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Chapitre I
« Master of his Fate »
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12 Août 1977 — Long Ashton, Somerset, Angleterre
Il n'était pas encore sept heures lorsque Lily Evans se leva ce matin-là.
Lorsque son réveil mécanique sonna, la jeune fille étouffa un grognement dans son oreiller avant de repousser sa couette avec ses pieds et de se lever en inspirant profondément.
Une fois encore, elle avait peu dormi.
Machinalement, elle se dirigea vers sa fenêtre et tira les rideaux, laissant ainsi le soleil entrer dans sa chambre. En bâillant, elle traversa la pièce et alla s'enfermer dans la salle de bain contiguë qu'elle avait partagée pendant des années avec sa sœur aînée, Pétunia, avant que celle-ci ne se marie à Vernon Dursley et n'emménage avec lui dans le Surrey.
Un long soupir échappa à la jeune fille lorsqu'elle entra dans la salle de bain. Tant de choses avaient changé en si peu de temps que parfois, penser au passé lui arrachait un pincement au cœur. Il semblait qu'hier encore, Pétunia et elle étaient les meilleures amies du monde. Aujourd'hui, elles s'adressaient tout juste la parole lorsqu'elles se trouvaient dans la même pièce. Longtemps, Lily avait espéré que sa sœur lui pardonne de l'avoir abandonnée, d'avoir choisi ce monde dont Pétunia ne pourrait jamais faire partie, puis elle s'était faite une raison ; Pétunia avait définitivement tiré un trait sur leur relation.
Lily gonfla ses poumons d'air avant de le libérer lentement en fermant les yeux.
L'année qui venait de s'écouler avait été la pire de toute son existence. Sa sœur avait définitivement quitté la maison, son amitié avec Severus n'était plus qu'un lointain souvenir, et Voldemort s'était désormais entouré d'une ribambelle de sbires qui semaient la terreur un peu partout en Grande-Bretagne et se faisaient appeler « Mangemorts ». Pourtant, bien que rongée par la peur d'être la prochaine victime de la haine distillée par certains sorciers à l'égard des gens comme elle, les Nés-Moldus, ce n'était pas Voldemort qui hantait ses nuits. C'était le cancer qui rongeait peu à peu sa mère. Diagnostiquée pendant les vacances de Noël au cours de l'année précédente, son état s'était détérioré si vite qu'elle avait dû être admise à l'hôpital dans le courant du mois de mai. Depuis qu'elle était rentrée pour les vacances d'été, Lily s'était rendue à son chevet tous les jours avec son père, David Evans, qui profitait lui aussi des vacances dont il bénéficiait en tant que professeur de mathématiques à l'Université de Bristol pour passer du temps auprès de sa femme, mais le traitement administré à Garance Evans était si lourd que cette dernière était éveillée à peine quelques heures par jour. Lily passait donc le plus clair de son temps à faire ses devoirs, assise dans un fauteuil près de son lit, sous le regard épuisé de son père qui se cloîtrait jour après jour dans un silence pesant.
Plus que jamais, Lily aurait eu besoin de sa sœur. Ou de Severus.
Mais même à Mary MacDonald, sa meilleure amie, Lily n'avait pu dire quoi que ce soit. La peur était si forte qu'elle ne savait pas comment la partager. Alors elle aussi, elle s'isolait dans son silence, se drapait dans sa douleur, et prétendait que tout allait à la perfection même si son univers s'écroulait, brique par brique.
Jamais elle ne s'était sentie aussi seule. Aussi impuissante.
Lily rouvrit les yeux et inspira profondément, chassant de son esprit les pensées qui l'accablaient ; elle devait retrouver Mary dans quelques heures sur le Chemin de Traverse et il était hors de question qu'elle ait l'air d'avoir passé l'été à se terrer chez elle.
Ses yeux rencontrèrent son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo et elle grimaça en étudiant la jeune fille devant elle.
Elle n'avait décidément rien de la toute nouvelle Préfète-en-Chef que venait de nommer le Professeur Dumbledore. Au mieux, elle avait l'air d'être la pâle copie de la jeune fille vive, brillante, et pleine d'énergie qu'elle avait été. Des cernes violets marquaient son regard émeraude éteint, son teint terne parsemé de pâles petites tâches de rousseur lui donnait un air légèrement maladif et ses longs cheveux auburn avaient grandement besoin d'être coupés.
Son regard glissa sur sa baguette et elle referma ses doigts dessus en inspirant profondément. Puis, d'un simple mouvement du poignet, elle coupa d'un coup presque trente centimètres de cheveux qui tombèrent pitoyablement sur le carrelage.
