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Chapitre II

« Wind of Change »

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1er Septembre 1977 — King's Cross, Londres, Angleterre


Comme chaque année, le quai était bondé. Le ronflement tranquille de la locomotive d'un rouge flamboyant familier berçait la foule et un brouhaha euphorique étouffait les conversations des uns et des autres. Noyée dans une masse de parents et d'élèves, Lily se sentit en sécurité pour la première fois depuis des mois. Perdue dans la foule, elle était invisible, moins vulnérable. Il était presque facile d'oublier que les rires qui s'élevaient sur le quai ne reflétaient en rien ce qu'il se passait dehors, à l'extérieur de cette bulle éphémère de bonne humeur. Il suffisait de prêter attention autour de soi pour voir que ces retrouvailles et ces embrassades chaleureuses parvenaient tout juste à faire illusion dissimulés dans des robes noires sobrement taillées, des Aurors veillaient discrètement à la sécurité des parents et de leurs enfants, prêts à intervenir en cas d'incident. Lily savait pourquoi ils étaient là. Tout le monde le savait. Mais il était plus facile de prétendre le contraire et de faire semblant, encore un peu, que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

— Eh bien voilà, fit David Evans en adressant à sa fille un sourire fébrile. On y est.

Lily lui rendit son sourire, la gorge sèche et les mains tremblantes. Pour la première fois depuis le jour où elle avait appris qu'elle était une sorcière, elle n'était pas sûre d'avoir envie de partir. Pourtant, elle prétendit le contraire en se forçant à conserver un air détaché et son père fit semblant de la croire.

— On y est, répéta-t-elle lentement d'une voix à peine audible.

Son père posa une main sur sa joue et pour la première fois depuis des mois, son sourire gagna son regard de la même teinte émeraude que le sien.

— Je suis fier de toi, Lily. Et pas seulement pour cet insigne, fit-il en désignant le petit badge accroché sur sa poitrine.

— Je sais, papa, répondit simplement Lily avec gratitude en combattant les larmes qui menaçaient d'échapper à la barrière de ses longs cils auburn.

David Evans poussa un soupir témoignant de la fatigue qui l'écrasait avant d'attirer sa fille contre lui et de la serrer dans ses bras et de poser un baiser sur le sommet de son crâne.

— Fais attention à toi, d'accord ? Souffla-t-il d'une voix cassé.

Lily hocha la tête contre le torse de son père, une larme solitaire glissant sur sa joue avant de venir s'écraser dans le col de sa chemise. Lorsqu'il la relâcha, David Evans peina à sourire et Lily haït la solitude qu'elle lut dans son regard.

— Ça va aller, tenta-t-il de la rassurer.

Lily déglutit difficilement mais demeura silencieuse. Ils savaient tous les deux que non, ça n'irait pas, mais prétendre le contraire était plus facile qu'accepter la vérité.

— Tu m'écriras toutes les semaines ? Demanda-t-elle finalement d'une voix chevrotante.

— Tous les jours, même, sourit son père, de petites rides apparaissant au coin de ses yeux.

— Promis ?

— Promis.

Lily inspira profondément et se baissa pour attraper la hanse de sa malle avant de relever un regard éteint vers son père.

— Embrasse maman pour moi, d'accord ? Murmura-t-elle d'une toute petite voix, comme si ses propres mots lui faisaient peur.

David Evans se contenta de hocher la tête et la jeune fille fit de son mieux pour ignorer la tristesse qui noyait le regard de son père.

Et parce qu'il n'y avait rien d'autre à dire, Lily se hissa sur la pointe des pieds, embrassa la joue de son père et lui adressa un dernier sourire avant de faire volte-face, le cœur lourd.

Elle se fraya un passage dans la foule tout en se débattant férocement contre une montée de larmes, les yeux rivés sur le bout de ses chaussures. Elle ne vit pas James Potter lorsqu'elle passa devant lui et monta à bord du Poudlard express sans se retourner.

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James Potter regarda Lily Evans hisser sa malle à bord du train, son rythme cardiaque augmentant imperceptiblement. Une expression mélancolique était peinte sur son visage habituellement doux et souriant, elle avait coupé ses longs cheveux auburn, et son regard continuellement pétillant de vie et d'humour était voilé, terne.

Quelque chose n'allait pas et James haït instantanément le sentiment qui s'empara de lui. Il esquissa un mouvement, comme pour s'élancer après elle, mais se reprit juste à temps et reporta son attention vers Sirius et ses parents en étirant ses lèvres en un sourire qui se voulait détaché et convainquant. Il échoua lamentablement, mais personne ne sembla le remarquer.

