De retour dans la classe, Marinette remis la pile de manuels à Madame Bustier et se dépêcha de s'installer à côté d'Alya, qui la regardait en souriant.
Adrien suivait, une seconde pile de livres dans les mains. Il regagna également sa place, se tournant brièvement vers Marinette.
Ils échangèrent un long regard, avant de reprendre leurs places comme si de rien n'était. Leur comportement n'avait pas échappé à Alya, qui fronça les sourcils, perplexe.
Elle était persuadée qu'en les laissant seuls tous les deux, sans moyen de fuir, ces deux là finiraient par discuter et par réussir à s'avouer leurs sentiments. Ou tout du moins franchir l'étape de la gêne qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre.
Quand la coupure de courant avait plongé le collège dans l'obscurité, et que le directeur était venu annoncer à Madame Bustier que ses deux élèves étaient prisonniers de la salle d'informatique - dont la serrure fonctionnait à l'électricité - Alya avait intérieurement sauté de joie : elle n'aurait pas pu faire mieux même dans ses rêves les plus fous. Elle s'était retenue d'envoyer des messages à son amie pour ne pas les déranger dans un moment potentiellement crucial, encourageant Nino à garder le silence radio pour la même raison.
Quand la lumière était revenue, elle s'était attendue à un changement chez ses amis. Un changement positif.
Au lieu de ça, Marinette avait l'air perturbée et Adrien triste.
Lorsque la fin du cours sonna, Alya raccompagna son amie chez elle. Elles avaient prévu de manger ensemble.
- Tu es sûre que ça va Marinette ?
- hum, hum.
- Je veux TOUT savoir !
- Savoir quoi ? On s'est retrouvé enfermés dans le noir.
- Et donc ?
- On a discuté. Et puis je me suis endormie.
A ces mots, la jeune fille rougit, gênée.
- Endormie ?
- Oui.
- Mais alors, pourquoi Adrien était si triste en revenant dans la classe ?
- Je ne sais pas ! Il n'avait peut être pas envie de se retrouver seul avec moi ?
- Sérieux ! Tu te trompes ma belle. Il est loin d'être indifférent.
- Tu sais Alya, quand j'étais dans le noir avec lui, j'ai réussi à discuter avec lui sans trop me ridiculiser. Mais j'ai l'impression qu'il va se rendre compte qu'il fait une erreur en me parlant, et... j'en perds tous mes moyens.
Alya leva les yeux au ciel, exaspérée. Elle espérait que Nino interrogeait Adrien de son côté, pour qu'ils puissent savoir quel était le problème entre ces deux là...
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Pendant que les deux filles mangeaient de leur côté chez Marinette, Nino et Adrien étaient allés à la sandwicherie près du collège.
Adrien était resté silencieux depuis la sortie du cours, se contentant de répondre par monosyllabes. Nino avait remarqué l'air abattu de son ami, mais attendit qu'ils soient installés pour manger pour lui poser des questions.
- Alors mec, pas trop flippant d'être enfermé aussi longtemps en salle info ?
- Non.
- Hey mec ! Y'a un souci ? T'as l'air complètement déprimé...
- Désolé, Nino. C'est juste que... Je sais pas. C'est compliqué.
- Avec Marinette ?
Adrien soupira. Puis finit par avouer.
- Oui. J'ai l'impression qu'elle veut me fuir... On a discuté et quand la lumière s'est rallumée, elle est partie. En courant.
- Marinette ? Te fuir ? Oh, mec... Désolé mais tu es carrément nul en relations sociales ! C'est une fille adorable, mais elle manque carrément de confiance en elle. Alya pourrait te le confirmer d'ailleurs ...
Adrien haussa les épaules, pas vraiment convaincu des explications passionnées de son ami.
Il se rappelait le comportement de Marinette quand il était Chat, sa confiance et son aisance à lui parler, alors qu'ils ne se connaissaient pas beaucoup. Dès le départ, la jeune fille s'était adressé à lui avec aisance, le taquinant même. Elle ne semblait rencontrer aucune gêne avec son alter ego félin.
Elle connaissait Adrien depuis plus longtemps, et après tout ce temps elle avait encore du mal à échanger quelques mots avec lui. Elle s'était légèrement détendue quand ils avaient été prisonniers dans le noir, mais dès que la lumière était revenue, elle s'était de nouveau enfuie.
La pause déjeuner tirant à sa fin, les deux amis repartirent vers le collège, toujours en silence. Adrien était plongé dans ses pensées, toujours aux prises avec ses doutes. Nino, de son côté, réfléchissait au meilleur moyen d'aider son ami.