Plusieurs secondes s'écoulèrent avant que Lily ne réalise ce qu'elle venait de faire, et lorsque son regard se posa enfin sur les longues mèches de cheveux qui jonchaient désormais le sol de sa salle de bain, elle dut se mordre l'intérieure de la joue jusqu'au sang pour retenir un sanglot, car tout à coup, la pression qui pesait sur ses épaules depuis des mois semblait s'être envolée. C'était comme si elle avait enfin le contrôle. Un contrôle trompeur et éphémère, certes, mais un contrôle qui lui donnait momentanément la force de ne pas penser au reste. De ne pas penser à ce qui se tramait dehors et dont elle ne pouvait pas parler à ses parents. Aux horreurs que s'efforçait de taire le Ministère de la Magie mais qui gagnaient peu à peu les gens chez eux. Aux disparitions et aux morts. À Voldemort et la traînée de cadavres qu'il semait sur son passage comme le Petit Poucet ses miettes de pain.
À nouveau, un frisson parcourut la jeune fille mais elle ferma les yeux et chassa les images qui voilaient ses pensées. Il serait bientôt attrapé, ce n'était plus qu'une question de temps. Il ne pouvait en être autrement, tous les Aurors de Grande-Bretagne étaient à sa recherche.
Elle ferma les yeux et inspira profondément pour se donner du courage. Elle refusait d'avoir peur en permanence. Elle refusait de donner à qui que ce soit le pouvoir de la terroriser, surtout si ce « qui que ce soit » était un Mage Noir qui prêchait la haine et encourageait la violence.
Elle avait dix-sept ans et il lui restait tout juste un an pour prouver au monde entier qu'elle avait sa place dans le monde qu'elle choisirait, quel qu'il soit. C'était une sorcière — une excellente sorcière, même — née dans une famille de Moldus. Ça ne faisait pas d'elle un monstre. Au contraire, ça faisait d'elle quelqu'un d'unique, riche de ses différences.
Plus jamais elle ne laisserait qui que ce soit lui dire qu'elle n'appartenait pas au monde qu'elle avait choisi. Ni sa sœur, qui l'avait rayée de sa vie, ni Severus, qui l'avait bannie de la sienne.
13 Août 1977 — Godric's Hollow, Devon, Angleterre
James Potter ne fut pas surpris de voir son père et son meilleur ami assis à la table de la cuisine lorsqu'il descendit prendre son petit déjeuner ce matin-là, ses yeux noisette encore à moitié fermés derrière l'épaisse paire de lunettes noires qui glissait sur son nez long et fin. Sirius lui lança un regard amusé et son père secoua la tête avec bienveillance. Le jeune homme bâilla longuement en passant une main dans ses cheveux déjà ébouriffés, et tira une chaise dans laquelle il se laissa tomber sans ménagement.
— Où est maman ? Demanda-t-il en étouffant un second bâillement.
— Oh, tu la connais, répondit Harold Potter, dont les lèvres s'étirèrent en un sourire amusé, identique à celui qu'arborait souvent son fils. Elle profite du fait que le soleil ne soit pas encore trop haut et qu'il ne fasse pas encore trop chaud pour s'occuper de ses plantes.
James laissa échapper un rire encore endormi et tendit la main vers la cafetière pour se servir une tasse de café.
— Et toi ? Demanda le jeune homme d'une voix moqueuse. Pourquoi tu n'es pas encore au Ministère ?
Harold poussa un soupir et repoussa sa tasse.
— J'étais sur le point de partir, à vrai dire, répondit ce dernier en baissant les yeux sur sa montre.
Le jeune homme poussa un grognement, tout en remplissant allègrement son assiette de toasts et de saucisses, soigneusement préparés par Ecky, l'elfe de Maison au service des Potter depuis presque soixante ans.
— Il est à peine huit heures, fit remarquer James en levant les yeux vers l'horloge suspendue au-dessus de la porte de la cuisine, avant de reporter son attention vers son père.
Harold adressa à son fils un regard indulgent et se leva de sa chaise avec souplesse.
— C'est à moi de m'inquiéter pour toi, James. Pas l'inverse.
— Mais…
— James, le coupa son père avec un sourire qui se voulait rassurant. Ne t'en fais pas pour moi. Je ne suis pas aussi vieux que j'en ai l'air.
James échangea un regard inquiet avec son meilleur ami, dont l'expression était aussi résignée que la sienne.
