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Chapitre III

« Unworthy of the Badge »

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2 septembre 1977 — Cachots, Poudlard, Écosse


Les yeux rivés sur le professeur Slughorn, Lily faisait de son mieux pour ignorer le regard de Severus, qui ne l'avait pas quittée des yeux depuis qu'elle était entrée dans les cachots avec Mary et s'était installée au premier rang, là où elle s'asseyait désormais depuis qu'elle avait mis un terme à son amitié avec le jeune homme. Les chevilles croisées sous son tabouret, le dos droit, elle prenait consciencieusement en note les conseils que leur donnait le professeur Slughorn avant de les laisser se débrouiller pour réaliser le philtre de sommeil dont il leur parlait depuis déjà dix minutes. Elle semblait imperturbable, presque trop, si bien que de l'extérieur, personne n'aurait pu se douter du carnage qui régnait à l'intérieur. Elle savait pourtant que Mary commençait à se poser des questions — plusieurs fois elle avait croisé le regard inquiet de son amie — et tôt ou tard, elle serait forcée d'y répondre.

Lily inspira une bouffée d'air et reporta son attention vers le professeur Slughorn au moment où celui-ci s'exclama joyeusement ;

— À vos chaudrons, mes enfants ! Vous avez deux heures pour me concocter un philtre capable d'assommer un troll.

Lily se retourna aussitôt vers sa meilleure amie, dont les sourcils étaient froncés avec perplexité au-dessus de ses grands yeux bleus rivés sur les indications à suivre pour réaliser le philtre de sommeil que venait de leur présenter brièvement leur professeur de Potions.

— Je n'ai jamais vu une potion aussi compliquée, grommela Mary en rabattant une mèche de cheveux noir corbeau derrière son oreille.

— Fais voir, fit Lily en se penchant vers le Manuel de Potions ouvert devant son amie.

Elle parcourut rapidement les instructions du regard avant de hausser les épaules avec nonchalance.

— Il suffit de suivre les instructions et d'un peu d'organisation. Rien de bien sorcier, plaisanta-t-elle en adressant un sourire amusé à la jeune fille assise à côté d'elle.

— Ha, ha, rétorqua Mary en arquant un sourcil sarcastique.

Tout comme Lily, Mary était née de parents Moldus, et elles avaient pris l'habitude de se renvoyer la blague au cours des années.

— Qu'est-ce qu'il nous manque ? Demanda Lily en retroussant ses manches et en relevant ses cheveux sur sa nuque avec un élastique.

Son amie compta rapidement les ingrédients dont elle disposait et releva le nez vers la jeune fille ;

— Un œil de grenouille, sept crins de licorne, et une poignée de racines de cerisier, énuméra-t-elle en levant ses doigts un à un.

— J'y vais, fit aussitôt Lily en se récitant mentalement la liste que venait de lui donner son amie.

Elle se leva de son tabouret et se dirigea vers le fond de la salle, où s'agglutinait déjà un petit groupe d'élèves. Patiemment, elle attendit que les élèves devant elle prennent ce dont ils avaient besoin jusqu'à ce que son regard glisse naturellement sur la silhouette effacée de Severus, déjà penchée sur son chaudron avec concentration. Elle sentit son cœur se pincer mais ne parvint pas à le quitter des yeux ; il semblait avoir complètement délaissé son manuel de Potions, refermé et abandonné dans un coin de son pupitre, et suivait son propre instinct qui, Lily le savait, ne le trompait jamais. Si la jeune fille s'était toujours passionnée pour l'art de la préparation des Potions parce qu'elle aimait le contrôle et la patience qu'il requérait, Severus, lui, était tout simplement fait pour ça. Il avait un don qui ne le trahissait jamais.

— Evans, tu rêves ? La surprit soudain une voix grave et amusée dans son dos.

La jeune fille sursauta et se retourna sur James Potter, qui venait de suivre son regard du sien avant de se poser, comme elle quelques secondes plus tôt, sur Severus Rogue. Toute trace d'amusement disparut de ses yeux noisette et malgré le sourire figé qu'il lui adressa en reportant son attention sur elle, Lily sut qu'une fois encore, James Potter venait de laisser ses émotions prendre le dessus, ce qui, d'après son expérience, était rarement bon signe. Son impulsivité était l'une des choses qu'elle reprochait le plus souvent au jeune homme qui laissait son humeur — ô combien changeante — guider la moindre de ses actions.

