Bonjour tout le monde !
Après avoir passé la matinée à galérer avec la SNCF et être enfin rentrée chez moi, je peux - enfin ! - publier le chapitre 8 (les choses se précipitent...)
Encore une grand merci à chapou69, Abgrund et Charliee3216 pour leur review, c'est vraiment gentil de votre part.
Bonne lecture !
Bises
Peaseblossom
Disclaimer : rien ne m'appartient, tout sort de l'imagination fertile de JK Rowling...
Chapitre 8
Réveillon sous tension
Drago se frotta les yeux. Il avait mal dormi, et il avait l'impression qu'un cognard furieux cherchait à s'évader de sa tête. Toutefois, après le branle-bas de combat qu'avait suscité l'affaire Pansy Parkinson, le calme du bureau de Granger avait quelque chose d'apaisant et de réconfortant. Il n'avait pas eu de nouvelles de Potter, mais il se doutait bien que le service de la Collaboration n'était en rien concerné par l'affaire.
Il mit un point final au rapport sur la saisie d'une cargaison de trois cents kilos de foie de dragon en provenance d'Ukraine et s'étira avec un soupir de contentement. C'était l'heure de sa pause-café. Peu à peu, une espèce de routine s'installait. Et ça n'avait rien de désagréable. Ça allait vite. C'était un brin ennuyant, parfois. Mais il avait au moins la sensation d'être utile. Ce dont il aurait pu se passer, à la rigueur, s'il avait ignoré qu'un tueur sanguinaire rôdait dans la nature, bien décidé à le tailler en morceaux, comme une queue de rat. La nouvelle de l'assassinat de Pansy avait soulevé les inquiétudes dans tout le pays. Après Stan Rocade, Théodore Nott, le couple Greengrass, d'autres encore peut-être, une espèce de psychose commençait à s'emparer de la communauté sorcière. Et les rumeurs étaient soigneusement entretenues par la Gazette, qui se payait le luxe d'exagérer les chiffres, l'horreur des meurtres et l'impuissance des autorités. En dépit des démentis réguliers du Ministère, cela marchait assez bien. Trois manifestations pour l'obtention de mesures de sécurité renforcée étaient d'ores et déjà prévues pour la fin de la semaine.
Aussi, Drago n'était-il pas peu ravi d'échapper à cette ambiance pesante. A la Collaboration magique, tous ces soucis s'effaçaient.
Il alla chercher son café. En revenant, avec une tasse fumante, il trouva sur son bureau deux lettres qui lui étaient adressées. Il reconnut le sceau du Ministère et se demanda ce qu'on lui voulait encore.
Il jeta un regard à la porte du bureau de Granger. Fermée. Rendez-vous de onze heures avec un envoyé d'une tribu de sorciers primitive d'Amazonie centrale. Il avait deux minutes. Il décacheta la première. C'était une convocation officielle. Il la détailla avec attention.
Monsieur Drago Malefoy,
Vous êtes, par la présente, convoqué pour la révision de votre procès du 25 juillet 1998, le 16 février prochain, en salle d'audience n°3, niveau 10 du Ministère de la Magie.
Fait à Londres,
le 29 décembre 2004
Daren Law,
Directeur du département de la Justice magique,
membre du Magenmagot
Avec tout ce qui s'était produit, il avait oublié cette histoire de procès. Il jeta un œil au calendrier ensorcelé sur son bureau, qui hurlait tous les matins la date, la température, l'hygrométrie de la pièce, et tout un tas d'autres trucs inutiles qui l'occupaient pendant un quart d'heure non-stop.
Le 31 janvier. Dans un mois. Son destin se jouerait de nouveau. Un espoir sincère s'empara de lui. Il ne voulait pas quitter cette nouvelle vie. Pas alors qu'il commençait à peine à apprendre à vivre.
Il se rembrunit en se souvenant de Daren Law. Celui qui avait signé cette convocation. Le directeur du département de la Justice. Ce type le haïssait. En un mois, il avait largement le temps de retourner le jury contre lui. Il se demanda s'il survivrait à un nouveau séjour à Azkaban.
Il posa la convocation sur le bureau et déchira la seconde enveloppe, bien plus élégante. Il lut rapidement et ne dissimula pas la grimace qui lui vint spontanément. Une invitation. Une invitation officielle au Bal de Charité du Nouvel An du Ministère, qui se tiendrait le lendemain soir. Ils étaient tombés sur la tête ou quoi ? C'était une plaisanterie.
