Et la suite ;)


Chapitre 19 : Règlement de comptes


Níniel entra dans ce qui devait être la salle du trône en retenant un sifflement admiratif : elle était construite sur les racines épaisses et énormes d'un arbre géant qui devait sûrement être vieux de plusieurs millénaires. L'entrelacement des racines, la construction des maisons incorporées au tronc, les feuilles de l'arbre qui laissaient deviner le ciel, tout cela était d'une beauté à couper le souffle.

Malheureusement, Níniel avait d'autres préoccupations : comme la raison pour laquelle le seigneur des lieux avait demandé à la voir. Il ne la connaissait même pas ! Enfin, elle, elle ne le connaissait pas en tout cas. Avec un peu de chance, son père était un elfe sylvain et avait fait des conneries dont le seigneur elfe se souvenait, comme quoi ses parents lui auraient pourri la vie jusqu'au bout.

-Hey, toi, fit-elle pour s'adresser au blond.

-Je m'appelle Legolas, gronda celui-ci qui semblait ne pas apprécier sa façon de lui parler.

Tant pis pour lui ! Cela allait lui faire du bien de descendre un peu de son piédestal.

-Ok, Legolas, pourquoi il veut me voir ? Lui demanda t-elle.

L'elfe ne lui répondit pas, et l'ignora royalement le reste du chemin. Même s'il tentait d'être supérieur, Níniel comprit surtout qu'il n'en avait aucune idée et qu'il n'était pas plus avancé qu'elle sur la question. Elle dû donc ronger son frein jusqu'à ce qu'il s'arrête juste devant le trône du seigneur. Et quel trône ! Il avait été sculpté à même une des racines et l'assise du trône était enfaîte l'une des boucles de la racine. Même si les elfes étaient prétentieux, elle devait bien reconnaître qu'ils avaient du bon goût !

-Père, la voici, déclara Legolas en s'arrêtant devant son père.

Níniel tiqua, donc le blond était le fils du seigneur, ah oui, quand même. En même temps, c'était plutôt voyant : le père et le fils étaient aussi blond l'un que l'autre, s'en était presque gênant.

-Laisses nous, commanda le seigneur.

-Mais...

-Ne discutes pas !

Legolas baissa la tête et repartit, mais pas sans lui lancer un dernier regard vénéneux, qu'elle lui rendit avec plaisir, elle se reteint juste de lui tirer la langue pour ne pas faire mauvaise impression devant THE seigneur elfe. D'ailleurs, celui-ci s'était levé de son trône et s'avançait maintenant vers elle avec une lenteur qui semblait calculée. Níniel reteint son envie de s'enfuir, elle déglutit et tenta de soutenir le regard du seigneur.

-Sais-tu qui je suis ? Demanda t-il soudain.

Níniel leva le visage pour lui répondre, mais en se rendant compte que le sien était juste à quelques centimètres du sien, elle le rebaissa vivement.

-Vous êtes le seigneur des elfes sylvains j'imagine...

-Je suis Thranduil, roi des elfes sylvestres ! Cela ne te dis rien... ?

Níniel hocha négativement la tête, l'elfe sembla déçu de sa réponse et se recula légèrement, comme s'il avait finit son inspection. Mais son inspection de quoi ? Le roi retourna s'asseoir sur son trône, il ne parla pas pendant un moment, semblant réfléchir à ses prochaines paroles. Elle en profita pour l'observer, osant le défier du regard. Il était le portait craché de son fils : blond, hautain, mais ses traits étaient si fins, et sa beauté si hypnotique que s'en était dérangeant.

-Et... Si je te dis... Ariel ?

Níniel se figea. Elle ne s'était pas attendue à ça, la surprise lui coupa le souffle, elle regarda Thranduil, cherchant à comprendre où il voulait en venir. Comment pouvait-il connaître son nom ?

-Comment... Connaissez-vous le prénom de ma mère ?

Il lui sembla que Thranduil avait sourit mais cela avait été tellement fugace qu'elle n'en était pas sur. Il se redressa à nouveau pour se rapprocher d'elle.

