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Chapitre X
« Time of Fear »
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24 Novembre 1977 — Bibliothèque, Poudlard, Écosse
La tête penchée sur son parchemin, Lily laissa échapper un soupir de frustration et raya une fois de plus la ligne de vie qu'elle venait de tracer. D'un geste agacé, elle chiffonna son brouillon et sortit un nouveau rouleau de parchemin vierge. Elle reprit ses notes et ouvrit son manuel d'Arithmancie au chapitre consacré aux lignes de vie en essayant de faire le vide et comprendre à quel moment elle s'était trompée. Parce que c'était forcément une erreur. Il devait forcément y avoir une explication logique… Sa ligne de vie ne pouvait pas s'arrêter brutalement à l'année 1981, ça n'avait aucun sens.
— Lily ? Demanda Mary à côté d'elle. Qu'est-ce qui ne va pas ?
La jeune fille tourna la tête vers son amie, une expression hésitante peinte sur le visage. Elle semblait sur le point de dire quelque chose, mais se ravisa et secoua la tête.
— Lily, insista la jolie brune avec douceur, abandonnant le devoir de Runes sur lequel elle travaillait. S'il te plaît, dis-moi ce qui ne va pas… ça fait plus d'une heure que tu t'arraches les cheveux sur ce devoir…
Lily détourna les yeux, son regard glissant vers la fenêtre devant laquelle elles étaient installées, la nuit trop sombre pour lui permettre de distinguer la cime de la forêt interdite qui bordait la rive sud du lac de Poudlard. Elle jouait nerveusement avec la plume qu'elle avait dans les mains, comme elle le faisait toujours lorsqu'elle laissait ses peurs la prendre d'assaut.
— Est-ce que ça t'arrive de… de penser à ce qui nous attend dehors ? Souffla-t-elle après plusieurs minutes.
Elle sentit Mary se tendre à côté d'elle et regretta d'avoir exposé à haute voix une de ses plus grandes peurs.
— Tu veux dire, à ce qui nous attend nous ? À ce qui attend les gens comme toi et moi ? Bredouilla Mary.
Lily croisa le regard de son amie et hocha la tête.
— Quel avenir est-ce qu'on a si les Aurors n'arrivent pas à l'arrêter…
— Voldemort ? Souffla Mary en baissant les yeux sur ses mains nouées devant elle.
— Il a assassiné tellement de gens comme toi et moi, reprit Lily, la gorge nouée. C'est facile d'oublier ce qu'il se passe dehors quand on est en sécurité ici, mais dans quelques mois…
Lily s'interrompit et baissa les yeux sur les nombreux brouillons chiffonnés devant elle.
— Je croyais que j'avais fait une erreur… Je ne comprenais pas pourquoi il ne se passait plus rien après 1981 mais…
— Lily, de quoi tu parles ? L'interrompit Mary d'une voix tremblante, ses grands yeux bleus électriques rivés sur elle avec inquiétude.
— Ma ligne de vie, souffla la jeune fille. Celle que je dois rendre à la fin du semestre pour le cours d'Arithmancie…
Mary s'apprêta à répondre quelque chose, mais Lily reprit d'une petite voix
— Et si ce n'était pas une erreur ? Si la raison pour laquelle je n'arrive pas à aller au-delà de 1981, c'est seulement parce que… parce que…
— Lily, arrête, souffla Mary en posant une main sur son bras. Tu ne peux pas penser comme ça.
— Comment veux-tu que je pense, Mary ? Quelle autre interprétation est-ce que je peux faire de tout ça ? Demanda-t-elle en désignant les nombreuses notes devant elle.
— Je ne sais pas, admit la jeune fille. Mais tu sais mieux que moi que l'Arithmancie n'est pas une science exacte. L'avenir n'est pas gravé dans la pierre, même les chiffres ne sont pas infaillibles. Tout comme il suffit d'un minuscule grain de sable pour faire pencher la balance, il suffit parfois d'une seconde pour bouleverser le cours d'une vie…
Un sourire fragile étira les lèvres de Lily elle ne savait que trop bien à quel point c'était vrai.