— Désolée, fit-elle en lui retournant un sourire poli, je pensais à autre chose.

Elle fit aussitôt volte-face et s'avança vers l'armoire pour y attraper ce dont elle avait besoin. Elle vérifia sa liste avant de piocher quelques racines de cerisier et des crins de licornes dans les boîtes en fer devant elle avant de se hisser sur la pointe des pieds pour se servir d'œil de grenouille, mais James la devança et attrapa la boîte sans effort avant de la lui tendre, l'air parfaitement impassible.

— Merci, s'efforça de souffler Lily en piochant un œil de grenouille dans la petite boite rouillée.

Il hocha la tête et piocha dans la boîte à son tour avant de la reposer dans l'armoire sans dire un mot. Lily retint un soupir et fit demi-tour pour regagner sa place. Lorsqu'elle se rassit, elle ne put s'empêcher de glisser un regard vers James, qui s'était lui aussi rassis dans le fond de la classe avec Sirius, le regard rivé sur Severus avec une indifférence qui ne lui ressemblait pas beaucoup. Ou du tout.

Lily secoua la tête et posa ses ingrédients sur la table avant de reporter son attention sur Mary, qui avait mis leur Chaudron sur le feu comme les instructions le précisaient.

— Ensuite ? Demanda Lily.

— Couper les racines de cerisier dans le sens de la longueur, lut Mary en fronçant les sourcils.

Lily se mit aussitôt au travail et très vite, le calme qui la submergeait chaque fois qu'elle se plongeait dans une potion, ses odeurs, ses volutes, ses bulles et ses couleurs l'envahit. Sereine, elle suivait attentivement les instructions que lisait Mary à haute voix et surveillait du coin de l'œil le philtre presque transparent qui frémissait dans leur chaudron.

— Et maintenant ? Demanda à nouveau Lily après avoir fait fondre l'œil de grenouille dans la mixture désormais argentée et l'avoir retirée du feu.

— On attend, fit Mary en haussant les épaules, après avoir vérifié les instructions indiquées dans son livre. Il faut laisser le philtre refroidir avant d'ajouter les crins de licorne.

Lily se laissa retomber sur son tabouret et Mary l'imita. D'une main, elle desserra le col de sa chemise, la chaleur commençant à se faire ressentir dans les cachots, au moment où le professeur Slughorn passait devant leur pupitre. Le visage de leur professeur s'illumina lorsqu'il se pencha vers leur chaudron et Mary arqua un sourcil amusé à l'attention de sa meilleure amie, qui se contenta de lever les yeux au ciel, un sourire discret prenant racine sur ses lèvres ; Lily avait toujours été une des élèves favoris d'Horace Slughorn et faisait même partie du club qu'il avait formé pour rassembler ses élèves les plus talentueux, promis, selon lui, à un avenir brillant.

— Excellent ! S'exclama-t-il, un sourire creusant ses joues rondes et rouges. Comme toujours Mademoiselle Evans ! Et mademoiselle, McDonald, bien sûr, bien sûr, pouffa-t-il en croisant les mains derrière son dos. Cinq points pour Gryffondor, ajouta-t-il en adressant un clin d'œil à Lily avant de s'éloigner pour jeter un coup d'œil au chaudron de Severus et de Brutus Urquhart.

— Ah ! Monsieur Rogue ! S'exclama-t-il sur un ton beaucoup moins chaleureux. Je vois que vous ave…

BOOOOUM !

Le chaudron de Severus et Brutus explosa tout à coup, interrompant le professeur Slughorn qui agita sa baguette pour dissiper la fumée et faire disparaître les dégâts avec la nonchalance de quelqu'un qui avait l'habitude de ce genre d'incidents.

Lily vit Severus cligner des yeux et lorsque les éclats de rire de James Potter et Sirius Black retentirent au fond de la salle, toute la classe se retourna vers eux. Le professeur Slughorn pouffa avec bienveillance en secouant la tête comme si l'incident était particulièrement amusant ;

— Allons messieurs… vous connaissez la chanson, fit-il sans se départir de son sourire débonnaire. Vous me retrouverez ce soir après les cours, ajouta-t-il d'une voix amusée avant de retourner s'asseoir derrière son bureau.