Un bruit de conversation lui fit lever la tête. Granger raccompagnait son émissaire sud-américain qui, souriant jusqu'aux oreilles, ne cessait de lui serrer la main, avec force paroles qu'il ne comprenait pas. Elle venait sûrement de lui épargner la déforestation de son territoire par un entrepreneur anglais un peu trop entreprenant.
« Malefoy, est-ce que tu as fini de rédiger le... Qu'est-ce que c'est que cette tête ? »
Granger, une main sur la hanche, le dévisageait, amusée.
« On dirait que tu viens d'embrasser un crapaud, ajouta-t-elle.
– Très spirituel, Granger, grinça-t-il. Qu'est-ce que c'est que cette blague ? »
Il exhiba la fameuse invitation.
« Ah, fit-elle simplement.
– Tu l'as dit. »
Elle s'approcha et il glissa prestement la convocation pour son procès dans un tiroir.
« Tu sais, personne n'est obligé d'y aller. Les invitations sont générées automatiquement pour tous les employés du Ministère. »
Il ne répondit pas, mais son visage devait être suffisamment éloquent. Elle sourit, tout en fouillant dans sa poche.
« Rassure-toi, je ne t'y traînerai pas. Café ?
– Non merci, j'en viens. Parce que toi, tu y vas ? »
Elle haussa un sourcil interrogateur.
« Au bal, je veux dire, » clarifia-t-il.
Elle haussa les épaules.
« Je n'ai pas vraiment le choix. »
Et ils en restèrent là. Mais Merlin savait qu'ils n'en avaient pas fini avec cette histoire...
Ils quittèrent le Ministère plus tôt ce jour-là. Sans un mot, Granger les fit transplaner. Ils retrouvèrent Potter, qui escortait Blaise. Ce dernier lui accorda une accolade et lentement, ils rejoignirent le petit cimetière où Pansy devait être enterrée. Quelques Aurors étaient déjà sur place. Ce fut une cérémonie courte, sans émotion. Il n'y avait pas grand-chose à faire, ni grand-chose à dire. Elle était partie.
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« Granger, tu fais chier. »
Elle eut un sourire moqueur. Elle était en peignoir, les bras croisés, les cheveux encore mouillés, et la peau rougie. Elle sortait juste de la douche.
« A ton service, très cher. Si tu n'es pas habillé dans une demi-heure, je m'occupe de toi, et ce n'est pas ton humeur de cochon qui va m'arrêter.
– Granger, t'avais dit que tu ne m'y traînerais pas ! protesta-t-il.
– Est-ce que j'ai dit que tu allais au Bal ? »
Il se tut mais la fixa, soupçonneux. Piège ou pas piège ? Ça faisait un quart d'heure qu'elle le bassinait pour qu'il aille enfiler sa tenue de soirée neuve. Et il n'avait pas la moindre envie d'aller à cette fichue soirée. Mais c'était elle qui avait la baguette, et Merlin témoigne qu'elle savait l'utiliser.
Râlant et traînant les pieds, il s'enferma dans sa chambre.
Dans l'après-midi, Granger avait déposé Iris chez Andromeda Tonks, sa tante, qu'il n'avait croisée qu'une fois, lors des cérémonies d'après-guerre. Apparemment, c'était elle qui s'occupait des enfants pour le Réveillon. Mais sa joyeuse perspective de pouvoir passer une soirée tranquille, tout seul au coin du feu avait vite volé en éclats. Saleté de Granger !
Pestant contre ses idées fixes, il sortit le costume. Rien que pour embêter la jeune femme, il aurait bien voulu s'habiller en épouvantail, mais il n'avait pas le matériel. Il fixa le vêtement plusieurs minutes.
Il ne savait pas ce que trafiquait Granger, mais ça l'énervait. Il soupira, excédé et se déshabilla. Il se débattit avec les boutons du gilet, faillit s'étrangler avec sa lavallière et se piqua avec l'épingle de cravate. Vraiment, rien n'allait. Tout ça à cause de Granger qui voulait l'emmener il ne savait trop où. C'était ridicule.