— Comme le jour où on a reçu notre lettre ? Souffla-t-elle en se redressant lentement dans sa chaise.
Mary laissa échapper un léger éclat de rire, ses yeux bleus s'illuminant lentement.
— Ou quand le Choixpeau nous a envoyées à Gryffondor…
— Tu crois qu'il aurait pu en être différemment ? Demanda Lily avec curiosité.
— Pourquoi pas ? Répondit Mary en haussant les épaules. Tu n'es pas seulement courageuse. Tu es aussi brillante, généreuse, loyale… Je crois que la décision du Choixpeau de nous envoyer dans telle ou telle Maison n'est pas seulement influencée par ce qu'il voit en nous, mais aussi par ce que nous voyons en nous-même. Ce que l'on croit qu'on est. Ce que l'on veut être. Et tout ça… lorsqu'on a onze ans et qu'on est terrifiés, tient plus du moment présent, du hasard, que d'autre chose.
Le sourire de Lily vint creuser une de ses joues et elle secoua la tête, le cœur un petit peu plus léger. Peut-être que Mary avait raison. Peut-être que le plus important, c'était les choix qu'elle ferait et ceux qu'elle ne ferait pas. Peu importe que sa vie ait une date d'expiration, elle ne pouvait pas la vivre en laissant la peur la dévorer. Elle pouvait choisir de se battre, de ne laisser personne décider pour elle si elle avait sa place dans le monde dans lequel elle avait choisi de vivre. Elle pouvait choisir d'affronter ses peurs, une bonne fois pour toutes.
— Merci, souffla-t-elle finalement en adressant un sourire tremblant à Mary.
La jeune fille hocha la tête
— Lily… je suis là pour ça, tu sais ?
— Je sais, croassa Lily en baissant les yeux.
Mary se mordit l'intérieur de la bouche, son regard toujours posé sur sa meilleure amie avec inquiétude.
— Depuis qu'on a repris les cours tu…
Mary s'interrompit en secouant la tête avec un soupir avant de reprendre presqu'aussitôt
— Est-ce que c'est ce qui te préoccupait depuis tout ce temps ? Demanda-t-elle en adressant un regard hésitant à son amie.
Lily secoua la tête, son cœur se comprimant soudain douloureusement dans sa poitrine. Ses yeux s'embuèrent et elle baissa la tête au moment où une larme roula sur sa joue droite avant de venir s'écraser sur la table.
— Non.
Mary ne prononça pas le moindre mot. Immobile, elle attendit que Lily lui déballe enfin ce qu'elle avait sur le cœur, prête à charger le sien des lourdes émotions de sa meilleure amie.
— Ma… ma mère est malade, avoua-t-elle enfin, sa voix tremblante et fragile, à peine audible malgré le silence qui régnait ce soir-là dans la bibliothèque.
Mary ferma les yeux et déglutit difficilement, mais demeura silencieuse. Lily n'avait pas besoin d'entendre à quel point elle était désolée. Elle n'avait pas besoin que quelqu'un lui mente et lui dise que tout finirait par s'arranger. Elle avait seulement besoin que quelqu'un soit là pour elle. Enfin.
25 Novembre 1977 — Grande Salle, Poudlard, Écosse
Comme tous les jours, Lily se leva tôt pour prendre son petit-déjeuner et ne fut pas surprise de voir que Remus et Sirius étaient déjà assis à la table de Gryffondor. Lorsque Remus lui adressa un petit geste de la main, elle n'hésita pas un seul instant à les rejoindre et s'asseoir avec eux. Elle glissa sur le banc près du jeune homme et posa son sac à côté d'elle
— Bien dormi ? Demanda-t-elle en se servant une tasse de café qu'elle entreprit de faire disparaître sous une montagne de crème.
Sirius la regarda faire en grimaçant, mais un rictus à la commissure de ses lèvres trahissait son amusement.