De son tabouret, Lily croisa le regard de James et les traits de son visage se tendirent. Elle aurait dû savoir qu'il ne pourrait résister à l'envie de perpétrer la « tradition » et de trouver un moyen de jouer un mauvais tour à Severus le premier jour des cours. Préfet-en-Chef ou non.

Dumbledore pensait peut-être qu'il avait l'étoffe d'un leader, mais il se trompait lourdement. James Potter ne serait jamais rien d'autre qu'un gamin irresponsable, avide d'attention.

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Lorsque la cloche retentit, une demi-heure plus tard, Lily et Mary notèrent le sujet du devoir que venait de leur donner le professeur Slughorn et rangèrent leurs affaires après avoir prélevé un échantillon de leur potion et fait disparaître le reste du contenu de leur chaudron.

— J'ai arithmancie, fit Lily en vérifiant son nouvel emploi du temps. On se retrouve au déjeuner ?

Son amie hocha la tête et ajusta la bretelle de son sac sur son épaule alors qu'elles quittaient la salle de classe.

— Je ne te promets pas de t'attendre pour commencer à manger par contre, j'ai déjà faim, fit-elle en affichant une grimace exagérée.

Lily éclata de rire et secoua la tête ;

— À toute à l'heure, alors, répondit-elle en quittant son amie à la sortie des cachots pour rejoindre l'aile est du château tandis que Mary prenait la direction de la tour de Gryffondor.

Elle avait à peine fait quelques pas lorsque la voix grave de James Potter retentit dans son dos.

— Evans, attends !

Mais Lily n'était pas d'humeur à supporter les excuses qu'il s'apprêtait très sûrement à lui fournir et se fraya un chemin parmi les élèves qui avaient envahi le couloir, avant de franchir le miroir donnant accès à la tour où avaient lieu les cours d'Arithmancie dispensés par le professeur Octavius Numberhead.

La jeune fille grimpa les escaliers en colimaçon de la tour menant à sa salle de classe et arriva au dernier étage le souffle légèrement saccadé, comme c'était le cas à chaque fois. Elle poussa l'épais rideau bleu roi et entra dans la pièce circulaire qui leur faisait office de salle de classe, jetant un regard amusé aux multiples bibelots magiques qui surchargeaient les étagères ; de toute évidence, le professeur Numberhead avait fait de nouvelles acquisitions durant l'été. Quelques élèves étaient déjà installés, mais ils étaient peu à avoir pris cette option pour leur ASPIC si bien que Lily n'eut aucune difficulté à trouver une place libre. Elle alla s'asseoir à la table qu'elle occupait généralement avec Remus et sortit ses affaires. Ce dernier ne tarda pas à arriver et tira la chaise à côté d'elle avec un sourire poli et prit place à son tour. Lily ne put s'empêcher de lui rendre son sourire et le regarda sortir ses affaires en se demandant pour la centième fois comment un garçon aussi sérieux, poli et gentil que lui pouvait être ami avec James Potter ou Sirius Black.

— Alors comme ça tu as rendu ton badge ? Demanda finalement la jeune fille avec un sourire triste.

Le jeune homme esquissa une grimace coupable et Lily s'en voulut aussitôt d'avoir posé la question.

— Je sais que tu n'es pas enchantée à l'idée de devoir travailler avec James, soupira-t-il en lui offrant un sourire désolé, mais avec ma santé et les ASPIC à préparer cette année, je ne m'en sentais pas capable. Franchement, j'ai battu des records d'absentéisme l'an dernier et manqué à presque toutes mes obligations de préfet… Et puis je n'étais pas un si bon préfet que ça, de toute façon, ajouta-t-il avec un sourire coupable.

Il s'interrompit un instant et Lily étudia son visage pâle, déchiré par une longue cicatrice qui courait de son œil gauche à sa mâchoire. Lorsqu'on lui demandait comme c'était arrivé, il répondait toujours qu'il était tombé d'un arbre, avec un haussement d'épaule et un sourire triste. Le cœur de Lily se serra pour lui, mais lorsqu'elle s'apprêta finalement à répondre quelque chose, il reprit la parole, un faible sourire se dessinant sur ses lèvres ;

— Je me doutais que Dumbledore choisirait James pour me remplacer plutôt que Sirius ou Peter, mais j'étais loin d'imaginer qu'il le nommerait Préfet-en-Chef, je t'assure.