D'un pas rageur, il traversa le couloir. Il croisa Pattenrond, assis devant la porte de la chambre de Granger, qu'il fusilla du regard. Le chat lui adressa son éternel regard blasé et l'ignora royalement. Drago descendit les escaliers quatre à quatre et hésita en voyant la porte de la cuisine. S'il tailladait sa tenue, Granger ne pourrait plus l'emmener nulle part. Mouais, elle aurait vite fait de le raccommoder d'un coup de baguette. Il se sentit bouillir en entendant le pas de Granger résonner à l'étage. Il se retourna. Et ses envies destructrices s'effondrèrent aussitôt. Il resta planté dans l'entrée, les yeux écarquillés de surprise.
Ses cheveux lâchés, soigneusement bouclés, étaient parsemés d'étoiles d'argent. Sa robe bleu sombre coulait sur son corps comme une rivière. De minces bretelles entrecroisées d'argent retenaient le sage décolleté où une boucle brune s'était perdue. Le tissu glissait sur sa taille mince puis s'évasait, la jupe ondoyant autour de ses pieds comme une algue, laissant parfois voir la pointe d'un escarpin noir. Elle ne portait pas de bijoux, rien d'autre que la nacre de sa peau. Des teintes discrètes de brun et de miel illuminaient son regard d'or scintillant. Elle était belle. Trop belle. Des désirs que Drago n'aurait jamais voulu exprimer embrouillèrent son esprit. Il se sentait chavirer, sans comprendre, sans réaliser.
« Tu es magnifique, » lâcha-t-il.
Elle leva les yeux et sourit, tandis que ses joues se coloraient légèrement. Il se força à taire au fond de lui tout ce que son instinct lui glissait insidieusement.
« Merci, souffla-t-elle. Tu n'es pas mal non plus. »
Elle s'approcha et il retint son souffle. Son parfum, léger comme une brise de printemps, l'entoura. Elle réajusta sa lavallière, lissa correctement le gilet et plia impeccablement ses manchettes. Puis elle se recula.
« Là, tu es parfait, » déclara-t-elle, satisfaite.
Il se perdit dans son regard. Il aurait tant voulu l'embrasser. Mais il n'osait pas. Et elle rompit le charme avant qu'il n'arrive à se décider. Elle s'écarta et s'enroula dans sa cape fourrée.
« On y va ? » proposa-t-elle.
Il acquiesça automatiquement. A cette seconde, il ne se demandait plus où ils allaient, ni pourquoi, ni comment, ni quoi que ce soit d'autre.
Ils sortirent. La nuit était froide. Un mince croissant de lune brillait faiblement dans un ciel sans nuages. Elle saisit sa main et il sentit des picotements envahir son bras. Son cœur battit plus vite. Mais la sensation se perdit dans le tourbillon désagréable du transplanage.
La neige amortit leur atterrissage. Ils se trouvaient dans une petite clairière semi-circulaire, bordée d'arbres immenses. L'endroit parut curieusement familier à Drago. Il lui fallut plusieurs secondes pour reconnaître les grilles du manoir. De son manoir. Il resta sans voix. Hermione n'avait pas lâché sa main. Elle la pressa doucement et elle le tira vers l'entrée. Les grandes grilles de fer forgé aux armes des Malefoy étaient grandes ouvertes. L'allée centrale du parc était illuminée des milliers de lueurs argentées de fées minuscules, qui s'étaient réfugiées dans les haies. Ils les suivirent jusqu'au perron, givré d'argent. La jeune femme souleva le heurtoir.
Presque aussitôt, la porte s'ouvrit. Et sa mère apparut. Belle, comme dans son souvenir. Elle portait l'une de ces robes longues qui n'allaient qu'à elle, flattant sa silhouette maigre. Le bleu d'orage du tissu de soie soulignait sa peau pâle. Son chignon haut découvrait sa nuque gracieuse et élancée. Des bracelets d'argent cliquetaient à ses poignets.
« Bonsoir, Mrs Malefoy.
– Bonsoir, miss Granger. »
Hermione le regarda et lui sourit.
« Il est à vous. Ne vous inquiétez pas, il y a deux Aurors en service à votre porte. C'est la procédure. »
La gorge nouée, Drago ne sut que dire.
« Il faut que j'y aille, je vais être en retard, s'excusa la jeune femme. Je passe te chercher demain, disons... vers dix-huit heures ? »
Il acquiesça. Elle sourit de nouveau et commença à descendre les marches du perron.
« Miss Granger ! » la rappela Narcissa.
Elle s'arrêta.
« Merci, souffla sa mère.
– C'est normal. Bonne soirée ! »
Et elle s'éloigna pour de bon.