— Tu mets plus de crème que de café, observa-t-il d'une voix tranquille.
Lily reposa le pot de crème avant d'arquer un sourcil provocateur en direction du jeune homme assis en face d'elle.
— Et alors ?
Sirius haussa les épaules avec une nonchalance qui laissait supposer qu'il était tout simplement né comme ça.
— Je prends des notes, c'est tout, répondit-il avant de reporter son attention vers le plat de bacon grillé en face de lui.
Lily le fixa sans comprendre avant de se tourner vers Remus qui se contenta de hausser les épaules avec un sourire amusé. Elle secoua la tête et poussa un léger soupir, résignée à l'idée qu'elle ne comprendrait jamais ce qu'il se passait dans la tête de ces garçons-là, puis jeta un coup d'œil à sa montre avant de lever les yeux vers le plafond magique. Chaque matin, elle attendait le courrier, le cœur au fond des chaussettes, avec un mélange d'excitation et d'inquiétude qui lui retournait l'estomac.
— Tu attends quelque chose ? Lui demanda Remus en portant son verre de jus d'orange aux lèvres.
— Oh, non, juste la Gazette, balaya-t-elle d'un geste de la main, un sourire fragile accroché aux lèvres.
Elle prétendit ignorer le regard inquiet qu'échangèrent les deux garçons et sursauta lorsque quelqu'un se laissa tomber sur le banc à côté d'elle.
— Evans, la salua James un sourire si large qu'il creusa deux fossettes dans ses joues.
La jeune fille cligna des yeux, momentanément désemparée, avant de lui rendre son sourire et d'attraper sa tasse de café que James observa d'un œil critique.
— Tu cherches à faire une overdose de sucre pour éviter l'interro de Slughorn ce matin ? Plaisanta-t-il.
Lily leva les yeux au ciel
— Je t'en prie, commença-t-elle avec une arrogance que James lui trouva charmante on sait tous les deux que même à l'article de la mort, j'obtiendrai toujours une meilleure note que toi en potions.
James éclata de rire et commença à remplir son assiette jusqu'à ce qu'elle soit pleine à craquer avant de se servir une tasse de thé.
— Tu vas manger tout ça ? Grimaça la jeune fille, le cœur au bord des lèvres.
Le jeune homme cligna des yeux bêtement avant de porter son attention vers l'assiette vide de Lily.
— Et toi ? Rétorqua-t-il. Est-ce que tu vas manger quoi que ce soit ?
Lily ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose mais James entreprit de verser la moitié de son assiette dans la sienne et Lily le regarda faire, abasourdie, les yeux écarquillés. Lorsqu'il eut fini, il reporta son attention vers le reste de son petit-déjeuner, comme si de rien n'était et enfourcha un morceau de saucisse fumante dans sa bouche en laissant échapper un grognement de plaisir.
La jeune fille se tourna légèrement vers Remus qui, encore une fois, ne lui donna aucune réponse. Un sourire tranquille graciait ses lèvres et Lily aurait juré y déceler un soupçon d'amusement poli, mais elle renonça à l'idée de soutirer des explications au jeune homme qui, de toute évidence, savait quelque chose qu'elle ignorait.
Elle se résolut à entamer son petit-déjeuner sans grand appétit, l'estomac toujours noué tant que les nouvelles presque quotidiennes que lui donnait son père ne lui seraient pas parvenues et n'auraient pas apaiser ses angoisses pour la journée. Elle mâchouilla sans grande conviction un morceau de toast beurré et vida le contenu de sa tasse avant de s'en resservir une autre.
Un bâillement l'arracha à ses pensées et elle se tourna vers Peter qui approchait d'eux d'une démarche traînante, un sourire tranquille dessiné sur les lèvres lorsqu'il prit place à côté de Sirius.
— Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ? Demanda James à son ami avec un sourire bien trop innocent pour être crédible.