Il accompagna ses paroles d'un mouvement d'épaules et adressa une moue d'excuse à la jeune fille qui poussa un long soupir avant de poser son menton dans le creux de sa paume, son coude en équilibre sur le bord de la table.

— Je sais que c'est ton ami, commença-t-elle d'une voix douce, mais franchement, c'est la personne la plus irresponsable que je connaisse, mis à part Black, peut-être, consentit-elle, et après ses exploits de ce matin en Potions, je me dis que Dumbledore est tombé sur la tête.

Remus grimaça à nouveau et passa une main dans sa nuque, visiblement mal à l'aise.

— À propos de ça… peut-être que tu devrais… il ne voulait pas… Je sais que c'était stupide, capitula-t-il en soupirant. Mais je t'assure qu'il prend sa nomination très au sérieux. Laisse-lui une chance, d'accord ? Ajouta-t-il, le début d'un sourire se formant sur ses lèvres.

La jeune fille laissa échapper un grognement avant de hausser les épaules et d'esquisser un bref sourire à son tour.

— Ce n'est pas ce que je fais toujours ? Demanda-t-elle en secouant la tête.

Remus ne put s'empêcher d'éclater de rire ; un rire léger et mélancolique qui fendait toujours le cœur de Lily, mais lorsqu'il ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, leur professeur d'Arithmomancie, un vieux sorcier au sourcils blancs et au menton pointu, fit enfin son entrée, dans son éternelle robe bleu roi et son chapeau assorti.

Le brouhaha qui régnait dans la petite salle de classe cessa aussitôt et le professeur Numberhead alla se poster devant son bureau recouvert de parchemins, de livres, de plumes et de bibelots dont l'utilité échappait complètement à Lily, et entreprit de leur dispenser le même discours que le professeur Slughorn sur l'importance de réussir leurs ASPIC.

— Comme vous le savez, poursuivit-il ensuite, cette année vous aurez à réaliser un diagramme personnel qui devra illustrer votre propre avenir, avec le plus de précision possible. C'est un projet qui vous demandera énormément de temps et qui comptera pour cinquante pour cent de votre note finale. On étudiera comment analyser les aléas dans les suites de chiffres pour que vous puissiez les prendre en compte dans votre charte, mais pour aujourd'hui, j'aimerais simplement que vous étudiiez les nombres d'expression de vos voisins ou voisines — Edgar, puisque vous êtes seul, vous travaillerez avec moi — et que vous dressiez un tableau indicatif des événements influant sur leur personnalité en vous basant sur l'alphabet de Tripoli.

Il s'interrompit un bref instant avant de s'exclamer « Allez, au travail ! » lorsqu'aucun de ses élèves ne fit mine de s'y mettre.

Lily se tourna aussitôt vers Remus et celui-ci sortit plume, encre et parchemin pour se mettre au travail. Lily l'imita et bientôt, ils se débattirent avec leurs chiffres en grattant furieusement le bout de plume sur le parchemin.

— Ton nombre d'expression est le 4, calcula Lily au bout de plusieurs minutes.

Remus hocha la tête.

— C'est ça. Tu as pu en tirer quelque chose, jusque-là ?

La jeune fille fronça les sourcils, étudiant sa charte avec attention.

— Pas encore, avoua-t-elle. C'est une combinaison particulièrement difficile, ajouta-t-elle, songeuse. Ta personnalité est fortement influencée par le cycle lunaire, je me trompe ?

Elle leva les yeux vers le jeune homme et croisa son regard éternellement triste. Remus secoua la tête.

— Non, c'est le cas. La nouvelle lune ne m'affecte que très peu, mais la pleine lune m'est fatale. C'est ce qui explique que je sois si souvent malade, plaisanta-t-il en laissant échapper un bref éclat de rire factice que la jeune fille ne sut pas expliquer. Les sorciers et les sorcières dépendant de la lune ont tous une santé fragile. Crois-moi, ça amuse beaucoup Sirius.

Lily esquissa un sourire triste mais Remus éclata à nouveau de rire et agita sa main avec nonchalance, un bref éclair paniqué déchirant son regard lorsqu'il se rendit compte qu'il en avait déjà trop dit.

— T'inquiète pas, c'est pas si grave que ça.

