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Chapitre IV
« Written in Stone »
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3 septembre 1977 — Grande Salle, Poudlard, Écosse
— Est-ce tu as essayé de lui en parler, au moins ? Demanda Sirius en remplissant son assiette de saucisses fumantes et de toasts grillés avant de tendre la main vers le pichet de jus d'orange.
James avala une longue gorgée de thé et reposa sa tasse en soupirant, son regard glissant machinalement vers Lily Evans, qui prenait son petit déjeuner avec Marie à l'autre bout de la table des Gryffondor.
— James ? L'interpella son meilleur ami après avoir échangé un regard entendu avec Remus et Peter qui, jusque-là, étaient restés étonnamment silencieux.
Le jeune homme s'arracha à sa contemplation muette et reporta son attention vers Sirius, qui l'observait, ses traits fins et arrogants figés avec résignation.
— Je me suis excusé. J'ai promis de faire des efforts et elle a refusé de m'écouter. Comme d'habitude, ajouta-t-il avec un mouvement d'épaules qui suggérait qu'il se moquait éperdument de ce que pouvait bien penser Lily Evans, même si son ami savait pertinemment que c'était faux.
— Tu sais que Rogue est un sujet sensible, intervint Remus en soupirant. Tu ne gagneras aucun point auprès de Lily en continuant de t'en prendre à lui gratuitement.
— Gratuitement ? Ricana Sirius en adressant un regard mauvais à son ami. Cet épouvantail le méritait entièrement. Dans le train jeudi, il a…
— Remus a raison, coupa James en grimaçant.
Sirius tourna un visage ahuri vers on meilleur ami, ses yeux glissant sur le petit badge argenté accroché sur sa poitrine avec une moue désapprobatrice.
— James, tu ne vas pas…
— Ce n'est pas seulement à cause d'Evans, d'accord ? Soupira James en plongeant la tête dans ses mains, ses doigts s'enroulant machinalement dans ses cheveux en bataille. Tout le monde se demande pourquoi Dumbledore m'a nommé Préfet-en-Chef et pourquoi McGonagall l'a laissé faire quand on sait que j'ai passé plus de temps en retenue que la moitié des élèves de l'école réunis... Alors je n'ai pas vraiment le choix, si ? Même moi je ne peux pas ignorer les responsabilités que ça implique, acheva-t-il avec une grimace.
— Rien que le mot me donne des boutons, grommela Sirius en portant son verre de jus d'orange à ses lèvres.
James esquissa un faible sourire et croisa le regard de Remus, assis en face de lui. Ce dernier jouait avec la nourriture dans son assiette depuis plusieurs minutes mais n'avait encore touché à rien. James fronça les sourcils, interrogeant silencieusement son ami du regard, mais Remus l'ignora et porta un morceau d'œuf au plat à sa bouche pour donner le change avant de se tourner vers Peter pour lui demander le sel.
— Ça veut seulement dire qu'il va falloir que je me montre plus… discret, reprit James en se tournant à nouveau vers Sirius.
Ce dernier poussa un long soupir et repoussa son assiette vide devant lui.
— Raison de plus pour qu'on finisse la carte au plus vite, dans ce cas, fit-il en adressant un regard accusateur à Peter, qui avait involontairement mis le feu au parchemin ensorcelé en tentant de le rendre ininflammable.
— Pour la dernière fois, c'était un accident ! Rétorqua ce dernier en rougissant.
James et Sirius éclatèrent bruyamment de rire, effrayant les deux élèves de première année assis juste à côté d'eux. Remus esquissa un sourire et tapota l'épaule de son ami avec encouragement.
— Un accident qui nous a coûté des mois de travail, quand même.
Le jeune Gryffondor haussa les épaules ;
— Je vous avais dit que c'était une mauvaise idée de me laisser faire, bougonna-t-il, le teint écarlate.
Le sourire de James s'adoucit aussitôt et une expression nonchalante se dessina de son visage. Il se pencha au-dessus de la table et adressa un clin d'œil à Peter ;
— Mais ça ne serait pas vraiment la carte des Maraudeurs si tous les Maraudeurs ne participaient pas à sa création, si ?
