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Chapitre VII

« Meeting The Maraudeurs »

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26 Octobre 1977 — Serre numéro 4, Poudlard, Écosse


Rassemblés dans la serre numéro 4, les élèves de septième année ayant conservé la Botanique pour leurs ASPIC subissaient de plein fouet le froid qui s'était peu à peu installé au château depuis le début du mois d'octobre.

Emmitouflée dans sa cape d'hiver, Lily avait enroulé autour de son cou une épaisse écharpe en laine tricotée par sa sœur quelques années plus tôt et caché ses oreilles sous un bonnet assorti, en plus de la paire de gants en peau de dragon obligatoire dont tous les élèves devaient se munir pour le cours du professeur Chourave, mais rien n'y faisait ; elle tremblait de froid. À côté d'elle, Mary, qui avait les deux mains plongées dans du purin d'orties et affichait une expression épouvantée, semblait tout aussi mal supporter la température

— Rappelle-moi pourquoi j'ai gardé Botanique, déjà ? Grommela la jolie brune entre ses dents.

Lily arqua un sourcil moqueur, tout en récoltant les bourgeons de son plant de Belladone avant sa fleuraison, armée d'un petit sécateur ;

— Parce que c'est une matière obligatoire si tu veux devenir Médicomage…? Proposa la jeune Préfète-en-Chef sans cacher son amusement.

— Changement de plan, alors, marmonna Mary en recouvrant les racines de leur Belladone du purin qu'elle venait de masser pendant dix minutes ; tout compte fait, j'ai rien contre un emploi au service des archives du Ministère…

L'éclat de rire que laissa échapper Lily se perdit dans le brouhaha qui régnait dans la petite serre mais attira l'attention de James Potter, installé un peu plus loin avec Peter, devant leur propre pied de Belladone. La jeune fille croisa son regard et lui adressa un sourire tranquille avant de remarquer le teint blafard du jeune homme et les cernes violets qui creusaient son regard noisette. Ses cheveux en bataille étaient dissimulés sous un épais bonnet en laine, semblable à celui de Lily, et l'écharpe enroulée autour de son cou lui recouvrait la moitié du visage. Ces derniers temps, James semblait épuisé, mais chaque fois qu'elle abordait le sujet avec lui, il se contentait de balayer ses inquiétudes et lui parlait d'Éloi et des progrès que faisait son élève de jour en jour. Mais c'est les efforts de James que Lily n'avait pu s'empêcher de constater au cours des semaines qui venaient de s'écouler.

Il lui arrivait encore de déraper, mais ça n'avait pas d'importance. Ce qui importait, c'est qu'il reconnaisse ses erreurs et assume ses échecs sans se dérober aux conséquences que certains de ses actes pouvaient parfois avoir, comme lorsqu'il avait décidé d'humilier publiquement Severus quelques semaines plus tôt et choisi de ne pas se défiler.

— Lily ?

La jeune fille sursauta en entendant la voix de sa meilleure amie l'arracher à ses pensées et détacha ses yeux du jeune homme, qui l'observait lui aussi avec une expression indéchiffrable.

— Pardon ?

Mary arqua un sourcil circonspect ;

— Le cours est terminé… on doit ranger notre matériel.

Lily cligna des yeux avant de jeter un bref coup d'œil autour d'elle en s'apercevant que le reste de ses camarades avaient en effet déjà commencé à ranger leurs affaires, le professeur Chourave ayant déjà quitté la serre et ouvert l'établi.

— Oh…

Mary secoua la tête, son regard glissant vers James Potter.

— Qui l'eût cru, marmonna-t-elle avec un sourire amusé.

La jeune fille rougit aussitôt et fronça les sourcils.

— Ce n'est pas ce que tu crois.

— Non, évidemment non, balaya Mary d'un geste de la main, ses lèvres étirées en une moue qui contrastait avec ses mots.

— Je ne… il… James n'est pas… Je suis juste agréablement surprise, d'accord ? Se rattrapa enfin Lily en retirant ses gants un à un avant de les jeter dans son sac et de sortir sa baguette.

Elle pointa cette dernière sur leur pupitre carrelé et fit disparaître tout le désordre qui s'y était accumulé. Mary rassembla leur matériel et adressa un clin d'œil à son amie avant de s'éloigner pour aller le ranger dans l'établi adjacent. Lily poussa un grognement peu galant et souleva le lourd pot en terre cuite contenant leur plant de Belladone pour aller le déposer sur une étagère au fond de la serre, là où il profiterait d'une meilleure exposition au soleil.

