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Chapitre XI

« Lost Futur »

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28 Novembre 1977 — Bureau du professeur McGonagall, Poudlard, Écosse


Lorsqu'elle avait quitté la Salle Commune, inhabituellement peuplée pour un lundi, Lily avait pris soin de vérifier l'horaire indiqué sur sa convocation. Pourtant, une fois devant la porte du bureau du professeur McGonagall, sa directrice de Maison, elle hésita avant de frapper et plongea un bras dans son sac pour en extirper le morceau de parchemin que lui avait remis son professeur de Métamorphose au début du mois à la fin d'un cours, comme à tous les autres élèves de Gryffondor. Aucun élève de septième année n'avait cours ce jour-là comme chaque année, une journée de cours était banalisée pour les élèves de septième année afin qu'ils passent un entretien pédagogique avec leur directeur de Maison, similaire à celui qu'ils avaient déjà eu en cinquième année.

Mais si, deux ans plus tôt, Lily débordait d'enthousiasme et de confiance, il en était désormais tout autrement et c'est les yeux baissés qu'elle frappa doucement contre la porte du bureau du professeur McGonagall après avoir vérifié pour la centième fois depuis qu'elle s'était réveillée ce matin-là l'horaire de son entretien.

— Entrez, fit la voix dure mais bienveillante de l'éminente sorcière.

Lily inspira profondément, les paupières closes, avant de pousser doucement la porte du bureau et de pénétrer dans la pièce aux couleurs vives et chaleureuses de Gryffondor.

Le sourire rassurant que lui adressa le professeur McGonagall apaisa légèrement le cœur lourd de Lily et elle fit quelques pas avant de s'asseoir dans le fauteuil que lui désignait la directrice de Gryffondor d'un geste de la main.

— Bonjour Lily, fit-elle alors que la jeune fille prenait place en face d'elle.

— Bonjour, répondit la jeune fille en forçant un sourire, les mains nouées sur ses genoux.

— Un biscuit ? Proposa le professeur McGonagall en poussant une boite en fer devant elle.

— Non merci.

Minerva McGonagall referma la boite et sourit à nouveau à Lily qui eut toutes les peines du monde à ne pas baisser les yeux.

— Cet entretien n'est qu'une formalité pour vous, j'imagine, commença la directrice de Gryffondor en croisant ses mains sur son bureau. À moins que vos ambitions aient changé ? Je me souviens que vous vouliez entrer au Ministère.

— C'est exact, confirma Lily en hochant lentement la tête. Dans leur département de recherches.

— Leur département consacré aux sortilèges, oui, continua la vieille femme. Le professeur Flitwick sera ravi de vous écrire une lettre de recommandations. Bien que vous n'en ayez aucunement besoin, cela va sans dire…

Cette fois, Lily baissa la tête et garda le silence. Le professeur McGonagall se redressa aussitôt et fronça les sourcils

— Lily ? Tout va bien ?

Immobile, Lily sentit les battements de son cœur s'affoler dans sa poitrine et elle lutta pour les faire taire, mais cet entretien pédagogique était le coup de grâce et elle avait honte des sentiments qui semblaient s'être emparés d'elle insidieusement. Elle refusait de craquer devant l'une des femmes qu'elle admirait le plus au monde, mais elle était fatiguée de se battre contre la peur qui la rongeait davantage chaque jour. Elle voulait avoir confiance en James, elle voulait croire que Mary avait raison, mais ils se trompaient tous les deux elle n'était pas forte. Elle n'était même pas courageuse.

Elle était terrifiée.

Ses doigts tremblaient imperceptiblement sur ses genoux et lorsqu'elle releva péniblement la tête vers le professeur McGonagall, un sourire fragile étiré sur ses lèvres, cette dernière l'observait avec inquiétude derrière les verres de ses lunettes rondes.

— Lily ? Répéta-t-elle d'une voix plus douce. Vous avez l'air épuisée. Est-ce que vous dormez suffisamment ? Si vos attributions de Préfète-en-Chef sont trop…

— Non, ce n'est pas ça, l'interrompit lentement la jeune fille en secouant la tête.

