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Chapitre VIII

« Caring Too Much »

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27 Octobre 1977 — Forêt Interdite, Poudlard, Écosse


Immobile, James fixait la jeune fille devant lui sans ciller, le cœur battant à tout rompre. Vêtue d'un simple pull en laine au-dessus de son uniforme, Lily tremblait de froid mais ne semblait même pas s'en rendre compte. Autour d'eux les ombres effrayantes de la Forêt interdite menaçaient de les engloutir et des râles animaux déchiraient le silence de la nuit. James avait l'habitude de cet environnement hostile, mais ce n'était pas le cas de la jeune fille, et s'il n'avait pas peur que les révélations qu'il venait de lui faire aient pu lui faire regretter de lui avoir accordé sa confiance, il aurait cédé à l'envie de faire un pas en avant et de la serrer contre lui. Et cela même si Lily Evans était loin d'avoir besoin d'être secourue par un chevalier en armure ou, dans le cas présent, un adolescent paniqué qui devait dissimuler ses mains dans ses poches pour ne pas les voir trembler.

— Tu…Tu…

La voix de Lily, faible et chevrotante, se perdit dans l'immense obscurité inquiétante de la forêt interdite et lorsqu'elle tenta d'inspirer pour se donner du courage, son souffle se coinça dans sa gorge et elle laissa échapper un faible gémissement.

James demeura silencieux, une expression incertaine peinte sur le visage.

— Tu es un animagus ? Répéta-t-elle finalement après ce qui lui sembla être une éternité.

Le jeune homme relâcha tout l'air qu'il avait séquestré dans ses poumons en attendant qu'elle réagisse à l'histoire abracadabrante qu'il venait de lui déballer sans prendre le temps de respirer et hocha lentement la tête.

— Oui, répondit-il dans un souffle.

Lily secoua la tête, les yeux écarquillés avec incrédulité.

— Non, refusa-t-elle catégoriquement.

James sentit son cœur se serrer et il amorça un pas en avant avec hésitation. Il ne pouvait pas la blâmer de ne pas croire un mot du récit improbable qu'il venait de lui raconter. Qui serait assez candide pour croire que trois gamins de douze ans, en apprenant que leur meilleur ami était un loup-garou, aient un jour décidé de devenir des animagi dans le but de lui tenir compagnie pendant la pleine lune ?

Lorsque James demeura silencieux, Lily releva les yeux et planta son regard dans le sien, avec une détresse qui lui fendit le cœur.

— Co…comment est-ce que c'est possible ?

— Je te l'ai déjà dit, répondit lentement James avec un sourire déchirant ; Remus est notre meilleur ami. Il n'y a rien qu'on ne ferait pas pour lui.

Lily laissa échapper un gloussement dénué d'amusement et détourna à nouveau les yeux.

— Et… et Sirius et Peter… eux aussi ? Demanda-t-elle encore d'une voix fragile.

À nouveau, James hocha la tête ;

— Oui.

Il vit Lily gonfler ses poumons d'air et fermer brièvement les yeux avant de lâcher ;

— C'est impossible.

Un sourire triste se dessina sur les lèvres du jeune homme et il détourna la tête avant d'emmêler une main dans ses cheveux avec nervosité. Puis il amorça un second pas en avant et se posa devant la jeune fille qui fut forcée de lever les yeux pour croiser son regard ;

— Je peux te montrer, souffla-t-il après de longues secondes de silence, sa voix fragile mais claire comme du cristal.

Il retint son souffle, son cœur luttant férocement pour s'échapper de sa poitrine, et soutint le regard émeraude de Lily sans ciller.

Le silence s'épaissit autour d'eux et s'étira pendant de longues secondes, jusqu'à ce que Lily hoche enfin la tête ;

— Okay, souffla-t-elle d'une voix à peine audible.

