Et la suite ;)


Chapitre 1 : Remise en question


Níniel sortit de sa chambre en catimini, il faisait nuit et le silence régnait sur Erebor, même les forges étaient éteintes puisque les forgerons se reposaient après une dure journée. Tout comme Thorïn qui dormait d'un sommeil lourd et profond dans le lit royale qu'elle venait de quitter discrètement. Il faisait un peu froid mais elle avait emprunté la cape de fourrures de son amant, avec celle-ci elle aurait pu se promener dehors en plein hiver qu'elle n'aurait même pas pu sentir le changement de température. En plus, celle-ci avait gardé l'odeur de Thorïn qui lui faisait doucement tourner la tête et la faisait perpétuellement sourire d'un air béas. Ses pieds nues marchaient sur le marbre froid en faisant un petit bruit pas très discret mais elle savait que personne ne lui ferait de reproches pour se promener la nuit, après tout elle était quand même la femme du roi sous la montagne, même si ce n'était pas encore officielle.

Bon, elle se sentait tout de même un peu coupable envers Thorïn, celui-ci lui laissait toute la liberté qu'elle désirait sans jamais émettre la moindre plainte, pourtant elle voyait bien dans son regard qu'il avait de plus en plus de mal à laisser partir. Chaque fois son regard bleu se faisait plus triste, plus douloureux, et elle ne savait pas comment réagir autrement qu'en prenant la fuite systématiquement. Elle ne les abandonnait pas ! Elle revenait toujours, voir sa fille, son amant, mais elle ne pouvait pas rester ici. Une appréhension étrange la prenait à chaque fois qu'elle restait trop longtemps, c'était comme si elle se sentait étouffée et emprisonnée. Non, elle ne pouvait pas vivre ici.

Ses affaires étaient prêtes, elle préférait partir sans que Thorïn le sache, ou n'importe qui d'autre puisque qu'elle avait bien sentit la dernière fois qu'elle était partie qu'il ne pourrait pas le supporter une nouvelle fois. Et, elle voulait à tout prix éviter ce genre de scènes, elle l'aimait et elle savait qu'il l'aimait alors elle ne voulait pas leur imposer une dispute inutile. Elle aurait pu partir tout de suite mais elle avait besoin de voir ses enfants. Oui, au pluriel, elle avait accouché d'un petit garçon il y avait à peine un mois, et elle ressentait le besoin de le voir, lui et sa fille âgée de deux ans maintenant. Elle ne comprenait pas pourquoi les nains faisaient dormir les enfants à part de la chambre des parents, surtout à un si jeune âge. Thorïn le lui avait expliqué, quelque chose comme pour endurcir, mais elle ne pouvait quand même pas le comprendre. Elle aurait voulu qu'ils dorment dans leur chambre, voir même dans leurs lits et pouvoir veiller elle-même sur eux. Et elle savait que Thorïn ressentait la même chose mais il se pliait aux traditions sans se plaindre, alors elle faisait de même après tout qui était-elle pour oser protester ? Elle venait ici en secret et ses enfants n'avaient même pas encore été nommé héritiers du trône.

Níniel ouvrit la porte en silence et s'introduisit dans la chambre de ses enfants sur la pointe des pieds. Elle entendit la respiration tranquille du bébé qui dormait dans son berceau, elle s'en approcha doucement et le regarda dormir en sentant son cœur fondre dans sa poitrine devant sa bouille tellement adorable et innocente.

-Tu dors tellement bien mon ange, murmura t-elle. Tu deviendra un beau et brave guerrier mon Alrin, j'en suis sur...

Elle passa doucement ses doigts sur les joues douces de son bébé. Il avait déjà quelques cheveux noirs qui poussaient sur son crâne fragile, et ses petites mains s'agitaient innocemment dans son sommeil.

-Thorïn sera fière de toi, continua t-elle en sentant l'émotion la submerger. Je sais qu'il veillera sur toi.

Elle ressentit soudain le besoin violent de le serrer dans ses bras mais elle ne pouvait pas prendre le risque de le réveiller et réveiller ainsi toute la montagne par ses pleurs par la même occasions. Pourtant, elle désirait tellement fort de rester ici à regarder ses enfants grandir doucement à l'abri et entourés de ceux qui les aiment.

Soudain, un gémissement la fit sursauter et elle se précipita vers le petit lit qui trônait au milieu de la chambre. Sa fille dormait dedans, c'était elle qui avait fait le bruit, Níniel se pencha sur elle avec un air inquiet mais elle semblait aller bien. Elle avait dû le faire dans son sommeil sans s'en rendre compte.

