Le lendemain, Alya, les yeux sur sa montre attendait de pied ferme Marinette. Son amie allait être encore en retard... quand elle la vit arriver du bout de la rue en courant.
Rouge et essoufflée, Marinette lui tendit une boîte de macarons avant que la jeune métisse ne puisse dire quoi que ce soit, avec un sourire innocent.
Adrien arrivait juste derrière elles et les salua avec un grand sourire. Marinette rougit et leva timidement la main.
- Tu sais Marinette, tu devrais essayer de te calmer et de lui parler. Il ne va pas te manger.
- Je sais Alya. Mais... Je n'y arrive pas !
Alya leva les yeux au ciel. Le but qu'elle s'était fixé risquait d'être un peu plus compliqué que prévu à atteindre si Marinette ne réussissait pas à parler à Adrien. Et malheureusement, elle n'avait pas de Ladybug sous la main pour enfermer ces deux là dans une pièce tout un après midi... Comme l'héroïne l'avait fait avec elle et Nino.
Elle caressa un instant l'idée de demander l'aide de Nino pour essayer de les enfermer tous les deux dans une salle de classe, mais elle pensa - à juste titre - que son ami ne se laisserait pas convaincre. Depuis l'incident de son akumatisation en Lady Wifi à cause d'un de ses plan visant à prouver la théorie que Ladybug était Chloé, Nino se méfiait un peu de ses idées de génie... D'un autre côté, elle ne pouvait pas lui en vouloir ! Avec le recul elle se rendait bien compte que l'idée que Chloé soit Ladybug était complètement stupide. Les deux filles étaient aussi opposées que l'on puisse l'être.
Une fois installés en classe, Nino se retourna plusieurs fois vers elle, et la trouva plongée dans ses pensées, réfléchissant à sa prochaine action de la mission "séduction". Le jeune homme soupira... Parfois c'était épuisant de suivre Alya ! Elle avait toujours des tas d'idées, mais hélas ses "plans" pouvaient se révéler désastreux. S'il avait pu lire dans les pensées de son amie, il aurait certainement refusé tout net de l'aider, étant donné qu'elle pensait toujours à un moyen de coincer dans une pièce fermée leurs deux amis.
Étrangement, ce fut le destin qui donna un coup de main à Alya... Marinette étant la déléguée, le professeur la désigna pour aller chercher une pile de manuels dans la salle informatique. Nino réagit au quart de tour et donna un coup de coude à Adrien pour qu'il se porte volontaire pour l'aider. Ce qu'il fit...
La salle informatique était à l'autre bout du collège. C'était une petite salle sans fenêtres, munie d'une porte sécurisée qui s'ouvrait à l'aide d'un badge magnétique. Les ordinateurs qui avaient été offerts au collège étaient flambant neufs et de très bonne qualité. Aussi, une salle -autrefois simple débarras - avait été refaite à neuf et transformée en véritable bunker pour protéger le nouveau matériel.
Marinette tenait la carte d'accès prêtée par le professeur, et Adrien la suivait. L'un comme l'autre ne savait pas comment entamer la conversation, et Marinette était une fois de plus très rouge.
Habituellement, lorsque la porte était déverrouillée, les élèves la laissaient ouverte, ce qui évitait d'avoir à repasser la carte d'accès à chaque entrée et sortie. Les manuels étant posés sur une table au fond de la pièce, les deux amis entrèrent et la porte claqua derrière eux, faisant sursauter Marinette.
Adrien sourit mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit les lumières s'éteignirent.
Grâce à sa vision de Chat, qu'il conservait en partie lorsqu'il était Adrien, il put voir Marinette se cogner contre une table et échapper les livres. Il s'avança vers elle pour l'aider, faisant sursauter une fois de plus son amie.
- A... Adrien ? Que se passe-t-il ?
- Je crois qu'il y a une coupure de courant. J'espère qu'on pourra ouvrir la porte.
Bien évidemment, la porte était bloquée, et la serrure étant électrique, ils étaient piégés...
Marinette sortit son téléphone pour les éclairer. Les joues rouges, elle passa plusieurs fois la carte sur le lecteur - au cas où - sans résultats. Elle envoya un message à Alya expliquant la situation. Elle était au bord de la panique. Pas parce qu'elle était enfermée dans le noir, non. Mais parce qu'elle était enfermée seule avec Adrien.
Adrien la prit par le bras, la faisant sursauter :
- Viens, on va s'asseoir. De toutes façons, on ne peut rien faire malheureusement...