Et soudain, le temps d'une fraction de seconde, le cœur de James se fit silencieux et il ferma les yeux, les doigts de sa main gauche fermement enroulés autour de sa baguette.

Un cri étouffé franchit les lèvres de Lily et des brindilles craquèrent sous ses pieds lorsqu'elle recula d'un pas en plaquant ses deux mains sur sa bouche avec stupeur.

— Ja…James ? Glapit-elle d'une voix rauque.

Un somptueux cerf au pelage soyeux se dressait fièrement devant elle, la tête légèrement inclinée avec révérence.

Une larme roula sur la joue de la jeune fille et James reprit aussitôt forme humaine. Il sembla hésiter un moment avant de réduire l'écart qui subsistait entre eux et de tendre une main tremblante vers Lily, qui planta son regard dans le sien à la recherche de réponses. Ses doigts tremblants effleurèrent sa joue un bref instant et il repoussa la larme solitaire avant qu'elle ne termine son chemin dans le col de sa chemise.

— Je sais que… ça fait beaucoup à encaisser, dit-il en laissant retomber sa main le long du corps avant de reculer d'un pas, puis de deux.

Lily secoua la tête avec inquiétude ;

— James… si… si quelqu'un apprenait ce que vous êtes, vous seriez…

— Je sais, coupa le jeune homme d'une voix blanche. On serait renvoyés. Notre baguette serait brisée et…

— Et vous n'auriez plus jamais le droit de faire de la magie. Vous seriez… vous risqueriez d'être envoyés à Azkaban… James, souffla-t-elle en reprenant peu à peu ses esprits ; si le Ministère est si sévère à l'encontre des animagi non-enregistrés, c'est qu'il y a une raison… c'est extrêmement dangereux…

— Je sais. Je sais, Lily, fit James en secouant la tête.

Il poussa un long soupir et haussa les épaules, exténué. Il sonda le regard de la jeune fille à la recherche de colère ou de déception mais ses iris émeraude ne reflétaient qu'une inquiétude déchirante et son cœur s'apaisa instantanément. Il ne s'attendait pas à ce que Lily saute de joie à l'idée qu'ils enfreignent le règlement et violent la loi une fois par mois pour tenir compagnie à un loup-garou pendant la pleine lune, mais elle semblait comprendre, en partie du moins, et ça, pour James, c'était la seule chose qui comptait.

Après un moment pendant lequel aucun d'eux ne prononça le moindre mot, James esquissa un sourire fébrile et tandis une main à Lily ;

— On devrait rentrer, il va bientôt faire jour…

Lily hocha la tête, son regard glissant avec hésitation sur la main que lui tendait James avant de se décider à la saisir. Il referma aussitôt ses doigts autour des siens, le cœur plus léger et l'entraîna hors de la forêt sans prononcer le moindre mot.

Lorsqu'ils arrivèrent à la lisière de la forêt, James sortit un vieux morceau de parchemin de la poche de son sweat-shirt et lâcha la main de la jeune fille un bref instant, le temps de pointer sa baguette sur le papier tâché ;

— Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Lily regarda avec hébétude une carte de Poudlard se dessiner lentement sous ses yeux, et lorsqu'elle leva la tête vers James, celui-ci lui adressa un sourire coupable ;

— Un autre jour, d'accord ? Marmonna-t-il avant de refermer la carte et de reprendre sa main sans ajouter un mot.

Lily secoua la tête mais ne posa aucune question. Elle n'était pas sûre de vouloir savoir comment il avait obtenu une carte de Poudlard aussi détaillée, et après tout ce qu'elle venait d'apprendre ce soir, elle préférait rester dans l'ignorance.

Tant bien que mal, elle tentait de faire le tri dans ses pensées encombrées.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda soudain James d'une voix basse en baissant les yeux sur le poignet droit de la jeune fille, recouvert de bandages, alors qu'ils dépassaient la cabane d'Hagrid.