D'un sourire, Narcissa l'invita à entrer. La majesté du hall d'entrée, tout couvert de marbre blanc et noir, ne l'écrasa pas, comme autrefois. En fait, il ne s'en aperçut pas. Pendant quelques secondes, il fixa les yeux bleus de sa mère et sans qu'il comprenne comment, la seconde d'après, ils étaient dans les bras l'un de l'autre.
« Drago. Mon fils. Mon Drago, » murmurait Narcissa.
Lui se sentait incapable de prononcer le moindre mot et il la serra plus fort contre lui. Son parfum envahit ses narines et il se retrouva projeté des années en arrière. La dernière fois qu'il avait ainsi pu serrer sa mère dans ses bras, c'était quelques minutes avant qu'on ne l'arrache à la vie. Juste après son jugement. Il sentait encore des larmes salées mouiller ses joues, sans savoir si c'étaient celles de sa mère ou les siennes. Ils restèrent là longtemps, oublieux du temps qui passait.
« J'ai essayé de venir te voir. Ils n'ont jamais voulu... Ils disaient que tu étais dangereux.
– Je sais, peu importe. »
Sa voix était nouée par l'émotion. Elle s'écarta doucement et le tint à bout de bras. Son regard glissa sur lui, appréciant sa tenue, caressant sa joue. Il sourit. C'était si bon de la revoir. Il était si heureux qu'il en avait mal au ventre.
« Je suis tellement... heureux de vous voir, Mère, » murmura-t-il.
Sans un mot, sa main tendrement glissée dans la sienne, elle le conduisit jusqu'à la salle à manger. Une table ronde drapée d'une nappe blanche les attendait. Elle avait remplacé la longue table de bois noir à laquelle ils s'asseyaient autrefois. Tout était impeccable, comme d'ordinaire, de la vaisselle en porcelaine de Sèvre au chandelier d'argent, en passant par les roses et les lys.
Ils parlèrent de tout et de rien, autour de ces plats français que Narcissa affectionnait tant, coquilles Saint-Jacques, chapon farci et bûche au chocolat. La voix mélodieuse de sa mère chantait au-dessus de la table. C'était la première fois qu'il dînait seul avec elle, sans son père. C'était comme être au milieu d'un rêve qu'on souhaiterait ne voir jamais se finir.
Il songea à Hermione, à son esprit perspicace et à ses idées merveilleuses. Merlin savait qu'il ne pensait pas toujours comme ça. Mais là, c'était brillant.
Et tout dérapa. Un grain de sable dans la mécanique. Assez pour foutre en l'air une soirée pourtant si magnifiquement commencée.
Ils montaient vers les étages.
« J'ai fait installer un jardin d'hiver dans la chambre verte. Si tu savais à quel point c'est agréable quand il neige, fredonna Narcissa.
– Et la bibliothèque ?
– Réaménagée selon tes suggestions. Tu as eu d'excellentes idées. Les tableaux ont été déménagés dans la grande galerie, et j'ai fait rouvrir la cheminée que ton grand-père avait murée. Et tu avais raison, le bois clair fait ressortir les reliures. »
Et tout sembla se dérouler au ralenti. Narcissa glissa sur les marches de marbre de l'escalier. Une bouffée d'angoisse mêlée de terreur s'empara de lui. Sa grand-mère était morte d'une chute dans cet escalier. Il n'avait que cinq ans. Ce n'est pas qu'il adorait sa grand-mère, mais il avait vu le sang. Il tendit la main, comme si cela pouvait retenir sa mère. Il sentit sa magie se réveiller, s'emmêler à son effroi. Et tout explosa. Une brillante lumière s'échappa de sa main, les enveloppa tout entier. Et il se sentit complet, pour la première fois depuis des années. Puis tout disparut. Il se sentit vaciller et se raccrocha à la rampe. Surprise et sauve, Narcissa le fixa. Il respirait trop vite. Son cœur battait trop vite.
Deux hommes entrèrent en trombe en hurlant dans le hall. Des éclairs de lumière rouge fusèrent vers lui. Avant de sombrer, il eut juste le temps d'entendre le cri de sa mère.
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« Vous allez le relâcher immédiatement ! »
Drago se releva. Rêvait-il ? Il ne savait pas depuis combien de temps il était dans cette cage. Mais il savait qu'il était à Azkaban. Cette odeur de sang, de froid et de mort qui lui donnait la nausée, il l'aurait reconnue n'importe où. Il ne comprenait pas ce qui s'était passé. Il se sentait vidé. Il avait mal au crâne. Sa pommette droite était gonflée et douloureuse. Cadeau de bienvenue. Il se sentait faible, incapable de résister à quoi que ce soit. Ils allaient le remettre dans une cellule. Et le cauchemar recommencerait.