— Bonne journée, les garçons. Et tâchez de ne pas rendre Grace folle-à-lier, ajouta-t-il avec un long regard appuyé qui fit faiblement sourire les deux adolescents.
Il disparut un instant plus tard, et James repoussa son assiette encore pleine en poussant un soupir de résignation. Cette conversation lui avait coupé l'appétit et son humeur en avait pris un coup.
— Tu sais que ton père a raison, James, commença Sirius en regardant son meilleur ami avec sympathie. Ça ne sert à rien de t'en faire pour lui, il ne prendra pas sa retraite tant que le bureau des Aurors aura besoin de lui…
Le regard de James se posa sur le journal qu'avait abandonné son père sur la table, et la Une lui arracha un haut-le-cœur.
— Et ça ne risque pas d'arriver maintenant que Voldemort a personnellement menacé le Ministère, lâcha-t-il d'une voix rauque en se massant les yeux derrières les verres de ses lunettes.
Sirius se contenta d'esquisser un sourire triste. Ils savaient tous les deux que le père de James ne prendrait jamais sa retraite maintenant que Voldemort était sorti de l'ombre et avait revendiqué chaque attaque, chaque meurtre commis au cours de l'année qui venait de s'écouler, peu importe combien de fois l'avait supplié sa femme.
Ils savaient tous les deux que ce n'était pas l'âge qui tuerait Harold Potter.
Pourtant, Sirius se força à sourire et posa une main réconfortante sur l'épaule de son meilleur ami et tenta de lui faire oublier les risques que prenait son père chaque jour, à la tête du Département des Aurors, en chassant le plus grand Mage Noir de tous les temps.
— Pense à autre chose, James… À quelque chose de plus gai, je ne sais pas moi. Quelque chose comme à ton rencard avec Bonnie cet après-midi, par exemple, ajouta le jeune homme dont les lèvres s'étiraient lentement vers le haut, un éclair moqueur illuminant son regard ombrageux.
James lança un regard noir à son meilleur ami, qui éclata de son plus beau rire moqueur en rejetant la tête en arrière.
— Pourquoi j'ai accepté ce rendez-vous, rappelle-moi ? Grogna le jeune homme, dont les joues s'étaient légèrement empourprées.
Sirius laissa échapper un grognement sarcastique et haussa les épaules.
— Parce que tu voulais nous prouver que tu avais tiré un trait sur Evans et que tu étais passé à autre chose. Ou une connerie de ce genre.
À la mention de Lily, James rougit davantage encore et ébouriffa ses cheveux d'une main pour se donner un air nonchalant.
— Je suis passé à autre chose, insista James en fronçant les sourcils au-dessus de ses lunettes pour appuyer sa déclaration. Evans a été on ne peut plus claire, j'ai compris le message, fin de l'histoire.
Sirius leva les yeux au ciel sans croire un traître mot de ce que racontait son meilleur ami mais il ne fit aucune remarque, bien qu'un sourire goguenard semblait avoir pris racine sur ses lèvres arrogantes.
— Puisque je te le dis ! Protesta James avec véhémence, devant le regard sceptique et le sourire moqueur que lui adressait Sirius.
— Bien sûr, fit ce dernier en hochant la tête. D'ailleurs tu es tellement passé à autre chose que lorsque tu as vu le nom d'Evans à côté du tien en bas de la lettre t'annonçant que tu venais d'être nommé Préfet-en-Chef, ton visage s'est illuminé comme une guirlande de Noël alors que tu aurais dû être aussi horrifié que moi. Ce que je ne t'ai toujours pas pardonné, soit dit en passant, ajouta-t-il en lui adressant un regard appuyé, les bras croisés sur sa poitrine.
— La ferme, grommela James en se levant, les pieds de sa chaise raclant le carrelage de la cuisine.
— T'as Evans dans la peau, James. Tu peux prétendre le contraire si ça t'amuse, mais tu ne trompes personne !
James balaya sa remarque d'un geste de la main.
— Dis ça à mon rendez-vous avec Bonnie, contrecarra-t-il avec un sourire arrogant avant de sortir de la cuisine sans se retourner, le rire moqueur de Sirius retentissant derrière lui comme une traînée de poudre.
Et malgré lui, un sourire vint se glisser sur ses lèvres.
Peut-être qu'il n'avait pas entièrement tiré un trait sur Lily Evans. Mais ça ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas s'amuser un peu en attendant que cette dernière accepte les choses telles qu'elles étaient ; ils étaient faits l'un pour l'autre, et ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle ne s'en rende compte.