— James, tu n'as rien oublié ? Lui demanda sa mère pour la énième fois. Tu as pensé à prendre tes nouvelles chemises ? Ecky les avait posées sur ton lit. Et tu as bien pris tous tes livres ? J'ai vu traîner ton manuel de Potions dans la cuisine hier matin...

Le jeune homme réprima l'envie de lever les yeux au ciel et échangea un regard amusé avec son père.

— Grace, la réprima gentiment ce dernier en passant un bras autour des épaules de sa femme.

Grace Potter esquissa un sourire contrit et joignit ses mains gantées avant de se tourner vers Sirius qui leva les deux mains devant lui, le regard pétillant d'amusement ;

— Non, j'ai tout, madame Potter !

James et son père éclatèrent du même rire bas et grave et Grace Potter leva les yeux au ciel.

— J'imagine que je n'aurai qu'à vous envoyer ce que vous avez oublié de toute façon…

— Maman, soupira James avec amusement en voyant son regard s'embuer légèrement. Tu ne vas pas pleurer quand même ?

Grace Potter haussa les épaules et releva le menton le plus dignement possible, mais aucun des trois hommes présents n'était dupe et son mari resserra très légèrement son bras autour de ses épaules avant de le laisser retomber le long de son corps lorsqu'elle fit un pas en avant et prit Sirius dans ses bras en essayant de lui faire promettre de bien se tenir jusqu'à Noël, ce qu'il refusa catégoriquement de faire. James reporta son attention vers son père et le vit adresser un signe de tête à un homme sobrement vêtu d'une robe noire qui se tenait discrètement près d'un pilier en briques rouges ; un des Aurors présents pour assurer la sécurité de la foule, sans aucun doute. Une fois encore, ce simple geste rappela à James que son père, à presque soixante-quinze ans, était bien trop vieux pour continuer d'assurer ses fonctions, et son estomac se noua douloureusement.

— Je sais à quoi tu penses, James, fit soudain son père d'une voix basse, de sorte que seule le jeune homme puisse l'entendre.

Il fit un pas et se rapprocher de son fils avant de poser une main sur son épaule et d'étirer les lèvres en un sourire qui se voulait rassurant. James planta son regard dans celui de son père, la mâchoire crispée et le vieil homme pouffa légèrement, avec un mélange de consternation et de fierté, avant de secouer la tête ;

— On en a déjà discuté, James.

Le jeune homme plongea une main dans ses cheveux et haussa les épaules, mais demeura résolument silencieux, comme pour donner du poids aux mots qu'il ne prononçait pas.

Harold Potter poussa un soupir de lassitude, mais fut incapable d'effacer toute trace de fierté de son sourire. Son fils lui ressemblait bien plus qu'il ne le croyait. Il ne pouvait pas lui reprocher son entêtement, pour la simple et bonne raison qu'il s'agissait d'un des nombreux traits qu'ils partageaient. Depuis son plus jeune âge, James avait été le portrait craché de son père, et pas seulement parce qu'il avait les mêmes yeux noisette, la même tignasse indomptable, la même mâchoire carrée, et le même rire grave et légèrement cassé.

Pourtant, même s'il était fier du jeune homme qu'était devenu son fils, Harold Potter se prenait parfois à espérer que celui-ci aspire à une vie différente de la sienne. Une vie d'employé du Ministère sans histoires, au département de la coopération magique internationale, par exemple. Une vie dans laquelle il ne passerait pas son temps à traquer des Mages Noirs. Une vie qu'il ne risquerait pas au quotidien pour défendre les valeurs qui lui étaient chères. Mais quand il regardait son fils, Harold voyait déjà le soldat et son cœur se contractait douloureusement.

— James, tu as mieux à faire que de te soucier d'un vieillard comme moi…

— Papa, soupira James en fermant brièvement les yeux.

— Non, c'est vrai, l'interrompit le vieil homme en secouant la tête. C'est ta dernière année d'études. Profite de tout ce que Poudlard a encore à t'offrir et à t'apprendre. Un jour viendra, quand tu seras vieux comme moi, où tu regretteras cette période de ta vie, crois-en mon expérience, ajouta-t-il en riant avec douceur.

Malgré lui, James esquissa un sourire et hocha lentement la tête.

— Bien. Et essaye de ne pas t'attirer trop d'ennuis cette année, d'accord ? Demanda son père avec un sourire amusé. Parce qu'on ne sait plus où entasser les lettres que nous envoie Minerva.

James passa une main dans ses cheveux et un sourire identique à celui de son père vint prendre possession de ses lèvres.