Ils se trouvèrent face à Alya et Marinette au coin de la rue. Alya et Nino commencèrent à discuter du Ladyblog, laissant leurs amis en peu en retrait. Marinette, voyant l'air distant d'Adrien, lui sourit en lui demandant si tout allait bien.
- Oui, je suis juste un peu fatigué. Ne t'inquiètes pas.
- Oh. D'accord. - Marinette hésita, les joues rouges, avant de débiter d'une traite - Si tu as un souci, n'hésite pas, je suis là...
Rougissant davantage, elle partit à grands pas vers le collège, le laissant stupéfait.
Les cours de l'après-midi se déroulèrent sans nouvel incident. A la fin des cours, Marinette partit la première en courant, ses parents lui ayant demandé un peu d'aide à la boutique. Adrien avait cours de chinois, et son chauffeur l'attendait.
Alya et Nino, se retrouvant tous les deux, purent enfin discuter de leur opération "séduction".
- Alya, j'espère que tu vas avoir une idée géniale. Parce que là, Adrien déprime carrément. Il est persuadé que Marinette le fuit.
- Et moi Marinette est persuadée qu'elle n'est pas assez bien pour Adrien. Sans compter qu'elle panique complètement en le voyant. Je croyais qu'en les laissant seuls un moment ils finiraient par réussir à discuter... Mais à priori ça n'a pas marché.
- D'après ce que m'a dit Adrien, ils ont discuté.
- Marinette a dit la même chose. Et elle m'a dit qu'elle s'était endormie aussi.
Nino se mit à rire. Le manque de sommeil chronique de leur amie était connu de tous. Elle débordait d'énergie et se donnait à fond pour chacune de ses activités. Sans compter qu'elle n'hésitait pas à prendre sur son temps de sommeil pour sa passion dévorante : le stylisme. Il n'était pas rare de voir une Marinette épuisée s'endormir à l'interclasse ou pendant une pause...
- Elle a donné plus de détails ?
- Nope. Elle était mal à l'aise. Il faudrait réussir à les mettre ensemble pendant un cours sans que cette peste de Chloé n'intervienne. Je suis sûre que pour un travail d'équipe ils seraient obligés de se parler. Et avec son sérieux habituel, Marinette serait tellement prise dans le travail qu'elle oublierait qui est à côté d'elle.
- Tu es machiavélique, tu sais ça ?
Alya rit, nullement vexée.
- Non, j'ai juste de très bonnes idées. Et c'est pour leur bien.
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Une fois son cour de chinois terminé, Adrien rentra chez lui, toujours aussi abattu. une fois dans sa chambre, Plagg ne chercha pas à le taquiner contrairement à son habitude.
Il se rappelait la réflexion de Marinette, lorsqu'il l'avait approché en tant que Chat Noir, quand elle lui avait avoué qu'elle n'était pas assez bien pour Adrien Agreste. Il n'arrivait pas à comprendre de quoi elle avait peur.
Nino s'était montré rassurant, mais Adrien craignait que ce ne soit juste pour lui remonter le moral.
Il appela Plagg pour se transformer. Il voulait oublier ses soucis, et être Chat Noir l'aidait. Lorsqu'il bondissait de toit en toit, savourant la liberté dont il bénéficiait, il se sentait toujours mieux. En quittant sa chambre, il savait déjà que sa balade se terminerait certainement sur la terrasse d'une certaine boulangerie parisienne...
Marinette, après avoir aidé ses parents, rejoignit sa chambre. Elle repensait à la coupure d'électricité de la matinée, au fait qu'elle se soit retrouvé enfermée avec Adrien.
Il s'était montré adorable, et elle avait pensé à la gentillesse de Chat. Elle avait hésité à lui confier ses sentiments, mais elle n'avait pas pu. Après qu'ils eurent discuté, elle s'était endormie contre lui. Mais quand la lumière était revenue, la réalité avait repris ses droits et elle s'était maladroitement excusé avant de s'enfuir.
Elle s'était rendu compte qu'elle avait blessé Adrien, même si elle ne savait pas exactement pourquoi.
Elle se rendait compte que sa récente prise de conscience quand à ses sentiments pour Chat ne l'aidait pas à être plus détendue. Plus elle tentait de choisir entre les deux garçons, moins elle avait les idées claires. Elle ne comprenait pas comment elle pouvait être amoureuse de deux garçons en même temps. Deux garçons aux personnalités à priori assez différentes, mais plus elle tentait de les comparer, plus ils se ressemblaient.
Elle était encore dans une situation impossible...