La jeune fille demeura silencieuse, son regard brillant de douceur et de compassion, et Remus sentit son cœur se serrer à l'idée que si elle apprenait un jour la vérité sur son état de santé, les doux yeux verts de Lily seraient teintés d'horreur et de dégoût à tout jamais.

Il décida de couper court à la conversation et s'éclaircit la gorge avant de se pencher sur la charte que Lily avait dans les mains ;

— Voyons un peu quel est ton nombre à toi, reprit-il, ses épaules frêles voûtées sous ses vêtements trop grands.

Surprise par le brusque changement de ton de Remus, Lily fronça les sourcils et étudia brièvement le visage du jeune homme à la recherche d'un indice, mais son expression était résolument neutre. Il s'était refermé comme un coquillage et elle comprit que la discussion était close ; elle n'insista pas car elle savait mieux que quiconque que certains maux étaient trop lourds pour être partagés.

Le reste de l'heure s'écoula rapidement et lorsque la cloche retentit, le professeur Numberhead leur demanda de déposer leur charte sur son bureau avant de partir. Lily et Remus rangèrent leurs affaires, rendirent leur travail au professeur et quittèrent la salle de classe avec soulagement, pressés d'aller manger.

— Je pensais que les ASPIC ne pourraient pas être pire que les BUSE, mais apparemment si, grommela Lily en rajustant la bretelle de son sac sur son épaule. Entre Slughorn qui veut qu'on crée une potion théorique d'ici la fin du premier semestre et le projet qu'on doit rendre pour le cours d'Arithmancie, je n'ose même pas imaginer ce que va nous demander McGonagall…

Remus pouffa silencieusement, indiquant à Lily qu'il prenait la chose avec légèreté et pragmatisme.

— Tu vois pourquoi j'ai rendu mon badge, maintenant ? Se moqua-t-il amicalement.

Lily grimaça pour la forme, mais un sourire vint gracier ses lèvres ;

— Tu crois qu'il est trop tard pour que je rende le mien ?

Le jeune homme éclata de rire, dégageant une mèche de cheveux bruns qui barrait son front ;

— Si tu fais ça, James risque d'être encore plus insupportable qu'il ne l'est déjà, plaisanta-t-il.

La jeune fille poussa un léger soupir et secoua la tête, mais demeura silencieuse et Remus n'insista pas davantage.

Ils franchirent les portes de la Grande Salle en silence et échangèrent un dernier regard avant de retrouver leurs amis respectifs à la table des Gryffondor.


2 septembre 1977 — Bureau des Préfets, Poudlard, Écosse


Après avoir passé le reste de son après-midi à la bibliothèque, où elle avait entrepris de faire des recherches afin de trouver une idée pour son projet pour le cours de Potions, Lily se rendit directement au bureau des préfets où James Potter et elle devaient retrouver le reste des préfets avant le dîner, afin de convenir d'un planning de rondes qui satisferait tout le monde, au regard des différents clubs et entraînements de Quidditch de chacun. En arrivant dans le bureau aux couleurs des quatre Maisons, dont tous les murs, sauf un, étaient recouverts du sol au plafond d'étagères croulant sous le poids des livres, Lily fut surprise de voir qu'elle n'était pas seule malgré l'avance qu'elle croyait avoir.

Assise à une des extrémités de la large table rectangulaire qui trônait au centre de la pièce, Bonnie Brocklehurst et Samuel Cauldron, les deux préfets de septième année de Serdaigle, étaient déjà installés. Lily les salua en leur offrant un sourire poli auquel ils répondirent aussitôt, et eut la sensation que le regard de Bonnie la suivit jusqu'à ce qu'elle s'asseye à son tour. De son sac, elle sortit un rouleau de parchemin de cinquante centimètres sur soixante dix et alla l'accrocher sur le seul mur libre de la pièce avant de retourner s'asseoir.

— C'est pour le planning des rondes ? Lui demanda Bonnie avec curiosité.

— Oui. J'ai pensé que ça serait pratique d'en afficher un permanent ici une fois qu'on l'aura établi, au cas où quelqu'un perde le sien ou qu'on doive effectuer des changements.