Sirius pouffa à côté de lui, tandis que les lèvres de Remus s'étirèrent vers le haut avec douceur. James était loin d'être parfait. Peut-être qu'il avait plus l'étoffe d'un fauteur de trouble que d'un Préfet-en-Chef, peut-être qu'il prenait toujours tout à la légère et ne semblait jamais rien prendre au sérieux, et peut-être qu'il passait plus de temps à troubler l'ordre qu'à le faire respecter, mais pour Remus, ça n'avait aucune importance. James était le meilleur ami qu'il n'ait jamais eu. Alors il pouvait bien se montrer aussi arrogant qu'il le souhaitait parce que derrière les sourires effrontés et les clins d'œil insolents, se cachait un adolescent droit, généreux, et loyal. Et finalement, c'était exactement ce qu'on attendait d'un Préfet-en-Chef, non ?
— Non, répondit finalement Peter avec un sourire embarrassé. Pas vraiment.
— Quand vous aurez fini de vous faire les yeux doux…
— La ferme, Sirius, fit James non sans adresser un sourire moqueur à son meilleur ami, tout en finissant ses œufs, désormais froids.
— Excusez-moi ? Les interrompit alors une petite voix.
L'attention des quatre garçons se porta aussitôt sur une minuscule fillette de douze ou treize ans qui portait les couleurs de Gryffondor et rougissait comme un petit coquelicot. Elle observait timidement James de ses grands yeux bleus et se tenait debout devant lui, le dos droit comme si elle cherchait désespérément à se grandir de quelques centimètres.
— Oui ?
— Je m'appelle Elizabeth, je suis en deuxième année, se présenta-t-elle d'une voix qui se voulait assurée et dénotait d'un discours probablement appris par cœur.
— D'accord… Je… et moi je suis James, bafouilla le jeune homme en fronçant les sourcils, une main plongée dans les cheveux, cherchant à savoir où elle voulait en venir exactement.
La jeune élève rougit de plus belle et James entendit Sirius pouffer discrètement à côté de lui.
— Ça je sais, répondit Elizabeth en secouant la tête comme si c'était évident avant de s'éclaircir timidement la gorge. Je… je voulais savoir quand auraient lieu les sélections.
— Les sélections ? Répéta James en clignant des yeux.
— Oui. Tu es toujours le capitaine de l'équipe, non ? J'ai demandé à Lily et elle m'a dit que c'était à toi qu'il fallait que je demande.
— Lily Evans ?
— Oui, répondit la jeune fille d'une voix lente, son regard glissant vers Remus, Peter, puis Sirius avec hésitation, comme si elle cherchait à savoir si James était généralement aussi lent ou s'il était sous l'emprise d'un philtre ou d'un sortilège quelconque.
— Oui… euh les sélections, reprit-il en toussotant. Eh bien je dois réserver le terrain avant d'afficher une note dans la Salle Commune, mais a priori, elles devraient avoir lieu dimanche prochain. Les cours n'ont repris qu'hier alors je pensais attendre encore une semaine pour laisser à tous ceux susceptibles de vouloir participer le temps d'y réfléchir.
— Je comprends, fit la jeune fille en hochant la tête avec sérieux.
James ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'elle lui faisait un peu penser à elle au même âge. Il lisait la même détermination farouche dans ses yeux, la même envie de réussir et de prouver à tout le monde qu'il était bon, qu'il avait sa place dans l'équipe, malgré ce que pouvaient en penser les élèves plus âgés.
— Pour quel poste tu veux passer les sélections ? Demanda-t-il en la jaugeant du regard. Celui d'attrapeur ?
Elizabeth secoua timidement la tête.
— Non, celui de batteur.
— De… batteur ? Répéta lentement James, incrédule, en scrutant des yeux la gamine haute comme trois pommes qui se tenait debout devant lui avec un aplomb étonnant.
Elizabeth hocha la tête avec conviction et esquissa un sourire incertain.
— Je me suis entraînée tout l'été avec mon frère. Il dit que j'ai mes chances même si je manque encore un peu de carrure.
— Un peu, c'est le cas de le dire, souffla Remus sans méchanceté, mais seulement un peu d'inquiétude.
— Attends un peu, intervint Sirius en fronçant les sourcils. Broomwood, c'est ça ? Elizabeth Broomwood ? Ton frère ne serait pas Samuel Broomwood ?
— Le nouveau batteur du Club de Flaquemare ? S'enquit James, les yeux écarquillés derrières les verres de ses lunettes. Je me souviens de lui… Il était capitaine de l'équipe quand on était en première année, se rappela le jeune homme.
