Bonjour tout le monde !
En piste pour le dixième chapitre. On avance doucement mais sûrement vers la fin. Un grand merci à tous ceux qui ont laissé des reviews : chapou69, Shostakovitch, Charliee3216 et Caella. Je vous adore !
N'hésitez pas à laisser un petit mot, c'est toujours agréable à lire...
Bonne lecture !
Bises
Peaseblossom
Disclaimer : seule l'histoire sort de ma petite tête dérangée...
Chapitre 10
Troubles soupçons
Drago était attaché à une chaise, ses jambes étroitement ficelées aux pieds du siège. Tout son corps était ankylosé. Il avait mal à la tête. Le sang battait follement à ses tempes. Les yeux fermés, il voyait des taches rouges danser sur ses paupières. Il sentait un liquide chaud couler le long de sa joue. Il reconnut l'odeur métallique du sang, mêlé à des relents âcres de sueur. Il gémit.
« Drago... »
Il ouvrit les yeux. C'était une petite pièce délabrée. Une toute petite fenêtre était cachée derrière un rideau déchiré. Il faisait très sombre. Il y avait des morceaux de verre qui scintillaient partout, sur le sol, fichés dans le mur, en suspension dans l'air, comme des constellations. Il n'y avait pas un bruit. Juste cette voix qui l'appelait. Contre le mur sale de grisaille, il y avait un simple lit de corde. Une silhouette blanche y était allongée. Avec un temps de retard, il reconnut Hermione, vêtue d'une longue robe blanche tachée de sang. Ses bras et son visage étaient entaillés. Elle semblait inconsciente.
« Drago... »
C'était sa voix. Mais ses lèvres ne bougeaient pas. Il s'inquiéta. Il tenta de défaire ses liens, au moins de les faire jouer. Mais ils étaient trop serrés. Il se débattit.
« Drago...
– Hermione ! »
Soudain, il sentit la pointe d'une baguette s'enfoncer dans sa nuque.
« Tu croyais vraiment que ce serait si simple ? »
C'était une voix désincarnée, doucereuse et cruelle. La baguette chauffa et il en sentit la brûlure dans son cou. Il serra les dents.
« Elle est à moi, tu entends ? Un Mangemort comme toi n'est pas digne d'elle. »
La baguette s'écarta de sa nuque. Une forme sombre vola jusqu'au lit et recouvrit la jeune femme. Il eut juste le temps de voir l'éclat de deux yeux injectés de sang. La jeune femme ouvrit brutalement les yeux et hurla.
Drago bondit du lit, le front moite de sueur. Hermione ronchonna et alluma la lumière.
« Qu'est-ce que tu as ? »
Il s'appuya au montant du lit, une main sur le front. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu un rêve aussi réel. La douleur. Hermione. La lumière. La voix. Il frotta ses poignets. Ce rêve aurait pu être la réalité. Mais il ne comprenait pas ce qu'il voulait lui dire. Il était persuadé de ne plus croire aux rêves prémonitoires depuis qu'il avait eu cours avec cette vieille folle de Trelawney. Mais là...
« Cauchemar ? » demanda Hermione d'une voix rauque et endormie.
Il acquiesça lentement.
« Il y a de la potion de Sommeil sans Rêve dans le tiroir de la table de chevet, si tu veux. »
Elle éteignit la lumière et se recoucha en lui tournant le dos.
Il alla à la fenêtre et écarta le rideau. La pleine lune inonda la chambre de flots de lumière argentée. Il observa quelques secondes le corps de la jeune femme se soulever au rythme de sa respiration. Elle s'était rendormie. Puis son regard revint à la pleine lune, et s'égara dans la contemplation du paysage. Il vit quatre petites lumières dorées se promener en cercle, autour de la maison. Les Aurors de garde.
Qu'est-ce que c'était que cette histoire d'Hermione en robe de mariée et cette voix sombre qui la réclamait pour lui ? Que devait-il comprendre ? Il se passa une main sur le visage et lâcha le rideau, qui retomba sur le sol avec un froufrou soyeux.
Il retourna se coucher, sans prendre la potion. Il se coula contre le corps d'Hermione et glissa un bras autour de sa taille. Elle frissonna quand ses pieds froids se collèrent aux siens. Il se savait incapable de se rendormir. Une boule d'angoisse s'était logée dans son ventre.
