Bonjour tout le monde !

Voilà, c'est le dernier chapitre (il reste un épilogue quand même, je ne vous lâche pas comme ça...) Ça me fait tout drôle d'écrire ça. Enfin, bref, le discours larmoyant, ce sera pour demain.

En attendant, un grand merci à tous ceux qui ont laissé des reviews : chapou69, Charliee3216, labelge, Miss Plume Acide, shostakovitch et ambre.

Une petite question : est-ce qu'il y en a que ça intéresserait une version pdf de l'histoire ? Je m'explique : il s'avère que je lis sur une liseuse et qu'en vacances, quand je n'ai pas accès à Internet, je serais contente de pouvoir lire quand même mes fics préférées grâce à elle. Sauf qu'il faut pouvoir synchroniser l'histoire sur l'engin et qu'il faut au moins un format pdf. Donc voilà, je propose : si vous voulez recevoir cette histoire en version pdf, laissez-moi un petit mot avec votre adresse mail ou alors envoyez-la moi en PM et je vous enverrai la chose. Ça n'a rien d'obligatoire. C'est juste au cas où des gens seraient intéressés.

Voilà !

N'hésitez pas à laisser un petit mot !

Bisous !

Peaseblossom


Chapitre 12

L'attente

Drago fixait l'obscurité. Il ne sentait plus rien. Ni le vent froid qui soufflait. Ni l'odeur de la terre mouillée. Son esprit hurlait son nom. Hermione. Et puis une idée. Une litanie obsédante. La rejoindre. Il n'y avait qu'à se pencher un peu plus. Ne pas résister. Glisser dans les ténèbres, à son tour.

Soudain, il reprit conscience, la joue douloureuse et brûlante. Le vent hurla à ses oreilles, sifflant, perçant, comme l'écho du cri qui résonnait encore dans sa tête. Une odeur de sang l'agressa. Les ardoises étaient dures et coupantes contre ses genoux. Ses mains étaient crispées sur le zinc de la gouttière. Potter pestait et jurait à côté de lui, la main encore brandie. Sa haute taille courbée vers lui dessinait, dessinait contre le mur de la nuit, la silhouette étrange d'une gargouille.

« Arrête de crier ! ordonna-t-il. Viens. »

Il le redressa. Drago était incapable de bouger. Il chancela. Il sentait des larmes silencieuses couler sur ses joues.

« Putain, Malefoy, bouge ! Elle n'est peut-être pas morte ! »

Il l'entraîna, apathique, vers la lucarne brisée et lui fit dévaler quatre à quatre les escaliers. Arrivés au rez-de-chaussée, il le traîna à l'extérieur et ils contournèrent la maison. Une tâche blanche flottait sur le sol dans l'obscurité, comme un lys oublié par l'hiver. Ils se précipitèrent vers elle.

« Hermione ! »

Potter le bouscula et se pencha sur elle.

« Elle respire, » haleta-t-il.

Il y avait tant de soulagement dans sa voix que Drago crut qu'il allait pleurer. Il se laissa tomber à genoux à côté de lui, dans la boue. Oui, elle respirait. Mais tellement faiblement... Son visage était immobile et blanc comme celui d'une statue de marbre. Un mince filet de sang coulait à la commissure de ses lèvres. Les larmes avaient laissé des sillons argentés sur sa peau. Le vent agitait mollement les boucles sombres de ses cheveux.

« Auror Potter !

– Par ici ! » cria Potter.

Une demi-douzaine de lueurs dorées se dirigèrent de leur côté.

« Appelez Sainte-Mangouste, ordonna-t-il. On a une blessée grave. »

Ce fut le branle-bas de combat. Des ordres fusèrent dans tous les sens. Le jardin fut illuminé de dizaines de sorts lancés un peu partout. Drago vit un patronus s'envoler en bondissant non loin de lui. Trop vite pour qu'il puisse en voir la forme, mais quelle importance ? Potter se leva et rejoignit ses collègues. Il réclama une cape en urgence. Il vint ensuite la déposer avec douceur sur Hermione.

« Tiens bon, Hermione, supplia Drago à son oreille. Si tu savais comme je suis désolé. Je t'en prie, ne meurs pas ...

– Un mort, ici ! » cria une voix.

Drago crut reconnaître la voix de Blake. Mais il n'en était pas sûr.. Il y eut un moment de silence.