La jeune fille se mordit la lèvre avec embarras et hocha la tête, visiblement mal à l'aise. James le remarqua et lui adressa un sourire rassurant avant de s'éclaircir bruyamment la gorge ;
— Je te préviendrai personnellement quand j'aurais réservé le terrain, d'accord ? Mais ce n'est pas ton frère qui t'aura une place dans l'équipe. Peu importe qu'il soit le meilleur espoir de l'année ou le Ministre de la Magie, je choisirai le joueur qui a le plus de potentiel.
— Je comprends, répéta la jeune fille, un sourire soulagé accroché aux lèvres. Merci, ajouta-t-elle avant de faire volte-face et de longer la table de Gryffondor pour retrouver ses amies, assises un peu plus loin.
James la regarda s'éloigner en souriant avant de reporter son attention vers le reste du contenu de son assiette.
— James… elle est minuscule. Dis-moi que tu ne songes pas sérieusement à lui mettre une batte dans les mains, si ? Demanda Remus avec inquiétude.
— Et pourquoi pas ? Fit James en haussant les épaules.
— Parce que je ne donne pas cher de sa peau quand vous jouerez contre Serpentard… Urquhart et Avery sont des brutes épaisses. Ils ont envoyé plus d'élèves à l'infirmerie en trois matchs l'année dernière qu'il n'y a de joueurs dans une équipe de Quidditch.
— Je sais, soupira James. Mais si elle est aussi bonne qu'elle en donne l'impression, je ne peux pas refuser de lui donner une chance juste parce qu'elle n'a pas la carrure qu'on attend chez un batteur. Juste parce qu'elle est… différente. Tu devrais comprendre ça mieux que personne, non ?
Le regard de Remus se voilà brièvement et il poussa un long soupir avant de baisser les yeux sur son assiette.
— Je sais. Tu as raison, bafouilla-t-il en plongeant sa cuillère dans son porridge à peine entamé.
— Et puis de toute façon, Sirius sera là pour veiller sur elle si jamais elle intègre l'équipe, reprit le jeune homme d'un ton assuré.
— Quoi ? Demanda l'intéressé en fronçant les sourcils.
James esquissa un sourire goguenard et croisa les bras sur sa poitrine.
— Je ne t'ai pas dit ? Tu seras mon deuxième batteur cette année. Je dois remplacer la moitié des joueurs de l'équipe maintenant que Hestia, Grim, Pierce et Alvis ont quitté Poudlard, alors j'ai vraiment besoin de toi.
— Je ne crois pas, non…
— Et moi je crois que si. Tu te rappelles ce pari que tu as perdu le mois dernier ? Tu me dois une faveur, lui rappela le jeune homme en arquant un sourcil amusé.
— James, non, grommela Sirius en grinçant des dents.
Mais la discussion était close et Sirius le savait. Non seulement un Maraudeur honorait toujours ses paris, mais James et Sirius étaient frères et il n'y avait rien que ce dernier refuserait de faire pour son frère.
3 septembre 1977 — Salle Commune, Poudlard, Écosse
Lorsqu'elles eurent terminé de prendre leur petitdéjeuner, Mary abandonna Lily aux portes de la Grande Salle pour aller rejoindre Benjamin Fenwick dans le parc, déjà pris d'assaut par de nombreux élèves qui profitaient des derniers rayons de soleil de l'année et du dernier week-end d'oisiveté auquel ils pouvaient prétendre avant d'être rattrapés par le rythme des cours et noyés sous une tonne de travail et de devoirs à rendre.
Lily avait choisi de regagner la tour de Gryffondor pour profiter du calme qui y régnait et s'était installée dans un coin de la Salle Commune, à une table déserte, où elle avait entrepris de répondre à la longue lettre que lui avait envoyée son père, avant de se pencher sur le projet qu'elle devait terminer pour le cours d'Arithmancie avant la fin du semestre. Elle savait que ça lui demanderait plus de temps qu'elle n'en aurait à disposition lorsque les cours reprendraient leur rythme normal et elle refusait de se laisser déborder.