13 Août 1977 — Chemin de Traverse, Londres, Angleterre
Installée à la terrasse du glacier Florian Fortarôme, Lily soupira d'aise. Pour la première fois depuis le début de l'été, elle profitait du soleil, loin des couloirs et des salles d'attente de l'hôpital dans lequel sa mère avait été admise.
Il faisait une chaleur étouffante et elle était bien contente que Mary MacDonald, sa meilleure amie, ait proposé qu'elles se retrouvent autour d'une glace avant de ne devoir faire leurs achats pour la rentrée. Jamais encore elle ne s'était rendue sur le Chemin de Traverse sans ses parents, et malgré le sentiment de culpabilité qui la tiraillait depuis qu'elle avait retrouvé Mary, Lily avait l'impression de respirer un peu pour la première fois depuis le début de l'été. Assise à la table d'une terrasse ensoleillée, ses soucis pesaient tout à coup moins lourd. L'espace de quelques heures, elle pouvait tout simplement prétendre être une adolescente normale, dont le principal souci était un garçon au sourire insolent et à l'égo démesuré.
— Potter ? Répéta Mary, incrédule. Dumbledore a nommé James Potter Préfet-en-Chef ? Voulut s'assurer la jeune fille alors que sa meilleure amie venait de lui faire part du contenu de la lettre qu'elle avait reçue la veille avec son nouvel insigne.
Lily hocha la tête avant de placer une nouvelle cuillère de glace à la noisette dans sa bouche.
— Il semblerait, répondit-elle en jouant distraitement avec une mèche de ses cheveux, qui lui tombaient désormais tout juste au-dessus des épaules.
Mary fronça les sourcils d'un air songeur.
— Tu me diras, pour en avoir enfreint une bonne partie, il doit sûrement connaître le règlement de l'école mieux que personne… Ça doit être utile pour un Préfet-en-Chef, non ?
Lily fut secouée d'un léger éclat de rire et lécha le dos de sa cuillère avant de la reposer sur la table.
— J'imagine, oui, répondit-elle en reprenant son sérieux. Mais j'ose espérer que ce n'est pas la raison pour laquelle Dumbledore l'a choisi.
— Probablement pas, admit la jeune sorcière en coinçant derrière son oreille une mèche de cheveux noirs qui ne cessait de tomber sur ses grands yeux bleus.
Mary posa une main sous son menton et observa silencieusement son amie.
Comme la plupart des élèves de l'école, elle savait que les rapports entre James Potter et Lily Evans avaient toujours été tendus, pour la simple et bonne raison qu'ils n'avaient jamais réussis à se comprendre. Ils étaient parfois si différents qu'il n'était pas surprenant que leurs caractères opposés fassent des étincelles. Lily était d'un naturel calme et posé. Elle détestait les confrontations et cherchait toujours à éviter les conflits. James Potter était tout le contraire. Il était spontané, turbulent, disait toujours ce qui lui passait par la tête même si c'était mesquin ou blessant. Si Lily évitait les ennuis, James les cherchait constamment. Elle était discrète alors que James passait son temps à se faire remarquer et adorait être le centre de l'attention.
Mais plus que tout, c'était l'entêtement de James à vouloir faire craquer Lily et à attirer son attention à elle, qui exaspérait la jeune fille. Elle savait que son acharnement ne tenait qu'au fait qu'elle était l'une des rares personnes à ne pas vénérer le sol qu'il foulait, et qu'il voyait en son refus de sortir avec lui un défi à la hauteur de sa personne. Parce que James Potter détestait perdre plus que n'importe qui d'autre à sa connaissance, et Lily était la seule fille de son âge à lui avoir jamais dit non.
Pendant des années, Mary avait été le témoin silencieux de leur relation chaotique, écouté Lily se plaindre du comportement immature de James, et vu ce dernier remuer ciel et terre pour attirer son attention — en vain.
— Qu'est-ce tu en penses ? Demanda finalement la jeune fille, arrachant son amie au fil de ses propres pensées.
— Pardon ? S'étonna Lily en fronçant les sourcils.
— De James, nommé Préfet-en-Chef.
Lily soupira et reporta son attention sur Mary, qui la fixait avec curiosité.