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« Sérieusement, Drago, c'est quoi ça ? C'est illisible !
– Si ça ne te convient pas, tu n'as qu'à le faire toi-même. »
Hermione était de mauvais poil, ce jour-là. Ça tombait bien, lui aussi. Ils multipliaient les prises de bec depuis le début de la matinée. Drago était incapable de dire si cela tenait à la tension accumulée ces derniers temps, aux récents événements, à un ras-le-bol général ou simplement au surmenage et à la fatigue. Toujours est-il qu'il s'irritait d'un rien : une feuille introuvable, un rendez-vous en retard, voire un bruit de trop dans le couloir. Alors les réclamations de madame Je-ne-suis-satisfaite-de-rien...
« Dossier E 20 456 Ge, » exigea-t-elle.
Il lui jeta un regard circonspect.
« Ce n'est pas très judicieux. Tu as rendez-vous avec la Brigade au niveau 2 dans dix minutes. »
Elle le fusilla du regard.
« Donne. Je m'en occuperai en route. »
Hermione Granger dans toute sa splendeur ! Il fouilla dans la pile de dossier en la maudissant jusqu'à la treizième génération. Sachant qu'elle n'aurait jamais d'enfants, ça risquait d'être compliqué, mais c'est l'intention qui compte. Cinq minutes plus tard, elle sortait de son bureau, le nez dans le fameux dossier.
« Il faut que je vienne ? » demanda-t-il.
Elle secoua la main, comme on le ferait à un chien, pour lui dire de rester en place.
Bougonnant, il se lança dans le courrier. Il détestait ça. Ça allait de la demande de rendez-vous lambda à des lettres de revendications ultra détaillées, et dans toutes les langues. Il se débrouillait en français et en allemand, mais il n'était pas fou comme sa patronne, et il ne lisait pas l'espèce d'alphabet cunéiforme utilisé dans certaines tribus de sorciers reculées du fin fond de l'Amazonie. Quoi qu'elle puisse en dire, ses rapports étaient mille fois plus lisibles.
« Un colis pour miss Granger ! » claironna la voix du coursier.
Drago signa le registre et ouvrit le paquet. Encore un carton d'archives, sûrement. Sauf que le paquet portait un tampon brésilien. Ça, c'était curieux. Ça allait certainement avec la lettre illisible.
Il retira le carton et fit un bond de plusieurs mètres en arrière. Merlin tout-puissant, qu'est-ce que c'était que cette horreur ? Dans une petite cage, une énorme araignée morte de la taille d'une bouilloire le lorgnait de ses huit yeux rouges éteints.
« Bonjour, Malefoy... Whoua !
– Bonjour, Potter.
– Malefoy, qu'est-ce que c'est que cette horreur ?
– Un cadavre d'araignée, je suppose, ironisa-t-il.
– Pourquoi y a-t-il un cadavre d'araignée dans ton bureau ? »
Il haussa les épaules. Autant dire qu'il se posait la même question. Ce n'était peut-être qu'une plaisanterie.
« Aucune idée. C'est pour Granger. »
Drago prit sur lui. Il s'approcha, prit la cage avec précautions en la tenant à bout de bras et la posa royalement au milieu du bureau de la jeune femme, avec la lettre en cunéiforme dessus.
Débarrassé de cette vision d'horreur, il revint à son propre bureau.
« Qu'est-ce qui t'amène ? demanda-t-il à Potter en revenant à son courrier. Granger est en réunion au niveau 2. »
Potter haussa un sourcil curieux.
« C'est redevenu Granger ?
– Elle est d'une humeur massacrante aujourd'hui.
– En fait, ce n'est pas elle que je suis venu voir. »
Drago leva les yeux. Potter semblait préoccupé.
« Je t'écoute.
–Je reviens de la Gazette. »
Un long silence suivit. Potter ne paraissait pas savoir comment continuer.
« Et ?
– C'est vrai ce qu'ils ont dit, n'est-ce pas ? Pour vous deux ? »
Drago serra les dents et replongea dans le courrier. A dire vrai, il ne savait pas quoi répondre. Il s'acharna avec son couteau à papier sur les enveloppes.