Le nez plongé dans les diagrammes qu'elle avait réalisés au cours des quatre dernières années, elle cherchait un moyen d'appliquer tout ce qu'elle avait étudié jusqu'ici à sa propre vie afin d'étudier son futur, comme le leur avait demandé le professeur Numberhead. La rigueur que cet exercice nécessitait détournait ses pensées des nouvelles que lui avait données son père. Elle lui avait promis de ne pas se laisser abattre, de ne pas se morfondre, et de profiter de sa dernière année à Poudlard comme le reste des élèves de son âge, et elle ferait de son mieux pour tenir cette promesse, aussi difficile que ce fût.
Absorbée par son travail et la complexité des chiffres qui s'étalaient devant elle, Lily ne remarqua pas James Potter lorsqu'il s'approcha d'elle d'un pas hésitant et sursauta lorsqu'il s'adressa à elle ;
— Evans ? Demanda-t-il en se plantant devant elle, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon.
Lily releva la tête et croisa son regard noisette avec précaution.
— Oui ?
Le jeune homme extirpa une main de la poche dans laquelle il l'avait enfouie et désigna la chaise en face d'elle ;
— Je peux m'asseoir ?
Lily haussa les épaules et le regarda s'installer en face d'elle avec suspicion, sans le quitter des yeux une seconde. Il croisa les mains devant lui sur la table et balaya du regard les livres et parchemins étalés devant elle.
— Je suis à peu près certain que tu es la seule personne de cette école qui a déjà commencé à faire ses devoirs, bafouilla-t-il, incrédule, avant de secouer la tête. On a repris les cours seulement hier, Evans, et on est samedi... pourquoi tu n'es pas dehors, comme tout le monde ?
Lily leva les yeux au ciel, mais demeura silencieuse, refusant résolument d'avoir cette conversation avec James Potter qui, contrairement à elle, ne semblait jamais avoir besoin d'étudier pour décrocher d'excellents résultats. Il n'avait pas besoin de prendre ses études au sérieux, pour la simple et bonne raison qu'il était brillant et sûrement un des sorciers les plus doués qu'elle n'ait jamais rencontrés, mais ce n'était pas son cas. Elle devait travailler deux fois plus que les autres pour prouver qu'elle avait sa place dans ce monde qui lui tournait peu à peu le dos, mais elle savait que James Potter ne pouvait pas le comprendre. Malgré ses nombreux défauts, il possédait une qualité que Lily n'avait jamais pu ignorer ; il était l'une des personnes les plus tolérantes qu'elle connaissait. C'est pour cela qu'elle n'avait jamais compris la haine qu'il vouait à Severus, car elle refusait de croire que la seule raison pour laquelle il s'en était pris à lui toutes ces années, c'était elle.
— Enfin bref, reprit James en voyant qu'il s'engageait sur une piste dangereuse. Je voulais seulement… je voulais seulement m'excuser pour hier.
— Tu t'es déjà excusé. Deux fois.
Le jeune homme grimaça et plongea une main dans ses cheveux, les ébouriffant machinalement au passage.
— Écoute… je n'aurais pas dû piéger le chaudron de Rogue, je le sais.
Surprise, Lily écarquilla les yeux.
— Dans le train, je t'ai promis que je ferais des efforts et que je prendrais ce badge au sérieux et ça n'a pas changé. Mais tu ne peux pas me demander d'être quelqu'un que je ne suis pas, d'accord ?
Il prit une brève respiration avant de poursuivre ;
— J'assisterai à toutes les réunions de préfets, je t'aiderai à organiser les événements scolaires, je donnerai des cours particuliers aux élèves qui s'inscrivent pour un soutien scolaire, et je respecterai le planning des rondes à la lettre, mais le reste… ça ne viendra pas du jour au lendemain. Il faut que tu me laisses une chance d'apprendre à être… un modèle, termina-t-il en grimaçant.
Lily ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé en voyant ses traits se contorsionner avec horreur à l'idée d'être un modèle de conduite, et se laissa retomber contre le dossier de sa chaise en soupirant.
— Tu es déjà un modèle pour beaucoup d'élèves dans cette école, Potter, commença-t-elle après plusieurs secondes de réflexion, en accompagnant ses paroles d'un haussement d'épaules. À toi d'utiliser cette faculté pour montrer aux plus jeunes qu'être responsable ne signifie pas forcément être ennuyeux et qu'on peut tout à fait respecter le règlement sans pour autant renoncer à s'amuser. Les deux ne sont pas incompatibles, tu sais ? Demanda-t-elle d'une voix douce.