Mortifiée, les joues de la jeune fille prirent une teinte écarlate lorsqu'elle se remémora l'incident en cours de Sortilèges. Elle n'était pas certaine de vouloir être aussi honnête avec James que lui venait de l'être avec elle et rougit de plus belle en repensant à ce que Mary lui avait dit avant que cela se produise.

Elle baissa la tête et laissa échapper un rire qui se voulait nonchalant

— Oh pas grand-chose, je me suis bêtement laissée distraire, avoua-t-elle en relevant les yeux vers James, qui la fixait en fronçant les sourcils.

— Distraire par quoi ? Demanda-t-il perplexe. Tu t'es tordu le poignet ?

— Euh…brûlé, bafouilla-t-elle. En Sortilèges.

— En Sortilèges ? Répéta-t-il, visiblement incrédule.

— C'est vraiment pas grand-chose, d'accord ? Couina Lily d'une petite voix.

James avisa le teint cramoisi de la jeune fille avec incertitude mais ne la pressa pas davantage, conscient de son embarras. Il hocha la tête et pressa le pas, l'entraînant avec lui, en prenant soin de toujours rester à couvert.

Ils avaient traversé la moitié du parc lorsqu'un hurlement plaintif et terrifiant déchira la nuit, et Lily serra instinctivement la main de James ;

— Est-ce que… est-ce que c'est Remus ? Souffla-t-elle d'une voix tremblante.

Le jeune homme hocha gravement la tête ;

— Il ne va pas tarder à faire jour, il est sur le point de se retransformer, expliqua-t-il, un éclair douloureux assombrissant momentanément son regard noisette.

— Vous ne… vous ne restez pas avec lui jusqu'à la fin ?

James sentit son cœur se fissurer et il fit non de la tête ;

— Ce serait trop risqué, on pourrait se faire surprendre par Pomfresh. Tiens, regarde… elle est là-bas, murmura-t-il en désignant une silhouette qui se découpait dans la nuit près du saule cogneur.

Il vit Lily céder à la panique et s'empressa d'ajouter ;

— T'inquiète pas, elle ne nous verra pas. Elle a mieux à faire… Mais dépêche-toi, on ferait mieux de rentrer avant que le jour se lève et ça ne devrait plus tarder…

Lily hocha la tête et pressa le pas, le cœur battant la chamade. Sans un mot, elle suivit James jusqu'au château, sans jamais lâcher sa main. Comme à l'aller, elle se laissa guider par le jeune homme et broncha à peine lorsqu'il emprunta des passages dont elle n'aurait jamais soupçonné l'existence auparavant. James Potter était un garçon plein de ressources et plein de surprises, à des années lumières de l'image qu'il projetait en permanence. Il était impatient, arrogant, inconscient, orgueilleux et très souvent immature, mais pas seulement ; il était aussi… il était aussi infiniment loyal, franc, généreux et intelligent.

Quand ils approchèrent enfin de la tour de Gryffondor et qu'ils arrivèrent devant le portrait de la Grosse Dame, James lâcha sa main et Lily regretta instantanément le contact de sa paume brûlante contre la sienne.

Cliodna, souffla James à la gardienne de la Salle Commune de Gryffondor.

La Grosse Dame hocha la tête et les laissa entrer, James faisant signe à Lily de passer la première. James se baissa légèrement et pénétra à son tour dans le petit salon rouge et or aux couleurs de leur maison. Il vit Lily se diriger vers le fauteuil dans lequel elle était installée lorsqu'il était rentré à peine une heure plus tôt avec Sirius et Peter et se baisser pour récupérer le sac qu'elle y avait abandonné avant de lui faire face à nouveau.

— Je sais que tu ne diras rien mais…

— Non, tu as ma parole, James. Je ne suis peut-être pas…

Elle s'interrompit, comme pour chercher ses mots, et soupira ;

— Je ne dirai rien, reprit-elle finalement en esquissant un faible sourire.