— Seulement si tu promets d'en faire autant, répondit-il en haussant les épaules.

Le vieil homme éclata de rire et posa à nouveau une main affectueuse sur l'épaule de son fils.

— Je crains ne pas pouvoir tenir cette promesse, James.

— C'est bien ce qu'il me semblait, rétorqua le jeune homme avec un sourire qui ne parvint pas tout à fait à masquer sa tristesse.

Harold secoua à nouveau la tête et poussa un long soupir ;

— Fais attention à toi, James.

— Toi aussi, papa, fit ce dernier en le serrant brièvement dans ses bras avant de reculer d'un pas et de glisser un regard vers Sirius et sa mère, qui avaient eu le tact de leur laisser un bref moment d'intimité.

— Prêts ? Demanda finalement Grace Potter avec un sourire triste.

James hocha la tête et l'embrassa sur la joue avant de la serrer dans ses bras à son tour.

— Prêts, fit-il en la relâchant doucement.


1er Septembre 1977 — Poudlard Express, Angleterre


— C'est moi où ils sont de plus en plus petits ? Grommela Sirius en se frayant un passage dans l'océan d'élèves de première année surexcités qui avaient envahi le couloir pour rejoindre le compartiment que James, Remus, Peter et lui occupaient traditionnellement.

James laissa échapper un grognement sarcastique et plongea une main dans ses cheveux.

— J'ai bien peur que ce soit toi, répondit-il en adressant un regard moqueur à son meilleur ami. Je te rappelle qu'à leur âge, on remplissait à peine nos robes.

— Ouais, mais regarde-nous maintenant, rétorqua Sirius en faisant danser ses sourcils, un sourire arrogant accroché aux lèvres.

James éclata de rire, bousculant une fille minuscule sur son passage.

— Oh, désolé, je ne t'avais pas vue, s'excusa-t-il aussitôt en posant une main sur son bras pour l'aider à retrouver son équilibre. Est-ce que ça va ?

Un fard écarlate colora les joues de la petite fille et elle balbutia quelque chose d'incompréhensible avant de faire volte-face et de s'éloigner en courant presque.

James la regarda disparaître en clignant des yeux et son meilleur ami éclata d'un rire tonitruant qui fit sursauter les deux élèves de deuxième année qui se trouvaient près d'eux.

— Je crois qu'on leur fait peur, marmonna James avant de pousser un soupir. Allez viens, ils sont là, ajouta-t-il en poussant la porte du dernier compartiment du wagon dans lequel ils étaient montés.

Assis près de la fenêtre, Remus releva la tête de son livre lorsqu'il entendit la porte coulisser et Peter cessa de fouiller dans son sac à la recherche du sandwich au thon que lui avait préparé sa mère. Sirius alla s'affaler sans ménagement à côté de Peter et sortit paresseusement sa baguette pour faire léviter sa malle jusqu'au filet à bagages tandis que James la hissa sans peine au-dessus de lui avant de s'installer près de Remus qui avait momentanément posé son livre.

— On pensait que vous aviez raté votre train, fit Peter en se remettant à fouiller dans son sac.

— Encore une fois, précisa Remus avec un sourire en coin.

James leva les yeux au ciel, mais un sourire faisait pétiller son regard noisette derrière les épais verres de ses lunettes, trahissant son amusement.

— Ce n'est arrivé qu'une fois, d'accord ? Et c'était pendant les vacances de Pâques en première année, il y a prescription.

— Pas pour McGonagall, se moqua le jeune lycanthrope. Je l'entends encore hurler.

Peter pouffa légèrement et Sirius laissa échapper un rire semblable à un aboiement avant de sortir un jeu cartes de la poche de son pantalon d'uniforme.

— Une bataille explosive ? Proposa-t-il en secouant le paquet.

James poussa un grognement et se tourna vers Remus en désignant une fine cicatrice mauve au-dessus de son arcade sourcilière gauche ;

— Il a inventé une nouvelle règle pendant l'été.

— Celui qui parvient à causer le plus de dommages physiques à ses adversaires gagne la partie ? Devina Remus en dissimulant un sourire narquois.

— Exactement.

— Vous jouez ? S'impatienta Sirius. Peter et moi contre vous deux ? À moins que messieurs les ex-préfet et Préfet-en-Chef préfèrent finir leurs devoirs ou terroriser d'innocents élèves de première année découvrant les joies des pétards de chez Zonko ?

James arqua un sourcil et un sourire arrogant se dessina lentement sur ses lèvres. Il fut sur le point de répliquer lorsque Peter releva un visage circonspect vers lui ;

— En parlant de ça, commença ce dernier tout en déballant avec précaution son sandwich du papier dans lequel il était enveloppé, tu as vu Lily ?