« C'est Daren Law, » ajouta, ahurie, la même voix.

Un silence intrigué, abasourdi et accusateur plana sur le jardin.

« Potter, pourquoi n'avez-vous pas attendu les renforts ? chargea une autre voix, grave et impérieuse.

– Pas le temps, grogna Potter. Il allait les tuer. »

De ce que Drago comprit, le corps de l'ancien directeur de la Justice magique était salement amoché.

Drago serra la main d'Hermione, tellement fort que ses jointures blanchirent. Il sentit son pouls battre faiblement et rapidement, comme des ailes de colibri. C'était de sa faute. Des plops ! de transplanage retentirent.

« Équipe de secours de Sainte-Mangouste, » se présenta quelqu'un.

Potter les guida jusqu'à Hermione. Des guérisseurs commencèrent à s'activer autour d'elle, évaluant ses signes vitaux. Mais Drago refusa de lâcher sa main, malgré les injonctions répétées des guérisseurs. Il ne pouvait pas l'abandonner. Il n'en avait pas le droit. Le ton monta. Potter dut intervenir.

« Malefoy, s'il te plaît, dit-il d'une voix apaisante. Elle va s'en sortir. Mais il faut que tu les laisses faire. D'ailleurs, toi aussi tu devrais te faire soigner. Viens. »

Il le prit par les épaules. Mais Drago s'arracha à son étreinte et se pencha à l'oreille d'Hermione. Une dernière chose à dire. La plus importante sans doute. Même s'il était peut-être déjà trop tard.

« Moi aussi, je t'aime. »

o

« Que faisiez-vous dans cette maison ? »

Drago soupira lourdement et serra les dents.

« Je vous l'ai déjà dit. Law m'y a emmené. J'allais à Sainte-Mangouste avec Hermione, et...

– Garrish, je crois que...

– Taisez-vous, Potter ! Vous aussi vous êtes dans le pétrin. »

Drago sentit le jeune homme se crisper à côté de lui.

Ils étaient dans le salon dévasté de la maison de Law. La peinture défraîchie s'écaillait par endroit. Les portes éventrées d'un buffet de bois sombre laissaient voir des empilements d'assiettes et de tasses de porcelaine ébréchées, empêtrées dans les toiles d'araignée et jonchées de crottes de souris. Une table était renversée contre un mur. Potter et lui étaient assis sur deux chaises branlantes au milieu de la pièce, mal éclairée d'une ampoule nue.

L'Auror, un grand sorcier aux cheveux poivre et sel, les surplombait impérialement, bien droit, campé avec assurance sur ses deux jambes. Il les fusilla du regard, surtout Potter en fait.

« Vous auriez dû prévenir quelqu'un...

– Mais je l'ai fait !

– ... et attendre que les renforts arrivent ! »

Potter fulmina à côté de lui. Les deux hommes se fixèrent un long moment, puis le jeune homme lâcha :

« Si j'avais attendu, ils seraient peut-être morts tous les deux.

– Dites-moi, Potter, vous n'étiez pas censé être en congé paternité ? Pourquoi vous n'avez pas passé le relais, pour une fois ?

– Pas le temps, » grinça-t-il.

Mais Drago sentit que le rappel de sa nouvelle situation familiale avait fait mouche. Cette histoire aurait pu très mal tourner. Peut-être ne faisait-il que s'en rendre compte maintenant, mais sa femme aurait pu se retrouver seule pour élever son fils.

Un silence pesant s'abattit sur eux. Une odeur de poussière et de canalisations bouchées planait lourdement. Drago voulait qu'on les laisse sortir. Un jeune guérisseur, pas beaucoup plus vieux que lui, avait soigné son nez avec la même lotion désinfectante violette et piquante qu'utilisait Hermione. À part quelques bleus, il n'avait rien. Rien que le souvenir de ce qu'il avait subi. Pourtant, une douleur lancinante roulait dans sa poitrine. Insupportable. Pire que tout ce que Law aurait pu lui faire.

Ils avaient emmené Hermione à l'hôpital. Il n'avait retenu que la grimace de mauvais augure qu'avait eue un guérisseur quand Potter lui avait demandé comment elle allait. Et toujours, encore, il revoyait sa peau pâle. Les larmes qui coulaient encore entre ses cils. Sa poitrine qui se soulevait à peine, agitée d'un maigre frisson de vie. Trop maigre.

