cessa de lui courir après. Il n'entendit plus le claquement sec de ses talons sur le carrelage blanc.

Non sans peine, il trouva la sortie et émergea au soleil. Les nuages s'étaient enfuis, ne laissant qu'un vaste ciel bleu.

Il ne se comprenait plus. Ses réactions lui paraissaient trop disproportionnées. Ses pensées trop sentimentales. Quelque chose s'était détraqué en lui. Et ça lui faisait peur. Il avait l'impression de ne plus pouvoir compter sur lui-même. Il avait vu des gens se faire torturer. Il avait vu des dizaines de cadavres. Et il ne comprenait pas pourquoi celui de Pansy le mettait dans cet état.

Il s'assit sur les marches d'une église et regarda des pigeons picorer un morceau de pain abandonné. La vie devait être plus facile pour un pigeon. Un pigeon ne se posait pas de questions existentielles dont il savait qu'il ne trouverait jamais la réponse. L'église sonna deux quarts d'heure, et là-dessus, Hermione arriva. Il la vit sortir de la morgue. Elle cligna des yeux, éblouie. Puis son regard balaya la petite place et finit par s'arrêter sur lui.

Elle se dirigea de son côté. Les pigeons s'envolèrent à son approche. Elle s'assit près de lui.

« J'ai signé les papiers. Elle sera rapatriée dès ce soir. »

Il ne répondit pas, le regard fixé sur les pigeons qui, en formation serrée, avaient rejoint un autre quignon de pain.

« Qu'est-ce qu'elle est venue faire ici, Granger ? réfléchit-il à voix haute. Elle détestait tout ce qui avait trait de près ou de loin à la France.

– Même les fringues ? sourit Hermione.

– Sauf les fringues, » admit-il.

Elle s'absorba à son tour dans la contemplation de la horde de pigeons.

« Je ne sais pas. Je crois qu'elle avait peur. Il y avait des lettres de menace dans son courrier. Elle voulait peut-être s'écarter d'un danger potentiel.

– Pas si potentiel que ça.

– Certes. »

Pendant quelques secondes, ils ne dirent rien. L'église sonna lourdement. Les pigeons s'envolèrent à nouveau et cette fois, disparurent pour de bon dans une ruelle adjacente.

« Il est prêt à tout ce tueur, hein ? Il a traversé la Manche pour l'avoir. »

Granger se tourna vers lui. Son regard était sombre.

« Il ne t'aura pas, Malefoy. »

Il aurait voulu la croire. Il aurait voulu avoir la même confiance aveugle. Mais il savait que l'Ange l'avait déjà dans le collimateur. Granger ou pas, un jour, il devrait l'affronter. Et ce jour-là...