— Merci, souffla James en fermant les yeux. Remus culpabilise déjà bien assez comme ça.

À nouveau, Lily hocha la tête pour lui montrer qu'elle comprenait, mais ne dit pas un mot. James passa nerveusement dans ses cheveux et vit les lèvres de la jeune fille s'étirer avec un amusement éreinté.

— Bon, eh bien… je vais… je vais aller prendre une douche et… enfin bref. À tout à l'heure.

Il amorça un geste gêné de la main gauche avant de la laisser retomber mollement le long de son corps et de tourner les talons en direction des escaliers menant aux dortoirs.

— James ? Le retint la petite voix fluette de Lily.

Il fit aussitôt volte-face et lui adressa un sourire interrogateur ;

— Oui ?

— Euh… est-ce que… est-ce que tu as ce qu'il faut pour camoufler tes… tes égratignures ?

Le sourire du jeune homme s'adoucit et il sentit sa poitrine s'embraser avec sensiblement.

— T'en fais pas… un simple sortilège de désillusion fera l'affaire.

— Oh, d'accord.

James lui adressa un dernier signe de tête avant de s'engouffrer dans les escaliers, le cœur étrangement léger malgré la nuit éprouvante qu'il venait de passer. Il grimpa les marches une à une, la tête pleine à craquer. Lorsqu'il poussa la porte de la chambre qu'il partageait avec Remus, Sirius et Peter, il ne fut pas surpris de voir que ces deux derniers l'attendaient anxieusement. Sirius bondit aussitôt sur ses jambes lorsqu'il le vit et James lui adressa un sourire rassurant. Le jeune homme laissa échapper un soupir de soulagement et se rassit sur son lit, sans quitter James des yeux.

— Alors ? Demanda-t-il à son meilleur ami qui entreprenait de se déshabiller.

— Je lui ai montré Cornedrue, avoua-t-il sans hésitation.

Peter couina, une expression de panique s'appropriant peu à peu traits.

— Elle ne dira rien.

— Comment tu le sais ? Demanda Sirius d'une voix hésitante. Je veux dire, je sais que tu es… que tu es amoureux d'elle ou un truc comme ça, mais…

— Je le sais, Sirius, répondit simplement James en haussant les épaules, comme si c'était évident.

Sirius et Peter échangèrent un long regard que James ne put ignorer. Il poussa un long soupir et se laissa tomber sur son lit.

— Écoutez... s'il y a bien une personne à qui on peut faire confiance, c'est Lily, d'accord ? Et je ne dis pas seulement ça parce que… parce que je suis amoureux d'elle ou un truc du genre.

Peter cligna des yeux et une expression embarrassée se dessina sur son visage.

— Donc… tu es amoureux d'elle ?

— Parce qu'il y a encore quelques mois, tu refusais de le reconnaître, ajouta Sirius d'une voix grave.

James soupira à nouveau mais un sourire triste étira ses lèvres.

— Oui. Et c'est pas près de changer. Pas après… pas après ce soir. Je sais qu'elle ne partage pas mes sentiments, mais ça n'a pas vraiment d'importance.

— Ah non ? Demanda Peter en fronçant les sourcils avec confusion.

James se leva et se dirigea vers la porte de leur salle de bain.

— Non. Je l'aime suffisamment pour nous deux.


27 Octobre 1977 — Bibliothèque, Poudlard, Écosse


En arrivant à la bibliothèque après le déjeuner, James ne fut pas surpris de trouver Eloi déjà installé à la table la plus reculée de la section Métamorphose. Il n'avait jamais cours le jeudi après-midi et c'était la raison pour laquelle il s'arrangeait pour retrouver Eloi une petite heure avant de retrouver le reste de son équipe pour un entraînement de Quidditch de courte durée. La matinée avait été éprouvante et le manque de sommeil commençait à se faire ressentir dangereusement, mais il adressa un sourire chaleureux au jeune garçon lorsque celui-ci leva la tête en le voyant arriver.