James laissa échapper un grognement moqueur et planta son regard dans celui de Lily avec un soupçon d'arrogance on ne peut plus charmant.
— Tu ne dirais pas ça si tu avais déjà enfreint le règlement…
Un sourire mutin s'empara des lèvres de la jeune fille bien malgré elle ;
— Je te ferai savoir qu'une fois, avec Mary, j'étais dehors après le couvre-feu, plaisanta-t-elle, feignant d'être vexée.
James cligna des yeux, incrédule, avant d'éclater de rire, la tête rejetée en arrière.
— Evans… c'est adorable, je t'assure, mais ça ne compte pas, fit-il après avoir repris son sérieux.
La jeune fille se contenta de sourire, appréciant pour la première fois depuis longtemps le fait d'avoir une conversation avec James qui ne virait pas au cauchemar. Son rire grave et chaleureux faisait écho dans la pièce quasiment déserte et elle ne put s'empêcher de remarquer que cela avait quelque chose d'apaisant. Elle avait tellement l'habitude d'être sur ses gardes lorsque James était dans les parages qu'elle en avait oublié à quel point il pouvait être charmant quand il le voulait. Lorsqu'il cessait de se pavaner et laissait son orgueil de côté plus de cinq secondes.
James observait Lily avec curiosité, un sourire tranquille dessiné sur ses lèvres rieuses ; il semblait qu'il ne l'avait pas vue si sereine depuis une éternité et son cœur battait terriblement fort dans sa cage thoracique, à l'idée qu'il puisse être à l'origine du sourire qui habillait ses lèvres en cet instant. Mais il se rappela les larmes qu'il l'avait vue verser dans le train deux jours plus tôt et son propre sourire s'effrita quelque peu. Le silence lui sembla soudain étouffant et il s'éclaircit maladroitement la gorge, ses yeux parcourant les parchemins sur lesquels était penchée la jeune fille avant son arrivée ;
— Qu'est-ce c'est ? Demanda-t-il en désignant ses travaux d'un geste de la main.
La jeune fille, apparemment elle aussi perdue dans ses pensées, sursauta légèrement avant de se redresser sur sa chaise, surprise par la question.
— Des diagrammes, répondit-elle. On doit réaliser le nôtre ce semestre, en Arithmancie.
— Le vôtre ? S'étonna-t-il.
— Oui. On doit étudier nos nombres pour comprendre notre ligne de vie.
James croisa le regard de Lily, son rythme cardiaque vacillant imperceptiblement.
— Votre ligne de vie, répéta-t-il lentement. Tu veux dire que vous devez prédire votre avenir ?
— En quelque sorte, oui.
James demeura silencieux un instant, ses pensées se rassemblant autour d'un souvenir que trop récent, son regard noisette glissant sur les traits fins et pâles de Lily, son cœur se serrant péniblement dans sa poitrine. Il n'avait toujours pas décidé de la nature de ses sentiments pour la jeune fille et il ne pouvait oublier la prédiction froide et cinglante que lui avait faite la voyante sur le Chemin de traverse, ses paroles résonnant dans son esprit malgré ses efforts pour ne pas leur prêter la moindre valeur. Il refusait de croire que l'avenir était figé, qu'il pouvait être prédit avec exactitude, et l'idée que ses sentiments confus pour Lily Evans pouvaient causer sa perte, ou pire encore, la sienne, le rendait malade.
— Potter ? L'arracha la jeune fille à ses pensées, ses sourcils froncés avec inquiétude au-dessus de ses yeux verts.
— Désolé, fit-il en se forçant à sourire et à adopter une attitude nonchalante. Je pensais à autre chose.
Lily l'observa curieusement mais ne répondit rien et un silence fébrile les enveloppa. Ni l'un ni l'autre ne prononça le moindre mot pendant ce qui leur parut à tous deux durer une éternité, leurs regards se croisant sans vraiment se rencontrer, chacun perdu dans un tourbillon de pensées qui leur était propre. Dans les yeux de Lily, James vit toute la souffrance contre laquelle elle luttait depuis des mois et dont il n'avait aucune idée, tandis que Lily vit dans ceux de James une confusion qu'elle ne comprenait pas. Ils vivaient ensemble depuis plus de six ans et savaient une multitude de choses l'un sur l'autre, et pourtant c'est à peine s'ils se connaissaient, en fin de comptes. Leurs différences les avaient longtemps empêchés de se comprendre, mais finalement, le problème résidait dans le fait qu'ils étaient deux étrangers qui prétendaient se connaître depuis toujours.