Mais cette voix...
« Il a fait usage de magie. C'est la loi.
– La loi ne prévoie pas de renvoi immédiat à Azkaban, sans mon intervention ! »
Non, il ne rêvait pas. Hermione était là, furibonde. Il imaginait sans peine les éclairs de colère qui zébraient son regard. La menace couvait dans sa voix.
« Écoutez-moi bien. S'il n'est pas relâché dans les cinq minutes, vous le regretterez. Il y a des centaines de moyens de briser un homme. Et j'en connais beaucoup. »
Il y eut un moment de silence. Puis la réponse froide du directeur de la prison.
« Vous me menacez ? Pour un prisonnier ?
– C'est mon prisonnier, jusqu'à preuve du contraire. Vous n'avez aucun droit sur lui, si je ne l'ai pas décidé. »
La tension était palpable jusqu'ici. Sa cage se trouvait derrière le bureau du directeur. C'est là qu'on enfermait les prisonniers qui avaient de la visite. Pour pouvoir les surveiller.
« Très bien, aboya le directeur après plusieurs minutes. Vous me signez cette décharge et je vous le rends. S'il y a un problème, vous endossez toute la responsabilité.
– Parfait. »
Trois secondes après, deux gardes le sortaient sans ménagement de sa cage. Ils le jetèrent aux pieds d'Hermione, rouge de fureur. Elle se pencha vers lui et lui jeta un regard inquiet, évaluant rapidement son état général. Ce qu'elle vit ne dut pas trop l'alarmer. Elle revint au directeur qui la fusillait du regard.
« Que ça ne se reproduise plus, » menaça-t-elle.
D'un geste souple, elle crocheta le bras de Drago et l'entraîna vers l'extérieur. Ils atterrirent dans la cour des promenades, où on leur ouvrit la grande porte d'entrée en fer. Le vent qui cinglait l'île les frappa de plein fouet. Des bourrasques enneigées tourbillonnaient rageusement autour d'eux. La mer jetait ses embruns jusqu'aux portes de la prison. Pliés en deux par le vent, ils rejoignirent une petite plate-forme où une grande silhouette vêtue de noir les attendait. Drago ne le reconnut qu'une fois face à lui. Daren Law.
« Je vois que vous avez réussi à l'arracher au directeur, » commenta-t-il sobrement.
Hermione ne répondit pas. Il n'insista pas. Il tendit un vieux gobelet en plastique déchiré qu'une légère lueur bleue entourait. Drago, transi de froid, l'attrapa.
« Trois... Deux... Un... »
Un crochet lui attrapa le nombril. Une poignée de secondes plus tard, il se trouvait propulsé dans la même salle du Ministère que la première fois, le nez collé au carrelage en damier blanc et noir. Des bruits étouffés de musique, de conversations et de rires leur parvenaient. Il se releva, s'appuyant au mur le temps de calmer son vertige. Hermione se tourna vers lui.
« Ça va ? »
Il ferma les yeux, s'obligeant à respirer calmement pour maîtriser sa nausée et fit jouer les muscles endoloris de ses épaules. Il acquiesça.
« Je crois. »
Elle s'approcha. Il détourna les yeux. Ses doigts effleurèrent sa pommette enflée. Il grimaça. Elle sortit sa baguette et murmura un sort. Une douce tiédeur gagna son visage et la douleur décrut. Il croisa le regard de Law. Un regard de haine pure qui le hérissa.
« On rentre, décida-t-elle.
– Vous voulez que je vous accompagne ? » proposa Daren.
Elle lui jeta un regard fatigué.
« Je vous remercie, Daren. C'est gentil. Mais c'est inutile. On va rentrer directement. »
Ils passèrent dans le grand hall bondé. Il ne fit même pas attention à la décoration surchargée d'or et d'argent de la pièce. La jeune femme se fraya un chemin entre les robes longues et les tenues de soirée, ignorant ceux qui l'appelaient. Drago la suivit, écrasa quelques pieds, mais personne ne s'en formalisa.
« Hermione ! Merlin soit loué, tu l'as ramené. »
Elle sourit à Potter, qui arrivait en sens inverse dans sa robe de soirée vert émeraude. Son regard crevait de soulagement.