James se tendit imperceptiblement avant de hausser les épaules en adoptant un air détaché, ignorant volontairement les regards prudents que lui lançaient ses amis.

— Non. Je l'ai vue monter à bord tout à l'heure, mais je n'ai pas eu l'occasion de la saluer.

— De la harceler, tu veux dire, se moqua Sirius en arquant un sourcil provocateur.

James lui lança la première chose qui lui tombait sous la main — en l'occurrence, le livre de Remus — mais son meilleur ami l'esquiva avec facilité.

— Je suis…

— Passé à autre chose, ouais, on connaît la chanson. Et c'est pour ça que tu es revenu de ton rendez-vous avec Bonnie avec une tête d'enterrement ?

Cette fois, James détourna les yeux mais demeura silencieux. Il entendait encore la voix basse et froide de Celeste Trelawney lui promettre une mort certaine et les mots qu'elle avait prononcés s'étaient imprimés sur son cœur à l'encre indélébile. Il avait choisi de ne rien dire à ses amis parce qu'il refusait de croire un seul mot s'échappant de la bouche d'une voyante de pacotille qui gagnait sa vie en terrorisant ses clients les plus naïfs.

Remus adressa un regard réprobateur à Sirius qui leva les yeux au ciel mais eut la décence de ne pas ajouter un mot.

— Je ferais mieux d'y aller, fit lentement James en se levant sans adresser un regard à ses amis. Evans va m'écorcher vif si je suis en retard.

— James je ne voulais pas…

— Je sais, l'interrompit James en haussant les épaules avec une nonchalance qu'il n'avait définitivement pas. T'inquiète.

Le jeune homme fit coulisser la porte du compartiment et la referma derrière lui sans se retourner, laissant ses amis dans un silence de plomb. Habituellement, James était toujours le premier à rire de ses échecs avec Lily Evans. Il ne prenait jamais rien au sérieux et rebondissait toujours plus vite que la plupart des gens. Il ne se laissait jamais abattre et ne laissait jamais personne lui dire qu'il ne pouvait pas obtenir ce qu'il voulait, pas même Lily Evans lorsqu'il s'acharnait à lui demander son cœur, si bien qu'à la seconde où il franchit la porte de leur compartiment, les trois Maraudeurs surent avec certitude qu'il s'était passé quelque chose qui l'avait secoué plus qu'il n'était prêt à le reconnaître.


1er Septembre 1977 — Compartiment des Préfets, Poudlard Express, Angleterre


James inspira profondément avant de pousser la porte du compartiment des préfets. Sans surprise, il vit que Lily était déjà installée sur une des banquettes disposées autour de la grande table ovale au centre de la pièce. La jeune fille avait le visage tourné vers la fenêtre, les mains nouées sur ses cuisses. Le cœur de James se pinça en apercevant une larme rouler sur sa joue droite. Il plongea une main dans ses cheveux et inspira une nouvelle fois, plus lentement, avant de laisser retomber sa main le long de son corps et de faire un pas en avant.

— Evans ? Fit-il d'une voix mal assurée.

La jeune fille sursauta violemment et ses grands yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle se retourna et vit James dans l'encadrement de la porte. Leurs regards s'accrochèrent un instant, le temps nécessaire au jeune homme pour discerner l'ampleur de la douleur qui tourmentait Lily. Trop vite, pourtant, Lily détourna les yeux et se força à afficher une expression neutre.

— Potter, le salua-t-elle en hochant lentement la tête. Tu es en avance, ajouta-t-elle simplement.

James haussa les épaules et vint s'asseoir en face d'elle d'une démarche hésitante.

— J'espérais te trouver là. Vu la situation, je me suis dit que ça ne pouvait pas faire de mal qu'on… qu'on discute de tout ça, fit-il en désignant le vide entre eux d'un geste de la main.

Lily hocha à nouveau la tête, lentement, mais resta silencieuse un moment, les yeux à nouveaux rivés sur le paysage qui défilait à travers la fenêtre.