-A quoi rêves-tu ma Thindra ? Murmura doucement Níniel en replaçant une mèche de cheveux de sa fille en place.

La petite se retourna dans son sommeil, elle avait de longs cheveux noirs qui lui tombaient sur le visage en mèches rebelles que Níniel s'amusa à remettre en place avec une patience emprunte d'un amour sans bornes. Sa fille était d'une énergie folle, elle ne pouvait rester en place plus d'une minute quand elle était éveillée, mais quand elle était endormie elle ressemblait à un vrai petit ange innocent. Dès que la semi-elfe rentrait à Erebor la petite lui tombait sur les bras et la suivait partout en transportant une épée en bois trop grand pour elle et en balbutiant les premiers mots qu'elle avait appris en Khuzdul. Rien que d'y repenser Níniel sentit un sourire fleurir sur ses lèvres, elle voulait tellement la voir grandir elle aussi. La voir apprendre à prononcer de nouveaux mots, devenir une grande et forte jeune femme.

-Je suis sur que tu deviendras une magnifique princesse, lui promit-elle, jamais tu ne seras seule, tu ne manqueras de rien ici.

Níniel continuait de caresser doucement les cheveux de sa fille tout en parlant mais son regard s'était troublé et elle regardait Thindra sans la voir. Doucement elle sentit une larme couler le long de sa joue pour venir donner un goût salé dans sa bouche.

-Je savais que je te trouverais là, fit une voix grave derrière elle.

Níniel se retourna brusquement en essuyant sa joue humide pour pas qu'il puisse voir qu'elle avait pleuré. Thorïn se glissa à côté d'elle puis il la pris doucement dans ses bras en regardant à son tour leur fille.

-C'est fous comme elle te ressemble, lui murmura t-il à l'oreille.

La jeune femme sentit l'émotion la saisir et elle menaça de se remettre bêtement à pleurer, elle se fit violence et réussit à refluer ses larmes. Elle se laissa aller contre le torse de Thorïn et voulu ne plus jamais avoir à sortir de son étreinte protectrice.

-Je t'aime Thorïn, tu le sais ?

Elle avait prononcé cela d'une voix douce mais ferme, mais aussi hésitante et timide, comme si elle ne savait plus où elle en était mais qu'il voulait qu'il la croit au moins sur ça. Heureusement, ils étaient enlacés et elle ne pouvait pas voir son visage torturé. Car, quand il s'était réveillé quelques minutes au paravent, et qu'il ne l'avait pas vue à ses côtés il avait crû devenir fou de douleur en le croyant à nouveau partis. Mais il s'était forcé à se lever pour la chercher, priant qu'il ne soit pas trop tard, il était tombé sur son sac fait mais pas emporté à l'entrée et il s'était alors directement dirigé vers la chambre des enfants. Son soulagement avait été sans nom quand il l'avait vu assise sur le lit de Thindra.
-Je sais, la rassura t-il dans un murmure.

Il lui caressa doucement les cheveux en s'enivrant de son odeur et en la serrant des ses bras comme s'il avait peur qu'elle ne s'enfuit soudainement.

-Allons nous recoucher, lui demanda t-il doucement.

Níniel n'avait plus la force de partir, elle hocha faiblement la tête puis se laissa reconduire dans la chambre par Thorïn qui la tenait toujours dans ses bras. Elle se blottit contre lui sous les couvertures et se laissa bercer par ses caresses. Pourquoi ne pouvait-elle pas rester ici pour toujours ? Se laisser doucement aller dans ses bras sans plus chercher à résister ? Elle s'était engagée tellement loin que maintenant elle avait peur de ce qui allait se passer. Ses parents ne l'avaient pas élevée ensemble, et elle avait peur que leur relation à eux aussi ne tienne pas si elle restait trop longtemps. Et puis, elle ne se sentait pas capable de devenir reine d'Erebor, elle était une semi-elfe et elle savait que personne ne l'accepterait en tant que telle. Elle n'avait pas le courage d'affronter ça, c'était trop dur et trop douloureux. Toutes ses questions tourbillonnaient en elle et elle finit par s'endormir dans cet état d'incessante remise en question.