« Oh ! Malefoy ! »

Il se tourna vers Potter. Il lui fit un signe de tête vers l'homme qui lui jetait un regard noir, l'air profondément énervé.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que Daren Law était l'Ange de la Vengeance ? » répéta-t-il sèchement.

Et Drago raconta, d'une voix lourde et basse. Son regard si mauvais, si dur, si froid et si amoureux en même temps. Sa baguette. La photo. Hermione et Irène. L'Ange. La vengeance. Le Ministère. Son discours devait être aussi décousu que son esprit. Il revoyait tout ce qu'Hermione lui avait montré, tout ce qu'il avait compris. Et il n'arrivait plus à s'arrêter. Il raconta tout. Jusqu'au trou noir, devant Sainte-Mangouste. Jusqu'au grenier et à la douleur. Jusqu'à Hermione.

Il vit Potter couler un regard à son collègue. A présent, sa belle assurance chancelait. Il doutait. Ça se lisait dans ses yeux.

« C'est évident, Garrish, fit doucement remarquer Potter. Il voulait venger sa femme. Personne ne l'a soupçonné. Il était le meilleur Directeur de la Justice qu'on ait eu depuis la guerre. Et souvenez-vous de ces fuites dans les journaux. Il était le seul au courant. »

Garrish se laissa tomber sur le canapé éventré, assommé.

« Si c'est vrai... »

Il secoua la tête.

« C'est incroyable.

– Vous comprenez maintenant ? renchérit Potter. Je ne pouvais pas attendre. »

L'Auror acquiesça doucement, le regard absent. Ils le laissèrent digérer la nouvelle quelques minutes. Puis Potter reprit :

« On peut partir maintenant ? Je m'occuperai du rapport demain. Mais mon amie est à l'hôpital. Je voudrais... On voudrait être près d'elle. »

Garrish eut à peine le temps d'esquisser un hochement de tête hésitant que la porte de cette maison d'horreur claquait lugubrement dans leur dos.

o

« Tiens. »

Potter lui tendit un gobelet de café brûlant. La chaleur lui transperça la paume, mais il ne s'en soucia pas. Sa main tremblait. Les effluves amers volèrent jusqu'à son nez.

« Merci, » croassa Drago.

Ils étaient dans les couloirs blancs de Sainte-Mangouste depuis plus d'une heure, à présent. Le chef de service qui s'occupait d'Hermione avait annoncé de probables complications. Et Drago trouvait que le probable était de trop. Assommé, il avait essayé d'encaisser la nouvelle. Mais en vain. Si elle mourrait...

« Et Iris ? » s'enquit Drago.

Potter avala une gorgée de café.

« Chez Andromeda. Je lui ai envoyé un mot. Hermione s'est inquiétée dès qu'elle a vu que tu ne la suivais pas. Elle a confié Iris à Ginny. Apparemment, elle est partie aussitôt. Elle a transplané chez moi et m'a mis au courant de la situation. Je lisais ta lettre. Au fait, moi aussi je suis content qu'on ait fait la paix. »

Drago essaya de sourire. Mais la boule dans sa gorge l'arrêta. Il avala d'un trait la moitié de son gobelet. Le liquide lui brûla l'œsophage. Il grimaça.

« Ginny m'a dit qu'elle est revenue chercher Iris moins d'une heure après pour la déposer chez Andromeda. Elle est retournée chez elle. Sauf que cette histoire m'a intrigué. Au début, je me suis dit que tu te trompais. Puis, tout a commencé à se recomposer tout seul. Trop facilement pour que ce ne soit qu'une coïncidence. Je suis allé vérifier quelques petites choses au Ministère. Quand j'ai compris, j'ai directement transplané chez Hermione. Mais elle n'était déjà plus là. »

Le regard sombre, il fixa la porte de la salle d'opération.

« La lettre de Daren était sur la table. Connaissant Hermione, elle était déjà partie se jeter tout droit dans le piège. Elle a la tête un peu en vrac, en ce moment. Je ne pense pas qu'elle ait vraiment compris ce qui se passait avant d'arriver. Dès que j'ai su l'adresse, j'ai prévenu des renforts et je suis parti. Au début, je pensais m'être trompé. La maison semblait vide. Il n'y avait pas de bruit, pas de lumière. Et puis, j'ai entendu la voix d'Hermione. Quand mon scrutoscope s'est mis à siffler en haut de l'escalier, j'ai cru que j'allais me faire repérer. Heureusement qu'Hermione a fait diversion. »

Une diversion qui allait lui coûter la vie. Par Merlin, comment ferait-il sans elle ? Il n'avait pas connu une douleur pareille, même en prison.