« Qu'est-ce que tu croyais, au juste ? On se voit demain chez Andromeda ? »
Potter sourit, acquiesça et disparut dans la foule.
Ils rejoignirent le vestiaire où Hermione récupéra sa cape.
Puis ils sortirent. Il n'y avait pas de neige sur le trottoir et il faisait définitivement moins froid à Londres qu'à Azkaban. Une voiture solitaire klaxonna non loin. Elle attrapa sa main et les fit transplaner juste devant les grilles de la maison, sans se soucier des normes de sécurité et deux minutes plus tard, ils étaient rentrés.
Elle se débarrassa de sa cape et alla s'asseoir sur les marches de l'escalier, la tête entre les bras. Sa robe s'étalait autour d'elle comme la corolle d'une fleur. Après un moment d'hésitation, il se décida à aller s'asseoir près d'elle.
« Je suis désolé, » murmura-t-il.
Elle leva les yeux et se tourna vers lui.
« Désolé de quoi ?
– D'avoir gâché ta soirée. »
Elle soupira et haussa les épaules.
« Tu n'as rien gâché du tout. Cette soirée s'annonçait déjà mal. Je déteste ces événements mondains. Ron n'a pas arrêté d'exhiber les photos de sa fille. Harry n'a pas arrêté de s'inquiéter pour Ginny et Daren et le Ministre ne m'ont pas lâchée du tout. Vraiment, tu n'y es pour rien. Et toi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Il lui raconta brièvement, la glissade, la magie, l'explosion, l'arrestation. A la fin, elle acquiesça pensivement.
« Magie spontanée, déduit-elle. Tu étais dans un état de stress intense. C'est compréhensible. J'arrangerai ça sur ton dossier.
– Et pour ma mère ?
– Ça ira si on passera la voir demain, avant d'aller chercher Iris ? Je lui ai fait envoyer un mot avant de partir et je ne suis pas certaine que...
– Demain, ce sera parfait. »
Elle hocha la tête. Pendant de longues minutes, ils écoutèrent le silence. Puis l'horloge sonna minuit. Drago s'en étonna. Il ne pensait pas que cela avait été si vite. Il avait perdu la notion du temps avec sa mère et il lui avait semblé qu'une éternité s'était écoulée avant d'entendre la voix d'Hermione dans le bureau du directeur d'Azkaban.
« Bonne année, murmura Hermione.
– Bonne année. »
Il lui sourit. Le regard de la jeune femme pétilla et elle lui sourit à son tour. Et le chat miaula. Elle tourna la tête vers Pattenrond, sournoisement dissimulé dans la pénombre de la cuisine.
« Bonne année à toi aussi, Pattenrond. »
Drago ne lâcha pas son visage du regard. Se sentant observée, elle se tourna vers lui. Son regard accrocha le sien et ne le lâcha plus. Il sombra corps et âme dans ses yeux de miel et d'acajou. Tout s'effaça autour de lui, et il ne vit plus que ses yeux immenses, pleins d'or et de promesses. La main fraîche de la jeune femme trouva la sienne, brûlante. Captivé, son visage s'approcha du sien. Lentement. Presque imperceptiblement. Son cœur battait la chamade. Elle respirait vite. Il pouvait sentir son souffle chaud sur ses lèvres. Il combla les derniers millimètres qui les séparaient. Ses lèvres étaient douces et bougeaient à l'unisson des siennes. Elle glissa ses bras autour de sa nuque, l'attirant plus près. Il mordilla doucement sa lèvre inférieure et elle soupira. Leur baiser s'emballa. Il sentit un brasier enflammer son ventre. A bout de souffle, elle s'écarta.
« On ne devrait pas...
– Sans doute. »
Elle sourit. Elle se leva, prit sa main et l'entraîna vers sa chambre. Elle l'embrassa de nouveau. Il laissa ses mains glisser sur sa taille. Ses lèvres dévièrent sur son cou. Il fit glisser les bretelles de sa robe et l'embrassa de plus belle, incapable de satisfaire le désir brûlant qui le submergeait, et affolait ses sens. Ses petites mains ébouriffaient ses cheveux, déboutonnaient sa chemise, griffaient son dos. C'était trop fort, trop intense, pour ne pas les consumer. Mais il était trop tard pour raisonner.
Ni l'un, ni l'autre, ne vit l'ombre les épier derrière la fenêtre.