Le professeur McGonagall croisa les mains sous son menton, son regard posé sur Lily avec douceur, mais demeura silencieuse, attendant simplement que la jeune fille soit prête à parler. La détresse qu'elle lisait dans ses yeux ne lui était pas inconnue, mais jamais elle n'aurait pensé la trouver dans les yeux habituellement si pétillants de vie et d'énergie de Lily Evans. Au cours de sa carrière à Poudlard, elle avait eu le privilège de croiser la route de bon nombre d'élèves plus brillants, plus vifs, plus ambitieux, plus talentueux les uns que les autres. Mais des élèves comme Lily Evans, jamais. Dès son plus jeune âge, la jeune fille l'avait charmée par son intelligence, sa douceur, son altruisme, son courage et sa vivacité. Elle l'avait vue grandir, s'épanouir, devenir une jeune femme forte et généreuse dont le sourire avait fait fondre bien des cœurs et redonné espoir à de nombreux élèves plus jeunes qui avaient eu besoin d'un modèle un jour ou l'autre.

Aujourd'hui pourtant, la jeune fille assise devant elle ne semblait être que l'ombre de celle qu'elle avait vue grandir. Elle avait les épaules voûtées, le teint pâle et la tête baissée, et le regard éteint, hanté.

Lorsqu'enfin, Lily prit une légère inspiration, le professeur McGonagall se redressa imperceptiblement dans son fauteuil et lui adressa un sourire aussi rassurant que possible.

— Je… j'ai toujours envie de rentrer au Ministère et faire partie de leur programme de recherches en Sortilèges, commença la jeune fille avec hésitation.

— Alors qu'est-ce qui a changé ? Demanda la directrice de Gryffondor.

Lily haussa les épaules avec un sourire triste.

— Le monde ? Répondit-elle, incertaine. Quand je suis arrivée à Poudlard, j'avais peur d'être différente…

— Parce que vos parents sont moldus, comprit son professeur.

La jeune fille hocha la tête

— Oui. Mais ça n'a pas duré. Même si certains élèves ne se privaient pas de me rappeler que j'étais différente et que je n'avais pas ma place ici, je me suis sentie ici chez moi à la seconde où le Choixpeau m'a envoyée à Gryffondor, expliqua-t-elle avec un faible sourire. Il y a toujours eu des gens comme…

Le nom de James s'imprima vivement dans son esprit, la faisant rougir furieusement, mais elle secoua la tête.

— Il y a toujours eu des gens prêts à m'accepter à bras ouverts. Et après ça, je n'ai plus jamais douté du fait que j'avais vraiment ma place ici, peu importe ce que certaines personnes pouvaient dire. J'ai décidé que ça ne m'atteindrait pas parce qu'ils avaient tort. Alors je me suis efforcée de leur prouver que je valais mieux qu'eux, que je pouvais faire aussi bien…

Un sourire emprunt de fierté se glissa sur les lèvres minces de Minerva McGonagall.

— Ce que vous avez fait.

La jeune fille laissa échapper un bref rire et hocha la tête, une ombre chassant aussitôt l'éclair qui avait illuminé son regard.

— Oui. Et au final, ça n'aura servi à rien.

— À rien ? Pourquoi cela ?

Lily baissa les yeux sur ses mains nouées avant de porter son regard sur le parc de Poudlard qui s'étendait par la fenêtre située derrière le professeur McGonagall. Lorsqu'elle demeura silencieuse, la directrice de Gryffondor reposa ses mains sur son bureau et se pencha légèrement en avant.

— À cause de Voldemort ? Demanda-t-elle.

La jeune fille hocha la tête.

— Qui voudra embaucher une sang-de-bourbe alors qu'il tue tous ceux qui s'opposent à lui et défendent les gens comme moi ? Personne ne voudra prendre le risque et franchement, je ne peux pas leur en vouloir… Chaque jour, il y a de nouveaux cadavres qui s'empilent dans les journaux, des noms, des visages… Je ne peux pas blâmer qui que ce soit d'avoir peur alors que je suis terrifiée à l'idée de mettre un pied en dehors de Poudlard…

Immobile, le professeur McGonagall fixa Lily avec un regard douloureux. Ni l'une ni l'autre ne prononça le moindre mot pendant une éternité et le temps sembla s'arrêter.