Elle était toujours aussi jolie que la dernière fois qu'il l'avait vue, mais les cernes sous ses yeux et la pâleur de ses joues la vieillissaient de quelques années. La Lily en face de lui ne ressemblait pas beaucoup à la jeune fille qu'il avait un jour demandée en mariage pendant le banquet d'Halloween dans l'unique but de l'embarrasser, juste parce qu'elle avait pris la défense de Servilus un peu plus tôt dans la journée en cours de Potions lorsqu'il avait fait exploser son chaudron juste pour faire marrer Sirius. À cette époque, il avait pensé que l'embarrasser devant le plus de monde possible était le meilleur moyen d'attirer son attention et de venger son égo écorché. Au final, ça n'avait eu pour effet que de creuser davantage encore l'immense fossé qui se dressait déjà entre eux. James savait que tout le monde pensait que son obsession pour Lily Evans ne tenait qu'au fait qu'elle avait toujours refusé de céder à ses avances, et il ne prenait pas la peine de contredire qui que ce soit parce c'était plus facile de prétendre vouloir amuser la galerie que d'avouer ce qu'il se passait dans sa poitrine chaque fois que son regard se posait sur elle.

— Sur une échelle de un à dix, à quel point es-tu furieuse que j'ai été nommé Préfet-en-Chef ? Demanda-t-il finalement en ébouriffant sa tignasse noir corbeau d'une main hésitante.

Lily reporta son attention vers le jeune homme et poussa un long soupir.

— Je ne sais pas. Il y a deux mois, j'aurais probablement dit onze, admit-elle en haussant les épaules. On ne peut pas vraiment dire que tu aies mérité cette position, mais si Dumbledore pense le contraire et t'a choisi toi plutôt qu'un autre, alors il doit y avoir une raison.

James réprima une grimace et hocha la tête. De toute évidence, elle n'était pas très enthousiaste à l'idée d'avoir à travailler avec lui, mais égale à elle-même, elle taisait ses a priori et choisissait de lui accorder le bénéfice du doute.

— Il s'est probablement dit que c'était le seul moyen de me forcer à respecter le règlement, avoua-t-il en haussant les épaules.

— Hmm, répondit simplement Lily en reportant son regard vers la fenêtre.

Cette fois, James fronça les sourcils et observa la jeune fille avec inquiétude.

— Evans, est-ce que tout va bien ? Demanda-t-il prudemment en se penchant légèrement vers elle au-dessus de la table.

Elle se retourna aussitôt vers lui en lui adressant un sourire forcé qui arracha une grimace au jeune homme et haussa les épaules en s'efforçant de paraître le plus détachée possible ;

— Pourquoi ça n'irait pas ?

— Evans, soupira James en lui adressant un regard qui indiquait clairement qu'il n'était pas dupe.

L'expression de la jeune fille changea du tout au tout et elle planta un regard glacial dans celui de James qui la vit se tendre dans son siège.

— Laisse tomber, d'accord ? Souffla-t-elle d'une petite voix.

James hésita un instant mais hocha la tête.

— D'accord.

Les traits de Lily s'adoucirent très légèrement et elle adressa un sourire presque coupable au jeune homme.

— Écoute, Potter, reprit-elle en soupirant, une petite ride apparaissant entre ses deux yeux lorsqu'elle fronça les sourcils ; on va devoir travailler ensemble toute l'année et franchement, je ne sais pas comment on va y parvenir sans s'entretuer, mais il va falloir qu'on fasse des efforts tous les deux si on veut que les choses se passent au mieux. On n'est pas obligés de s'entendre, mais on peut quand même être… courtois.

James ne put empêcher un sourire de gracier ses lèvres.

— Ou plus si affinités…

— Potter, grommela Lily en rougissant malgré elle.

Le jeune homme éclata de rire et leva les deux mains en signe de paix.

— Je plaisantais, je plaisantais, d'accord ? Répéta-t-il entre deux éclats de rire.

La petite ride réapparut sur le front de Lily, juste entre ses deux sourcils, et elle observa le jeune homme avec suspicion jusqu'à ce qu'il pousse un faible soupir de résignation.

— Écoute, reprit-il visiblement mal à l'aise, en passant une main dans sa nuque ; je vais faire de mon mieux, d'accord ? Et je promets de ne pas… de plus te…

Il s'interrompit et grimaça avant de reprendre en gonflant ses poumons de tout l'air qu'il put y stocker ;

— Je ferai de mon mieux. Je ne sais pas exactement ce que Dumbledore attend de moi, mais au cours de ma longue carrière de fauteur de trouble, j'ai passé beaucoup de temps dans le bureau des Préfets, alors j'ai une vague idée de ce qui m'attend.

Lily hocha la tête.

— Bien.

— Bien, répéta James en croisant le regard prudent de la jeune fille.

Les deux adolescents se jaugèrent mutuellement du regard pendant plusieurs secondes, puis, lentement, Lily détourna les yeux et reporta son attention vers la fenêtre. De toute évidence, la discussion était close. James croisa ses bras sur sa poitrine et laissa retomber sa tête contre le dossier de la banquette en fermant les yeux.