— Je ne sais pas, répondit Lily. Honnêtement, si la lettre n'avait pas été signée de la main de Dumbledore lui-même, j'aurais cru à une mauvaise blague, avoua-t-elle en grimaçant. Je reconnais que James Potter est probablement l'un des meilleurs élèves de l'école, et il aurait probablement été le candidat idéal s'il n'était pas aussi… narcissique et qu'il n'avait pas passé le plus clair de son temps à terroriser l'école ou à humilier d'autres élèves sous prétexte que leur « simple existence le dérange », mais…
— Si tu penses à Rogue…
— Entre autres, oui, admit Lily en détournant le regard, son cœur se nouant douloureusement dans sa poitrine comme c'était le cas chaque fois qu'elle pensait à lui, qu'elle le croisait en classe, ou que quelqu'un mentionnait son nom.
Peu importe combien de temps avait passé, Lily souffrait toujours d'avoir perdu son meilleur ami. Malgré elle, la jeune fille ne pouvait s'empêcher de se raccrocher aux souvenirs qu'elle avait de Severus, plus jeune, et d'espérer qu'un jour, il retrouve la raison. Mais au fond, elle savait qu'il avait fait son choix depuis bien longtemps et qu'elle avait préféré lui trouver des excuses plutôt que d'accepter de voir la réalité telle qu'elle était. Jusqu'au jour où il avait commis l'erreur de trop, celle sur laquelle elle n'avait pas pu fermer les yeux, celle pour laquelle elle avait été incapable de trouver la moindre excuse.
— Peu importe, reprit finalement Lily en esquissant un sourire qui se voulait plus vaillant qu'elle ne l'était vraiment en cet instant. Si Dumbledore croit que James Potter en est capable, alors je n'ai rien à dire.
Mary secoua la tête avec résignation puis, après un long moment de silence, un léger sourire s'empara de ses lèvres et elle secoua la tête avec amusement.
— Merlin, il va te rendre dingue… Je te donne deux semaines avant de craquer et de rendre ton insigne ou de supplier McGonagall de le renvoyer sur son terrain de Quidditch…
Malgré elle, la jolie rousse éclata de rire. Embarrassée, elle plaqua ses deux mains sur son visage et se mordit l'intérieur de la joue ;
— Probablement, admit-elle entre deux soubresauts incontrôlés. Honnêtement, comment Dumbledore a-t-il pu penser que ce serait une bonne idée de nommer Potter Préfet-en-Chef ? Je n'ai jamais vu qui que ce soit, mis à part Black peut-être, fuir les responsabilités comme lui… Ça va être une catastrophe, soupira Lily, ses lèvres s'étirant en une moue résignée.
Mary adressa à son amie un sourire mutin mais ne prit pas la peine de répondre, et les deux jeunes filles demeurèrent silencieuses un long moment.
Songeuse, Lily se demanda comment il lui serait possible de travailler avec la seule personne au monde capable de la faire sortir de ses gonds. Elle ne s'expliquait pas le pouvoir que pouvait avoir James Potter sur elle. Pas plus qu'elle ne s'expliquait sa capacité à la pousser à bout alors qu'elle faisait toujours de son mieux pour garder son calme et agir le plus rationnellement possible, quelle que soit la situation. Pourtant, inexplicablement, James arrivait à faire ressortir ce qu'il y avait de pire chez elle et trouvait toujours le moyen d'appuyer là où ça faisait mal. Longtemps, Severus avait été la meilleure arme de James contre Lily, jusqu'au jour fatidique où il était parvenu à le retourner définitivement contre elle. Depuis, Lily avait fait de son mieux pour ignorer la présence de l'un comme de l'autre, même si contrairement à Severus, James avait continué à la persécuter de ses farces puériles et de ses demandes prétentieuses pour qu'elle sorte avec lui.
— On devrait y aller, soupira finalement la jeune fille en jetant un coup d'œil à sa montre. Crois-moi j'adorerais passer le reste l'après-midi à parler de James Potter, mais si on veut se procurer tout ce qu'il y a sur la liste avant la fin de la journée, on ferait mieux de s'y mettre tout de suite.
Mary acquiesça et les deux jeunes filles se levèrent en abandonnant quelques Mornilles sur la table avant de s'engouffrer dans l'allée marchande bondée.
13 Août 1977 — Chemin de Traverse, Londres, Angleterre
Il fallut moins d'une heure à James pour se rendre compte qu'accepter de sortir avec Bonnie Brocklehurst avait été une grave erreur. Si Bonnie, avec ses yeux de biche, sa bouche en forme de cœur et ses longues boucles blondes était incontestablement l'une des plus jolies filles de Poudlard, elle n'en était pas moins ennuyeuse à mourir.
