.

Chapitre XII

« Christmas Tears »

.

23 Décembre 1977 — Long Ashton, Somerset, Angleterre


De la même manière que la préparation d'une potion aidait Lily Evans à faire le vide, cuisiner avait quelque chose d'extrêmement apaisant. Il y avait des règles à suivre, des proportions à respecter, une harmonie à ne pas troubler. Elle aimait le calme et la patience dont il fallait faire preuve, la sérénité d'une cuisine silencieuse, troublée uniquement par le ronronnement d'une marmite sur le feu, et la farandole d'odeurs, de couleurs, et de saveurs qui alourdissait l'atmosphère après plusieurs minutes.

Mais surtout, elle aimait que la concentration que cela requérait lui permette de fermer son esprit aux bruyantes plaintes de son cœur.

Depuis qu'elle était rentrée chez elle pour les vacances de Noël, quelques jours plus tôt, elle n'avait cessé de faire des allers-retours à l'hôpital où l'état de sa mère empirait de jour en jour. Les médecins avaient été clairs ; Garance Evans ne gagnerait pas la bataille qu'elle menait vaillamment depuis des mois. Elle était épuisée, à bout de force, et il aurait été naïf de croire qu'un miracle pouvait encore survenir. Mais même après avoir vu sa mère allongée sur son lit d'hôpital, pâle, frêle, et visiblement éreintée, l'espoir de la voir soudain aller mieux n'avait pas déserté la poitrine de Lily. Alors peut-être qu'elle était naïve. Mais il s'agissait de sa mère. Et peu importe son âge, un enfant n'était jamais prêt à laisser sa mère s'en aller.

Penchée au-dessus d'une planche à découper sur laquelle elle avait entrepris de couper plusieurs poivrons en petits dés, Lily ferma les yeux et chassa le fantôme de sa mère de son esprit pour l'enfermer dans un coin de son cœur, avant de reprendre la tâche qu'elle avait commencée. Son père avait insisté pour que Pétunia et son époux passent le week-end de Noël avec eux et ces derniers devaient revenir de l'hôpital d'ici une petite vingtaine de minutes. Elle jeta un rapide coup d'œil vers la pendule et amorça un geste vers sa baguette, posée un peu plus loin sur le plan de travail, avant de se raviser ; Pétunia et Vernon s'étaient rendus directement au chevet de leur mère en arrivant dans le Somerset, et malgré les protestations de son père, ce n'était pas dans un souci de passer autant de temps qu'ils le pouvaient auprès de Garance Evans, mais seulement un moyen de s'assurer qu'ils croiseraient Lily le moins possible, puisqu'elle avait renoncé à aller voir sa mère ce jour-là en apprenant qu'ils viendraient dès le vendredi pour ne pas se retrouver sur les routes le jour du réveillon. L'effervescence fatiguait très vite Garence Evans et Lily savait que trop de monde s'affairant autour d'elle lui demandait plus d'efforts qu'elle n'était en mesure d'en fournir pour suivre les conversations de chacun. Et dans la mesure du possible, Lily préférait ménager sa mère.

Au fur et à mesure que la grande aiguille semait les minutes dans son sillage, Lily sentait la nervosité et l'appréhension la gagner. Et lorsque, au moment où elle s'apprêtait à mettre sa tarte aux poivrons dans le four, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir et la voix perçante de sa sœur aînée traverser les murs, elle s'immobilisa, son cœur battant la chamade. Elle inspira profondément, les paupières closes, pour se composer un calme et une expression détachée qui ne tromperaient personne. Elle tendit des doigts tremblants vers sa baguette, et s'empressa de la cacher dans le pot en terre cuite posé près de l'évier, au milieu des ustensiles en bois, en priant pour que Pétunia renonce à l'idée de fouiner dans la cuisine. C'était peine perdue, mais au moins, il y avait peu de chance que Vernon Dursley, lui, franchisse le seuil de la pièce et s'intéresse aux spatules de formes et de tailles différentes que possédait la famille de son épouse.

Un sourire poli dessiné sur les lèvres, Lily se redressa, prête à accueillir sa sœur, qu'elle n'avait pas vue depuis des mois, et son mari, dont le mépris avait influencé la colère et la rancœur que Pétunia éprouvait envers Lily au fil du temps jusqu'à ce qu'elle décide de la bannir définitivement de sa vie.

La jeune sorcière gonfla ses poumons de tout l'air qu'ils étaient capables de contenir et se dirigea vers le hall d'entrée, depuis lequel elle distinguait très nettement la voix grave de Vernon Dursley raconter comment il venait d'être promu responsable de service dans l'entreprise de perceuses dans laquelle il travaillait. Lily réprima une grimace et dut se faire violence pour ne pas faire demi-tour lorsqu'elle arriva dans l'entrée, mais lorsque son regard croisa celui de sa sœur, son cœur se tordit douloureusement dans sa poitrine en croyant apercevoir dans ses yeux le fantôme de l'affection qu'elle lui portait autrefois, avant de s'immobiliser dans sa course et se briser en mille morceaux lorsque Pétunia détourna la tête avec mépris.