Sirius et Remus éclatèrent de rire, même si ce dernier, contrairement à son ami, eut la décence de paraître légèrement gêné.
Devant l'air confus de Lily, Peter se tourna vers elle en levant les yeux au ciel
— James a trouvé hilarant d'encercler mon lit d'un marécage mouvant, expliqua-t-il.
Lily se mordit la joue pour s'empêcher de rire, mais l'expression de Peter n'arborait aucune trace de rancune sincère et elle ne put se retenir très longtemps. Elle laissa échapper un gloussement bien malgré elle et Peter éclata de rire à son tour.
— Tu es le pire Préfet-en-Chef que Poudlard ait connu, tu le sais ? Demanda-t-elle en se tournant vers James.
Les yeux noisette du jeune homme se mirent à pétiller derrière ses lunettes et il se pencha vers elle avec amusement
— Mets-y un peu plus de conviction, d'accord, Evans ? Souffla-t-il d'une voix si basse et espiègle que Lily ne fut pas surprise de sentir ses joues s'enflammer légèrement.
Elle gonfla, puis dégonfla ses joues d'air pour rétorquer quelque chose mais des dizaines de hululements se firent soudain entendre au-dessus de leurs têtes et elle se figea, oubliant aussitôt James. Elle repéra aussitôt la chouette hulotte que ses parents lui avaient offerte pour son entrée en troisième année et cessa de respirer jusqu'à ce qu'elle se pose devant elle, une lettre dans le bec, son exemplaire de la Gazette accroché à une patte. Lily tendit des doigts tremblants vers la petite enveloppe en papier blanc et ignora les regards inquiets des garçons posés sur elle. Elle fit de son mieux pour paraître détachée lorsqu'elle décacheta l'enveloppe et en extirpa la lettre noircie de l'écriture fine et délicate de son père.
Et soudain, le cœur de Lily s'allégea, un sourire fragile venant danser sur ses lèvres lorsqu'elle arriva à la fin de la lettre recto-verso que lui avait écrite son père. « Je t'aime. Prends soin de toi, » signait-il.
— Tout va bien, Evans ? Demanda James avec un sourire hésitant alors que son propre hibou déposait un exemplaire de la Gazette à côté de son assiette.
Lily hocha la tête et attrapa un toast dans son assiette avant de croquer dedans avec enthousiasme. Le sourire de James s'adoucit et le cœur de Lily fit un petit saut incertain dans sa poitrine, ému de l'inquiétude sincère qu'elle lisait dans ses yeux noisette.
D'une main distraite, elle caressa la tête de sa chouette et attrapa son exemplaire de la Gazette, mais lorsqu'elle le déplia et que son regard se posa sur la une, son cœur trébucha sur les mots qui s'étalaient à l'encre noire sous ses yeux et elle blêmit.
« La chasse aux "Moldus"est déclarée »
« Son nom se murmure désormais, tant sont nombreux les sorciers et sorcières qui craignent de le prononcer à voix haute.
Arthur Eggnold, Directeur du département de la Coopération Amicale et de la Bonne Entente Moldue, a été retrouvé assassiné à son domicile avec sa femme et leurs deux filles, de deux et six ans. Il s'agit sans nul doute d'un crime perpétré par celui dont on ne prononce désormais plus le nom ou l'un de ses fidèles, communément appelés Mangemorts, qui ne cache pas sa haine pour la communauté non magique. S'il s'est attaqué à de nombreuses reprises à des sorciers et sorcières nés de parents Moldus, il a, cette fois, cherché à envoyer un message qui fait froid dans le dos et déclaré ses intentions effroyables. (…) »
Lily reposa le journal sans parvenir à terminer sa lecture. Le teint blême, elle fit de son mieux pour remplir ses poumons d'air tout en demeurant parfaitement calme. Mais il était évident qu'elle avait échoua lorsqu'elle sentit la main de James se poser sur son bras avec douceur.
— Lily, tu ne…
— Ne t'inquiète pas, l'interrompit la jeune fille. Ça va.