Puis lentement, la sorcière vêtue d'une robe émeraude et d'un petit chapeau assorti se leva et fit le tour de son bureau pour aller s'asseoir dans le fauteuil près de celui de la jeune fille.

— Lily, c'est normal d'avoir peur. J'ai peur, admit-elle en posant une main sur celle de la jeune fille pour l'empêcher de trembler mais c'est cette peur qui me donne envie de me battre, qui me rappelle constamment que nous devons, plus que jamais, restés unis et continuer d'espérer, de croire en nos chances. Il se passe des choses abominables en dehors de ces murs mais je sais que vous êtes suffisamment forte pour les affronter.

La jeune Préfète-en-Chef esquissa un sourire tremblant et son regard sembla se ranimer imperceptiblement.

— Je ne vous mentirai pas. Ce sera difficile et vous devrez vous battre pour vous faire respecter. Mais ni vous ni moi ne pouvons prédire ce qui se passera demain. Peut-être que Voldemort se fera attraper. Peut-être que ses sbires seront arrêtés, mais…

— Vous croyez ? L'interrompit soudain Lily. Vous pensez vraiment que les Aurors parviendront à l'arrêter ?

La vieille femme inspira longuement et son regard se fit soudain lointain. Elle laissa le silence les envelopper quelques secondes avant de se tourner à nouveau vers Lily avec un sourire indéchiffrable

— Je crois que… je crois que ce n'est que le début, admit-elle d'une voix basse. Je crois que Voldemort fera encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal, continua-t-elle. Mais je sais aussi qu'il y aura toujours des gens pour s'opposer à lui et que tant que ce sera le cas, il y aura de l'espoir.

Lily hocha la tête et le silence reprit lentement ses droits. Immobile, la jeune fille pouvait presque entendre son cœur battre dans sa poitrine avec plus de régularité. Ses pensées aussi semblaient s'être faites plus discrètes, lui permettant de les trier avec plus de sérénité. À mesure qu'elle ressassait les mots du professeur McGonagall, un sourire s'emparait de ses lèvres encore tremblantes.

Ces derniers mois, elle s'était tellement apitoyée sur elle-même qu'elle en avait oublié de se battre pour ce en quoi elle croyait. Elle avait oublié que l'espoir, aussi fragile soit-il, était inépuisable.

Alors, lorsqu'elle quitta enfin le bureau du professeur McGonagall, elle se promit de ne plus jamais oublier qu'elle n'était pas de ceux qui renoncent facilement. Peu importe que sa vie ait une date d'expiration, que son avenir soit fragile ou incertain, elle se battrait jusqu'à son dernier souffle pour prouver à tous ceux qui en doutaient qu'elle avait bien sa place dans ce monde.


28 Novembre 1977 — Tour de Gryffondor, Poudlard, Écosse


Elle remontait vers la tour de Gryffondor pour retrouver Mary dans la Salle Commune, lorsque Lily tomba sur James qui se dirigeait vers les escaliers en faisant maladroitement glisser ses paumes sur sa chemise pour tenter de la défroisser et refaire le nœud défait de sa cravate d'uniforme. Elle dut se mordre l'intérieur de la joue pour ne pas éclater de rire et l'interpella d'une voix amusée, oubliant brièvement ses pensées emmêlées

— James !

Le jeune homme s'immobilisa et releva la tête avec surprise, un sourire étirant lentement ses lèvres lorsqu'il vit la jeune fille s'arrêter en face de lui.

— Oh, Evans, fit-il en passant une main dans ses cheveux. Tu… tu reviens de ton entretien avec McGonagall ?

Le sourire de la jeune fille s'effrita aussitôt et il regretta d'avoir posé la question, bien qu'il n'eut aucune idée de ce qui pouvait causer la douleur qui venait d'assombrir son regard.

Les sourcils froncés il se pencha légèrement en avant pour planter ses yeux noisette dans les siens et posa une main sous son menton avec précaution.

— Evans ? Répéta-t-il. Est-ce… est-ce tu veux en parler ?