Ce serait plus difficile encore que ce qu'il avait imaginé, mais il n'était pas près de renoncer. Merlin seul savait pourquoi Dumbledore l'avait nommé Préfet-en-Chef, mais puisque c'était sa dernière chance de prouver à Lily Evans qu'il était plus que le crétin arrogant qu'elle l'avait accusé d'être à de nombreuses reprises, il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour se montrer à la hauteur des responsabilités qui lui avaient été confiées.


1er Septembre 1977 — Gare de Pré-au-Lard, Écosse


Lorsque le Poudlard express arriva enfin à Pré-au-Lard, la nuit était déjà tombée depuis longtemps. James et Lily durent vérifier chaque compartiment afin de s'assurer que tous les élèvent étaient descendus du train avant de pouvoir descendre eux-mêmes.

— Les premières années, par ici ! Grogna Hagrid, le gardien des clés et des lieux de Poudlard, de sa grosse voix tonitruante.

James observa en souriant les plus jeunes échanger des regards terrifiés et laissa échapper un léger rire bien malgré lui lorsqu'il entendit l'un d'eux demander à son voisin s'il pensait que le géant mangeait des petits enfants au petit-déjeuner — apparemment, c'est ce qui lui avait assuré son frère.

— Potter, le réprima Lily en lui balançant son coude dans les côtes.

— Quoi ? Fit-il en écarquillant les yeux avant d'esquisser un sourire amusé. Ne me dis pas que ça ne te rend pas un petit peu nostalgique ! Ajouta-t-il en faisant un geste vague de la main.

Lily haussa les épaules mais un sourire étira lentement ses lèvres.

— Un peu, admit-elle. Je me rappelle la première fois que je suis arrivée ici…

— Moi aussi. Je ne crois pas que je pourrai l'oublier un jour.

— Ah bon ? S'étonna la jeune fille.

— Bien sûr, pourquoi ? Demanda James en fronçant les sourcils.

— Je ne sais pas, reconnut-elle. J'ai toujours pensé que…

— Que quoi ?

— Que c'était différent pour les gens… pour les gens comme moi, termina-t-elle en détournant les yeux. Que ça avait quelque chose de plus… magique.

Le cœur de James se serra dans sa poitrine et son estomac se noua douloureusement.

— Les gens comme toi ? Répéta-t-il, la gorge sèche. Tu veux dire, les gens droits et honnêtes ? Les personnes courageuses, loyales et généreuses ? Les sorciers incroyablement doués ?

Lily cligna des yeux et observa James avec stupéfaction, incapable de répondre quoi que ce soit pendant plusieurs secondes, un fard colorant peu à peu ses joues. Puis lentement, elle secoua la tête avant de replacer une mèche de cheveux derrière son oreille.

— Tu sais très bien ce que je veux dire, Potter.

— Non, répondit James, la mâchoire crispée ; je ne vois pas. On ferait mieux d'y aller, la dernière carriole est pour nous, ajouta-t-il sans laisser à la jeune fille le temps de répondre quoi que ce soit et de s'élancer vers la dernière calèche d'un pas long et assuré.

Interdite, Lily le regarda s'éloigner le cœur fébrile, jusqu'à ce qu'il s'arrête devant la porte de la grande calèche noire et se tourne vers elle en lui adressant un regard imperturbable.

— Tu viens ?

La jeune fille sursauta, hocha la tête et le rejoignit rapidement sans dire un mot. Il lui tint la porte et ne monta qu'après elle, ce qui ne fit qu'accroître son embarras.

Aucun d'eux ne prononça le moindre mot pendant le bref trajet qui reliait la gare de Pré-au-Lard à Poudlard et Lily évita soigneusement de croiser le regard du jeune homme lorsque celui-ci lui tint à nouveau la porte à l'arrivée. Elle se contenta de bredouiller un « merci » embarrassé auquel il répondit par un hochement de tête distrait et ils suivirent ensuite le reste des élèves à l'intérieur du château. Ils rejoignirent leurs amis respectifs avant d'entrer dans la Grande Salle, et prirent place à la table aux couleurs de Gryffondor sans plus échanger un regard.