Les mains enfouies dans le fond de ses poches de peur qu'elle ne décide de lui en voler une, James déambulait à ses côtés dans les rues bondées du Chemin de Traverse en faisant semblant d'écouter ce qui était sûrement la Palpitante Histoire de sa Vie, volume I.
Perdu dans ses pensées, James écoutait d'une oreille distraite le monologue de la jeune fille lorsque celle-ci le tira soudain par la manche en poussant de grandes exclamations.
— Qu'est-ce que tu en penses ? Demanda-t-elle en tournant un visage rayonnant vers lui.
— Pardon ? Fit-il en dégageant discrètement son bras de son emprise.
Bonnie fronça les sourcils, ses lèvres formant une moue boudeuse. James dut faire tous les efforts du monde pour ne pas transplaner sur-le-champ et abandonner la jeune fille sur place. La seule chose qui le retint fut d'imaginer la réaction de sa mère si jamais elle venait à apprendre qu'il avait traité une fille avec aussi peu de respect.
— Quoi ? Fit-il en esquissant un sourire séduisant qui eut aussitôt l'effet escompté.
Bonnie fondit instantanément et pointa un doigt vers la devanture d'une petite boutique aux fenêtres drapées d'épais rideaux mauves, dont la porte était dissimulée par une sorte de voile argenté vaporeux. En regardant autour de lui, James comprit avec horreur que la jeune fille l'avait emmené dans une ruelle adjacente à l'allée principale, connue pour ses boutiques romantiques et ses salons de thé ambiancés. Il déglutit difficilement en déchiffrant l'enseigne mystique de la boutique, et glissa un regard vers Bonnie qui le fixait avec un sourire extatique.
— Pas question que j'entre là-dedans, refusa-t-il.
Le sourire de la jeune fille s'effrita, et cette fois James sut qu'il aurait beau user de tout son charme sur elle, elle n'en démordrait pas. Alors, la mâchoire serrée, il s'arma de son plus beau sourire et ravala sa fierté — il ne tenait pas particulièrement à ce que toute l'école le prenne pour un goujat parce qu'il avait refusé d'entrer dans une stupide boutique et que Bonnie s'en était plainte à ses amies.
— Pas plus de cinq minutes, se résigna-t-il alors, en se jurant d'emporter ce secret dans sa tombe et en priant pour que Sirius n'en entende jamais parler.
Le visage de Bonnie s'illumina aussitôt et elle s'empressa de pousser la porte de la petite boutique en entraînant James avec elle.
Il fut aussitôt agressé par une forte odeur d'encens et dut plisser les yeux pour les habituer à la pénombre dans laquelle était plongée l'échoppe. Autour de lui, des boules de cristal surplombaient des étagères qui menaçaient de s'effondrer sous leur poids et des châles aux couleurs vives tapissaient les murs.
— Bienvenue à vous, les salua une voix ombragée.
La silhouette d'une femme d'un certain âge, dont le corps élancé était drapée dans un immense châle semblable à ceux qui décoraient l'intérieur de la boutique se découpa dans l'obscurité, et James résista à l'envie de faire demi-tour en courant.
— Je suis Celeste Trelwaney, se présenta-t-elle en inclinant légèrement la tête.
— Bonnie, s'empressa de se présenter la jeune fille en esquissant un sourire. Et voici James, ajouta-t-elle en désignant le jeune homme à côté d'elle.
Le regard de la vieille dame glissa sur ce dernier et il eut la désagréable impression d'être mis à nu. Il soutint pourtant son regard, refusant de céder à l'intimidation, mais fut soulagé lorsqu'elle reporta enfin son attention vers Bonnie.
— Vous êtes ici pour consultez votre avenir.
— Oui, on aimerait…
— Ce n'était pas une question, coupa la vieille femme d'une voix calme, en secouant la tête. Je vous ai vus arriver.
— Oh ! Fit Bonnie, ses yeux s'agrandissant comme des soucoupes.
James leva les yeux au ciel mais s'abstint de faire la moindre remarque.
— Prenez place, les pria Celeste Trelawney en désignant un petit guéridon autour duquel trois poufs mauves étaient disposés.
Bonnie ne se fit pas prier et alla s'installer gracieusement dans l'un des poufs, suivi de James qui se jura de ne plus jamais accepter de sortir avec une fille dans l'unique but de prouver à Sirius qu'il avait tiré un trait sur Lily Evans.
Celeste Trelawney prit place en face d'eux et posa ses deux mains à plat sur le guéridon, son regard se posant successivement sur Bonnie, puis James.
— Hmmm, fit-elle après un long moment. Je vois…
Cette fois, James leva les yeux au ciel, se moquant pas mal de paraître impoli.