« J'ai vu la lettre qu'ils ont reçu, Malefoy. C'est l'écriture de l'Ange. C'est ça qui l'a mis en colère.
– Pourquoi c'est à moi que tu en parles ?
– Parce que je connais Hermione. Elle va se mettre dans tous ses états. C'est vrai, donc ? »
Drago soupira et acquiesça. Potter se passa une main sur le visage et ferma les yeux.
« Ok. Donc vous êtes ensemble. Vous auriez pu me le dire hier.
– On ne voulait pas que ça se sache.
– Je m'en doute. Mais c'est un peu loupé, là. Ça m'aurait peut-être évité de rechercher toute la journée ce qui pouvait relier l'Ange à Hermione. »
De nouveau, le silence s'imposa, seulement rompu par le bruissement des parchemins. Drago était bien incapable de lire quoi que ce soit, mais il essayait, pour se donner une contenance.
« Je ne vous juge pas, tu sais, confia Potter, gêné. Vous faites ce que vous voulez. Mais en l'état actuel des choses, c'est dangereux.
– Merci, j'avais remarqué, » ronchonna-t-il, en ouvrant une énième lettre.
Il se figea.
Ta fin approche.
Tremble, Mangemort
« C'est pas vrai, » soupira-t-il.
Potter lui glissa un regard curieux. Le regard sombre, il lui tendit la lettre. Les yeux verts de Potter s'assombrirent à leur tour. Il fronça les sourcils.
« L'intervalle entre les menaces se rétrécit, réfléchit-il à haute voix. Il ne va pas tarder à frapper. Il faut qu'on le trouve et qu'on fasse vite.
– Franchement Potter, j'ai très envie de croire en toi, mais tu n'es pas plus avancé qu'il y a trois mois, » soupira Drago.
Dans sa tête, le désarroi, la résignation et la peur se mélangeaient dans un chaos indescriptible. Il savait qu'il allait mourir. Il avait peur, il était terrifié, mais il savait que rien ne ferait obstacle à cette fin. Il avait les nerfs à vif toute la journée. Quand il s'endormait, des cauchemars affreux pleins de douleur et de sang l'assaillaient. Mais qu'y pouvait-il ? Et plus que le reste, c'était son impuissance qui le révoltait. Potter lui jeta un regard agacé.
« Malefoy, si tu laisses tomber, je ne peux plus rien pour toi. Et contrairement à ce que tu crois, on est bien plus avancé qu'il y a trois mois.
– Qu'est-ce que vous mijotez encore tous les deux ? »
Hermione entra, exaspérée. Elle envoya valser ses chaussures et vint embrasser la joue de Potter.
« Déjà fini ? s'étonna Drago.
– Non, c'est la pause-café, grogna-t-elle. Ces imbéciles n'arrivent pas à comprendre le sens du mot ''diplomatie'', j'en ai au moins pour trois heures. »
Elle passa dans son bureau. Et elle hurla. Drago avait oublié l'araignée.
« Qu'est-ce que ça fait dans mon bureau ? hurla-t-elle, hystérique, en revenant vers eux.
– C'était au courrier de onze heures, annonça-t-il. La lettre qui allait avec est sur la cage. »
Elle le fusilla du regard et retourna dans son bureau.
« On sait maintenant que le tueur surveille Hermione, et n'accepte pas qu'elle soit avec un ancien Mangemort, reprit Potter à voix basse. Tu n'as pas une idée ? Quelqu'un qui rôderait autour d'elle ? C'est important. »
Drago réfléchit. Tout ce qu'il voyait, c'était la masse sombre, sans visage, aux yeux injectés de sang de son cauchemar. Pas franchement concluant, donc.
« La plupart des gens qui viennent ici sont étrangers, et à part quelques visites occasionnelles de Faulkner, Law, toi ou Weasley hier, on ne voit pas grand-monde. »
Potter eut une moue déçue. A ce moment, Hermione ressortit de son bureau, la lettre en cunéiforme à la main.
« C'est un cadeau de remerciement censé porter bonheur et rendre plus clairvoyant, indiqua-t-elle, dubitative.
– On ne va tout de même pas garder un cadavre d'araignée ! s'indigna Drago.