- J'ai envoyé un message à Alya mais pas de réponses. J'espère qu'il n'y a pas de soucis...
L'un comme l'autre espérait que la coupure d'électricité n'était qu'un banal incident et pas le signe de l'attaque d'un vilain. Marinette essayait de se rassurer en se disant que Chat Noir pourrait gérer la situation jusqu'à ce qu'elle sorte de là, tandis qu'Adrien pensait que Ladybug pourrait résoudre le problème sans son aide.
Leur inquiétude était heureusement sans fondement : il ne s'agissait que d'un incident sans rapport avec le Papillon. Des ouvriers qui faisaient des travaux un peu plus loin dans la rue avaient accidentellement sectionné un câble électrique, plongeant une bonne partie du quartier dans le noir.
Au fur et à mesure que le temps passait, les deux adolescents commencèrent à discuter. Ils avaient laissé les écrans de leurs téléphones éteints, afin d'économiser la batterie, au cas où la panne durerait. Dans le noir, Marinette se détendit peu à peu, oubliant son stress d'être seule avec Adrien. Progressivement son rythme cardiaque était retourné à la normale, le feu qui brûlait ses joues s'était dissipé.
Elle trouvait étrangement que la voix d'Adrien ressemblait légèrement à celle de Chat Noir, ce qui l'aidait à se détendre. Leur conversation restait légère, et ils passaient tous les deux un excellent moment. Ils étaient collés l'un à l'autre, afin de sentir la présence de l'autre dans l'obscurité. Leurs sens leurs jouaient des tours, leur faisant imaginer qu'ils n'étaient plus seuls, que le Papillon était face à eux et les épiait. L'un comme l'autre, ne voulant pas trahir son secret se taisait, mais plus les minutes passaient, plus ils se collaient l'un contre l'autre, puisant le réconfort dans leur proximité.
Adrien passa son bras sur les épaules de Marinette, humant le parfum de fraise de la jeune fille. Il n'aurait pu rêver mieux. Marinette blottie contre lui, tous les deux discutant sans barrières. Parfois les intonations de son amie aux cheveux de jais ressemblaient de manière troublante à sa Lady. Mais il écartait vite cette pensée, heureux de passer du temps avec sa jolie camarade.
Pris dans leur conversation, ils ne voyaient pas le temps passer. Quelqu'un frappa soudainement à la porte les faisant sursauter.
- Les enfants ? Tout va bien ? - demanda la voix de Monsieur Damoclès, le directeur de l'école.
- Oui Monsieur. Que se passe t'il ? répondit Marinette
- Une coupure de courant. Les ouvriers sont en train de réparer, malheureusement je dois vous annoncer que vous risquez de rester encore un peu dans cette pièce. ça va aller ?
- Oui, oui. On va attendre.
Marinette rit nerveusement.
- Heureusement que nous n'avons pas peur du noir !
Ils reprirent leur conversation, entrecoupée de silences de plus en plus longs, avant de se taire, savourant mutuellement la présence de l'autre.
L'obscurité, le silence, sans compter beaucoup de retard de sommeil eurent raison de Marinette. Malgré elle, elle s'endormit, se blottissant par réflexe contre Adrien. Adrien soupira de bien-être. Dans le noir, l'un avec l'autre, il avait noté que Marinette ne semblait plus gênée pour lui parler. Elle avait accepté qu'il se colle contre elle, et elle venait juste de s'endormir dans ses bras, s'abandonnant en toute confiance.
Un long moment plus tard, la lumière revint brusquement, aveuglant le jeune homme. Marinette se réveilla aussitôt et se leva brusquement, gênée de s'être collé à Adrien de cette façon dans le noir. Le jeune homme baissa les yeux, déçu. Il avait espéré que ce moment ouvre une nouvelle page pour eux, une relation où Marinette ne serait pas aussi gênée par sa présence. Il avait été tellement heureux durant ces quelques moments volés, et maintenant son amie le fuyait de nouveau.
- La carte devrait fonctionner pour ouvrir la porte maintenant !
- Oui... Marinette, n'oublies pas les manuels. ça serait dommage que l'on soit bloqués à nouveau...
Le ton triste d'Adrien n'échappa pas à la jeune fille.
- Heu... Adrien. Je voulais... Je voulais m'excuser. Tu sais, de m'être endormie sur toi.
Avant qu'il ne puisse répondre, la jeune fille était partie, presque en courant. Il secoua la tête perplexe.
Marinette allait le rendre dingue. Il n'arrivait pas à la comprendre...