— Qu'est-ce que vous voyez ? Demanda vivement Bonnie en se penchant en avant.
La vieille femme l'ignora complètement, son regard braqué sur James.
— Vous êtes si jeune, souffla-t-elle. Je n'avais encore jamais vu cela…
— Vu quoi ? Demanda Bonnie, les sourcils froncés avec un mélange d'inquiétude et d'excitation.
Le regard de la voyante cilla avant de glisser momentanément vers la jeune fille et de revenir se braquer sur James, profondément mal à l'aise.
— Un cœur si pur. Fort. Courageux. Loyal.
Elle se tut un instant, pour reprendre sur un ton plus dramatique encore ;
— Ce n'est pas elle, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle en désignant Bonnie.
— Pa-pardon ? Fit James, plus troublé qu'il n'était prêt à le reconnaître.
— La fille. Celle pour qui bat ce cœur, expliqua-t-elle en tendant une main vers lui.
Elle posa sa paume ouverte sur la poitrine de James et hocha la tête, comme si elle répondait à une question qui n'avait pas été posée.
— Celle pour qui vous mourrez jeune, ajouta-t-elle avant de retirer sa main.
James sentit son sang se glacer dans ses veines. Immobile, il soutint le regard de la vieille femme sans ciller, le cœur battant à tout rompre.
— Vous aurez le choix, reprit-elle. Vous pourrez vivre, ou vous pourrez l'aimer. Mais votre amour pour elle vous coûtera la vie, cela ne fait aucun doute.
À côté de lui, Bonnie était devenue étrangement silencieuse. La mâchoire crispée, James refusa de se laisser avoir par le petit numéro que Celeste Trelawney devait très certainement faire à tous ses clients. Il inspira profondément et se força à éclater de rire, bien que le tambourinement de son cœur dans sa poitrine se faisait de plus en plus rapide, de plus en plus douloureux et oppressant.
— Bien… ça a le mérite d'avoir été divertissant, fit-il en sautant sur ses jambes, mais je suis navré, je ne crois pas en ces idioties.
La voyante le suivit du regard mais demeura silencieuse. Toutefois, lorsqu'il plongea une main dans la poche de son pantalon, elle secoua la tête ;
— Ce n'est pas nécessaire.
— Comment vous… Peu importe, s'interrompit-il. Bonnie ? Ajouta-t-il en tournant la tête vers la jeune fille qui observait la scène avec de grands yeux écarquillés.
Silencieusement, elle se leva, adressa un sourire contrit à la voyante et rejoignit James qui l'attendait debout près de la porte.
— Désolée, s'excusa-t-elle poliment auprès de la vieille femme, qui se contenta de lui adresser un sourire avant de lancer un dernier regard à James, qui poussa la porte et quitta la boutique.
Une fois dehors, le jeune homme inspira profondément, gonflant ses poumons de tout l'air qu'ils étaient en mesure de contenir, et s'efforça de reprendre le contrôle de ses émotions. Il ne croyait pas en l'art de la divination. C'était une branche de la magie incertaine, exploitée par de nombreux sorciers et sorcières peu scrupuleux, et qui que soit cette Celeste Trelawney, elle n'échappait pas à la règle. Peu importe à quel point son petit numéro dramatique était convaincant. Il ne croyait pas un mot de ces sornettes.
— James ? Le surprit tout à coup la voix de Bonnie dans son dos.
Il tenta de sourire avant de renoncer purement et simplement ; il en avait plus qu'assez de ce rendez-vous désastreux et de cette charade grotesque. Il n'avait tout simplement pas envie de sortir avec Bonnie. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais.
— Écoute, je suis désolé, mais…
Bonnie secoua la tête, les sourcils froncés au-dessus d'un regard perçant.
— Pas la peine, fit-elle d'un ton sec. Je sais exactement ce que tu vas me dire, et franchement, je n'ai pas la moindre envie d'en entendre davantage.
James ouvrit la bouche pour rétorquer quelque chose, mais la jeune fille l'arrêta d'un geste de la main, indiquant qu'elle était loin d'avoir fini, et il réprima un grognement agacé.
— Je ne t'ai pas forcé à accepter ce rendez-vous, d'accord ? Reprit-elle d'une voix plus maitrisée. Je dois même reconnaître que j'ai été assez surprise quand tu as dit oui. Ravie, mais surprise. Franchement, tout le monde sait que tu ne t'es jamais intéressé à aucune autre fille que Lily.