Elle contourna les tables en évitant soigneusement de regarder dans la direction de James Potter et attendit patiemment qu'Elodie Bud et Judith Greenfeet déposent leur propre plant de Belladone et daigne s'écarter pour accéder à l'étagère.

— Laisse-moi t'aider, fit soudain la voix de James dans son dos.

Elle sursauta et manqua de faire tomber son pot mais parvint à le maintenir en place en resserrant ses bras autour de lui. James esquissa un sourire amusé et s'empara aussitôt du pot qu'il souleva pour le déposer sur l'étagère en hauteur.

— Merci, fit Lily, le regard braqué sur le bout de ses chaussures.

— Je t'en prie, fit James avant de tousser en portant la main à sa bouche.

Lily releva les yeux, ses sourcils se fronçant d'eux-mêmes lorsqu'elle vit une grimace étirer son visage.

— Ça va ? Demanda-t-elle.

— C'est rien, juste un rhume, sourit le jeune homme. Remus a dû me le refiler.

— Il est encore malade ? S'étonna Lily avec une pointe de mélancolie dans la voix.

Le regard de James s'adoucit et il amorça machinalement un geste de la main pour ébouriffer ses cheveux avant de se souvenir qu'il portait un bonnet. Il se contenta alors de hausser les épaules et plongea les deux mains dans les poches de sa cape. Lily s'apprêta à se renseigner sur l'état du jeune homme lorsqu'une nouvelle quinte de toux assaillit James qui se détourna légèrement. Lily fronça les sourcils et se mordit l'intérieur de la joue sans pouvoir réprimer le sentiment de culpabilité qui l'envahit.

— Tu devrais aller à l'infirmerie, James.

— Non, ça va, je vais bien, rétorqua-t-il, la voix soudain plus rauque.

Mais Lily secoua la tête.

— James…

— Lily..., fit-il sur le même ton en levant les yeux au ciel, un sourire amusé accroché aux lèvres.

La jeune fille soutint son regard sans ciller. Si elle avait appris une chose en côtoyant le jeune homme, c'est que demeurer impassible était la seule arme efficace contre la désinvolture de James Potter.

Et comme c'était bien souvent le cas, il fut le premier à capituler, sans pour autant se départir de son sourire moqueur, qui contrastait avec la mine épouvantable qu'il affichait.

— D'accord, Evans, soupira-t-il avec exagération. Je passerai voir Pomfresh après notre ronde ce soir, promis.

Une fois encore, la jeune fille leva les yeux au ciel.

— James, tu es dispensé de ronde ce soir, grommela-t-elle. Contente-toi d'aller à l'infirmerie et d'y rester cloîtré pour le reste de la journée.

Le sourire narquois de James disparut aussitôt et sous les verres de ses lunettes, ses iris noisette s'adoucirent. La jeune fille sentit deux tâches roses s'étaler sur ses joues glacées et détourna la tête. Elle croisa le regard de Mary de l'autre côté de la serre et rougit davantage encore. Appuyée contre la porte, Mary semblait l'attendre, un sourire moqueur dessiné sur les lèvres et un sourcil arqué l'air de dire « qu'est-ce que je disais ? ».

Lily reporta son attention sur James et s'éclaircit maladroitement la gorge ;

— Mary m'attend…

James hocha la tête, son regard toujours braqué sur elle avec une intensité qui la mettait profondément mal à l'aise.

— Va à l'infirmerie, d'accord ?

À nouveau, James se contenta de hocher la tête mais demeura silencieux. Lily tenta d'esquisser un sourire désinvolte, mais échoua lamentablement, avant de tourner les talons, confuse, comme c'était souvent le cas lorsqu'elle était en présence de James.

Elle récupéra son sac là où elle l'avait laissé et rejoignit Mary à la sortie de la serre. Cette dernière ouvrit la bouche mais Lily l'arrêta d'un geste de la main, les joues écarlates ;

— C'est vraiment pas ce que tu crois, souffla-t-elle d'une voix légèrement chevrotante.

Mary éclata de rire mais ne fit aucune remarque, et elles traversèrent le parc de Poudlard pour regagner le château et aller déjeuner.