— Tu as déjà commencé à t'entraîner à ce que je vois ? Pouffa James en s'installant sur la chaise en face de lui.

Eloi hocha la tête avec un sourire timide.

— Le professeur McGonagall a parlé des objets animés en classe ce matin. Elle a dit qu'on ne les verrait pas avant janvier, mais…

— Tu aimerais prendre un peu d'avance pour être sûr d'y arriver ? Comprit James.

Le jeune Serpentard esquissa une moue confuse et baissa légèrement les yeux, mais James attrapa le livre ouvert devant lui et feuilleta rapidement le chapitre sur les objets animés qu'Eloi avait déjà dû apprendre par cœur.

— On va commencer par quelque chose de facile, d'accord ?

Le sourire d'Eloi s'élargit et James ne put s'empêcher de l'imiter. Il sortit une plume de son sac et la posa devant le jeune garçon avant de pointer sa baguette dessus et de la changer en petite tortue brune.

— McGonagall commence avec des fourmis, parce que c'est plus facile de transformer des choses de petite taille, mais l'avantage d'une tortue, fit-il en désignant le petit herbivore devant eux, c'est qu'elle se sauvera moins vite. Tu vois ?

Eloi laissa échapper un rire timide et observa la tortue traverser lentement la table, désorientée. Lorsqu'elle se heurta au manuel de Métamorphose du jeune garçon, ce dernier le souleva pour la laisser passer, sans la quitter des yeux une seconde.

— Comment tu fais ça ? Demanda-t-il en relevant un regard admiratif vers James.

— Avec de l'entraînement, répondit le jeune Préfet-en-Chef avec un sourire tranquille. Tu n'y arriveras pas du premier coup, mais je ne veux pas que tu te décourages, d'accord ? On a tout notre temps, Eloi.

Le jeune garçon inspira profondément et agrippa sa baguette. Et en voyant l'éclair de détermination illuminer son regard, James ne put s'empêcher de ressentir un élan de fierté pour son élève. Il prenait confiance en lui un peu plus chaque jour et ça, c'était extraordinaire. Il savait qu'Eloi était un garçon solitaire et extrêmement réservé. James ne lui connaissait aucun ami et plusieurs fois, il avait surpris des élèves de sa maison un peu plus âgés que lui l'asticoter dans les couloirs. Il n'avait pas hésité à leur retirer des points et l'avait aussitôt regretté en voyant le jeune garçon se renfermer davantage encore sur lui-même. Et lorsqu'il avait essayé d'aborder le sujet avec lui, Eloi était resté muet comme une tombe.

Toutefois, c'était mal connaître James que de penser qu'il laisserait tomber. Il s'était attaché à Eloi, ne laisserait personne malmener le jeune garçon et n'hésiterait pas une seconde à menacer quiconque s'en prendrait à lui. Préfet-en-Chef ou pas.


27 Octobre 1977 — Terrain de Quidditch, Parc de Poudlard, Écosse


Après avoir quitté Eloi, James traversa tout le parc du château en courant et arriva, essoufflé, à l'entrée des vestiaires où ses joueurs l'attendaient déjà.

— Désolé pour le retard, s'excusa-t-il. Commencez à voler, je me change et je vous rejoins.

À l'exception de Sirius, qui ne bougea pas d'un pouce, le reste de son équipe s'exécuta et l'abandonna aux portes des vestiaires.

— Tu as une mine épouvantable, lâcha Sirius avec un sourire narquois.

— Contrairement à toi, je n'ai pas eu l'occasion de faire une sieste cet après-midi…

— Tu n'étais pas obligé de réserver le terrain aujourd'hui, lui rappela le jeune homme en levant les yeux au ciel. Et Eloi aurait compris si tu avais annulé votre cours d'aujourd'hui.