Mais ça n'allait pas et elle ne trompait personne. Elle esquissa un sourire forcé et ramassa ses affaires sans ajouter un mot, peu désireuse de devoir affronter la pitié dans les regards de James, Sirius, Remus et Peter, ou pire encore, de devoir affronter ses propres émotions, qui menaçaient de jaillir hors de sa poitrine ou d'inonder ses joues.
Elle quitta la Grande Salle sans se retourner et ne fut qu'à moitié surprise lorsque la voix de James appela son nom dans son dos. Il la rattrapa sans difficulté malgré ses efforts pour mettre de la distance entre eux et lorsqu'elle sentit ses doigts s'enrouler autour de son bras, quelque chose en elle se brisa. Le peu d'espoir que Mary avait fait naître en elle la veille au soir venait de s'évanouir et elle n'était pas certaine de savoir quoi faire du trou béant qui menaçait de l'engloutir tout entière.
— Lily, souffla James d'une voix cassée en approchant encore d'un pas, apparemment peu soucieux d'envahir son espace personnel.
La peur de la jeune fille se reflétait dans ses iris noisette et Lily s'y perdit brièvement, avant de détourner les yeux pour dissimuler les larmes qui s'y accumulaient. James fit glisser sa main le long de son bras pour venir se poser doucement sur son épaule et baissa légèrement la tête pour planter son regard dans le sien.
— Ils finiront par l'attraper, murmura-t-il enfin. C'est qu'une question de temps.
Il vit Lily secouer la tête et son cœur se serra lorsqu'il vit une larme rouler sur sa joue.
— Il ne pourra plus se cacher très longtemps… Tous les Aurors sont à sa recherche et…
— C'est pas ça, l'interrompit Lily d'une voix tremblante.
James secoua la tête sans comprendre
— Alors c'est quoi ?
Il détestait la voir si fragile. Si perdue. Si brisée.
— Tu te souviens de… de ce devoir que je dois rendre en Arithmancie ? Déglutit-elle, la gorgée nouée. Ma ligne de vie…
James se figea, son cœur immobile, ses muscles tendus. Il ferma les yeux et tenta d'inspirer une longue bouffée d'air pour faire repartir son cœur. En vain.
— Oui ? Répondit-il, l'incitant à continuer, même s'il avait peur de ce qu'il pourrait entendre.
— Elle s'arrête, souffla Lily. D'un coup.
James demeura silencieux un instant et fit de son mieux pour rassembler son courage.
— Et tu crois que c'est lié à Voldemort, comprit-il. Tu crois que… que…
Mais il ne put se résigner à prononcer les mots à voix haute, le cœur au bord des lèvres.
Il savait que c'était le moment de lui parler de Celeste Trelawney. Il savait que c'était le moment de lui confier ses propres peurs afin de la rassurer, de lui faire comprendre qu'il était normal de douter, de perdre espoir, de se laisser engloutir par le noir, parfois.
Mais il ne pouvait pas.
Parce qu'il était terrifié.
Terrifié à l'idée qu'il puisse y avoir un lien entre leurs peurs, aussi irrationnelles soient-elles, et terrifié à l'idée qu'il pourrait perdre Lily en lui avouant la vérité si elle choisissait de ne pas prendre le risque et de se tenir aussi loin de lui que possible.
Alors il fit la seule chose qu'il n'était pas encore trop lâche pour faire et se pencha vers la jeune fille pour poser ses lèvres sur son front, un bref instant, avant de laisser sa main retomber le long de son corps et de reculer d'un pas.
— Pas une seconde je ne doute que tu puisses dire au destin d'aller se faire foutre, commença James d'une voix qu'il peinait à rendre claire. Si… si tu crois vraiment à ce que ta ligne de vie te raconte alors change-la.
La peur laissa place à l'incompréhension dans le regard de Lily et James ne put s'empêcher d'esquisser un faible sourire.