La porte s'entrouvrit et Lily vit James Potter entrer, à bout de souffle, la cravate de travers et les cheveux en bataille, mais au moment où il chercha son regard, elle détourna la tête et se reconcentra sur les notes qu'elles avaient prises en vue de la réunion. James grimaça avant de se tourner vers les deux autres occupants de la pièce. Si Bonnie lui adressa un regard désintéressé, Samuel lui, le salua chaleureusement ;

— James, l'accueillit-il en souriant tandis que le jeune Préfet-en-Chef s'installait dans la chaise à côté de Lily. Peter m'a dit que tu avais conservé ton poste de capitaine de l'équipe de Gryffondor, en plus d'être nommé Préfet-en-Chef ?

Le jeune homme hocha la tête, tandis que trois élèves de Poufsouffle faisaient leur entrée.

— Ouep ! Fit-il en adressant un sourire confiant à Samuel. Je crois que c'est le meilleur moyen qu'a trouvé McGonagall pour se venger. Ma mort par épuisement.

Samuel éclata de rire et James retira sa robe avant de l'enfouir, roulée en boule, dans son sac et de reporter son attention vers Lily, dans l'espoir que celle-ci lui adresse un regard, mais la jeune fille garda le nez plongé dans ses notes. Sachant que provoquer une scène ne ferait qu'empirer la situation si Lily était furieuse contre lui, il jugea bon de rester silencieux. Du moins, pour l'instant, parce que si elle s'imaginait qu'elle pourrait l'ignorer bien longtemps ou qu'il se laisserait ignorer, elle se trompait lourdement.

Les préfets des différentes années et Maisons continuèrent d'arriver au compte-goutte, et lorsqu'ils furent enfin tous arrivés et installés, Lily se leva et adressa un sourire amical à la petite assemblée devant elle.

— Bonjour, commença-t-elle poliment. Je sais que certains d'entre vous ont eu une longue première journée de cours alors on fera vite et vous pourrez tous aller dîner.

À cette promesse, de nombreuses exclamations reconnaissantes retentirent autour de la table et un brouhaha naquit aussitôt. La jeune fille tenta de couvrir le tapage, en vain, et à sa grande surprise, James vint à son secours ;

— S'il vous plaît ! Gronda-t-il sans effort en adressant toutefois aux préfets un sourire amical. Écoutez ce qu'Evans a à vous dire et vous pourrez sortir.

Le silence se fut immédiatement et Lily s'éclaircit la gorge, les joues légèrement roses.

— Merci, glissa-t-elle à James avant de reporter son attention sur les élèves devant elle. Bien, donc il faudrait que nous puissions établir un planning de rondes dès ce soir en fonction de vos disponibilités. Je sais que certains d'entre vous ont des clubs ou des entraînements de Quidditch après le dîner donc on en prendra compte. Je vais vous faire passer un morceau de parchemin sur lequel vous inscrirez votre nom et vos disponibilités, d'accord ?

Elle fit aussitôt passer un rouleau de parchemin à Eloïse Magyar, la Préfète de Serpentard assise à sa droite, et reprit la parole ;

— Il faudrait également que vous libériez au moins deux heures de votre temps par semaine à consacrer aux élèves de première, deuxième et troisième année en difficulté. Un élève ou deux vous sera assigné en fonction de la demande.

Aimee Tetampoule, une petite Gryffondor de Sixième année, leva une main timide ;

— Si on a déjà travaillé avec un élève régulier l'an passé et qu'il s'inscrit à nouveau cette année, est-ce qu'on peut travailler de préférence avec lui ?

— Oui, bien sûr ! À moins qu'il y ait eu des problèmes et que vous souhaitiez changer d'élève pour une raison ou une autre, on vous assignera en priorité un élève avec qui vous avez déjà travaillé.

Une fois que le morceau de parchemin qu'avait fait circulé Lily eut fait le tour de la table, James le lui tendit en prenant soin de lui adresser un sourire poli auquel elle resta parfaitement indifférente. Elle sortit sa baguette de la manche de son pull et tapota trois fois sur le morceau de parchemin ; aussitôt, des centaines de voyelles et de consonnes composant les prénoms et noms des préfets s'envolèrent et traversèrent la pièce pour aller reprendre leur place sur le planning géant que Lily avait accroché au mur un peu plus tôt.

— Parfait ! S'exclama-t-elle en souriant.

Elle pointa sa baguette sur le planning et celui-ci se multiplia en plusieurs exemplaires, bien plus petits, qu'elle distribua à l'ensemble des préfets.