— Non, refusa catégoriquement James en secouant la tête avec un soupir. Je ne pouvais pas annuler l'entraînement, ça aurait éveillé les soupçons et Eloi a besoin de moi.

Les traits de Sirius s'adoucirent quelque peu et il sourit.

— Tu tiens le coup ? Lui demanda-t-il en reprenant son sérieux.

— Tout juste, pouffa James en enfilant son équipement. Mais ça va aller. Au pire, j'oublierai de mettre mon réveil demain matin…

— Et sécher le cours de Potions ? S'offusqua mollement Sirius avec un sourire en coin.

James laissa échapper un grognement sarcastique.

— T'as raison, je voudrais pas briser le cœur de Slughorn.

— Naaaan, désolé, c'est moi son préféré.

James leva les yeux au ciel et enfila ses gants avant de se diriger vers l'abri dans lequel il rangeait son balai. Il attrapa son Friselune et referma la porte d'un coup de pied avant de se retourner vers Sirius qui cherchait quelque chose dans la poche de sa cape.

— Tiens, fit-il en sortant une petite fiole au contenu mauve qu'il tendit à son meilleur ami.

James l'attrapa en poussant un soupir de soulagement.

— Je croyais qu'on n'en avait plus ?

— J'ai fait un saut à Pré-au-Lard tout à l'heure.

James dévissa le bouchon et porta la fiole à ses lèvres avant d'en avaler une longue gorgée. Il se sentit instantanément plus léger et referma la bouteille qu'il rendit à son meilleur ami.

— Mieux ? Demanda Sirius en rangeant la fiole dans sa poche.

— Mieux, merci.


27 Octobre 1977 — Grande Salle, Poudlard, Écosse


Les effets du filtre requinquant que lui avait donné Sirius s'estompèrent très vite et James sortit des vestiaires complètement cassé par la fatigue. Même la douche chaude qu'il venait de prendre n'avait pas suffi à détendre ses muscles endoloris. Il rejoignit toutefois la Grande Salle avec le reste de ses amis et Sirius et lui retrouvèrent Peter assis à la table de Gryffondor.

— Tu as vu Lily ? Demanda aussitôt le jeune homme à son ami en s'asseyant en face de lui.

— Non, répondit Peter en secouant la tête.

— James, elle est peut-être tout simplement allée se coucher. Pour elle aussi la nuit a été éprouvante, lui fit remarquer Sirius.

— Je sais, soupira ce dernier en se servant de tarte potiron-épinards tandis que Peter remplissait leur verre de jus de citrouille. Je voudrais juste être sûr que… qu'elle tient le coup.

Peter haussa les épaules et adressa un sourire confiant à son ami.

— Tu l'as dit toi-même, c'est Lily. On peut lui faire confiance. Je doute que… que le petit problème de fourrure de Lunard soit un problème pour elle.

— Je sais, répéta à nouveau James en poussant un long soupir. Mais c'est pas seulement ça.

— Quoi alors ? Demanda Sirius en arquant un sourcil.

— Ces derniers temps, elle n'est pas dans son assiette…

Sirius et Peter échangèrent un regard perplexe avant de reporter leur attention sur leur ami, qui fixait les portes de la Grande Salle d'un air songeur, un pli creusant son front soucieux.

— Elle ne rit plus autant qu'avant…

— Quoi ? Fit Sirius en fronçant les sourcils.

Un léger fard colora les joues de son meilleur ami.

— Elle ne rit plus autant qu'avant, répéta-t-il lentement.

— Non, j'avais compris, rétorqua Sirius. Je me demandais juste comment tu pouvais avoir remarqué un truc pareil.

— Je…

— Pour sa défense, coupa Peter, il passe beaucoup de temps à la regarder, non ?

Une expression blasée se dessina sur les traits de Sirius qui se tourna vers son ami ;

— Ça ne joue pas du tout en sa défense ça, Peter.

James leva les yeux et balança son coude dans les côtes de son meilleur ami.