Il la vit se mordiller l'intérieur de la joue, ses grands yeux verts chargés d'émotions et d'hésitation, mais il ne la pressa pas. Lorsqu'enfin, un bref sourire étira ses lèvres et qu'elle secoua la tête, il laissa retomber sa main le long de son corps et hocha la tête il ne voulait pas la forcer à se confier si elle n'en avait pas envie. Après tout, il était bien placé pour savoir que l'on pouvait avoir des choses sur le cœur bien trop lourdes pour être partagées.

— Mais merci, souffla Lily en lui adressant un regard reconnaissant. À vrai dire… pas seulement pour ça.

James fronça légèrement les sourcils, son regard planté dans le sien avec perplexité.

Un nouveau sourire gracia les lèvres de la jeune fille et égaya son visage fermé. Il sembla à James qu'elle prit une profonde inspiration avant de reprendre d'une voix timide

— En plus d'avoir été un excellent Préfet-en-Chef ces derniers mois, commença-t-elle, tu as aussi… tu as aussi été un… un ami formidable et je suis contente que…

Elle secoua la tête, son sourire tremblant mais débordant d'une sincérité qui arracha plusieurs battements de cœur irréguliers à James, qui plongea les mains dans les poches de son pantalon pour s'empêcher de faire quelque chose qu'il regretterait très certainement.

— Je suis contente qu'on ait pu y arriver finalement, termina précipitamment Lily dans un souffle qui apporta des couleurs à ses joues parsemées de pâles petites tâches de rousseur.

Elle baissa la tête, son regard s'envolant avec elle, au grand désarroi de James.

— Arriver à quoi ? Demanda-t-il d'une voix basse, dans l'espoir qu'elle lève à nouveau les yeux.

Quand elle le fit, sa poitrine étouffa un grognement plaintif et son rythme cardiaque piqua un sprint qui l'étourdit un bref instant.

— Être amis. Je veux dire… on est… on est bien…

Devant son soudain embarras, James se jeta à sa rescousse à grand renfort de gestes et de sourires nerveux.

— Bien sûr ! Bien sûr ! Évidemment, la rassura-t-il, une main emmêlée dans ses cheveux alors qu'il se balançait sur ses pieds.

Il lui sembla voir Lily se mordre l'intérieur de la joue pour réprimer un rire et il se figea aussitôt, sa main retombant le long de son corps.

— Désolé, bredouilla-t-il. Je voulais seulement dire que, tu n'avais aucune raison d'en douter, ajouta-t-il en haussant les épaules, son sourire soudain plus timide alors qu'un léger fard colorait lentement ses joues.

Lily hocha la tête, l'amusement qui faisait pétiller ses grands yeux verts soulageant les inquiétudes que James ne cessait de nourrir pour elle ces derniers temps.

— Et moi aussi, je suis content qu'on ait pu y arriver, ajouta-t-il après un moment d'une voix si basse que si quelqu'un avait soudain fait irruption dans le couloir désert, il n'aurait certainement pas pu l'entendre.

Pendant plusieurs secondes, ils s'étudièrent avec embarras, jusqu'à ce que Lily éclate de rire et baisse les yeux en rabattant nerveusement une mèche de cheveux roux derrière son oreille.

— On a l'air un peu stupides…

— Un peu, admit James en riant. Je devrais probablement… je devrais probablement y aller.

— Tu as rendez-vous avec McGonagall ?

— Oui. Et si je suis en retard, je n'exclue pas la possibilité qu'elle me transforme en crapaud, alors…

La jeune fille laissa échapper un nouvel éclat de rire qui arracha un sourire étonnamment tendre au jeune homme, dont le regard noisette pétillait avec douceur derrière les épais verres de ses lunettes, et lorsqu'elle s'avança vers lui d'un pas hésitant, son cœur se figea dans sa poitrine.

— Je l'entends crier d'ici, fit-elle en levant les mains vers le col de sa chemise en prenant soin de ne pas croiser son regard, les joues cramoisies.

— Qu'est-ce que…? Bredouilla le jeune homme en voyant les doigts de la jeune fille se poser sur ses épaules.

Lily secoua la tête avec un sourire indéchiffrable. Elle lissa le col de sa chemise, entreprit de refaire son nœud de cravate et ajusta le petit badge sur sa poitrine qu'il avait accroché à l'envers, sûrement dans la précipitation. Avec un sourire satisfait elle recula d'un pas et noua nerveusement ses mains devant elle.