26 Octobre 1977 — Salle de Métamorphose, Poudlard, Écosse


Lily avait été soulagée de ne pas voir James débarquer dans la Grande Salle au moment du déjeuner, et lorsqu'elle vit Peter s'asseoir à côté de Sirius en cours de Métamorphose, à la place qu'occupait habituellement James, le sentiment de culpabilité qui la rongeait s'estompa légèrement. Elle savait qu'elle était, en partie du moins, responsable du fait que James se tuait à la tâche ces derniers temps. Il semblait être persuadé d'avoir quelque chose à lui prouver et s'enlisait chaque jour davantage dans un rôle qui n'était pas le sien. Impuissante, Lily le voyait s'échiner à devenir quelqu'un qu'il n'était pas et aussi admirables qu'étaient les efforts de James, elle refusait de le voir changer. Si le James arrogant et mesquin ne lui manquait pas, elle se surprenait toutefois à regretter la bonne humeur contagieuse du jeune homme, ses farces inoffensives, et son enthousiasme pour le Quidditch, quand depuis quelques temps, tout ce qui semblait le préoccuper avait trait à son emploi du temps de préfet.

Pendant deux heures, Lily prit distraitement en notes le cours du professeur McGonagall, ses pensées de plus en plus confuses. Elle était habituée aux sentiments contradictoires et chaotiques que faisait naître James Potter dans son esprit, mais jamais encore elle ne s'était sentie si perdue.

Lorsque la cloche retentit et que le professeur McGonagall leur rappela l'intitulé du devoir qu'ils devaient rendre sans faute le lundi suivant s'ils ne souhaitaient pas se voir attribuer un P, Lily rassembla ses affaires et se leva en suivant le reste des élèves hors de la classe. Elle rejoignit Mary qui s'asseyait toujours à côté de Benjamin Fenwick en cours de Métamorphose, et sursauta quand une main étrangère se posa sur son épaule ;

— Evans, attends, fit la voix de Sirius Black dans son dos.

Lily se retourna sur le jeune homme en fronçant légèrement les sourcils. La main du jeune homme retomba lentement le long de son corps et il esquissa un sourire tranquille. À côté de lui, Peter semblait légèrement distrait, ou nerveux, mais adressait lui aussi un sourire tranquille à la jeune fille.

— James est à l'infirmerie et Pomfresh le garde jusqu'à demain matin. Il était déjà complètement dans les vapes quand on est passés le voir, mais il a dit quelque chose à propos d'une ronde ce soir...

— Oh, fit Lily en hochant la tête. Tant mieux. Je demanderai à Henry s'il peut remplacer James, ce n'est pas un problème.

— Je lui dirai, fit Sirius avec un sourire en coin. Avec un peu de chance, ça le calmera un peu, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel, clairement amusé par le comportement de son meilleur ami.

— Ou alors, ce sera pire encore s'il pense que Lily n'a pas besoin de lui, pouffa Peter en évitant le regard de la jeune fille, ses joues se colorant très légèrement.

Un rire rauque semblable à un aboiement qui n'avait rien de très humain échappa à Sirius. Lorsqu'il reprit son sérieux, ses yeux gris dévisagèrent Lily un instant et il secoua la tête avec perplexité.

— Peut-être qu'il vaut mieux ne rien lui dire, alors…

Embarrassée, Lily se mit à jouer nerveusement avec la bretelle de son sac. À côté d'elle, Mary demeurait étrangement silencieuse, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Lily refusa de lui adresser le moindre regard, sachant ce qu'elle y verrait si elle osait.

— La deuxième sonnerie ne va pas tarder, fit-elle remarquer, plus pour combler le silence gênant qui venait de s'installer que pour autre chose.

— Mmm, souffla Mary. On ferait mieux d'y aller, ajouta-t-elle d'une voix étonnamment posée.

La jeune fille posa sa main sous le coude de son amie et l'entraîna aussitôt avec elle.

— Quoi ? Fit Lily lorsqu'elles se furent éloignées, laissant Sirius et Peter derrière elles pour se rendre en Sortilèges.

Les deux salles de classes se trouvaient au même étage, si bien qu'il leur fallut seulement changer d'aile pour arriver en cours.

— Je sais que tu ne veux pas en parler, commença Mary ; tout comme tu ne veux pas parler de ce qui te tracasse depuis la rentrée…

— Je ne…

— C'est pas la peine de nier, Lily, l'interrompit son amie avec douceur, bien que son regard était coloré de chagrin. Je sais que quelque chose ne va pas. Tu ne dors presque plus, tu manges à peine… et chaque fois que tu reçois une lettre de chez toi tu…

La jeune fille s'interrompit un instant, haïssant la douleur qu'elle faisait naître dans les yeux de sa meilleure amie.