— Et comment est-ce que je suis censée faire ça ? Bredouilla-t-elle en fronçant les sourcils.
Le jeune homme haussa les épaules, son sourire s'élargissant imperceptiblement.
— En te battant. Comme tu l'as toujours fait jusqu'ici.
Il laissa le silence les envelopper brièvement avant de reprendre
— Voldemort n'est pas bien différent de gens comme Avery, Rowle, Nott ou…
Il grimaça et s'interrompit en passant une main dans ses cheveux pour les ébouriffer, mal à l'aise.
— Tout ce que je veux dire, reprit-il en inspirant profondément c'est que tu ne t'es jamais laissée faire. Tu leur as toujours tenu tête et tu t'es battue depuis que tu es arrivée à Poudlard pour leur montrer que tu valais cent fois mieux qu'eux… J'ai pas peur pour toi, Lily. J'ai peur pour celui qui se mettra en travers de ton chemin… Et si Voldemort est l'un d'eux, je ne doute pas une seule seconde qu'il en paiera le prix fort.
Les lèvres tremblantes de Lily s'étirèrent lentement en un sourire confus que James eut aussitôt envie de recouvrir d'un des siens. Il parvint toutefois à se retenir, ses yeux plongés dans ceux de Lily avec une sincérité qui la fit rougir.
Pendant de longues secondes, aucun d'eux ne prononça le moindre mot, plantés au beau milieu du hall d'entrée du château, ils se faisaient face sans ciller, le reste des élèves les contournant inconsciemment en entrant ou sortant de la Grande Salle. Puis, rompant le silence qui les avait enveloppés, Lily souffla
— Merci.
James se contenta de hocher la tête et la laissa partir, sans la quitter une seule seconde des yeux lorsqu'elle s'éloigna en lui tournant le dos, les poings enroulés dans les poches de son pantalon, partagé entre une foule d'émotions dont il ne savait pas trop quoi faire.
Mais alors que Lily disparut de son champ de vision, c'est la culpabilité qui sembla s'époumoner le plus fort.
25 Novembre 1977 — Bibliothèque, Poudlard, Écosse
Bien plus tard, lorsque James retrouva Eloi à la bibliothèque après son cours d'Études des Moldus, la culpabilité qui avait envahi sa poitrine après sa conversation avec Lily au début de la journée ne l'avait toujours pas quitté. Bien au contraire, elle s'était immiscée dans chaque recoin et pesait plus lourd d'heure en heure.
— Tout va bien ? Lui demanda le jeune garçon en fronçant les sourcils alors que James était plus distrait que d'ordinaire.
— Désolé, répondit ce dernier en esquissant un sourire à Eloi. Recommence, je te regarde, ajouta-t-il en désignant la petite tortue devant eux d'un geste de la main.
Le jeune Serpentard n'insista pas et pointa à nouveau sa baguette sur la petite tortue qui tentait péniblement de traverser la table d'un bout à l'autre. Il récita la formule, les yeux rivés sur le petit animal devant lui avec une expression déterminée qui fit sourire James avec fierté, mais la tortue se contenta de se raidir brièvement et de tomber à la renverse, visiblement désorientée, ses petites pattes s'agitant nerveusement dans le vide.
James l'attrapa avec douceur et la remit debout avant d'encourager son jeune élève à recommencer
— Prends ton temps, on n'est pas pressés, lui répéta-t-il à nouveau.
Eloi se laissait de moins en moins facilement décourager, si bien qu'il n'hésita pas une seconde et s'exécuta. Mais lorsque James posa les yeux sur son poignet pour vérifier qu'il ne se trompait pas dans le mouvement, les marques violacées qui se dessinaient sur sa peau lui glacèrent le sang. Elles étaient si nettes que leur origine ne pouvait tromper personne quelqu'un l'avait attrapé avec suffisamment de violence pour faire apparaître des ecchymoses.
— Eloi ? L'interrompit James d'une voix blanche en tendant la main vers le jeune homme pour qu'il pose sa baguette.