– Allons Malefoy, tu n'as pas envie de déclencher une guerre avec un clan tribal d'Amazonie, nargua Potter. Tu n'as qu'à l'appeler Aragog et la mettre dans la salle d'attente, ajouta-t-il avec un clin d'œil à la jeune femme. Je suis sûr que ce sera très décoratif. »
Il se pencha vers lui et murmura :
« Souviens-toi de ce que je t'ai dit. Réfléchis-y. »
Il claqua une bise sur la joue d'Hermione et s'en alla. Elle baragouina quelque chose d'incompréhensible et se mit en quête de ses chaussures. Son humeur semblait s'être un peu calmée, mais avec elle, on ne savait jamais.
« C'est quoi, Aragog ? demanda-t-il.
– Un vieil ami de Ron. Je te raconterai. Tu as avancé sur le dossier irlandais ?
– J'allais m'y mettre après le courrier, mais Potter et l'araignée sont arrivés. »
Les deux escarpins volèrent vers elle. Elle grimaça et les enfila.
« Très bien. Tu t'y mets le plus tôt possible. Je vais en avoir besoin cet après-midi. Daren m'a demandé un rendez-vous. Je l'ai mis à quatorze heures. »
Drago se rembrunit. Elle le remarqua aussitôt. Elle lui jeta un regard étrange, entre la curiosité et la méfiance.
« Un problème ?
– Je ne le sens pas ce type. Il est... Il est dangereux. »
Debout en équilibre sur une jambe, enfilant une chaussure, elle offrait un spectacle singulier. Elle étouffa un rire moqueur qui faillit la déséquilibrer.
« Daren ? Dangereux ? Faut te faire soigner. Il n'y a pas plus intègre sur terre.
–L'un n'empêche pas l'autre, » râla-t-il, vexé qu'elle ne le prenne pas au sérieux.
Daren Law se pointa vers deux heures moins le quart. Et comme il avait rendez-vous, Drago n'eut pas d'autre choix que de lui désigner froidement la porte du bureau d'Hermione. L'autre le dévisagea avec un mépris teinté d'orgueil et un petit rire sec, et rejoignit Hermione.
Il n'aimait pas l'idée que cet homme se trouve seul avec la jeune femme. Et ça n'avait rien à voir avec de la jalousie. Il y avait vraiment quelque chose de dangereux dans son regard, quoi qu'Hermione puisse en dire. Il lui rappelait... tiens, il lui rappelait le type de son cauchemar. Avec cette voix mauvaise, froide et mielleuse. Ces yeux malveillants.
Un soupçon lui traversa l'esprit. Il écarquilla les yeux.
« Grand Merlin, c'est impossible... » frémit-il.
Lentement, les choses se mirent en place. Le Ministère. Pansy. Les fuites. L'absence de preuves. Sa baguette. Blaise. Le sang. Hermione. Tout se tenait. Cloué à son siège, il dénoua un par un les fils du problème. Mais Daren Law ? Le directeur de la Justice magique ? L'une des personnes les plus influentes du Ministère ? Personne ne voudrait le croire. Il n'avait même pas l'ombre d'une preuve.
Il entendit Hermione rire et cela le glaça. « On sait maintenant que le tueur surveille Hermione, et n'accepte pas qu'elle soit avec un ancien Mangemort. Tu n'as pas une idée ? Quelqu'un qui rôderait autour d'elle ? » Comment avait-il fait pour ne pas y penser plus tôt ?
Law et la jeune femme sortirent du bureau.
« Ne vous inquiétez pas, vous aurez mon rapport demain au plus tard.
– C'est parfait. Vous êtes merveilleuse, Hermione. »
Elle sourit. Ce sourire qui était toujours un encouragement. Il la gratifia d'un regard appuyé puis s'en alla. La jeune femme se tourna vers lui.
« Ça va ? s'inquiéta-t-elle. Tu es tout pâle.
– Oui, c'est bon. Un vertige. »
L'esprit de Drago bouillonnait. Il ne savait pas s'il se trompait ou pas. Il faisait peut-être une erreur monumentale. Mais tout s'expliquait si facilement. Et ne pas savoir, ne pas pouvoir s'en ouvrir à personne le rendait fou. Il fallait qu'il voie Potter. Idée stupide ou pas, au moins, il aurait la conscience tranquille.