— Parfait, fit-elle avec un léger mouvement d'épaules.

James se sentit rougir furieusement mais ne sut pas quoi répondre, alors il se contenta de la remercier

— Merci, souffla-t-il, sans une ombre de l'arrogance qu'il avait portée comme une armure pendant des années et qu'elle voyait s'écrouler jour après jour.

Sans se départir de son sourire, Lily amorça un léger mouvement de la tête en direction du couloir et James laissa échapper un rire nerveux

— Oui, oui, j'y vais.

Il lui adressa un dernier regard avant de passer devant elle et de s'éloigner en direction de l'escalier à l'autre bout du couloir, l'esprit assailli par une foule de pensées qui se heurtaient les unes aux autres.

Lorsqu'il arriva devant les escaliers, il jeta un regard derrière son épaule mais Lily avait déjà disparu et le portrait de la Grosse Dame se refermait sur elle dans un bruit sourd de bois claquant contre la pierre.

Il ferma les yeux et prit une longue inspiration avant de les rouvrir à nouveau. Pendant un bref instant, il s'était pris à espérer que, peut-être, les sentiments envahissant sa poitrine depuis des années avaient trouvé leur égal dans le regard de Lily, dans ses gestes doux et ses mots lourds de sens, mais il savait que c'était insensé de se permettre une telle faiblesse.

Mais ce n'était pas si grave. Si Lily Evans continuait de lui offrir ses sourires et qu'il contribuait, même si c'était rare, à lui arracher un rire et chasser momentanément la douleur qu'il lisait dans ses yeux, alors James Potter se sentait le plus chanceux des hommes.


28 Novembre 1977 — Bureau du professeur McGonagall, Poudlard, Écosse


Lorsqu'il était plus jeune, James Potter se rêvait célèbre joueur de Quidditch, capitaine des Tornades de Tutshill, s'illustrant comme le meilleur poursuiveur de tous les temps. Et c'est d'ailleurs ce qu'il avait confié au professeur McGonagall en cinquième année, lors de son premier entretien pédagogique, avec l'insouciance et l'arrogance qui caractérisaient l'adolescent qu'il était à l'époque et qu'il prenait encore à être, parfois.

Pourtant, lorsqu'il avait révélé à la directrice de Gryffondor, quelques minutes plus tôt, que ses plans avaient changé, elle n'avait pas semblé surprise le moins du monde. Un rare sourire s'était glissé sur ses lèvres et elle avait hoché la tête, une fois seulement, avant de lui dire qu'elle ne doutait pas une seule seconde qu'il ferait un excellent Auror et que le Département de la Justice Magique pourrait se réjouir de l'avoir dans ses rangs lorsqu'il quitterait Poudlard.

Touché par le soutien du professeur McGonagall, à qui il en avait fait voir de toutes les couleurs pendants ses études à Poudlard, James était sorti de son bureau le cœur plus léger, confiant et débordant d'espoir pour l'avenir. S'il était rare que James doute de lui ou renonce à ce qui lui tenait à cœur, il arrivait parfois, parce qu'il n'était qu'un gamin de dix-sept ans, qu'il laisse ses émotions prendre le dessus et se laisse décourager. Et ces derniers temps, la peur s'était enracinée dans sa poitrine, gagnant du terrain jour après jour sur sa joie de vivre et sa confiance en lui. Mais il refusait de la laisser gagner. Il refusait de laisser la peur s'installer et lui voler tout espoir, lui arracher tout courage. Il suivrait les traces de son père et se battrait pour ses convictions, il se battrait pour les gens qu'il aimait.

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En sortant du bureau du professeur McGonagall, James se rendit à la bibliothèque pour profiter de la journée blanche qui s'offrait à lui et au reste des élèves de septième année pour finir un devoir de Potions qu'il n'avait cessé de remettre à plus tard. Il travaillait rarement seul et rarement à la bibliothèque, mais espérait pour une fois pouvoir profiter du calme qui y régnait et finir son devoir au plus vite. Non pas qu'il voulait regagner la Salle Commune dans l'espoir d'y croiser Lily ou quoi que ce soit dans ce genre-là, bien évidemment.