— Chaque fois qu'un changement sera effectué sur le planning accroché ici, la modification apparaîtra sur vos emplois de temps, de sorte que si vous avez un empêchement, un devoir très important à finir, que vous êtes malade, ou que votre capitaine programme un entraînement de Quidditch imprévu, tout le monde en saura informé. Dans la mesure du possible, ajouta-t-elle précipitamment en voyant que tout le monde commençait déjà à rassembler ses affaires, essayez de trouver quelqu'un qui accepte de vous remplacer ou d'échanger son créneau avec vous lorsque vous avez un empêchement !

Mais déjà, la majorité des préfets était debout, prêt à partir, et Lily secoua la tête en riant pour elle-même ; elle ne pouvait vraiment pas les blâmer.

— Et n'oubliez pas que le planning est effectif dès ce soir ! Leur rappela-t-elle au moment où Tom Harrison et Elvire Smog franchissaient la porte, suivis aussitôt par le reste des préfets.

Lily les regarda quitter la pièce les uns après les autres en soupirant et jeta un coup d'œil à son propre emploi du temps, réprimant un soupir en voyant qu'elle devrait partager deux heures de son temps tous les mercredis soir avec James. À côté d'elle, le jeune homme rangeait ses affaires en l'observant discrètement du coin de l'œil.

— C'est tout le temps comme ça ? Demanda-t-il en balançant négligemment son sac par-dessus son épaule avant de desserrer sa cravate puis de la retirer complètement.

— Mmm, répondit Lily en haussant les épaules, refusant de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme retint un grognement de frustration, mais il savait que ça ne le mènerait nul part alors il continua sur le même ton poli qu'il avait utilisé depuis le début de la réunion ;

— Evans, je croyais qu'on devait travailler ensemble ?

Lily se retourna vers lui, la mâchoire serrée et fronça les sourcils, s'efforçant toutefois de garder son calme ;

— Tu vois, c'est bien ça le problème, Potter. Quand on en a discuté hier dans le train, tu as dit que tu ferais des efforts, que tu ferais en sorte d'assumer tes responsabilités. Et la première chose que tu fais aujourd'hui, c'est perpétuer une stupide tradition immature dans le seul but d'humilier Severus et d'amuser la galerie. Tu n'as aucune idée de ce qu'être un préfet-en-Chef signifie. Tu ne prends pas du tout ce badge au sérieux. Tu es censé être un modèle de conduite, Potter. Pas te comporter comme le bouffon du roi.

— Le quoi ? Grimaça James qui n'avait jamais pris très au sérieux ses cours d'Études des Moldus.

Lily ferma les yeux et poussa un long soupir avant de reporter son attention vers le jeune homme.

— Tu ne prends jamais rien au sérieux, Potter. À part le Quidditch, peut-être. Mais ce badge, c'est l'occasion de prouver à tout le monde, et toi le premier, que tu es capable de penser à quelqu'un d'autre que ta petite personne ou que l'on peut compter sur toi.

James passa une main dans ses cheveux et inspira profondément avant d'expulser tout l'air de ses poumons, comme s'il cherchait à évacuer toute sa frustration par ce simple geste.

— Je te promets que c'était la dernière fois, d'accord ? Je sais que c'était idiot, mais je… je ne sais pas, d'accord ? Je n'ai pas pu résister !

Lily fixa James de ses yeux verts pendant plusieurs secondes avant de soupirer, attrapant son sac qu'elle fit passer par dessus son épaule ;

— Exactement. Tu n'as pas pu résister. Je ne sais pas pourquoi Dumbledore t'a nommé Préfet-en-Chef, Potter, mais tu n'en as pas l'étoffe. Je crois que… je crois que tu es sincère quand tu dis que tu feras des efforts. Le problème c'est que ce sera toujours plus fort que toi, n'est-ce pas ? Tu n'es pas fait pour ça.

— Non, c'est faux, protesta-t-il en fronçant les sourcils au-dessus des verres de ses lunettes. Je suis tout à fait capable de…

— Jusqu'à quand ? Jusqu'à ce que tu tombes sur Severus au détour d'un couloir ou que tu…

— C'est ça le vrai problème, Evans ? Souffla-t-il en enroulant ses poings dans les poches de son pantalon. C'est Rogue ? Demanda-t-il en avançant d'un pas, tendu.