Les deux amants furent réveiller par les pleurs d'un bébé, l'instant maternelle de Níniel fit qu'elle fut la première réveillée à cela prêt qu'elle avait l'air hagard, les cheveux en bataille et le chemise de nuit démise avec un sein à l'air, heureusement que personne ne passait par là sinon son image en aurait pris un coup.

-Alrin arrêtes pas de pleurer, fit Thindra qui rentra dans la chambre avec le bébé dans les bras.

Elle le tenait tellement mal que Níniel eut pité de son enfant, elle ne s'étonna pas non plus qu'il pleure ainsi, il devait sûrement avoir faim.

-Donnes le moi, demanda Níniel à sa fille.

La petite fille lui tendit le bébé à bras le corps et une fois débarrassée de son fardeau elle grimpa sur le lit pour aller se réfugier dans les bras de son père qui émergeait difficilement. Thorïn pris sa fille dans ses bras sans trop faire attention, toujours un peu endormis, puis son regard tomba sur Níniel qui était entrain de défaire sa nuisette pour dégager ses seins et abreuver le nourrisson qui réclamait son dû.

-Chut, chut, tenta de le calmer Níniel à grande peine pendant qu'elle dégageait un de ses seins.

Une fois que les lèvres du bébé furent en contact avec le sein, il cessa immédiatement de vociférer et se fit un devoir de boire tout le lait présent dedans. Soudain, elle sentit un contact à la fois doux et râpeux sur sa joue, elle ne pût s'empêcher de sourire avec le baiser de Thorïn.

-J'ai déjà bien assez à faire avec un bébé, plaisanta t-elle.

Thorïn se contenta de lui sourire avant de s'occuper de sa fille qui commençait à repiquer du nez dans ses bras.

-Tu devrais y aller, continua Níniel, je m'occupe d'eux.

-Mes devoirs de roi peuvent attendre. Vous êtes plus importants que ça, déclara Thorïn concentré sur sa fille.

Il ne vit pas l'air troublé qu'afficha Níniel quand elle l'entendit prononcer ces mots, les pensait-il vraiment ? Elle sentit une drôle d'émotion s'emparer d'elle, le même genre d'émotions qu'elle ressentait au début de leur relation quand elle se rendait compte de l'importance qu'elle avait pour lui, en l'entendant le dire à nouveau elle se sentit à la fois gênée et heureuse. Mais cela ne fit que la rendre encore plus incertaine pour la suite.

Ils passèrent ainsi la matinée en famille, oubliant tout le reste, les obligations et les questions sans réponses, ils profitèrent d'être une famille unie le temps qu'ils pouvaient. Alors que l'après-midi commençait, les servants qui s'occupaient des enfants vinrent les chercher et Thorïn et Níniel purent enfin se vêtir correctement et commencer tardivement leurs journées respectives. Et le début n'avait rien d'enchanteur : conseil de guerre. Enfaîte, c'était juste conseil mais Níniel rajoutait 'guerre' car elle trouvait que cela prenait toujours un tours extrêmement sérieux pour pas grand chose. Mais, cette fois-ci elle devait y aller puisqu'elle en était le sujet.

-Alrin et Thindra seront mes héritiers, répéta Thorïn pour la centième fois avec un air fatigué.

-Je le sais bien, fit Balïn qui était revenu pour l'occasion, mais tant qu'ils n'ont pas de mère légitime tu ne peux pas les légitimer ainsi, il te faut une femme ! Personne n'acceptera des enfants sortis de nul part.

-Tu me proposes quoi ? S'emporta Thorïn.

Les autres nains : Ori (qui ne savait pas vraiment ce qu'il faisait là), Bofur et Gloïn, n'en menaient pas large devant la colère de leur roi. Níniel quant elle vit le tournant que prenait la conversation préféra sortir discrètement. Elle se sentait de plus en plus mal à l'aise car elle savait quelle décision réglerait tout : épouser Thorïn et devenir son épouse légitime. Mais elle était une semi-elfe, semi-humaine, elle n'avait pas une goutte de sang nain dans les veines ! Personne ne voudrait d'elle au pouvoir. Et la deuxième solution était une autre épouse pour Thorïn, une qui se ferait passer pour la mère de ses enfants et qui deviendrait la reine de l'homme qu'elle aimait. C'était cela où voir ses enfants grandir dans l'ombre d'un palais sans jamais lui appartenir, rejeter à cause des origines de leur mère.

La jeune femme marchait rageusement dans un couloir quand elle tomba sur Aslinn.

-Qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda son amie qui arborait un drôle d'air.