— OUPS ! Elle est où ta baguette ?

James se retourna aussitôt sur la voix froide et railleuse qui l'avait arraché à ses pensées mais le couloir était désert.

— S'il vous plaît, couina alors une voix aiguë qui semblait appartenir à une petite fille sur le point de fondre en larmes.

Le jeune Préfet-en-Chef fronça les sourcils et tendit l'oreille, avant de se rendre compte qu'il se tenait devant la tapisserie des Gobelins de Barbakrass, celle qui dissimulait une large alcôve dans le mur. Il sortit aussitôt sa baguette et s'approcha d'un pas avant de tirer la vieille tapisserie poussiéreuse d'un geste vif de sa main libre et son sang se glaça lorsqu'il prit connaissance de la scène qui se déroulait sous ses yeux.

Devant lui, deux élèves de deuxième année qu'il reconnut aussitôt pour les avoir aperçus une fois, en compagnie d'Eloi, pointaient leur baguette sur une gamine de Poufsouffle qui tremblait comme une feuille. L'un d'eux tenait une seconde baguette dans sa main droite et il ne faisait aucun doute quant à la manière dont il se l'était procurée.

Les deux jeunes garçons se figèrent en voyant James et la jeune fille sembla se recroqueviller davantage encore sur elle-même.

— Je peux savoir ce qu'il se passe ? Demanda James d'une voix basse, froide et implacable, la main crispée avec une rare fureur autour de sa baguette.

Sentant qu'il était à deux doigts de déraper, il inspira profondément et pivota légèrement vers la petite Poufsouffle pour lui adresser un regard qui se voulait rassurant, un regard qu'il espérait vouloir dire « Ne t'en fais pas, tout va bien, je suis là », avant de reporter son attention et sa colère vers les deux élèves de Serpentard. Ces derniers avaient considérablement pâli et échangèrent un regard apeuré qui n'échappa pas au jeune homme.

— Je vous ai posé une question, reprit-il d'une voix qui ne laissait aucune place à la discussion.

L'un des deux garçons, le plus « courageux » des deux, ouvrit la bouche pour répondre quelque chose mais sembla incapable de prononcer le moindre mot et finit par baisser les yeux, sa main tremblant autour de sa baguette.

La mâchoire crispée, James fit un pas vers le garçon qui tenait une seconde baguette, tout en rangeant la sienne dans la poche de son pantalon le plus calmement possible. En vérité, il ne se faisait pas suffisamment confiance pour s'assurer de ne pas en faire usage.

— C'est la tienne ? Demanda-t-il alors à la jeune fille d'une voix plus douce en désignant la baguette que tenait le jeune Serpentard.

La petite Poufsouffle sembla hésiter un instant, la panique inondant ses grands yeux turquoise, avant de hocher la tête, le menton tremblant.

James se tourna à nouveau vers le garçon et son regard se durcit

— Tu peux lui rendre.

Le dégoût qui traversa le regard sombre du jeune Serpentard ne fit qu'aggraver la fureur de James.

— Dépêche-toi.

Le jeune garçon s'exécuta, jetant presque la baguette au visage de la petite Poufsouffle et James dut prendre une nouvelle inspiration pour conserver son calme.

— Très bien, souffla-t-il en se tournant vers la jeune fille.

Il posa une main sur son épaule le plus lentement et doucement possible pour ne pas l'affoler et planta son regard noisette dans le sien en souriant.

— Comment tu t'appelles ?

— E…Eliza, balbutia-t-elle.

— Très bien… Eliza, je vais te demander de retourner dans ta Salle Commune, d'accord ? J'avertirai le professeur Chourave de ce qu'il vient de se passer et elle voudra sûrement en discuter avec toi.

Eliza offrit un sourire tremblant, mais soulagé, au jeune homme, qui l'encouragea à s'en aller en désignant la tapisserie derrière lui d'un geste de la main.

Lorsqu'elle eut disparu, il reporta toute son attention vers les deux élèves de deuxième année qui se tenaient devant lui et tout son corps se tendit à nouveau. La colère et le dégoût s'étaient emparés de lui et il devait faire des efforts surhumains pour garder son calme.