-Que sait-tu de ton père ?

Cette nouvelle déclaration finit de la déstabiliser, elle eut soudain l'impression que le monde devenait flou et tournoyait. Son père... Son père... Il l'avait abandonnée elle et sa mère, elle surtout, seule au monde. Dans une maison de joie...

-Mon père...

Le regard de Thranduil se fit plus acéré, comme s'il attendait avec impatience ce qu'elle allait dire.

-Mon père a abandonné ma mère ! Il m'a abandonnée moi ! Mon père était un lâche !

Apparemment, il ne s'attendait pas du tout à ça. Thranduil se redressa sèchement et lui tourna le dos, visiblement énervé par sa réponse. Mais, Níniel s'enfichait, au contraire, cela lui avait fait du bien de dire ce qu'elle gardait en elle depuis si longtemps.

-Ta mère... Ne m'a pas laissé le choix, déclara t-il d'une voix qui semblait peinée.

Níniel hocha la tête l'air affligée et compatissante. Jusqu'à ce que l'information arrive jusqu'à son cerveau : sa mère ne lui avait pas laissé le choix... Sa mère...

-Attendez ! Ce n'est pas possible ! S'écria Níniel complètement choquée.

-Si. Je suis ton père Níniel, déclara Thranduil en se retourna vivement vers elle.

Níniel recula d'un pas, l'air plus que choquée par ce qu'elle venait de comprendre.

-Non, non, non, non. Ce n'est pas possible !

-Pourquoi ça ?

-J'ai attendu tellement longtemps ! Pendant vingts ans je suis restée là-bas, traitée comme une moins que rien ! Pendant que quoi ? Vous étiez là entrain de vous polir les ongles !

Thranduil accusa sa déclaration en fronçant les sourcils, il voulait bien entendre sa rancœur, mais elle y allait quand même un peu fort !

-Ta mère est partie sans même me dire qu'elle était enceinte, fit-il remarquer la rancœur dans la voix.

-J'm'en fous ! Tu ne sais rien de moi ! Je ne sais rien de toi !

-Alors restes ici ! Rétorqua t-il sur le même ton. Même si je ne t'ai pas vu naître, tu restes ma fille, et je souhaite que tu restes à mes côtés.

-Tu me demandes de trahir mes amis ?

-Oui.

Aucunes hésitations, ni dans la voix, ni dans le regard.

-Plutôt mourir.

Le visage de Thranduil se ferma et se défigura avec haine.

-Des nains à la place de ta famille ? Très bien ! Mais n'oublies pas, tu ne peux pas renier ce que tu es, tu restes ma fille, une elfe !

-Seulement à moitié ! Répliqua t-elle.

Níniel tourna vivement les talons, elle s'en alla sans un regard en arrière, des gardes tentèrent de l'en empêcher mais elle les repoussa.

-Merci, je connais le chemin !

Ils la laissèrent donc retourner dans sa cellule sans plus la toucher, mais tout de même sous bonne garde. Quand elle y entra, Thorïn se leva précipitamment, il prit son visage dans ses mains et l'inspecta minutieusement, l'air inquiet.

-ça va ? Ils ne t'ont rien fait ? Demanda t-il.

-Oui. Ça va...

Níniel détourna le regard et tenta de se dégager de l'étreinte de Thorïn, elle avait l'impression de le trahir tandis que dans sa tête résonnaient les paroles de Thranduil. Et surtout, celles de Balïn quand il lui avait expliqué que celui-même qui venait de lui avouer être son père, avait aussi été celui qui avait abandonné Thorïn et son peuple à une mort certaine.

Mais, Thorïn en avait décidé autrement. Il la reteint et l'obligea à le regarder, doucement il caressa sa joue. Níniel se mordit la lèvre, que faire ? Que dire ?

-Je... Je suis désolée...

-Ce n'est pas grave. Ne me le dis pas maintenant, promets moi juste qu'ils ne t'ont rien fait.

-Oui, personne ne m'a touchée, promis Níniel.