-Je suis parti du conseil, c'est toujours pareil, ça n'avance pas, marmonna Níniel à bout de nerfs.

-Tu fuis encore.

La remarque fut comme un coup de fouet bien placé qui fit voir rouge à la semi-elfe.

-Pourquoi tu me dis ça ? S'emporta t-elle digérant mal que son amie lui sorte ce genre de remarques aussi soudainement.

-C'est la vérité non ? A chaque fois tu pars en catimini et on entends plus parler de toi jusqu'à ce que tu te ramènes enceinte jusqu'au cou et tu repars systématiquement le bébé à peine né.

Níniel tordit la bouche en une grimace énervée, ce que lui disait son amie était la pure vérité mais pourquoi cela lui faisait-il autant mal ? Elle aurait voulut qu'elle l'aide mais au lieu de ça elle ne faisait que lui faire des reproches.

-Comment peux-tu me dire ça ? S'énerva Níniel.

-Moi au moins je reste pour mes enfants, répliqua Aslinn. Tu dis détester ton père parce qu'il t'a abandonnée mais c'est ce que tu es entrain de faire toi aussi ! Thindra aura bientôt deux ans et elle n'a vu sa mère que deux fois ! C'est ce que tu veux pour tes enfants ?!

-Tais-toi ! Je fais ce qui est le mieux pour eux ! Qui voudrait avoir une mère à moitié elfe et à moitié humaine ?!

-Une moitié de mère c'est toujours mieux que rien du tout ! Tout ce que tu fais c'est fuir en te cachant sous de faux prétextes !

-Je ne veux plus t'entendre, gronda Níniel en dépassant son amie à grands pas rageurs.

Mais celle-ci l'attrapa fermement par le bras, il était hors de question qu'elle la laisse à nouveau s'enfuir sans lui avoir dis tout ce qu'elle avait sur le cœur.

-Tu vas vraiment l'accepter ? Laisser une autre femme prendre ta place au près de Thorïn et de tes enfants ? Tu vas vraiment te laisser faire après tout ce que tu as dû affronter pour en arriver là ? Tu vas les abandonner tout les trois, et tout cela aura servit à quoi alors ?

Níniel se dégagea brusquement et partit en courant se réfugier dans sa chambre mais Aslinn lui cria une dernière chose, bien décidée à aller jusqu'au bout :

-Tu comptes faire payer Thorïn combien de temps encore ? Et tes enfants aussi ?

Níniel laissa échapper un sanglot tandis que les mots faisaient mouche mais elle ne se retourna pas. Aslinn regarda son amie s'enfuir avec un pincement au cœur. Les mots qu'elle avait dit lui faisait aussi mal qu'à son amie mais elle ne regrettait pas de les avoir dit. Ce manège avait assez duré : il était temps que Níniel ouvre les yeux et même si pour ça Aslinn devait la secouer alors elle n'hésiterait pas.

La jeune semi-elfe ouvrit précipitamment la porte de leur chambre princière et elle eut à peine le temps de la refermer avant de s'effondrer en larmes sur leur lit. Elle laissa libre court à tout le chagrin et le désespoir qu'elle avait pu ressentir dernièrement. Les paroles d'Aslinn n'avaient été que le déclencheur de tout ce qu'elle retenait dissimulait au fond de son cœur depuis plusieurs mois. Son amie avait raison, chacun de ses mots avaient touché juste et Níniel se sentait maintenant au plus mal.

Elle ne su pas combien de temps elle resta prostrée ainsi sur son lit, mais quand elle eut finit de pleurer, elle avait pris une décision. Elle ne savait pas non plus si c'était la bonne, mais en tout cas elle n'hésitait plus.

La jeune semi-elfe se précipita dans les escaliers sans un regard en arrière, elle savait que si elle s'arrêtait ne serait-ce qu'un instant dans sa course folle alors elle ne pourrait plus continuer. Tout se jouait maintenant et elle devait continuer à courir droit devant elle sans hésiter, sinon elle n'y arriverait pas et ses doutes l'empêcheraient à nouveau d'avancer. Níniel pénétra en trombe dans les écuries d'Erebor, elles étaient remplis de poneys pour les nains mais le hennissement qui l'accueillit quand elle entra était bel et bien celui d'un cheval.

-Bâzan ! S'exclama Níniel en se précipitant vers son ami.