— Écoute, reprit-elle alors qu'elles franchissaient le seuil d'entrée de la salle de classe du professeur Flitwick, tout ce que j'essaye de te dire, c'est que peu importe ce qui te fait souffrir, si James est capable de te faire sourire alors peut-être que…

À nouveau, elle s'interrompit et se dirigea en soupirant vers leur pupitre habituel. Lily se laissa tomber à côté d'elle, mais refusait de croiser son regard.

Mary inspira profondément et orienta tout son corps de façon à faire face à la jeune fille.

— J'aurais jamais cru dire ça un jour, d'accord ? Souffla-t-elle en fermant brièvement les yeux. Mais James a une influence positive sur toi, Lily.

La jeune Préfète-en-Chef pivota légèrement dans sa chaise, ses yeux verts rencontrant enfin ceux bleus et intenses de sa meilleure amie.

— Une influence positive ? Répéta-t-elle lentement alors que le professeur Flitwick faisait irruption dans la salle de classe.

Mary hocha la tête.

— Chaque fois que tu passes un peu de temps avec lui, tu… tu t'adoucis. Et tu sembles plus légère.

— Je ne…

— Tu sais que c'est vrai, l'interrompit Mary avec un sourire fragile. Tout ce que je dis, c'est que si c'est le cas, si James Potter est la meilleure chose qui te soit arrivée depuis longtemps, alors pourquoi te priver ?

Lily sentit sa poitrine s'alourdir, mais fut incapable de répondre quoi que ce soit. Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte comme si elle était sur le point de dire quelque chose mais qu'elle était incapable de rassembler des pensées cohérentes, elle fixait sa meilleure avec hébétude.

Après de longues secondes, Mary se détourna et porta son attention vers le professeur Flitwick qui avait entrepris de leur expliquer ce qu'il attendait d'eux aujourd'hui de sa petite voix haut perchée.

Lily demeura immobile plusieurs secondes, plus confuse encore qu'elle ne l'était quelques minutes plus tôt, avant de commencer à sortir ses affaires en faisant de son mieux pour se concentrer sur les explications que leur donnait leur professeur de Sortilèges.

Perché en haut de son estrade, le professeur Flitwick agita sa baguette dans l'air et une boule de neige enchantée apparut devant chacun de ses élèves d'ASPIC.

— Bon courage ! Couina-t-il.

Mary sortit sa baguette et Lily l'imita aussitôt en tentant de faire le vide dans son esprit, en vain.

Alors qu'il lui fallait habituellement peu de temps pour maîtriser à la perfection les exercices que leur donnait le professeur Flitwick, Lily fut incapable d'enflammer sa boule de neige avant la septième tentative et lorsque des flammes ocre s'enroulèrent autour de celle-ci, sa baguette lui glissa entre les doigts et les flammes crûrent aussitôt. L'une d'elle lécha le poignet de Lily, qui étouffa un cri de douleur, avant qu'elle ne fasse disparaître les dégâts d'un mouvement précis de sa baguette. Mary lui lança un regard paniqué, mais Lily balaya ses inquiétudes d'un geste de la main.

— Juste un coup de chaud, rien de grave, se força-t-elle à sourire.

— Sûre ? Demanda Mary en fronçant les sourcils avec appréhension.

— Certaine, souffla Lily tout en tapotant son poignet endolori du bout de baguette.

Un bandage invisible et glacé s'enroula autour de son poignet, soulageant immédiatement la douleur et Lily inspira profondément, les paupières closes, avant de reporter toute son attention vers la boule de neige en face d'elle. Elle ignora le regard pesant de Mary pendant le reste du cours et ne prononça pas le moindre mot.


26 Octobre 1977 — Grande Salle, Poudlard, Écosse


Lily avait refusé d'aller à l'infirmerie après le cours de Sortilèges et s'était empressée d'abandonner Mary à la sortie de la salle de classe pour se rendre à la bibliothèque où elle devait retrouver Jonathan Catch, un élève de troisième année, attrapeur dans l'équipe de Gryffondor, à qui elle donnait des cours de soutien dans le cadre de ses devoirs de préfète.

Lorsqu'elle avait rejoint son amie pour le dîner, elle lui avait toutefois promis de passer demander un baume apaisant à Madame Pomfresh avant sa ronde, si bien que dès qu'elle eut terminé de manger (ou plutôt, de picorer dans son assiette), Lily quitta la Grande Salle pour se rendre à l'infirmerie en espérant ne pas y croiser James.