Thorïn la serra contre lui, elle s'abandonna dans son étreinte, et à ce moment là, elle fut certaine d'une seule chose : jamais, jamais elle n'abandonnerait Thorïn ou qui que ce soit, encore moins pour quelqu'un qui se prétendait être de sa famille.

-Thorïn ?

-Oui ?

-Je... Je t'aime, elle l'avait doucement murmuré, pour que seul lui l'entende.

Il la serra plus fort contre lui.

-Vous n'êtes pas seuls ! S'exclama soudain une voix qu'ils pensaient tous ne plus jamais entendre.

-Bilbon ! Appela Aslinn folle de joie.

-Chut ! Les gardes ne sont pas loin, fit Bilbon inquiet.

Le jeune hobbit se glissa de cellules en cellules pour faire sortir tout le monde en silence.
Une fois qu'ils furent tous libérés, Bilbon les emmena jusqu'à un endroit où les elfes entreposaient des tonneaux d'alcool, d'ailleurs deux représentants de cette espèce dormaient sur la table, fin soûl. Le hobbit leur fit signe de grimper dans les tonneaux vides, ce qu'ils firent non sans rechigner devant l'incongruité de la situation. Avant qu'elle ne se glissa dans le sien, Níniel vit Thorïn s'approcher.

-Moi aussi, déclara t-il avant de retourner vivement à son tonneau.

Níniel laissa un doux sourire flotter sur son visage tandis qu'elle se glissait dans son tonneau, elle se cala en s'imprégnant des deux petits mots qu'avaient prononcés Thorïn.
Quelques tonneaux plus loin, Aslinn la tête à l'envers appréhendait un peu le déroulement de la suite des événements.

-J'le sens paaaaaaas, se plaignit elle.

-Tu as peur ? Ironisa Fili.

-Pas du tout !

-Si.

-Nan !

-Si.

-Nan !

-Arrêtez de respirer ! Ordonna Bilbon.

Et soudain ils sentirent tous les tonneaux partir en avant, rouler, bouler et sombrer dans le vide.

-Siiiiii ! Hurla Aslinn en se raccrochant de toutes ses forces à son tonneau.

Ils percutèrent violemment l'eau, et quand ils pointèrent leurs têtes hors des tonneaux, ils se regardèrent l'air surpris et un peu bête. Un deuxième « PLOUF » les firent se retourner et ils virent tous Bilbon tomber à l'eau, Nori le repêcha précipitamment et le fit monter dans son tonneau.

-Bravo maître Saquet, approuva Thorïn avec un grand sourire.

Les tonneaux se mirent à tanguer au fil des remous de l'eau, jusqu'à ce qu'ils sortent de la grotte dans laquelle ils étaient tombés. Revoir à nouveau le soleil leurs firent à tous un bien fous, enfin, jusqu'à ce que Thorïn crie :

-Attention !

Et soudain ils sentirent tous leurs tonneaux partir à nouveau en avant, Níniel se cramponna en entendant Aslinn gémir :

-Pourquoi moi ?

Níniel sentit l'eau envahir sa bouche, son nez, elle suffoquait carrément. Une peur panique commençait à l'envahir progressivement tandis qu'elle était incapable de reprendre sa respiration, elle allait se noyer à cause de sa phobie ! Soudain, elle sentit qu'on la tirait vers le haut et de l'air entra à nouveau brusquement dans ses poumons la faisait recracher toute l'eau qu'elle avait avalé.

-Fais attention ! Gronda Dwalïn qui venait de redresser son tonneau.

-M... merci, fit Níniel une fois qu'elle eut tout recrachée.

-De rien, accroches toi, c'est loin d'être terminé !

L'eau était plutôt agitée et les tonneaux tanguaient dangereusement, Níniel tentait de conserver un semblant d'équilibre tout en essayant de retrouver son calme. A côté d'elle, Aslinn ne semblait pas beaucoup mieux.

-J'veux desceeeeendre, se plaignit elle.

-Moi j'm'éclate ! S'exclama Fili un grand sourire aux lèvres.