Il reconnut en ces deux gamins les fantômes qu'il avait vus dans le regard d'Eloi et ses poings s'enroulèrent près de ses hanches.

— Vous trouvez ça amusant, j'imagine ? Ça vous amuse de vous en prendre à des gens plus faibles que vous ? Sans moyens pour se défendre ?

James ignora le silence qui suivit il ne s'était pas vraiment attendu à ce qu'ils répondent.

— Je vais faire part de ce que je viens de voir à votre directeur, au professeur Chourave, et au professeur McGonagall. Ils discuteront de votre sort, mais en attendant, vous serez en retenue tous les lundis, les mercredis et les samedis soirs jusqu'aux vacances de noël, et je veillerai personnellement à faire de votre vie un enfer si je vous revois lever un doigt sur un autre élève, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?

Aucun des deux élèves ne prononça le moindre mot et James avança d'un pas avant de se pencher vers eux d'un air menaçant.

— Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? Répéta-t-il lentement, d'une voix impassible.

— Ou…oui, balbutièrent-ils sans lever les yeux.

La mâchoire crispée, James recula finalement d'un pas et écarta violemment la tapisserie

— Après-vous, lâcha-t-il avec mépris. Vous pouvez prendre le chemin du professeur McGonagall, c'est juste à côté, ajouta-t-il avec un sourire glacial.


28 Novembre 1977 — Salle Commune de Gryffondor, Poudlard, Écosse


Dans la Salle Commune ce soir-là, l'ambiance était loin d'être au beau fixe. Les élèves les plus jeunes planchaient sur des devoirs qu'ils ne pouvaient plus remettre à plus tard tandis que les plus vieux, plus raisonnables pour la plupart, avaient déjà regagné leur dortoir. Seuls les élèves de septième année occupaient silencieusement différents recoins de la Salle Commune, leur humeur morose gangrenant celle des autres Gryffondor.

Installés dans des fauteuils autour d'une petite table basse, James, Sirius, Peter et Remus affichaient des mines défaites et n'avaient jamais semblé aussi abattus, mais cette fausse impression de calme dissimulait seulement des angoisses qu'ils ne savaient tout simplement pas comment exprimer. Remus, tout particulièrement, semblait rongé par ses incertitudes, le défaitisme et la résignation noyant son regard abîmé.

La douleur de leur ami plongeait James, Sirius et Peter dans un profond désarroi, aucun d'eux ne sachant plus quoi dire ou faire pour arracher le jeune homme au dégoût de lui-même dans lequel il s'enfermait davantage chaque jour. L'entretien qu'il avait eu avec le professeur McGonagall ce jour-là n'était que le dernier coup porté à sa si fragile confiance en soi. Persuadé d'être dépourvu d'avenir en dehors des murs de Poudlard, Remus s'isolait un peu plus dans sa solitude à mesure que son temps dans dans l'enceinte du château s'écoulait.

Lorsque, soudain, Sirius sauta sur ses pieds, ses amis sursautèrent avant de se tourner vers lui dans le même silence qu'ils observaient depuis plusieurs heures déjà ;

— James, Peter, si vous pouviez faire une descente aux cuisines pendant que j'essaye de convaincre Lily et Mary de se joindre à nous pour une bataille explosive, ce serait génial, merci. Elles ont l'air d'en avoir au moins autant besoin que notre ami louveteau ici, et ce n'est pas peu dire...

— Sirius, je n'ai aucune envie de jouer, marmonna Remus en nouant et dénouant nerveusement ses mains.

Le jeune homme balaya sa remarque d'un geste de la main et adressa un regard entendu à James, qui hocha la tête et se leva à son tour, faisant signe à Peter de le suivre. Ils allèrent chercher la carte du Maraudeurs et la cape d'invisibilité de James avant de redescendre et de quitter la Salle Commune, laissant à Sirius le soin de convaincre leurs amies.

Quand ils firent à nouveau irruption dans la tour de Gryffondor une demi-heure plus tard, les bras chargés de Patacitrouilles, de tartelettes au chocolat, et de boissons en tout genre, Sirius semblait avoir réussi son coup ; debout devant Mary et Lily qui avaient pris place au pied de la table basse, il faisait de grands gestes et parlait avec animation. De toute évidence, à en juger par leur expression mi-amusée, mi-effrayée, il leur expliquait les règles de la version "Maraudeur" de la bataille explosive.