Lorsqu'elle franchit les portes de l'aile médicale, une forte odeur d'antiseptique lui brûla les narines et elle fronça le nez avec dégoût. Elle alla frapper au bureau de madame Pomfresh, qui l'accueillit en souriant avec douceur.

— Mademoiselle Evans ? Lui demanda-t-elle poliment, bien que son regard se portât nerveusement sur la petite horloge posée sur son bureau. Qu'est-ce que je peux faire pour vous ?

— Je voulais savoir si vous aviez un baume cicatrisant ? Je me suis légèrement brûlée en Sortilèges tout à l'heure et…

— Pourquoi n'êtes vous pas venue me voir tout de suite ? Fit aussitôt la jeune infirmière en se levant précipitamment pour examiner le poignet de la jeune fille.

Elle grimaça en constatant la couleur inquiétante qu'avait prise la peau de Lily et retroussa délicatement la manche de sa chemise pour voir l'étendue des dégâts. Après quelques secondes, elle poussa un long soupir et adressa un regard désapprobateur à la jeune fille.

— Allez vous installer sur un lit, je reviens, souffla l'infirmière en secouant la tête avant de se diriger vers l'immense cabinet en bois sculpté qui trônait dans son bureau.

Lily ne se le fit pas dire deux fois, suffisamment embarrassée par les réprimandes silencieuses qu'elle venait d'essuyer, et se dirigea vers la porte du bureau qui donnait sur le dortoir médical. Lorsqu'elle poussa la porte et pénétra dans la pièce, elle constata avec surprise qu'elle était déserte. Ni Remus, ni James n'était là.

Madame Pomfresh fit à son tour irruption dans le dortoir et Lily prit silencieusement place sur le lit le plus proche, ses pensées se heurtant les unes aux autres à toute vitesse.

— Heu… vous… vous n'auriez pas vu James Potter aujourd'hui, par hasard ? Demanda-t-elle d'une petite voix alors que la jeune infirmière appliquait un baume sur sa brûlure.

Madame Pomfresh releva les yeux et fronça les sourcils ;

— Si, il est passé avant le déjeuner. Mais il avait juste un petit rhume alors je lui ai donné du sirop et je l'ai laissé repartir, dit-elle avant de reporter toute son attention sur le poignet endolori de sa patiente.

Lily fronça les sourcils sans comprendre, puis lentement, la surprise et l'incompréhension laissèrent place à un sentiment plus encombrant ; la colère. Si Sirius lui avait menti, cela ne pouvait être que pour une bonne raison ; James avait tout simplement besoin d'une excuse pour sécher les cours et lui fausser compagnie ce soir, négligeant ses obligations de préfet par la même occasion.

Son estomac se tordit avec déception et elle baissa les yeux sur le poignet que Madame Pomfresh avait entrepris de bander.

Ça n'avait aucun sens. Pas après toutes ces semaines d'efforts. James ne pouvait pas… il ne pouvait pas avoir fait semblant pendant tout ce temps, si ? Et où était Remus ?

— Et voilà ! S'exclama l'infirmière avec un sourire, arrachant Lily à ses pensées vagabondes. Faites attention, d'accord ? Et la prochaine fois, venez me voir tout de suite.

— Promis, fit Lily en souriant distraitement.

Elle se leva en remerciant Madame Pomfresh et s'éloigna, confuse. Elle franchit les portes de l'infirmerie sans trop savoir quoi penser, le cœur encombré par une foule de sentiments contradictoires.

Elle traversa la moitié du château et monta plusieurs étages, perdue dans ses pensées, et lorsqu'elle arriva devant le bureau des préfets, elle vit qu'Henry Smith, préfet de Gryffondor en sixième année, l'attendait déjà.

— Bonsoir Lily, la salua-t-il tranquillement.

La jeune fille lui sourit et secoua la tête

— Désolée de t'avoir fait venir au dernier moment, James… James…

— C'est rien, l'interrompit-il en haussant les épaules. Ça m'arrangeait. Normalement, je devais patrouiller samedi soir, mais il y a la sortie à Pré-au-Lard, donc je préfère avoir ma soirée de libre.

Un sourire crispé étira les lèvres de Lily et ils se mirent en route en silence. La nuit était déjà tombée depuis plusieurs heures et les couloirs du château n'étaient éclairés que par la faible lumière des bougies qui flottaient au-dessus de leur tête.