Mais la jeune femme n'était pas d'humeur à le laisser filer, ne serait-ce que deux secondes et demie. Elle le fit travailler d'arrache-pied jusqu'à la fin de la journée.
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Bizarrement, maintenant qu'il pouvait presque mettre un visage sur la menace, Drago n'était pas plus tranquille. C'était le ''presque'' le problème. En plus, il n'était pas certain que le cadavre d'Aragog dans un coin sombre lui était d'une grande aide. Il voyait mal comment il pourrait rendre qui que ce soit plus clairvoyant, surtout sur ce sujet. Ils avaient tous du directeur de la Justice magique une image de perfection professionnelle. Comment leur faire voir la possibilité de sa culpabilité ? Leur mettre une araignée morte sous le nez n'était pas sans doute le moyen le plus efficace.
« Drago, tu peux descendre ça au niveau 2, dans le bureau de Daren, s'il te plaît ? Il l'attend. »
La mauvaise humeur de la veille s'était envolée et l'atmosphère était aussi calme qu'à l'ordinaire. Elle le regarda par-dessus ses lunettes.
« Tu es sûr que ça va ? Tu es bizarre depuis hier.
– Oui, oui. Donne. Je finis ça et j'y vais. »
Elle lui sourit. Sa main se tendit vers lui, mais elle se ravisa. Un petit sourire d'excuse après, elle rejoignait son bureau. Elle avait parfois envers lui ses élans spontanés que la conscience du lieu ou des gens arrêtait. Il ne savait pas s'il en était soulagé ou pas. Il ne savait toujours pas où il en était avec elle. C'était agréable, nul doute là-dessus. Il appréciait de pouvoir la prendre dans ses bras, de l'embrasser. Mais parfois, il se demandait si ce n'était pas un peu malsain. Elle avait sa responsabilité juridique, ils travaillaient ensemble, ils vivaient ensemble. Il se demandait s'ils ne mélangeaient pas tout.
Il s'ébroua pour en chasser ces idées et se remit à trier sa paperasse. Quand tout fut bien ordonné, il prit le dossier que la jeune femme lui avait déposé et alla vers l'ascenseur. Il descendit au niveau 2. Il se perdit un peu dans le dédale des bureaux et il fallut qu'une âme charitable aux services administratifs du Magenmagot lui indique la voie. Pourtant, une fois qu'on était face au bureau du directeur, on ne pouvait plus le louper. Une grande plaque d'ébène indiquait en grandes lettres d'or :
Daren Law
Directeur du département de la Justice magique
Membre du Magenmagot
Il frappa. Personne ne répondit. Il poussa la porte. Elle était ouverte. Il se retrouva dans une pièce qui avait les mêmes dispositions que le bureau d'Hermione. Une salle d'attente avec un bureau au fond pour le secrétaire, et une porte sur le côté donnant accès au bureau proprement dit. La moquette rouge et moelleuse amortit le bruit de ses pas. Il n'y avait personne. Il regarda l'heure. Midi passé. Pause déjeuner. Lui imitait Hermione et déjeunait à son bureau, préférant éviter l'animation de la cafétéria du Ministère.
Il regarda autour de lui. Pris d'une impulsion, il passa dans le bureau adjacent et déposa le dossier sur le bureau. L'endroit était plus impersonnel encore que le bureau d'Hermione. Tout y était blanc et noir, d'une propreté maniaque. Les dossiers et les livres étaient impeccablement rangés sur les étagères. Les plumes étaient soigneusement alignées sur le bureau, à côté des bouteilles d'encre.
Un mouvement attira son regard. Sur le bureau d'ébène, il y avait une photo. Une seule et unique photo. Une photo de mariage. Il reconnut à peine Law dans ce visage heureux et souriant, qui faisait des signes de la main à l'objectif. A côté de lui, une très jolie femme, assez grande, rayonnante de bonheur, serrait son bras, vêtue d'une longue robe de mariée d'un blanc éclatant. Il sentit sa peau se hérisser. Dans son cauchemar, Hermione portait la même robe.