Avec un sourire amusé, James s'approcha d'eux, suivi de Peter qui riait dans sa barbe, et frappa son meilleur ami à l'arrière de la tête avant de se laisser tomber près de Lily ;

— On ne les fera pas jouer à ta version de psychopathe, Sirius.

— Et pourquoi pas ? Grommela le jeune homme en s'asseyant à son tour.

— Parce que si on veut qu'elles continuent de jouer avec nous, il vaut mieux ne pas les abîmer, répondit Peter en proposant des Patacitrouilles aux deux jeunes filles.

— Exactement, approuva Remus qui affichait enfin une esquisse de sourire.

— Il n'y a rien d'amusement là-dedans...

— T'as raison, parce que finir à l'infirmerie avec le visage cramé, c'est tellement plus marrant, ricana Mary en arquant un sourcil goguenard qui fit grimacer le jeune homme.

— Je ne t'ai jamais vraiment aimée, MacDonald, rétorqua Sirius, sans trace de méchanceté dans la voix alors que son regard métallique pétillait malicieusement.

— C'est pas grave, tu n'es pas vraiment mon genre.

Sirius laissa échapper un grognement arrogant très loin d'être sexy.

— Je suis le genre de tout le monde.

— Mais bien sûr, fit James en secouant la tête, sans pouvoir dissimuler son amusement pour autant.

Il se pencha ensuite vers Lily et lui tendit une tasse de chocolat chaud à la cannelle, noyé sous la crème et les marshmallow ;

— C'est comme ça que tu l'aimes, non ? Demanda-t-il simplement.

La jeune fille cligna des yeux et un léger fard colora ses joues lorsqu'elle prit la tasse qu'il lui tendait, leurs doigts s'entremêlent pendant une fraction de seconde.

— Oui, souffla-t-elle en rencontrant son regard noisette, plein d'une douceur qui inonda aussitôt sa poitrine ; c'est parfait, merci.

James se contenta de sourire avant de reporter son attention sur Sirius, qui avait entrepris de distribuer les cartes, sous les protestations de Remus et Peter qui lui reprochaient déjà de tricher.

Mais Lily fut incapable de détourner son regard. Le cœur tremblant comme une feuille, ses yeux parcoururent le profil du jeune homme, et réalisa soudain qu'elle était inévitablement en train de tomber amoureuse de James Potter.

Et ce n'était pas terrifiant le moins du monde.


N/A : Bonjour à tous ! Je sais... ce chapitre est déprimant. Mais bon, je ne vais pas m'en excuser cette-fois ci, parce qu'à partir de maintenant (je vous jure) tous ces personnages aussi déprimés que déprimant vont regagner un peu confiance. Je ne dis pas qu'il fera bon vivre à Poudlard ou que le soleil brillera tout à coup en Écosse, mais bon... L'espoir va revenir. Lentement. Mais sûrement. Je ne finirai pas cette histoire sur une note déprimante, vous avez ma parole. (Enfin autant que faire se peut, hein, parce qu'on sait tous comme l'histoire de James et Lily se termine. Mais bref.)

Encore et toujours et infiniment merci à DelfineNotPadfoot, qui corrige ces chapitres alors que je lui envoie à la dernière minute. Pour le coup, c'est d'autant plus vrai que je lui avais pas envoyé tout mon chapitre et que je m'en suis aperçue que ce matin. Et bon, c'est pas comme s'il y avait un décalage horaire de sept heures entre elle et moi, ou quoi, hein... Donc, un grand merci à elle et sa patience que je mets à rude épreuve, je crois.

Bonne semaine à tous :)

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RàR : Bonjour Mea ! :p Oui, Lily se dévoile un petit peu et ça nous fait autant de bien qu'à elle. Ah, je suis contente de voir que ce tout petit bisou t'a fait plaisir aussi ^^ TEAM ELOI, évidemment :p Et bien sûr qu'il craque pour Elizabeth... Dans ma tête, ces deux-là sont juste trop chou :D Merci encore pour ta review, comme toujours et à très bientôt ! Je te souhaite un bon week-end ;)