— La ferme, grommela-t-il, bien qu'un sourire amusé s'appropriait lentement ses lèvres.

Sirius éclata de rire et enfourcha un morceau de tarte qu'il porta nonchalamment à sa bouche.

— Je dis seulement que tu t'inquiètes un peu trop pour elle, reprit-il. Evans n'est pas en sucre. Tu devrais le savoir mieux que n'importe qui.

— Je sais, soupira à nouveau James. Mais c'est plus fort que moi. Depuis la rentrée, elle a l'air complètement abattue. Au début, je pensais que c'était à cause de… de Voldemort, mais je crois qu'il y autre chose.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Elle reçoit beaucoup de lettres, plus que d'habitude. Je pense que ça vient de chez elle.

— Alors peut-être qu'elle a un petit-ami moldu et que la distance est trop difficile à suppo…

Sirius s'interrompit net en rencontrant le regard noir de son meilleur ami, mais il ne put s'empêcher de sourire.

— Je plaisante, d'accord ? Mais arrête de t'inquiéter pour Evans, c'est une grande fille. Et arrête de t'inquiéter pour Eloi. Pour Remus. Pour ton père… Tu ne peux pas passer ton temps à t'inquiéter pour les autres, James. Ça doit être fatiguant.

James balaya sa remarque d'un geste de la main et laissa échapper un soupir las ;

— Tu ne peux pas comprendre.

Sirius resta silencieux quelques secondes, puis haussa les épaules ;

— Non. Je ne peux pas, admit-il.

Peter baissa les yeux sur son assiette et James repoussa la sienne avant de planter ses yeux noisette dans ceux de son meilleur ami.

— Non, je disais que tu ne peux pas comprendre ce que je ressens pour Lily. Mais contrairement à ce que tu penses, Sirius, tu tiens à beaucoup de monde. Et tu t'inquiètes pour eux. Pour Remus, pour nous, pour mon père… et pour ton frère.

Le visage de Sirius se durcit mais il resta silencieux. Comme chaque fois que ses sentiments étaient mis à nus, il se renferma sur lui-même et feint l'indifférence la plus totale.

Mais James le connaissait pas cœur. Il posa une main sur l'épaule de son meilleur ami et lui adressa un sourire chaleureux.

— Allez viens, Pomfresh ne va pas tarder à laisser Remus sortir et j'aimerais passer aux cuisines.

— Pourquoi faire ? Demanda Peter en se levant après James.

Un sourire gêné étira ses lèvres, mais il ignora la question en haussant les épaules.


27 Octobre 1977 — Salle Commune de Gryffondor, Poudlard, Écosse


Après être avoir fait un détour aux cuisines pour récupérer des restes du dîner et avoir retrouvé Remus à l'infirmerie, les quatre adolescents regagnèrent leur Salle Commune en silence. Ils avaient tous urgemment besoin de dormir et rêvaient du confort douillet de leur lit.

Cliodna, marmonna Sirius au portrait de la Grosse Dame.

Ils pénétrèrent dans la Salle Commune les uns après les autres et James chercha aussitôt Lily Evans du regard. Le visage plongé dans ses bras, elle s'était endormie à une table au fond de la pièce, alors qu'elle planchait sur un devoir.

— Allez-y, je vous rejoins, fit James à l'attention de ses amis en désignant les escaliers du menton.