La femme ressemblait extraordinairement à Granger. Ses cheveux bruns, tirant sur le châtain étaient relevés sur la nuque et encadraient son visage un peu enfantin et mutin. Elle avait de grands yeux bleu-gris, qui pétillaient comme ceux d'Hermione. Quelque chose dans son sourire rappelait irrésistiblement le sourire d'Hermione. Elles avaient la même fossette. Mais la peau de la femme était plus blanche encore et sans taches de rousseur.
Les mains tremblantes, il saisit le cadre d'argent. Il jeta un œil à la porte et l'ouvrit rapidement. Maladroit, il dut s'y reprendre à deux fois. Au dos, une écriture élégante et résolument féminine avait écrit :
Irène et Daren
24 juillet 1986
A toi, mon ange pour toujours
Il entendit un bruit. Précipitamment, il remit le cadre en place. Il sauta sur la porte et se retrouva nez à nez avec Law. L'homme lui jeta un regard réfrigérant.
« Qu'est-ce que vous faites là ? le bouscula-t-il sinistrement.
–Le rapport de miss Granger. Je l'ai mis sur votre bureau, » indiqua-t-il.
Son cœur battait à trois cents à l'heure, mais il conserva un visage imperturbable. Ils se dévisagèrent l'un l'autre. Drago se sentit prisonnier de ce regard, comme pourrait l'être une souris du regard du serpent qui n'attend qu'une chose : la dévorer. Il se sentait comme une bête traquée. Et si l'homme en face de lui était effectivement le chasseur...
Il le contourna et rejoignit le couloir. Il s'appuya contre le mur, une main sur le front. Il l'avait échappé belle. A deux secondes près, il était cuit.
Irène et Daren. A toi, mon ange pour toujours. Cette femme qui ressemblait tant à Hermione. L'Ange s'est vengé. Il aurait mis sa baguette à brûler, s'il en avait eu une, que ce n'était pas qu'une coïncidence. Mais que s'était-il passé ? Qu'est-ce qui aurait poussé le sorcier le plus droit du Ministère à basculer dans cette folie meurtrière ? Il fallait qu'il voie Potter.
Il erra dans le quartier des Aurors. Son box était vide. Il attendit dix minutes mais ne le voyant toujours pas arriver, il se résigna à remonter. Tendu, il grimpa au niveau 5. Au moment où il sortit de l'ascenseur, il fut rejoint par Hermione qui revenait de sa pause-café.
« On partira un peu plus tôt ce soir, lui annonça-t-elle. Ginny est en train d'accoucher et je voudrais passer à la maternité avant de rentrer. Ça ne te dérange pas ? »
Il acquiesça. La mystérieuse disparition de Potter s'expliquait donc. Il était avec sa femme, ce qui était compréhensible.
A cinq heures donc, ils quittèrent le bureau.
Le pavillon maternité rattaché à Sainte-Mangouste était flambant neuf, et pourtant situé dans une annexe du magasin fermé pour rénovation, qui servait de bâtiment à l'hôpital général pour les maladies et blessures magiques. Il fallait passer sous un porche et passer dans une courette. Pour un moldu, l'endroit ne devait pas sembler très attrayant. Les murs étaient couverts de tags, les carreaux des fenêtres étaient cassés, parfois, il n'y avait plus de fenêtre du tout. Il fallait ensuite passer à travers la porte métallique d'un préfabriqué pour se retrouver dans le hall d'entrée.
Mais à l'intérieur, le lieu était douillet et accueillant. La guérisseuse de l'accueil les renvoya au troisième étage. Ils traversèrent donc le très calme hall d'entrée et prirent l'ascenseur. Ils n'eurent pas à chercher très loin. Potter était là, le front appuyé contre une fenêtre. Le pauvre garçon avait l'air mal en point. Il avait le teint verdâtre et une mine de trois pieds de long.
« Harry ? »
Il se tourna vers eux mécaniquement, comme un zombie.
« Tout va bien ? »
Question stupide. A voir sa tête, il était évident que ça n'allait pas. Potter hocha frénétiquement la tête de gauche à droite.
« Il y a des complications, croassa-t-il. Ça fait trois heures qu'elle est là-dedans et... »
Il fondit en larme dans les bras d'Hermione. La surprise passée, elle le consola maternellement, comme elle le faisait avec Iris.
« C'est normal, c'est la première fois, assura-t-elle. Ce n'est sans doute pas grave. »
Potter renifla.