Celui-ci se mit à hennir en la voyant devant lui ce qui la fit sourire. C'était Thorïn qui lui avait offert ce cheval, une nouvelle preuve de son amour puisque ainsi il lui donnait le droit et le moyen de pouvoir partir. Ou celui de revenir. Le cœur de Níniel se serra en y songeant. Depuis le début, depuis qu'ils avaient reconquis Erebor sa vie était une fuite en avant.

Níniel ne prit pas la peine de mettre la scelle de son cheval ni le harnais, elle monta directement à cru après avoir ouvert la porte de son box puis elle partit au galop vers la sortit. Elle renversa un nain qui s'occupait des poneys au passage sans faire exprès.

-Désolée ! Cria t-elle au passage.

Mais elle ne reçu que des insultes en khuzdul en retour ce qui la fit éclater de rire. Une fois dehors, elle franchit la ligne de gardes grâce à un bond de son cheval, elle eu juste le temps d'entre-apercevoir Ori qui était retourné à son poste.

-Salut Ori ! Lança t-elle.

Elle vit le nain lui lancer un regard dans lequel se mélangeait la surprise et la peur, puis il se mit à sourire et lui fit de grands signes de la main pour sûrement lui souhaiter bon voyage. Ce qu'il ne savait pas c'était qu'elle ne partait pas en voyage. Elle avait une destination et un but bien précis mais ça, elle le gardait pour elle. Níniel avait comme le pressentiment que si elle disait ce qu'elle voulait faire à voix haute alors sa détermination s'envolerait et tout ce qu'elle avait espéré n'aurait jamais lieu. Elle lança son cheval au galop et traversa Dale sans se retourner, quand elle atteignit la rivière elle eut soudain peur de ne pas avoir assez d'argent sur elle pour payer la traverser à elle et son cheval. Níniel passa dix bonnes minutes devant le passeur à se vider les poches jusqu'à réussir à réunir le nombre de pièces suffisant à la traverser, si quelqu'un avait vu la célèbre Níniel devoir retourner ses poches pour trouver de l'argent cela aurait pu en faire rire plus d'un. Mais, elle en avait assez et elle pût traverser sans trop de peine. Son cheval était habitué à faire la traversée dans les deux sens maintenant, et une de plus ou de moins ne lui faisait ni chaud ni froid.

Une fois de l'autre côté elle remercia le passeur et remonta à cru sur Bâzan avant de le lancer à nouveau au galop vers Mirkwood. Ils pénétrèrent dans l'épaisse et sombre forêt tandis que le soleil se couchait à l'horizon et que la nuit reprenait ses droits sur l'ancienne forêt. Níniel n'en avait plus peur, elle avait vécu des moments angoissant la première fois qu'elle l'avait traversée mais maintenant elle s'y rendait assez fréquemment et elle avait finit par en connaître les moindre recoins sans se perdre. Mais, il était déconseillé de voyager de nuit dans cette forêt, des choses reprenaient vie quand les ombres renaissaient à la nuit tombée, et Níniel préférait éviter de se frotter à elles. Les souvenirs des araignées la hantaient encore et la hanteraient sûrement toute sa vie. Rien que de se souvenir du contact gluant des toiles sur sa peau lui donna un frisson de dégoût.

Bâzan vient coller son chanfrein contre sa main comme pour quémander à manger, et c'est à ce moment là que Níniel réalisa qu'elle n'avait prit ni de quoi manger, ni de quoi boire.

-Je suis désolée, s'excusa t-elle en se sentant extrêmement coupable. Mais ne t'inquiètes pas, on s'arrêtera chez mon père et tu verras tu aura pleins de pommes et de carottes rien que pour toi, lui promit-elle.

Le cheval hennit doucement pour montrer son accord puis il alla un peu plus loin, sûrement pour dormir. Níniel ne prenait plus la peine depuis longtemps de l'attacher pour la nuit, elle savait qu'il ne chercherait pas à s'enfuir. Elle ramassa du bois et fit un feu pour la réchauffer et l'éclairer dans le noir. La jeune femme savait que ce n'était pas une très bonne idée, la lumière pourrait attirer des créatures effrayantes, mais elle pourrait aussi attirer d'autres choses plus intéressantes, et une fois bien pesé le pour et le contre Níniel resta sur son idée d'allumer un feu. Elle resta quelques instant devant, se réchauffant doucement et les yeux perdus dans les flammes rouges et oranges qui virevoltaient doucement. Maintenant qu'elle s'était arrêtée, de nouvelles questions l'assaillaient : faisait-elle le bon choix ? Ne le regretterait-elle pas ? Une fois qu'elle aurait franchit ce pas, elle ne pourrait plus faire marche arrière et alors il lui faudrait assumer jusqu'au bout. Les doutes se mirent à la faire trembler et réfléchir, puis l'image de ses deux enfants dormant tranquillement lui revient en mémoire. Elle voulait le meilleur pour eux, et elle souhaitait de tout cœur être la meilleure mère possible pour eux. Tant pis si elle devait sacrifier un peu de sa liberté pour ça. Thorïn avait déjà fait d'énormes sacrifices pour elle, maintenant c'était à son tour d'en faire.