— Evans ? Grogna James en plongeant les mains dans ses poches en adressant à la jeune fille un regard désespérément désinvolte.
Bonnie leva les yeux au ciel avec agacement et croisa les bras sur sa poitrine, incapable de dissimuler sa frustration plus longtemps.
— Lily, oui, répondit Bonnie. J'ai su à la seconde où je t'ai vu cet après-midi que ce rendez-vous était une excuse bidon pour te convaincre toi ou je ne sais pas qui que ce n'est pas avec elle que tu voulais être aujourd'hui. Mais j'ai quand même fait des efforts… je pensais que je pourrais… Peu importe, s'interrompit-elle en soupirant. J'ai eu l'impression d'être toute seule tout l'après-midi. J'ai fait la conversation toute seule, je me suis promenée toute seule… Mais à la seconde où cette voyant à parler de Lily, tu as…
— Elle n'a jamais parlé d'Evans, coupa James d'une voix dure, toute couleur désertant son visage.
Bonnie demeura silencieuse un instant et très lentement, un sourire triste étira ses lèvres. James haït instantanément la pitié qu'il lue sur son visage et dans ses poches, ses poings s'enroulèrent furieusement.
— Elle n'a pas eu besoin, répondit finalement Bonnie.
— Ne me dis pas que tu crois à toutes ces idioties, railla James en tentant d'adopter un ton plus léger, dans l'espoir que son rythme cardiaque suivrait la cadence qu'il tentait de lui imposer.
— Je ne sais pas, admit Bonnie en haussant les épaules. Je ne te le souhaite pas.
James détourna le regard, la mâchoire crispée, mais ne répondit pas un mot.
Au bout de longues secondes de silence, il entendit Bonnie pousser un soupir mais refusa de reporter son attention sur elle.
— Bien, commença-t-elle d'une petite voix. Puisque nous sommes tous deux d'accord pour dire que ce rendez-vous était un désastre, je vais y aller.
— Hmmm, se contenta seulement de répondre James dont le cœur tentait toujours d'échapper à sa cage thoracique.
La jeune fille hésita un instant, sembla sur le point d'ajouter quelque chose, puis renonça et secoua la tête. Elle avait déjà perdu bien trop de temps à essayer de plaire à un garçon qui ne la voyait même pas. Et aussi séduisant, drôle, et charmant que pouvait parfois être James Potter, il n'en valait pas la peine.
Bonnie fit aussitôt volte-face et sans se retourner, elle disparut dans la foule, laissant James seul avec ses pensées encombrées au beau milieu d'une des allées les moins fréquentées du Chemin de Traverse.
Le jeune homme inspira profondément. Il n'avait aucune idée de ce qui venait de se passer, mais une chose était certaine, il allait enterrer cette journée et ce rendez-vous catastrophique au plus profond de sa mémoire.
Après tout, personne ne pouvait prédire l'avenir avec exactitude.
Il était le seul à pouvoir décider de son destin, et rien ni personne d'autre au monde n'avait ce pouvoir.
N/A : Bonsoir tout le monde ! Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour vos reviews si encourageante de la semaine dernière. Ça me fait un bien fou de publier une nouvelle histoire et je suis vraiment contente de retrouver la plupart d'entre vous. Un grand "bienvenue" aux quelques petits nouveaux également ^^
J'espère que ce premier chapitre ne vous aura pas fait fuir et que vous avez envie de rester un petit peu, au moins jusqu'à vendredi prochain pour la suite.
Évidemment, un grand merci à DelfineNotPadfoot, VIP et bêta lectrice que j'adore.
Sur ce, je vous souhaite à tous un très bon week-end et je vous dis à vendredi prochain ! :)
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PS : Si l'envie vous en prend, Delfine et moi venons de publier une nouvelle "Drabble exquise" sur notre compte Delplume !
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RàR : à Miisss : Bonsoir ! Je suis très contente que HoL t'ait plu et j'espère sincèrement que AR te plaira également, sans que tu t'ennuies en ayant l'impression de relire la même chose. Un grand merci pour tes encouragements et à bientôt :)
à Marie : Merci beaucoup, ça fait plaisir de retrouver des lecteurs qui ont lu certaines de mes "anciennes" fictions ! J'espère que cette histoire te plaira :) Je te souhaite une très bonne soirée :)
à Mea95Gryffondor : Hé ! Je vais très bien et toi ? :D Ça faisait longtemps et je suis très contente de te retrouver ! J'espère vraiment que cette histoire te plaira :) À très bientôt j'espère ^^