Le jeune homme fronça les sourcils et ouvrit la bouche pour demander à son tuteur ce qui n'allait pas lorsque James reprit précipitamment la parole
— Qui t'a fait ça ? Demanda-t-il d'une voix basse en pointant un doigt vers le poignet du jeune homme.
Eloi suivit son regard et toute couleur déserta son visage. Il tira sur sa manche et laissa échapper un bref rire dénué de sincérité.
— C'est rien, personne. Je suis mal tombé.
James ferma les yeux, le cœur au bord des lèvres.
— Eloi…
— Laisse tomber, James, d'accord ? L'interrompit le jeune garçon d'une voix fragile et paniquée.
James secoua la tête et se pencha vers Eloi pour le forcer à croiser son regard.
— Qui t'a fait ça, Éloi ? Répéta-t-il plus lentement avec une autorité qui semblait naturelle.
Le regard fuyant du jeune garçon finit par se poser sur la petite tortue en face de lui et il inspira difficilement, comme si respirer lui était insupportable.
— Ça n'a aucune importance…
— Est-ce que c'est les garçons de la dernière fois ? Ceux qui t'embêtaient l'autre jour ?
Eloi se mordit l'intérieur de la joue, les poings crispés sur la table.
Mais son silence était la seule réponse dont James avait besoin.
— Très bien… Je vais…
— NON ! S'écria Eloi avec effroi avant de rougir en se rendant compte que de nombreuses têtes s'étaient tournées vers lui.
James fronça les sourcils mais le jeune Serpentard poursuivit, l'air paniqué
— Surtout pas, s'il te plaît, le supplia-t-il d'une voix à peine audible. Ce serait pire et tu le sais…
La détresse dans le regard d'Eloi fut la seule chose qui fit hésiter James. Pendant une succession interminable de secondes, il fixa le jeune garçon, complètement perdu.
— Pourquoi ? Demanda-t-il enfin, sa voix cassée, entachée du dégoût et de la colère qui l'avaient envahie. Pourquoi est-ce qu'ils s'en prennent à toi ?
Eloi haussa les épaules et détourna à nouveau les yeux, ses mains nerveusement entremêlées devant lui.
— Ma mère est Moldue, avoua-t-il simplement, ses joues s'empourprant légèrement, comme s'il avait honte de son aveux.
James se raidit sur sa chaise, son cœur se serrant douloureusement pour le petit garçon terrifié qui lui faisait face avec une expression déchirante peinte sur le visage.
— Je ne savais pas, répondit James. Tu ne parles jamais de ta famille.
Les traits d'Eloi se durcirent et une lueur de défi éclaira brièvement son regard.
— Je n'ai pas honte de ma mère, rétorqua-t-il d'une voix sèche que James ne lui avait encore jamais entendue.
Le jeune Gryffondor ne put s'empêcher de sourire et secoua la tête.
— Tu n'as aucune raison de l'être. Peu importe ce qu'il se passe en ce moment… dehors, ou ce que les gens peuvent dire ici, tu ne vaux pas moins qu'un autre parce que tu as du sang moldu dans les veines. Au contraire, je pense que ça fait de toi quelqu'un d'unique.
Un bref sourire étira les lèvres d'Eloi qui, malgré la tristesse qui plongeait son regard dans le noir, semblait légèrement amusé par les propos de son tuteur.
— Tu dis ça seulement à cause de Lily Evans, pas vrai ?
James cligna des yeux, un fard colorant instantanément ses joues
— Qu-quoi ?
— Tu es amoureux d'elle, pas vrai ?
Malgré lui, James éclata de rire et passa une main dans ses cheveux avec embarras, mais lorsqu'il fut sur le point de répondre que ça ne le regardait absolument pas, une petite voix aiguë l'interpella
— Capitaine !
Elizabeth, sa petite batteuse, s'approchait de lui en courant presque, les sourcils froncés avec consternation.
Essoufflée, elle s'arrêta devant leur table et tendit un morceau de parchemin à James qui le déroula avec perplexité.