Un peu plus rassérénée quand à son avenir, Níniel finit par s'endormir au coin du feu, les bras autour d'elle dans une tentative illusoire de se réchauffer malgré le froid mordant de la nuit. Elle ne sût pas combien de temps elle dormit mais des bruits la réveillèrent en sursaut. Bâzan s'agitait un peu plus loin et elle remarqua rapidement des yeux jaunes qui brillaient dans le noir, juste en face d'elle, au travers des dernières flammes du feu. La jeune femme rajouta du bois dedans pour le raviver puis sans quitter les yeux du regard elle se rapprocha de son cheval pour l'apaiser.

-Chut, ça va aller, fit-elle d'une voix douce en caressant sa liste du bout des doigts.

Le cheval, d'abords sceptique finit par se laisser faire et il arrêta lentement de renâcler pour finir par se calmer complètement. Une fois qu'elle fut sur qu'il s'était à peu près rendormi elle retourna s'asseoir devant le feu et prit soin de l'entretenir. De toutes façon, elle n'arriverait pas à se rendormir, les questions l'assaillaient à nouveau et cette fois-ci elles la tiendraient éveillées jusqu'au lever du jour. Alors, elle en profita pour être sur qu'aucune bête sauvage ne s'en prendrait à elle ou son cheval, elle pouvait sentir leur présence autour du camps, mais aussi leur peur du feu et de sa chaleur. Elle savait qu'ils ne tenterait rien tant que les flammes brûleraient haut dans le noir.

C'est ainsi que la trouvèrent les elfes qu'avaient envoyé Thranduil en entendant parler d'un voyageur ayant allumer un feu au milieu de Mirkwood. Ils s'étaient attendus à trouver un voyageur perdu, voir un peu fou pour tenter d'allumer un feu au milieu d'une telle forêt mais quand ils découvrirent la jeune femme parfaitement éveillée et l'air déterminée, ils comprirent qu'ils n'avaient pas à faire à n'importe qui. Níniel leur sourit tandis qu'ils la regardaient avec méfiance.

-Merci mais je connais le chemin, déclara t-elle en se levant.

Elle tapota ses cuisses pour en faire tomber la cendre et faire circuler son sang, puis elle se dirigea vers son cheval qui était aussi réveillé, d'un claquement de langue elle lui donna l'ordre de la suivre, ce qu'il fit sans rechigner. Les elfes éteignirent le feu et suivirent en regardant cet étrange bout de femme qui semblait bien déterminer, mais à quoi, cela ils ne pouvaient pas le dire. Ils espéraient juste qu'ils ne venaient pas d'introduire un potentiel ennemi dans leur royaume. Mais cette crainte fut vite éteinte quand ils l'emmenèrent devant leur roi.

-Níniel, fit Thranduil en voyant sa fille entrer dans le salle du trône.

-Thranduil, le salua t-elle.

Elle rechignait toujours à l'appeler 'père', en tout cas devant lui. Elle avait finit par accepter qu'il le soit mais de là à le clamer à tu-tête, c'était une autre paire de manches. Mais il ne semblait pas s'en formaliser, ou alors il la cachait bien derrière son éternel sourire goguenard.

-Qu'est-ce qui t'emmène ici ? Lui demanda t-il. Le dernier né se porte t-il bien ?

-Alrin est dans une forme éblouissante, lui apprit-elle avec un sourire doux qui lui venait toujours quand elle parlait de ses enfants. Mais si je viens aujourd'hui c'est pour quelque chose d'autre, même si c'est très lié.

-Et quoi donc ?

-J'accepte ta demande, déclara t-elle d'une voix déterminée.


Alors, qu'est-ce que vous en avez pensé? Qu'est-ce que prépare Niniel? Dites moi tout :D