-'Spèce de taré, grogna Aslinn.

-Avez vous besoin d'aide gente dame ? Demanda t-il avec un sourire charmeur à l'adresse d'Aslinn.

-Nan !

Fili fit une petite moue de chiot battu qui aurait bien pu marcher si soudain un bruit de cor n'avait pas retentit dans l'air. Ils se retournèrent tous pour voir la herse se fermer devant eux, leur barrant ainsi le passage. Les tonneaux s'entassèrent les un sur les autre sans qu'ils puissent passer, la panique les gagna peu à peu en voyant les gardes elfes tirer leurs épées de leurs fourreaux et se tenir prêt à les attraper de nouveau.

-Et merde ! Ragea Dwalïn.

Bilbon ouvrait de grands yeux désespérés : ils s'étaient échappés et se retrouvaient piégés à nouveau, seulement quelques minutes après s'être enfuie, qu'est-ce qui pouvait leur arriver de pire ? Soudain, une flèche siffla dans l'air et un des gardes elfes s'écroula au sol sans plus bouger. Bilbon sentit une pointe d'espoir renaître en lui, qui mourut instantanément en apercevant l'orc derrière le cadavre.

-Attention ! Il y a des orcs ! Prévînt Bofur.

En quelques instants, une horde entière d'orcs fit son apparition. Ils massacrèrent les elfes présents et se tournèrent vers eux : désarmés et impuissants. Quelques orcs leurs bondirent dessus, ils les repoussèrent tant bien que mal, Bilbon en embrocha même un avec son épée elfique mais pour le reste la situation ne pouvait pas s'améliorer. Si cela continuait ainsi, ils allaient finir par se faire massacrer !

Soudain, Níniel aperçut Kili sortir de son tonneau et se diriger sur la terre ferme, elle vit la barre en bois qui actionnait la herse : il avait eu une idée de génie ! Ils devaient à tout prix l'aider ! La jeune demi-elfe se dégagea de son tonneau et se jeta sur le premier orc qui suivait Kili, elle lui arracha son arme par surprise et lui passa au travers du corps.

-Vas-y Kili !

Le jeune nain se précipita jusqu'au levier sans plus se soucier de ce qui l'entourait. Jusqu'à ce qu'un vrombissement dans l'air le face se retourner, la douleur qu'il ressenti à sa jambe le stoppa net, à quelques centimètres à peine du levier.

-Kili ! S'exclama Fili en voyant son frère vaciller.

Kili allait tomber mais il eut un sursaut de courage et réussit à s'accrocher au levier et en appuyant de tout son poids dessus il le déclencha. Mais, il s'écroula juste après en se tenant la jambe, le visage défiguré par la douleur. Un des orcs se jeta sur Kili à terre, Fili voulut le rejoindre mais avant qu'il n'ait le temps une flèche transperça l'orc de part en part. Plusieurs elfes se jetèrent dans la bataille, massacrant les orcs à coup d'épées et de flèches. Pendant ce temps, les nains profitèrent du fait que la herse était levée pour s'enfuir discrètement. Kili réussit à ramper jusqu'à son tonneau mais en glissant dedans la flèche se cassa en deux le faisant grogner de douleur.

Ils se retrouvèrent à nouveau embarqués dans les flots, de l'eau les agressant de partout et tentant d'esquiver les flèches des orcs, et accessoirement celles des elfes.

-Journée de merde ! Déclara Aslinn l'air vraiment dégoûtée de sa vie.

-J'ai l'impression d'être un jouet ! Ragea Níniel.

-Bienvenue au club ! Fit Aslinn.

Soudain, une flèche passa juste devant Níniel, celle-ci remerciât sa chance inouïe, jusqu'à ce qu'elle entende un cri. Jusqu'à ce qu'elle se retourne et qu'elle voit l'eau se teindre de rouge, jusqu'à ce qu'elle voit le visage de son amie, déformé par la douleur.

-Aslinn ! Hurla Níniel.


Pauvre Aslinn! Vous en avez pensé quoi? Dites moi tout :D