Il eut le temps de voir Sirius lever les yeux au ciel avant de se faire silencieusement réprimander par Remus qui le poussa vers les escaliers, et se dirigea vers la jeune fille endormie. En s'approchant d'elle, il remarqua en souriant que des traces d'encre s'étalaient sur sa joue et il dut résister à l'envie de dégager les mèches de cheveux auburn qui dissimulaient le reste de son visage. Il posa à côté d'elle ce qu'il était allé récupérer en cuisine et son regard glissa curieusement sur le devoir sur lequel elle s'était endormie. Mais quand il aperçut les chiffres qui s'étalaient à l'encre bleue sur son rouleau de parchemin, son cœur rata plusieurs battements avant de s'immobiliser complètement dans sa cage thoracique. Lily travaillait sur sa ligne de vie dans le cadre du projet qu'elle devait rendre pour son cours d'Arithmancie. Plusieurs données étaient entourées et raturées autour d'une flèche de vie qui s'arrêtait brutalement à l'année 1981. James ferma les yeux mais refusa d'y voir une corrélation. C'était seulement une coïncidence. Elle s'était sûrement trompée ou endormie avant de pouvoir continuer.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, son regard glissa sur la jeune fille assoupie devant lui. « Vous pourrez vivre, ou vous pourrez l'aimer. Mais votre amour pour elle vous coûtera la vie, cela ne fait aucun doute. » Le cœur au bord des lèvres, James recula d'un pas, puis de deux. Et il tourna les talons en direction des dortoirs en inspirant profondément. Il était juste fatigué. Extrêmement fatigué.

Il grimpa les marches quatre à quatre et poussa la porte de la chambre qu'il partageait avec ses amis sans ménagement avant de se diriger vers son lit et de s'y laisser tomber.

— Un problème ? Demanda Remus d'une voix fragile.

Il était toujours plus faible après la pleine lune, et il lui fallait généralement quelques jours pour récupérer. James refusait de l'inquiéter outre mesure et esquissa un sourire qui se voulait rassurant.

— Non. Rien.

Il sentit le regard de ses amis dans son dos alors qu'il entreprenait de se dévêtir, mais l'ignora.

— Okay, fit Sirius après un moment. Pour en revenir à la sortie à pré-au-Lard samedi. Il nous en manque encore plein de choses si on veut pouvoir illuminer la Grande Salle dimanche soir, pendant le banquet.

James esquissa un sourire ;

— Je m'occupe des feux d'artifice.

— Et moi des chauves-souris, fit Peter en glissant dans son lit.

James l'imita et ferma les yeux au moment même où sa tête s'enfonça dans son oreiller. Il soupira d'aise et ne chercha même pas à lutter contre le sommeil qui l'emportait dans le monde de la nuit. Des bribes de conversation continuaient de faire écho autour de lui, mais il était tout simplement incapable d'en comprendre le sens. Il était tout simplement épuisé.


N/A : Bonjour à tous ! Comme toujours, je tiens à vous remercier pour vos fantastiques reviews, vous n'imaginez vraiment pas à quel point elles peuvent me faire plaisir :)
Je sais que ce chapitre est un peu... rapide, et je m'en excuse, même si j'ai l'impression de vous dire la même chose chaque semaine ; que ce chapitre est brouillon. Je crois qu'il faut que je m'y fasse, c'est comme ça que j'écris, et puis voilà... Oh moins, vous aurez rencontré Cornedrue dans ce chapitre... ? :D

Bon... J'ai une mauvaise nouvelle ; je ne peux absolument pas vous promettre de poster régulièrement (voire du tout) à partir de la semaine prochaine. Si tout se passe bien, je devrais pouvoir vous publier un dernier chapitre vendredi prochain, mais après ça, je pars définitivement en vacances et je n'aurais plus du tout accès à internet sur mon ordi pendant trois semaines. Je vous tiendrai informer la semaine prochaine, et en attendant, je vous souhaite à tous un très bon week-end :)

RàR : à Mea95Gryffondor ; Hé hé :D Bonjour ! Merci pour ta review la semaine dernière ^^ Je suis très contente que Mary te plaise, je sais que c'est parfois difficile de s'attacher aux personnages secondaires, surtout que jai tendance à leur laisser peu de place... Et oui, Lily a ENFIN découvert l'animagus de James ! J'espère que leur rencontre t'aura plu :p Bon week-end et à bientôt ;)