Lentement, James détacha son regard de la jeune fille et inspira profondément, un sourire forcé étirant grossièrement ses lèvres.
— Je ferai mieux d'y aller, j'ai promis à Sirius et Peter de… enfin bref, s'interrompit en faisant un geste maladroit de la main. Merci de… de me laisser une chance, j'imagine, bredouilla-t-il, son regard s'attardant un instant sur le visage de la jeune fille.
Lily hocha la tête, soudain mal à l'aise, et replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, les lèvres pressées l'une contre l'autre. James se leva, resta planté devant elle pendant plusieurs secondes, avant de s'éclaircir la gorge, de lui adresser un signe de la tête et de s'éloigner sans plus se retourner. Lily l'observa franchir le portrait de la Grosse Dame en se baissant pour ne pas se cogner la tête et cligna des yeux lorsque l'ouverture se referma derrière lui.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'il venait de se passer mais elle était certaine d'une chose ; il y avait quelque chose chez James, dans son regard noisette à la fois pétillant de malice et brillant d'intelligence, qui la poussait à lui accorder le bénéfice du doute malgré les nombreuses chances qu'il avait déjà épuisées.
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James sortir de la Salle Commune par le passage dissimulé derrière le portrait de la Grosse Dame, les idées embrouillées, et bouscula sans le vouloir Helena Clearwater, une préfète de Gryffondor en sixième année avec qui Lily était amie.
— Pardon, bafouilla-t-il.
— Il n'y a pas de mal, répondit la jeune fille en lui adressant un sourire poli avant de passer le portrait de la Grosse Dame dans l'autre sens.
Le jeune homme inspira profondément pour s'éclaircir les idées et vérifia que le couloir était désert avant de tourner à gauche et de s'approcher d'une tapisserie poussiéreuse dissimulée derrière une armure à l'expression menaçante. Il tira l'épaisse toile brodée en grimaçant et tapota le mur qu'elle recouvrait du bout de sa baguette. Un passage s'ouvrit aussitôt dans la pierre et James s'y engouffra, l'ouverture se refermant aussitôt derrière lui. Il attendit plusieurs secondes, immobile, jusqu'à ce qu'un rideau d'eau de pluie glacée se matérialise devant lui. Il inspira profondément, fermant les yeux pour se préparer à la sensation désagréable qui allait le parcourir, et fit un pas en avant. Il étouffa un grognement en sentant l'eau le glacer jusqu'aux os et rouvrit les yeux une demi-seconde plus tard sur un tout autre décor.
— James ! S'exclama la voix de Sirius. Qu'est-ce que tu fichais ? Je croyais que tu devais seulement aller chercher les cartes ?
Le Préfet-en-Chef fit enjamba le trou creusé dans le mur dans lequel il se trouvait et entra dans la pièce circulaire tapissée d'épais poufs de couleur pourpre. Des bibelots et objets magiques en tout genre étaient entassés sur des étagères fixées de travers sur des murs recouverts d'une tapisserie évoquant les exploits de sorciers et sorcières morts depuis des siècles, mais James n'y prêta aucune attention ; il connaissait la pièce dans ses moindres recoins pour y avoir passé des nuits entières lorsque Sirius, Peter et lui avaient décidé de devenir Animagi. Peter avait un jour surnommé la pièce « l'Atelier » et l'expression était restée.
— Où sont Remus et Peter ? Demanda James en essorant ses vêtements d'un geste négligé du poignet, une agréable sensation de chaleur le parcourant lorsqu'il pointa sa baguette vers lui.
— Ils sont allés à la bibliothèque. Remus pensait que ce serait utile de vérifier les conséquences que pouvait avoir un sortilège de matérialisation sur des objets ayant déjà absorbé une quantité importante de magie, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel.
James vint s'asseoir dans un pouf à côté de lui et sortit de sous sa robe les diverses cartes qu'ils avaient dessinées au cours des derniers mois. Une seule d'entre elles était la version quasiment achevée de ce qui devait être une carte intégrale de Poudlard, de ses occupants et de ses secrets, les autres étant de simples brouillons qui leur servaient à faire des essais.