« C'est de ma faute, soupira Drago. Si... Si elle meurt... je... je crois qu'il vaudrait mieux que je retourne à Azkaban. »

Potter lui jeta un regard consterné. Drago détourna les yeux et s'écarta. Il termina son café et s'assit sur un siège, la tête dans les mains. Il entendit Potter s'approcher. Un siège crissa à côté de lui. Sa main se posa sur son épaule.

« Inutile de s'emballer, modéra Potter. Hermione n'est pas encore morte, que je sache. Et je ne suis pas sûr que tu comprennes bien ce que tu racontes, là. Ce n'est pas de ta faute. Tu n'as pas à te sentir coupable, quoi qu'il arrive. Tu as vu ce que nous étions trop aveugles pour voir. Si quelqu'un doit se sentir coupable, ce n'est pas toi. Moi plutôt. C'était mon idée, dès le départ. »

Drago secoua la tête. S'il avait trouvé le courage d'en parler plus tôt...

« Tu ne comprends pas, Potter. Je... J'ai...

– Tu n'es responsable de rien, Malefoy, » le coupa durement Potter.

Un chariot furieux passa devant eux en grinçant, couvert de fioles multicolores qui s'entrechoquaient gaiement. Les portes de la salle d'opération s'ouvrirent en grand et le chariot s'y engouffra. Un guérisseur en blouse verte lui courait après.

« J'ai passé la moitié de ma vie à me sentir coupable pour tous ceux qui mourraient autour de moi, » poursuivit Potter, la mine sombre.

Il avala son café, le regard ailleurs.

« Mais j'ai fini par me rendre compte que je n'y pouvais rien. On ne peut pas empêcher les gens de défendre une cause qui leur paraît juste, même s'ils mettent leur vie en péril, même si on voudrait qu'ils ne le fassent pas. »

Potter tourna la tête vers lui. Il refusa de le regarder. Ses yeux le piquaient. Mais il n'arrivait plus à pleurer. Il n'en avait plus la force.

« Si Hermione a décidé que ta cause en valait la peine, tu n'as pas le droit de lui en retirer la légitimité. C'était son choix. Rien de ce que tu aurais pu dire ou faire n'aurait changé quoi que ce soit. »

Un sourire douloureux apparut sur les lèvres de Drago.

« De qui tiens-tu ces paroles de sagesse, Potter. Ça ne te ressemble pas. »

Potter sourit à son tour.

« De Dumbledore surtout. D'Hermione un peu aussi. Elle a toujours été la plus raisonnable. J'ai perdu beaucoup de gens que j'aimais, tu sais. Elle a toujours été là. Elle a toujours su trouver les mots. »

Le silence s'installa. Drago ne savait plus quoi penser ni que faire pour contrer la culpabilité qui le rongeait, malgré les mots rassurants de Potter. C'était lui qui était visé. C'était lui qu'on voulait tuer. Alors pourquoi était-ce Hermione qui se retrouvait entre la vie et la mort ? Il aurait voulu la voir. Être à ses côtés. Lui dire à quel point il était désolé. Mais cela n'arriverait peut-être jamais. Et cela le jetait dans un désespoir infini.

Les bruits familiers de l'hôpital bourdonnaient faiblement autour d'eux, comme une légère berceuse. Il était très tôt. Quatre ou cinq heures du matin, dixit la montre cabossée de Potter. Mais combien de temps faudrait-il encore attendre avant d'avoir des nouvelles ? Un guérisseur de garde passa, bâillant comme un hippopotame, une tasse de thé au citron à la main. L'odeur acidulée flotta jusqu'à eux. Potter bâilla à son tour.

« On devrait peut-être aller se reposer un peu, proposa-t-il. Ce n'est pas en restant assis ici à nous user la santé qu'on va l'aider. »

Drago secoua la tête. Non. Il ne voulait pas dormir avant d'être sûr. Il pourrait bien dormir après, non ? Mais si le pire arrivait, il ne savait pas s'il serait capable de retrouver le sommeil un jour. Pourtant, malgré le café, il était chaque seconde plus difficile de garder les yeux ouverts. La torture, l'angoisse, la peur, les remords, tout cela pesait sur lui comme une chape de plomb. L'épuisement commençait à avoir raison de son entêtement.