Lily essaya de s'intéresser au stage qu'avait effectué Henry au Ministère pendant l'été, mais ne parvenait à se concentrer que sur des bribes de la conversation, distraite.

Lorsqu'ils surprirent deux élèves de troisième année penchés au-dessus d'un chaudron dans les toilettes des garçons du deuxième étage, Lily se contenta de les envoyer se coucher, sous le regard surpris de Henry. Si Lily se montrait rarement sévère, elle appliquait toutefois toujours le règlement.

— Tu ne leur donnes pas de retenue ? Lui demanda Henry d'une voix hésitante lorsque les deux petits chenapans eurent déserté les toilettes en promettant d'aller se coucher.

— Mmmh ? Répondit distraitement la jeune fille en faisant disparaître le désordre qu'ils avaient laissé derrière eux d'un simple mouvement de poignet qui la fit grimacer lorsque la douleur se rappela à son bon souvenir.

Henry fronça les sourcils avant de hausser les épaules et de suivre Lily hors des toilettes, sans ajouter un mot. Ils reprirent leur déambulation des couloirs en silence et les secondes s'égrenèrent péniblement pour chacun d'eux.

De longues minutes plus tard, alors qu'ils reprenaient la direction du bureau des préfets après avoir traversé la moitié du château, la voix d'Henry déchira le silence qui régnait dans le couloir autrement désert.

— C'est la Pleine Lune, fit-il soudain remarquer d'une voix égale.

Le regard de Lily suivit celui du jeune homme et se posa sur la douce lumière de la lune, visible depuis la fenêtre devant laquelle ils venaient de passer, qui combattait l'obscurité dans laquelle les avait plongés la nuit. Un sourire tranquille étira ses lèvres et pendant un instant, elle oublia James Potter, songeuse. Au loin, elle pouvait entendre le faible hululement des hiboux qui se tapissaient dans la forêt interdite et elle frissonna en pensant à toutes les créatures qui se cachaient dans les bois. Des sangliers-à-piques, des Sombrals, des trolls, des vampirmites, des acromentules…et même des Loups-Garous d'après certaines rumeurs.

Son regard se posa à nouveau sur la lune et un nouveau frisson la parcourut.

Et tout à coup, elle se figea, gagné par l'effroi.

— Tout va bien ? Demanda Henry en la regardant avec inquiétude.

La gorge sèche, le cœur tremblant, Lily peina à hocher la tête et un sourire tordu se dessina sur les lèvres. Elle dissimula ses mains soudain moites dans les poches de sa robe et fit quelques pas tremblants vers le jeune homme.

— Désolée, souffla-t-elle. Je… je crois que j'ai juste eu une longue journée, répondit-elle sans parvenir à calmer son rythme cardiaque ou faire taire les pensées étourdissantes qui l'assaillaient les unes après les autres.

Henry l'observa avec suspicion, mais heureusement, il était bien trop poli pour faire la moindre remarque.

Les jambes tremblantes, Lily suivit le jeune homme jusqu'au bureau des préfets où ils récupèrent leurs affaires avant de regagner leur Salle Commune.

— Cliodna, bredouilla Lily à l'attention de la Grosse Dame lorsque celle-ci leur demanda le mot de passe.

Lily se faufila à travers l'ouverture, Henry sur ses talons. La Salle Commune était déserte, à l'exception d'un groupe d'élèves de deuxième année qu'Henry réprimanda gentiment ;

— Vous devriez être couchés, il est plus de dix heures, leur fit-il remarquer avant de se tourner vers Lily en souriant avec douceur ; Bonne nuit Lily. Et repose-toi, d'accord ? On dirait que tu vas t'évanouir.

La jeune fille lui adressa un sourire qui se voulait reconnaissant et alla s'asseoir dans un fauteuil, près du feu, ses genoux s'entrechoquant légèrement. Elle entendit Henry monter dans son dortoir, très vite suivi par les élèves de deuxième année qu'il avait aimablement admonestés.

Dans le silence de la pièce déserte, les battements violents de son cœur dans sa poitrine semblaient faire un vacarme effrayant. Immobile dans le fauteuil dans lequel elle avait trouvé refuge, elle regarda le feu mourir lentement dans l'âtre de la cheminée, les secondes laissant place aux minutes qui s'égrenèrent en heures.