— James ?
— Mm ? Fit l'intéressé sans relever les yeux.
— Qu'est-ce qui ne va pas ?
— Comment ça ?
— Pas à moi, James, le prévint calmement Sirius en soupirant.
Le jeune homme ferma les yeux mais ne sut quoi répondre à son meilleur ami.
— Qu'est-ce qui ne va pas ? Répéta ce dernier d'un ton égal.
— C'est compliqué.
— Evans ? Devina-t-il alors.
— Oui et non, j'imagine.
Sirius attendit patiemment que son meilleur ami rassemble ses idées, son regard métallique rivé sur James.
— Si… si on t'avait prédit ta mort certaine, comment tu te sentirais ?
— Attends… quoi ?
James ferma les yeux et gonfla ses poumons d'air avant de planter son regard dans celui de son meilleur ami. Dans un souffle, il lui raconta au détail près son rendez-vous avec Bonnie ; du moment où ils s'étaient retrouvés sur le Chemin de Traverse au moment où la jeune fille l'avait traîné dans l'échoppe de la voyante.
— Je vois, soupira finalement Sirius, une fois que James eut terminé son récit. Pourquoi tu ne nous as rien dit ?
— Je ne sais pas, avoua James en haussant les épaules. Je me disais que ça reviendrait à y croire et… et je refuse d'y croire.
— Alors pourquoi ça te met dans un état pareil ?
— Parce que je ne sais pas quoi en penser. Et dès que je vois Lily je ne peux pas m'empêcher de me demander si… s'il y a une chance qu'il ait une part de vrai dans ces idioties et je… Comment pouvait-elle savoir pour Lily ?
— Je croyais qu'elle n'avait jamais mentionné le nom d'Evans ?
— Je sais, je sais, soupira James en plongeant une main dans ses cheveux avec nervosité. Mais tu aurais dû la voir… c'était comme si elle savait. Elle n'a même pas regardé Bonnie, elle savait…
— James…
— Je sais, c'est stupide. Je veux dire, ce n'est pas comme si je croyais à tout ça. Je refuse de croire que le futur est gravé dans la pierre, que nous n'avons aucune influence sur nos propres vies, mais…
— Mais tu as peur, comprit Sirius. Je comprends.
— Vraiment ? Demanda James avec perplexité.
Sirius haussa les épaules et détourna le regard avec une gravité inhabituelle.
— Je suis né Black, James, mais j'ai choisi d'être un Potter quand tes parents m'ont recueilli, souffla-t-il, un sourire triste se dessinant lentement sur ses lèvres. C'était pas écrit. C'était mon choix. Je sais à quel point c'est effrayant d'imaginer un monde où nos destins sont figés, plus que tu ne le crois. Mais je suis la preuve vivante qu'on a toujours le choix, non ?
James sentit son cœur se dégonfler lentement dans sa poitrine.
— Merci, souffla-t-il simplement après plusieurs secondes.
Sirius lui adressa un sourire sincère et posa une main sur son épaule avec encouragement.
— De rien.
Ni l'un ni l'autre n'échangea plus un mot, mais ils n'en eurent pas besoin. Ils se comprenaient mieux que n'importe qui et, parfois, les mots n'étaient tout simplement pas nécessaires.
Peter et Remus ne tardèrent pas à faire leur apparition, les bras chargés d'ouvrages poussiéreux qui firent grogner Sirius.
— Tu avais dit que tu devais seulement vérifier un enchantement ! Grommela le jeune homme en lançant un regard mauvais au lycanthrope qui balaya sa remarque d'un geste de la main en s'asseyant à côté de James.
— On n'est jamais trop prudent.
Sirius leva les yeux au ciel et James étouffa un éclat de rire lorsque son regard croisa celui, tout aussi amusé, de Peter.
— Laisse-le feuilleter ces horreurs si ça lui chante, Patmol, nous on s'occupe de la carte.
Ce fut au tour de Remus de lever les yeux au ciel.
— Très bien, mais si l'un de vous met encore le feu à la carte, il se débrouillera pour…
— C'était un accident ! S'exclama Peter en poussant un râle exaspéré.
Les trois garçons éclatèrent de rire, sous le regard vexé du jeune garçon qui avait croisé les bras sur sa poitrine.