— Ma chérie, souffla son père en s'approchant d'elle avec un sourire qui trahissait la fatigue qu'elle pouvait lire dans ses yeux.

Il l'embrassa sur le front avant de reporter son attention vers Vernon et le débarrasser de son manteau. Lily ne laissa pas son sourire vaciller et se força à saluer ses invités, qui continuèrent de faire comme si elle n'était pas là.

— J'avais oublié à quel point cette maison était petite, fit remarquer Pétunia en laissant échapper un éclat de rire avec une émotion parfaitement calculée dans la voix.

Lily demeura silencieuse, ses mains nouées devant elle. Elle regarda sa sœur ôter ses gants et son manteau et les tendre à son père qui les accrocha au porte-manteau avant de se débarrasser du sien à son tour.

— Le dîner sera prêt dans une petite vingtaine de minutes si vous…

— Oh, Vernon et moi avons grignoté en route, balaya Pétunia d'un geste de la main, un sourire poli accroché aux lèvres bien qu'elle refusa résolument de croiser le regard de sa sœur. La route a été longue et…

— Je croyais que vous aviez pris le train, l'interrompit Lily, en clignant des yeux.

Pétunia ignora sa remarque et poursuivit, une fois encore, comme si elle n'était pas là.

— …et voir maman dans cet état et rester à son chevet tout l'après-midi m'a épuisée, j'ai besoin de me reposer. Vernon et moi n'allons pas traîner ce soir.

Abasourdie, Lily glissa un regard vers son père qui lui adressa un sourire d'excuse qui ne parvenait pas à dissimuler sa propre déception. De toute évidence, il avait vraiment espéré qu'ils pourraient tous dîner en famille ce soir et que sa sœur mettrait sa rancœur de côté le temps d'un week-end.

— Je vois, répondit finalement Lily après plusieurs secondes, en hochant la tête sans se départir de son sourire. Je vous ai installés dans la chambre d'amis, ce sera plus commode que ton ancienne chambre, ajouta-t-elle sans baisser les yeux, dans l'espoir vain que Pétunia croise à nouveau son regard.

— Merci, répondit sèchement cette dernière avec un sourire crispé, ce n'était pas la peine de te donner autant de mal, j'aurais pu le faire.

Le silence gagna rapidement le petit vestibule et Lily préféra quitter la pièce, consciente que sa présence rendait tout le monde nerveux et était la cause de l'atmosphère pesante dans laquelle ils étaient en train de se noyer lentement.

— Bon et bien dans ce cas… je vous souhaite une bonne nuit. Et euh… n'hésitez pas si vous avez besoin de quoi que ce soit.

— Merci Lily, mais je suis aussi chez moi ici, répliqua froidement Pétunia en adressa un regard noir à sa sœur, avant de rougir furieusement lorsqu'elle se rendit compte qu'elle avait finalement perdu le sang-froid dont elle avait tenu à faire preuve depuis qu'elle était arrivée, le masque qu'elle s'obstinait à porter se fissurant légèrement alors que ses émotions reprenaient momentanément le dessus.

Un silence lourd s'abattit sur eux, et pendant de longues secondes, personne n'osa prononcer le moindre mot.

— Oui, je sais bien, bredouilla finalement Lily. Désolée, ajouta-t-elle avant de tourner les talons et de quitter la pièce.

Elle regagna précipitamment la cuisine et se laissa tomber sur l'une des chaises disposées autour de la petite table en bois qui trônait au milieu de la pièce, le cœur lourd, mais elle refusa de verser une larme de plus pour sa sœur. Trop avaient déjà coulé lorsque Pétunia lui avait annoncé ses fiançailles, presque deux ans auparavant, et profité de l'occasion pour lui rappeler qu'un monstre comme elle n'avait pas sa place dans la vie qu'elle s'apprêtait à mener.

Pour la première fois depuis le début des vacances, Lily aurait préféré être ailleurs. Dans la sérénité de la bibliothèque de Poudlard. Dans le confort de son dortoir. Dans le chaos qui régnait toujours dans la Salle Commune de Gryffondor après un match de Quidditch. N'importe où plutôt que dans cette maison trop petite pour supporter le poids des ego blessés et des maux que des années de rancœur et de silences avaient causé.

— Hé…

La voix basse de son père fit sursauter Lily qui se retourna vers lui alors qu'il franchissait le seuil de la cuisine et s'approchait d'elle avec une expression douloureuse peinte sur le visage.

— Je suis désolé, souffla-t-il. Je sais que c'est difficile pour toi et j'aurais vraiment aimé que les choses se passent différemment ce soir... J'avais espéré qu'on puisse tous faire abstraction de... de tout ça pour Noël...

— Ce n'est pas de ta faute, papa, répondit Lily en se levant pour prendre son père dans ses bras.