Elle refusait de croire que Remus puisse être un loup-garou. Elle refusait de donner crédit à son imagination délirante. L'idée même que le jeune homme puisse être victime de pareils démons lui retournait l'estomac et elle se surprit à espérer, de tout son cœur, que la seule explication à la disparition des quatre jeunes hommes était imputable à leurs habituelles escapades nocturnes.

Vers trois heures du matin, elle n'avait toujours pas bougé et n'était pas parvenue à faire taire les soupçons qui hantaient ses pensées depuis des heures. Agitée, elle se pencha pour récupérer son sac à ses pieds et fouilla dedans avec frénésie avant de mettre la main sur son cours d'Arithmancie. Ses doigts tremblants feuilletèrent les pages recouvertes de symboles et de chiffres en tout genre, jusqu'à ce qu'elle trouve enfin ce qu'elle cherchait désespérément. Et lorsque ses yeux se posèrent sur l'analyse du nombre d'expression de son ami, réalisée au cours du tout premier cours d'Arithmancie de l'année, son cœur se figea et une larme échappa finalement à la barrière de ses cils, roula sur sa joue, et vint mourir dans le col de sa chemise.

Toutes ces années, Lily n'avait vu dans le regard mélancolique et éreinté de Remus Lupin que les conséquences d'une santé fragile, sans se douter un instant que le secret qui pesait sur ses épaules pouvait être aussi lourd. Son cœur se serra pour le jeune homme, des larmes silencieuses creusant inlassablement ses joues dans le silence de la nuit.

Et les heures continuèrent de s'écouler, lentement.

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Lorsqu'enfin, après ce qui semblait être une éternité, le portrait de la Grosse Dame pivota sur son axe pour laisser entrer Peter, Sirius et James, Lily s'arracha péniblement du fauteuil dans lequel elle avait passé la nuit, les muscles douloureux, et déglutit difficilement.

Sirius fut le premier à remarquer sa présence et s'immobilisa net, sa main agrippant le coude de James qui manqua de trébucher en se prenant les pieds dans le tapis en poussant un juron silencieux. Peter se figea à son tour et toute couleur déserta son visage.

James rencontra enfin le regard de Lily et celle-ci y découvrit une détresse qui lui fendit le cœur pour la six-cent-cinquantième fois cette nuit-là.

— Lily…, souffla-t-il d'une voix brisée.

La jeune fille plongea son visage dans ses mains, incapable de rassembler ses pensées tant elle était soulagée de les voir en chair et en os, bien que couverts de plaies et d'hématomes en tout genre.

Sirius posa une main sur l'épaule de son meilleur ami et James tourna brièvement son regard vers lui. Ils échangèrent silencieusement quelques mots, et James finit par hocher la tête avant de reporter toute son attention vers la jeune fille qui se tenait debout, quelques mètres plus loin.

Peter et Sirius désertèrent aussitôt la Salle Commune et grimpèrent les escaliers en colimaçon menant à leur dortoir, disparaissant dans la nuit.

James demeura immobile de longues secondes avant d'oser bouger. Puis il fit un pas. Et deux. Et trois. Jusqu'à se retrouver devant Lily, qui releva enfin la tête. Elle avait les yeux rouges et gonflés et des cernes violets accentuaient un manque de sommeil évident.

Il se laissa tomber dans le canapé le plus proche et, après un moment, Lily s'assit à côté de lui, sans prononcer le moindre mot. Son regard émeraude glissa sur le visage écorché du jeune homme et un frisson parcourut son échine.

— Je suis désolé, souffla alors le jeune homme en fermant les yeux.

— De m'avoir menti en prétendant être malade ou d'avoir passé la nuit dehors à…

Sa voix se brisa et James dut résister à l'envie d'enrouler ses bras autour d'elle.

— Je… je ne savais pas comment… il fallait que je trouve une excuse crédible… je croyais… après…

James s'interrompit en secouant la tête, sa voix rauque et cassée.

— J'ai vraiment essayé, Lily. Et quand on s'est rendu compte que… il fallait que ça tombe un mercredi, après tous les efforts que j'avais faits pour que tu me fasses confiance, pour te prouver que je ne prenais pas tout ça à la légère et… Je suis tellement désolé, acheva-t-il en laissant à nouveau le silence les envelopper un instant dans son étreinte glaciale.

— Remus… Remus est un loup-garou, fit lentement la jeune fille, après plusieurs secondes, les poings crispés sur ses genoux.

James inspira profondément, les paupières closes sur ses yeux noisette, avant de relâcher tout l'air contenu dans ses poumons.

— Oui, répondit-il d'une voix presque inaudible.