— Sérieusement, fit Sirius après avoir retrouver son sérieux ; est-ce qu'on peut s'y mettre ? Cette carte ne nous servira plus à rien quand on marchera avec une canne…
— Hilarant, rétorqua Remus en sortant sa baguette.
Les trois autres Gryffondor l'imitèrent et se penchèrent sur la carte. Il leur restait à trouver un moyen de matérialiser et dématérialiser la carte à la demande, ce qui était loin d'être aussi facile qu'ils ne l'avaient imaginé au départ. Ils avaient passé une bonne partie de l'été fourrés dans la bibliothèque des Potter - ce qui avait éveillé la suspicion des parents de James - à chercher un sortilège approprié, mais jusqu'ici, toutes leurs tentatives s'étaient soldées par un échec, jusqu'à ce que Remus suggère qu'ils utilisent une formule qui contiendrait une sorte de mot de passe.
Ils passèrent le reste de la matinée à mettre au point des formules en tout genre, mais aucune ne sembla fonctionner. Vers treize heures, James et Peter descendirent aux cuisines et en revinrent les bras chargés de sandwichs frais et de jus de citrouille en bouteille et ils se remirent au travail.
Il était plus de dix-huit heures lorsqu'enfin une des tentatives de Sirius porta ses fruits et qu'un des brouillons sur lesquels ils travaillaient se dématérialisa sous leurs yeux ébahis.
— Tu as réussi, bafouilla Peter en se frottant les yeux.
— Merlin ! S'exclama Remus en se laissant tomber sur les poufs derrière lui, un soupir de soulagement échappant à la barrière de ses lèvres.
— On essaye sur la carte ? Demanda James en tournant un visage enthousiaste vers son meilleur ami, ses yeux noisette pétillant derrière les verres de ses lunettes.
— À toi l'honneur, fit Sirius en esquissant un sourire goguenard.
— Non, ensemble, fit James en secouant la tête.
— Comme tu veux. Vous êtes prêts ? Demanda Sirius à ses trois meilleurs amis.
Les quatre jeunes garçons pointèrent leur baguette sur la carte, en échangeant des regards excités.
— Attendez, fit soudainement Peter en relevant sa baguette ; vous ne croyez pas qu'on devrait dématérialiser l'atelier ?
— Ne pas la faire apparaître sur la carte ? S'étonna Remus.
Peter haussa les épaules en rougissant légèrement.
— Je ne sais pas… je me dis seulement que si jamais quelqu'un trouvait la carte, ce serait dommage qu'il découvre l'existence de cette pièce, non ?
Les garçons échangèrent des regards interrogatifs puis se mirent silencieusement d'accord ;
— Brillante idée, Peter, fit James en lui adressant un clin d'œil.
Il pointa sa baguette sur la carte et effaça la pièce d'un geste efficace du poignet. Les quatre garçons pointèrent alors leur baguette sur la carte et échangèrent un sourire extatique avant de prononcer à l'unisson ;
— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
N/B : Bonjour ! Une fois de plus, je ne vous dirai pas assez merci pour tous vos encouragements et vos reviews. Je suis contente de voir que cette histoire plait un petit peu et que vous êtes tout(e)s furieu(ses) contre James qui, vous semblez d'accord sur ce point, est un crétin. On lui souhaite quand même de bientôt se décider à grandir un peu, hein, parce qu'il y a du boulot. Mais j'ai l'impression qu'il est sur la bonne voie. Maintenant, est-ce qu'il trouvera quand même le moyen de tout faire capoter, ça, c'est une autre question ^^
Je vous souhaite un bon week-end, et à vendredi prochain ;)
RàR : Hé ! :D Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi, pour le coup. Je pense que même amoureux, mariés, et parents d'un adorable gosse à la tignasse désordonnée et aux yeux verts, ils continuaient de se disputer. James passait probablement son temps à provoquer Lily, à vrai dire, juste pour le fun. Mais n'est-ce pas ce qu'on aime tant chez James et Lily ? Que malgré leurs différences, ils soient si parfaits l'un pour l'autre ? Ahhhh. Maintenant, j'ai envie de pleurer... Aller, je te souhaite un très bon week-end. (ET MERCI ENCORE ET TOUJOURS POUR TES REVIEWS ^^)