Mais Lily refusa de répondre et fit volte face. Elle refusait de donner à James ce qu'il cherchait ; une énième confrontation, et elle refusait d'aborder le sujet Severus avec lui. Il avait déjà fait assez de dégâts comme ça en ce qui concernait son amitié avec lui. Elle n'avait plus le courage de lui tenir tête, de répondre à ses piques, ou de jouer à ses petits jeux. Il n'avait peut-être pas gagné en maturité pendant l'été, mais elle, si. Elle avait pris dix ans dans la figure. Peut-être vingt. Elle n'avait plus l'âge de jouer à ce petit jeu.

— Evans ! Tenta de la rattraper James pour la seconde fois de la journée.

Mais Lily l'ignora et fut soulagée lorsqu'il ne lui courut pas après.

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James regarda Lily s'éloigner en passant une main dans ses cheveux avec frustration avant de quitter et fermer le bureau des préfets derrière lui et de prendre la direction de la Grande Salle.

Les mains dans les poches, il repensa au visage fermé de Lily. Au regard désintéressé qu'elle avait posé sur lui. Au ton défaitiste qu'elle avait utilisé. À son refus de se mettre en colère ou de lui balancer ses quatre vérités au visage. Lily Evans n'était pas du genre à élever la voix, même contre lui, si bien que quiconque ayant assisté à leur dispute n'aurait pas été surpris de la voir conserver son calme. Mais James, qui connaissait chacune de ses expressions, chacun de ses froncements de sourcil, chacun de ses rougissements ou chacune des courbes formées par ses lèvres lorsqu'elle était heureuse, furieuse, fatiguée ou mélancolique, reconnut le calme et le défaitisme de Lily pour ce qu'il était ; elle souffrait.

Et il détestait ça. Plus encore que le fait que personne ne semblait le croire capable d'assumer ses responsabilités de Préfet-en-Chef, plus que les dragées de Bertie Crochue à la menthe, plus que les devoirs théoriques que leur assignait le professeur Flitwick chaque semaine, plus que l'âge avancé de ses parents, plus que les chaussettes sales que Sirius et Peter entassaient sous leur lit, et plus que les tartes pomme-myrtille que faisait Ecky chaque fois qu'il rentrait chez lui pour les vacances.


N/A : Bonjour ! Bon. Ça ne s'améliore pas vraiment à Jamespotterland, mais en même temps, ce n'est que le deuxième chapitre de cette histoire, hein. Et puis il faut reconnaître qu'il a un petit peu trop tendance à agir d'abord sous l'impulsion et réfléchir après (ou pas du tout), ce qui s'avère problématique. James est impulsif, Lily ne l'est pas. Et c'est un de leur gros problème, finalement. Ils ont énormément de choses en commun, mais en même temps, ils sont deux personnes très différentes. ENFIN BREF !

Merci encore une fois pour toutes vos reviews qui me donnent le sourire quand je les découvre en rentrant chez moi le soir, affalée dans mon lit comme une patate.

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RàR : à Mea95Gryffondor ; Hé ! C'est vrai que malgré le fait que James puisse se comporter comme le roi des crétins, il est d'une loyauté et d'une compassion assez inébranlable. Et je pense que c'est pour cette raison qu'il s'inquiète autant pour les gens qui lui sont chers. C'est certain que Lily va avoir besoin de s'ouvrir un peu s'il elle ne veut pas se laisser complètement pourrir par ses sentiments et ses peurs, mais pour l'instant, elle est loin d'aller pleurer dans les bras de James, même s'il ne demanderai certainement que ça ! Enfin voilà ^^ Encore une fois (et toujours) merci beaucoup pour ton soutien, ta lecture et ta review :)

à Valentine ; Bonjour ! C'est sûr que dans le chapitre précédent, aucun d'eux n'était vraiment au mieux de leur forme. ils ont tous leur problème et le fait qu'ils entrent maintenant en septième année les précipitent un peu dans le monde réel, ce qui ne fait qu'intensifier ces problèmes. Alors ils vont devoir grandir, et vite, et c'est là tout le problème de James pour l'instant. Ah... je ne répondrais pas à ce que tu "imagines" :p Tu verras en temps voulu ! Bonne soirée et merci beaucoup !