Le cœur au bord des lèvres, Lily sentit ses ongles s'enfoncer dans ses paumes repliées sur elles-mêmes, mais elle se força à poursuivre ;

— Mais qu'est-ce que ça a à voir avec vous ? Demanda-t-elle d'une voix chevrotante. En quoi le fait que Remus soit… soit un loup-garou explique le fait que vous soyez dehors une nuit de pleine lune et reveniez au petit matin, recouverts de sang et d'égratignures et…et…

Sa voix se brisa et elle dut faire appel à un calme qu'elle n'avait plus pour ne pas laisser aux larmes qui menaçaient de couler le loisir de rouler sur ses joues.

— Je… je ne sais pas comment répondre à ça.

— Commence par la vérité, alors…

James rencontra son regard et son cœur se serra dans sa poitrine comme c'était toujours le cas lorsqu'il posait ses yeux sur Lily Evans. Parfois, lorsque Sirius lui demandait ce qu'il pouvait bien trouver à Lily, James était incapable de répondre. Il n'en avait aucune idée. Il n'était pas maître de ses sentiments. Ils étaient là, dans le creux de sa poitrine et dictaient la moindre de ses actions. Ils étaient encombrants, bruyants, enivrants. Ils étaient là. Ils étaient là et refusaient de faire leurs bagages et de se trouver un autre cœur à foutre en l'air.

Ils étaient là, c'est tout.

— La vérité, répondit-il lentement, la vérité c'est que Remus est notre frère.

Les traits de la jeune fille se tendirent davantage encore et l'horreur noya son regard.

— Vous… c'est impossible, vous ne pouvez pas… vous ne pouvez pas rester avec lui quand il… quand il se transforme… ce serait trop dangereux…

James ferma brièvement les yeux. Il refusait de continuer à mentir à Lily mais il avait peur que la vérité se retourne contre lui. Il savait que quoi qu'il advienne, Lily ne dirait jamais rien à personne. Parce que Lily… Lily était Lily.

En revanche, il était terrifié à l'idée qu'elle lui tourne définitivement le dos en apprenant ce que Sirius, Peter et lui avaient fait pour Remus. Ce qu'ils faisaient chaque fois que Remus se transformait. Il était terrifié à l'idée qu'elle abandonne définitivement. Il était terrifié à l'idée d'épuiser la dernière carte chance qu'elle lui avait donnée.

Il inspira profondément et se leva, une main tremblante tendue vers Lily.

— Viens. Il y a quelqu'un que j'aimerais te présenter…

— Qui ça ? Demanda Lily en attrapant avec hésitation la main qu'il lui tendait.

Elle se leva, mais James ne lâcha pas sa main et l'entraîna vers le portrait de la Grosse Dame.

— Cornedrue.


N/A : (Je sais, on est à peine vendredi à l'heure où je publie, mais bon...) Bonjour à tous ! Pour commencer, j'aimerais m'excuser de vous avoir fait faux bond la semaine dernière ; ce chapitre aura eut raison de moi, je crois. Et encore maintenant, j'ai l'impression qu'il n'est qu'à moitié achevé, qu'il est trop brouillon. Ou trop confus. (Comme Lily, quoi.)
J'espère quand même qu'il ne sera pas trop décevant, mais si jamais il y a des choses qui vous perturbent, alors n'hésitez pas ! :)

Sur ce, je vous souhaite à tous un très bon week-end et je vous dis à vendredi prochain, sans faute. Promis. (Même si ma super bêta DelfineNotPadfoot -que je remercie du fond du coeur pour la correction de ce chapitre -vous dirait sûrement que question délai, faut pas trop prendre mes promesses pour des acquis. Et j'en suis sincèrement désolée.)

RàR : à Mea95Gryffondor ; Hé ! Dans ta dernière review tu me disais que Lily ne tiendrait pas si elle ne se confiait pas, et c'est vrai. Mais maintenant que Mary l'a confrontée à ce sujet, on peut espérer que les choses vont changer un peu... Peut-être.
Quant à James, oui, il fait encore des gaffes, mais il s'avère être un Préfet plutôt convainquant finalement, et le travail qu'il fait avec Eloi va vraiment avoir un impact, une influence positive sur lui. Il sera obligé de grandir s'il veut montrer l'exemple, notamment aux plus jeunes, comme Eloi ou Elizabeth. Alors oui, team Eloibeth :p Merci (encore et toujours) pour ta review ^^ Bon week-end !