« Mais si... Mais si elle...
– Harry, je t'interdis de penser ce que tu penses ! Ce n'est pas facile pour Ginny. Elle a besoin que tu sois là, que tu sois fort. Elle a besoin que tu la soutiennes.
– En gros, elle a besoin d'un homme, pas d'une mauviette, » traduisit Drago.
La jeune femme se tourna vers lui en lui faisant les gros yeux. Quoi ? Potter avait affronté le plus grand mage noir de tous les temps, il l'avait vaincu, et il s'effondrait pour quelques complications à un accouchement ? Il fallait peut-être qu'il pense à relativiser un peu.
« On peut dire que toi, tu ne fais pas dans la demi-mesure, gronda-t-elle.
– Non, il a raison, » intervint Potter.
Il sécha ses yeux et souffla un bon coup.
« Ça va aller, » assura-t-il.
A ce moment, une guérisseuse sortit de la salle de travail.
« Mr Potter ? Le problème a été réglé. Rien de bien grave. La maman et le bébé vont bien. Vous êtes papa d'un beau petit garçon. Félicitations. »
Et là, le Potter malheureux se transfigura. Un sourire rayonnant apparut sur son visage et toute trace d'angoisse disparut.
« C'est vrai ? Est-ce que je peux... ?
–Bien sûr. On vous réclame, même. »
Potter, tout à sa joie, bondit sur Hermione. Même Drago eut droit à une accolade, un peu maladroite, du reste. Surpris, Drago ne sut que penser et tapota gauchement l'épaule de son ancien ennemi.
« Je suis papa ! »
Hermione lui adressa un sourire indulgent.
« Je crois que Ginny t'attend, lui fit-elle remarquer avec douceur.
– Oui, bien sûr. »
Il se précipita dans la salle, les laissant seuls dans le couloir blanc et aseptisé. Hermione s'assit sur l'une des chaises du couloir. Un léger sourire errait sur ses lèvres, mais son regard était mélancolique.
« Ça va ? demanda-t-il.
– Oui. Je suis contente pour eux.
– Mais toi, ça ne te fais rien ? »
Elle garda le silence quelques instants. Son regard fixa la pointe de ses chaussures.
« Ça fait six ans que j'ai fait le deuil de mes enfants, finit-elle par murmurer. J'ai appris à vivre avec. Maintenant, j'ai Iris et... et elle me suffit. »
A ce moment, Potter sortit doucement de la salle, tenant avec précaution un petit paquet au creux de ses bras. Il arborait un sourire oscillant entre la niaiserie et l'émerveillement.
« Je vous présente James Sirius Potter, » sourit-il.
Au milieu des couvertures émergeait un tout petit visage rond et rouge, coiffé d'une touffe d'épais cheveux noirs. Les minuscules paupières fripées s'ouvraient sur des yeux très bleus.
« Bonjour toi, sourit Hermione. Tu sais que tu ressembles beaucoup à ton papa ?
– Ça, c'est sûr, » confirma Drago.
La jeune femme lui lança un regard d'avertissement. Ok, message reçu : pas de blagues pourries.
« Comment va Ginny ? demanda-t-elle.
– Bien. Mais elle est très fatiguée. Elle a besoin de repos. Ils lui ont interdit les visites avant demain. »
Le bébé se mit à geindre, puis à hurler. Potter leur fit un sourire d'excuse et repartit d'où il était venu.
Quand ils quittèrent le bâtiment, Drago ne savait plus vraiment quoi penser. Il aurait voulu parler cinq minutes à Potter, pouvoir lui faire part de ses soupçons, quitte à être pris pour un paranoïaque. Mais d'un autre côté, il n'avait pas voulu briser son moment de grâce. Son propre comportement l'étonna. Quelques années auparavant, il n'en aurait jamais tenu compte. Et cela lui fit prendre conscience d'à quel point il avait changé.
Mais en attendant, un assassin courrait toujours dans la nature et Potter n'était visiblement pas en état de le contrer. Il allait falloir qu'il se débrouille tout seul, s'il ne voulait pas finir en fontaine de sang. Et Merlin savait que ça ne finissait pas bien quand il se débrouillait tout seul. Vraiment, vraiment pas bien.