1er Septembre 1977 — Salle Commune de Gryffondor, Poudlard, Écosse


Bien longtemps après la fin du banquet de répartition ce soir-là et plusieurs heures après avoir retrouvé le confort de la Salle Commune avec le reste des Gryffondor, James, Sirius, Peter et Remus ne semblaient toujours pas prêts à aller se coucher. Comme la plupart des élèves plus âgés, ils profitaient d'une de leurs dernières soirées de répit avant la reprise des cours le lendemain matin. Installés dans des fauteuils près du portrait de la Grosse Dame, les quatre adolescents terminaient leur quatrième ou cinquième bièraubeurre autour d'une partie de bataille explosive qui avait déjà coûté ses deux sourcils à Peter et une nouvelle cicatrice à James, étrangement distrait depuis le début de la soirée. Il était minuit passé lorsque Remus refusa catégoriquement de jouer une seule partie supplémentaire et que Sirius se résigna enfin à ranger ses cartes. James accepta distraitement la bièraubeurre que lui tendit son meilleur ami et ce dernier échangea un regard perplexe avec Remus lorsqu'il en renversa la moitié par terre avant de faire disparaître les dégâts d'un mouvement négligé de sa baguette. Les traits de Remus se contorsionnèrent en une grimace incertaine et Sirius secoua la tête.

— James, soupira finalement son meilleur ami. Qu'est-ce qui ne va pas ? Tu as passé la soirée à fixer Evans.

— En quoi ça change de d'habitude ? Fit remarquer Peter en esquissant un sourire désabusé.

Remus observa son ami se frotter les yeux derrière les verres de ses lunettes avant de glisser un regard en coin vers Lily Evans et de grimacer.

— Je ne sais pas, finit par admettre le jeune homme. C'est justement ça le problème.

Sirius arqua un sourcil interrogateur et James joignit les mains sous son menton, coudes posés sur les genoux, en poussant un long soupir de frustration.

— Je crois que je l'ai vue pleurer. Tout à l'heure, quand je l'ai rejointe dans le compartiment des préfets, précisa-t-il. Mais quand je lui ai demandé ce qui n'allait pas, elle s'est braquée.

Remus grimaça légèrement.

— James, commença-t-il avec une moue embarrassée, tu ne peux pas lui reprocher de ne pas… de ne pas vraiment te faire confiance.

— Je sais, grimaça James en glissant à nouveau un regard vers la jeune fille, assise un peu plus loin avec Mary MacDonald et trois élèves de sixième année avec lesquels elles étaient amies.

Enveloppée dans un pull près de la cheminée elle parvenait tout juste à maintenir l'illusion, mais le sourire triste qui étirait ses lèvres ne pouvait pas tromper qui que ce soit, et certainement pas James.

— Je crois que ça a quelque chose à voir avec… avec Voldemort.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Demanda Peter d'une voix fébrile.

James haussa les épaules, tandis que Sirius tourna la tête vers la jeune fille, son regard soudain dur et froid.

— Une remarque qu'elle a faite tout à l'heure. Je crois qu'elle a peur d'être différente, de ne pas être... de ne pas être à la hauteur ou je ne sais quoi. Mais je ne pensais pas que... que...

— Que ça l'atteindrait elle ? Demanda Remus d'une voix blanche. Ça atteindrait n'importe qui, James.

Le jeune Préfet-en-Chef hocha la tête et passa machinalement une main dans ses cheveux.

— Je sais bien, mais elle a toujours tenu tête à ceux qui lui faisaient des remarques sur… sur sa naissance.

Il s'interrompit et grimaça avant de reprendre ;

— À part cette fois, avec Servilus, elle a toujours semblé plus forte que les insultes.

Aucun des trois garçons ne prononça le moindre mot — même Sirius était étrangement silencieux. Mais après tout, il n'y avait pas grand-chose à dire. Ils étaient tous conscients qu'une guerre était sur le point d'éclater, et il fallait être fou pour continuer à prétendre que tout allait bien, alors que même au sein de l'école, les élèves semblaient avoir déjà choisi leur camp. Chaque jour, il était plus difficile d'ignorer la menace qui pesait sur la communauté magique. Voldemort s'était forgé un nom qui distillait la terreur et les cadavres qu'il semait sur son chemin suffisaient à lui assurer la loyauté des sorciers trop faibles ou trop lâches pour s'opposer à lui. Et chaque fois que James posait son regard sur Lily, il se sentait impuissant.

Au bout de longues minutes de silence pendant lesquelles chacun évitait soigneusement le regard des autres, Remus rompit le fil commun de leurs sombres pensées et se leva en récupérant ses affaires. Il ne prononça pas un mot et monta se coucher sous le regard de ses amis.

— Tu n'aurais pas dû parler de ça devant Remus, soupira finalement Peter d'une voix cassée. Tu sais à quel point ça l'affecte... Depuis qu'il a appris que Greyback avait rejoint Tu-Sais-Qui, il a perdu tout espoir. Il est persuadé d'être... il est persuadé qu'il ne vaut pas mieux que lui. Qu'il est un monstre, tout comme lui...