— Le professeur McGonagall m'a donné une retenue jeudi prochain, avoua-t-elle en grimaçant.
James arqua un sourcil amusé et croisa les bras sur sa poitrine.
— Et je peux savoir ce que tu as fait pour mériter une retenue pendant un entraînement ? Demanda-t-il.
La jeune fille eut la décence de paraître légèrement embarrassée et rabattit machinalement une mèche de cheveux derrière son oreille, ses yeux glissant momentanément vers Eloi avant de croiser à nouveau ceux de James.
— J'ai glissé des souris dans le sac de Cassandra Mouses, grimaça-t-elle. Mais elle l'avait cherché ! Ajouta-t-elle précipitamment.
— Ah oui ?
— C'est une pimbêche, bredouilla-t-elle en rougissant.
James éclata de rire et secoua la tête, son regard posé sur la jeune fille avec la même fierté dont il couvait souvent Eloi lorsque celui-ci réussissait un exercice particulièrement difficile.
— Très bien, soupira James. Je m'arrangerai avec McGonagall pour décaler ta retenue, mais évite les ennuis les jours d'entraînements ou de matchs à l'avenir, d'accord ?
— Oui, Capitaine, promis ! Sourit la jeune batteuse avant de tourner les talons et de disparaître aussi vite qu'elle était apparue.
— Tu n'es pas censé être Préfet-en-Chef et ne pas l'encourager ? Demanda Eloi à son tuteur lorsqu'ils furent à nouveau seuls.
James reporta son attention vers le jeune garçon et fut surpris de voir que ses joues étaient plus roses que d'ordinaire. Un éclair amusé traversa ses yeux noisette et il se pencha en avant pour croiser le regard du petit Serpentard.
— Dis-moi plutôt pourquoi tu es rouge comme une pivoine ?
Le jeune garçon rougit de plus belle, ce qui déclencha l'hilarité de James.
— On ne parlait pas de Lily Evans ? Bredouilla Eloi en baissant les yeux sur la tortue qui n'avait pas laissé le manque d'attention des deux garçons l'empêcher de continuer son périple d'un bout à l'autre de la table.
James cessa aussitôt de rire et lança un regard noir à son élève.
— Très bien, changement de sujet.
— Ça me va, fit Eloi avec un sourire triomphant.
James ne put s'empêcher de lui rendre son sourire et désigna à nouveau la tortue d'un geste de la main.
— Recommence.
Et Eloi s'exécuta sans discuter, heureux de retrouver le silence qu'il aimait partager avec James et le faisait se sentir moins seul.
N/A : Bonjour ! Comme promis (cette fois), voici le chapitre 10. Un poil déprimant, je le reconnais, mais qui force un peu le rapprochement. Et Lily s'ouvre ENFIN. Donc, il faut voir le côté positif de tout ça, non ? :)
Et finalement, c'est à peu près tout ce que j'ai à dire sur chapitre.
Enfin, à part que James a quand même embrassé Lily. Bon, sur le front, okay, mais QUAND MÊME ! Moi, l'écrire, ça m'a fait du bien.
Sur ce, je remercie infiniment DelfineNotPadfoot qui, même à l'autre bout du monde, prend le temps de corriger mes chapitres, et je vous dis à dans deux semaines :)
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RàR : à Mea95Gryffondor ; Coucou la miss ! Une fois encore, je ne peux que te remercier pour ton soutien et ta lecture qui me réchauffe le coeur chaque semaine (ou presque). C'est toujours un plaisir de retrouver ta bonne humeur ^^ Evidemment que Lily parvient à calmer James. J'ai toujours imaginer leur relation un peu comme ça. James qui se laisse trop vite envahir par ses émotions, et Lily, qui agit toujours avec beaucoup plus de calme, de douceur et de réflexion... ^^J'aime ce couple, au cas où c'était pas encore clair... :p Allez, merci beaucoup, et à bientôt :D