Pourtant, il se sentait étonnamment conscient de son environnement. L'odeur aseptisée des couloirs. Le frottement des chaussures sur le sol. Le ronronnement des machines. Les échos lointains des conversations. La lumière, trop forte et trop crue, qui lui brûlait les yeux.

« Comme tu voudras. Je reviens dans une petite heure, » assura Potter dans un nouveau bâillement.

Le jeune homme se leva et disparut à l'angle du couloir. Drago lutta longtemps, fixant résolument les portes de la salle d'opération. Pourquoi cela prenait-il autant de temps ? Peu à peu, la fatigue l'emporta.

Il vit Hermione, entourée d'une brillante lumière légèrement bleutée. Elle souriait, lui tendait la main. Et tout d'un coup, tout devint noir. Un ricanement malsain résonna. Son sourire s'éteignit et ses yeux se remplirent de larmes. Elle battait l'air de ses bras pour attraper sa main et n'y parvenait pas. Et elle pleurait, et elle criait son nom. Et elle tomba dans une spirale infernale et interminable. Lui n'entendait qu'un hurlement déchirant transpercer le silence, avant de se rendre compte qu'il sortait de sa propre gorge. Le désespoir et la culpabilité le submergèrent et une main invisible le fit basculer à son tour dans le vide.

Il s'éveilla en sursaut. Deux internes le regardèrent d'un œil suspicieux en passant, une batterie d'objets incongrus et ronronnant dans les bras. Il frotta ses yeux irrités. Il avait mal au dos. Les banquettes de plastique blanc qui servaient de siège n'étaient pas excessivement confortables. Il s'étira, faisant craquer ses os. Une barre douloureuse cognait contre son front, et il grimaça.

« Congé paternité, tu m'en diras tant... grogna une voix féminine à l'autre bout du couloir.

– C'était un cas de force majeure, se justifia Potter.

– Mais tu aurais pu y rester ! »

Drago tourna la tête. Potter prit délicatement le visage de Ginny en coupe. Il lui murmura quelques mots qui parurent apaiser la jeune femme. Il l'embrassa et se dirigèrent vers lui. Drago se détourna.

« Alors ? demanda Potter.

– Toujours rien, » soupira-t-il.

Ils s'assirent près de lui et attendirent. A un moment, Drago sentit une main fraîche se poser sur son bras. Ginny lui sourit. Le petit James dormait dans ses bras, une petite moue sur le visage. Drago trouva qu'il ressemblait étonnamment à Potter. Pourtant, il l'avait vu... quoi... deux jours plus tôt ? Il lui semblait qu'une éternité avait passé depuis. Son regard glissa sur le visage de la jeune mère. La maternité lui allait bien. Même si son regard était soucieux, elle rayonnait.

« Elle va s'en sortir, assura-t-elle. Elle a vu bien pire. »

Il acquiesça lentement. Il voulait tellement y croire. L'attente était interminable, insupportable. Le temps s'écoule différemment dans les hôpitaux. Les minutes s'étirent, jusqu'à ressembler à des heures, dans un silence feutré. Oppressant. Comme si la vie elle-même entrait en suspens. Comme pour vous donner le temps de régler vos comptes avec vous-même, avant d'apprendre le pire... ou le meilleur. On se surprend à rechercher la compagnie de ses pensées et de ses souvenirs, pour combler le vide. Le temps est inlassable, cruel, immuable, et on ne le sent jamais mieux que dans un couloir d'hôpital.

Drago se leva et s'adossa au mur. Potter fit les cent pas, avant de s'arrêter pour regarder Ginny allaiter le bébé qui commençait à pleurer, avec des yeux énamourés.

Et leur manège recommença. Drago retourna s'asseoir. Potter se remit à faire les cents pas. Et Ginny berça le petit James qui ouvrait sur le monde de grands yeux étonnés.

Puis quelqu'un sortit. Il vit les portes à double battants s'écarter, pour laisser passer un guérisseur, consultant toute une flopée de résultats d'analyse. Les portes claquèrent dans son dos. Il s'avança vers eux. Drago bondit de son siège. Le guérisseur les dévisagea tour à tour, l'air exténué, mais soulagé.

« Son état est stabilisé. Ça n'a pas été facile. Mais elle vivra. »