James plongea son visage dans ses mains et se frotta les yeux derrières les verres de ses lunettes.

— Je sais. Il fait comme si de rien n'était, mais...

— Mais il a peur de ce qu'il se passera après Poudlard, termina Sirius pour lui. Il sait que le reste des sorciers ne l'accueillera pas à bras ouverts comme l'a fait Dumbledore. C'est pour cette raison que les Loups-Garous sont si nombreux à rejoindre Voldemort. C'est le seul qui les accepte tels qu'ils sont...

Peter blêmit et secoua la tête.

— C'est injuste.

Sirius soupira et se leva à son tour.

— C'est bien pour ça qu'on se battra, Pete, fit-il avec un sourire désabusé. On a promis de ne jamais laisser Remus tout seul, non ? De ne jamais faire de sa différence un obstacle à notre amitié ? C'est pareil pour les Nés-Moldus. Ils ne sont pas plus différents de nous que ne l'est Remus, termina-t-il avant de se diriger à son tour vers les escaliers en colimaçon.

Peter esquissa un sourire rassuré à son ami avant de se tourner vers James à la recherche de son assentiment, mais celui-ci semblait perdu dans ses pensées, les yeux rivés sur les flammes qui crépitaient dans la cheminée.

Le jeune garçon aux cheveux blonds et au petit nez en trompette s'extirpa du fauteuil dans lequel il était assis et se leva en ramassant les cartes éparpillées sur la table basse. Lorsqu'il les eut rangées dans leur paquet et il reporta son attention vers James, mais le jeune Préfet-en-Chef n'avait toujours pas bougé.

— James, tu viens ? Demanda-t-il alors.

Le jeune homme sursauta imperceptiblement et croisa les grands yeux bleus de son ami en souriant distraitement.

— Vas-y, je ne vais pas tarder.

Peter sembla hésiter un moment, puis soupira et fit volte-face à son tour, laissant James seul dans le salon désormais désert. Ce dernier s'enfonça dans son fauteuil en poussa un long soupir et ferma les yeux en plongeant une main dans ses cheveux. Il ne s'était jamais senti aussi désemparé, aussi impuissant. Il avait peur, pour lui et pour les autres et il détestait ça.


N/A : Bonjour ! Je viens seulement de me souvenir qu'on était vendredi et que je devais publier un chapitre... Je suis vraiment à la ramasse en ce moment, je ne vous raconte pas. Je ne fais rien de ce que je suis censée faire et c'est un peu une catastrophe, mais bon. Bref.
Parlons de ce chapitre putôt ? Il ne se passe pas grand chose, je le reconnais, mais au moins, vous voyez enfin Lily et James interagir. C'est déjà pas mal, non ? :) (Personnellement, à votre place je dirais oui, parce que c'est James et Lily, quoi. Je suis heureuse dès qu'ils sont dans la même pièce ou qu'ils sont mentionnés dans la même phrase. Mais bon. Bref.)

Merci une fois encore pour votre soutien, vos reviews, et vos encouragements, sans lesquels cette histoire me tiendrait sûrement moins à coeur, et un grand merci à DelfineNotPafoot d'être, encore une fois, ma bêta lectrice pour cette histoire.

Bon week-end à tou(te)s.

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RàR : à Valentine ; Bonjour ! Merci pour cette review, je suis contente que tu sois de retour avec moi pour cette histoire et j'espère réellement qu'elle te plaira ^^

à Mea95Gryffondor ; Hé :D C'est certain, la vie de Lily n'est pas super gaie pour l'instant. Je pense que ça va avoir pas mal de conséquence sur sa personnalité dans cette histoire. Mais promis, je n'en ferai pas un monstre de cruauté envers James ^^ Merci encore et toujours pour ta lecture, ta review, et ta bonne humeur !

à Guest ; Un grand merci pour ta review ! Je suis très contente que ce début te plaise. C'est vrai ? Tu as l'habitude de voir Mary en blonde ? Je ne me suis jamais posée la question. Faudrait que je vérifie si JKR le mentionne quelque part, tiens. Mais effectivement, j'imagine Mary très jolie. Trèèèès jolie :D

à Parkminrin ; Ahhhhh ! Comment tu vas ? :D Ça me fait très plaisir de te retrouver ! (J'arrive encore à épeler ton pseudo de mémoire, je suis trop contente.) Merci d'être passée par là et de m'avoir laissé une review, ça me fait énormément plaisir ! Je suis super contente que le premier chapitre t'ait plu et j'espère que la suite ne te décevra pas ^^ À très bientôt j'espère ! :D