Davis Evans enroula ses bras autour de sa cadette et posa son menton sur le sommet de son crâne avec douceur.

— Pour ce que ça vaut, ajouta-t-il après plusieurs secondes ; moi je n'ai rien mangé depuis ce midi et je meurs de faim.

Lily ne put s'empêcher de laisser échapper un bref éclat de rire et s'arracha à l'étreinte réconfortante de son père. Elle le regretta presque aussitôt mais se força à afficher un air détaché et lui adressa un sourire rassurant. Elle ne voulait pas accabler son père davantage ; elle savait qu'il souffrait de la situation au moins autant qu'elle.

— Tu peux sortir la tarte du four ? Lui demanda-t-elle en se dirigeant vers le placard où étaient rangées les assiettes.

Son père s'exécuta et Lily attrapa deux assiettes dans le placard et se munit de deux paires de couverts avant de quitter la pièce pour aller mettre la table dans le salon. Plutôt que de se diriger vers la longue table rectangulaire sur laquelle ils prenaient généralement leurs repas, elle alla disposer les assiettes et les couverts sur la table basse en face du canapé qui faisait face à la cheminée. Elle se laissa tomber aux pieds du canapé, le menton posé sur ses genoux pliés, et attendit son père, qui ne tarda pas à faire irruption.

— Ça rendrait ta mère folle, dit-il avec une tendresse dans la voix que Lily ne lui avait pas entendue depuis longtemps.

— Je sais, fit-elle alors que son père s'asseyait par terre à côté d'elle, un sourire triste accroché aux lèvres. Comment elle va ?

David Evans haussa les épaules.

— Elle était fatiguée, mais relativement en forme, j'imagine… Elle était contente de voir Pétunia.

— Bien, bien. C'est super, se força à sourire Lily.

Elle enfourcha un morceau de tarte sans grande conviction et l'avala difficilement.

— Elle a demandé pourquoi tu n'étais pas là aujourd'hui, ajouta son père après un moment en baissant les yeux, la tristesse noyant à nouveau ses iris émeraude. Elle déteste vous voir comme ça, ta sœur et toi…

— Je sais, bredouilla Lily en chassant une nouvelle vague de larmes. Je suis désolée…

— Ce n'est pas de ta faute, Lily, soupira son père. Ta sœur… ta sœur… j'aurais aimé qu'on passe la soirée tous ensemble, mais…

Le père de Lily s'interrompit et secoua la tête, visiblement abattu.

— En toute franchise, je ne sais pas si je suis soulagée ou blessée, avoua Lily en reposant ses couverts pour venir se blottir contre son père et plonger son visage dans son épaule.

— Sûrement un peu des deux, non ? Répondit-il d'une voix douce.

La jeune fille hocha la tête dans son épaule et émit un « oui » étouffé.

C'était un peu des deux.

Elle avait essayé de détester Pétunia, de la rayer de son cœur comme sa sœur, elle, n'avait pas hésité à le faire. Mais elle avait lamentablement échoué et chaque jour, elle souffrait davantage du fossé qui continuait de se creuser entre elles alors qu'elles avaient choisi de vivre dans des mondes différents.

Alors que Lily avait choisi de vivre dans un monde différent.


27 Décembre 1977 — Godric's Hollow, Devon, Angleterre


Lorsque son réveil sonna, James Potter eut toutes les peines du monde à s'arracher au confort de son lit. Il repoussa son épaisse couette en plumes d'hypogriffe du bout des pieds et glissa une main sous son oreiller pour en extirper sa baguette qu'il pointa sur les rideaux accrochés à ses fenêtres. Le jour n'était pas encore levé, et seule la faible lueur de la lune lui permettait de distinguer les contours de ses meubles qui se découpaient dans l'obscurité de sa chambre. Il chercha ses lunettes à tâtons avant de se rappeler qu'il les avait faites tomber assommant son réveil pour le faire taire. Il poussa un long grognement et se força à se lever pour les récupérer et les glisser sur le bout de son nez. Il enfila un pull en laine jaune moutarde, un cadeau d'Ecky, l'elfe de Maison des Potter, pour Noël, et se dirigea vers la porte en bâillant.

Lorsqu'il débarqua dans la cuisine, il ne fut pas surpris d'y trouver Sirius et ses parents, déjà attablés à la table du petit-déjeuner malgré l'heure extrêmement matinale.

— Bonjour, mon chéri, fit sa mère en esquissant un sourire.

Il se dirigea vers elle pour l'embrasser sur la joue avant de se laisser tomber dans la chaise vide à côté de son père. La mine grave qu'affichaient Sirius et ses parents ne lui échappa pas et il interrogea du regard son meilleur ami, qui avait un exemplaire de la Gazette du jour posé à côté de lui.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il d'une voix basse, la mâchoire crispée, alors que sa mère lui servait une tasse de café, le regard fuyant.

Il vit ses parents échanger un regard hésitant et reporta à nouveau son attention vers Sirius qui lui tendit finalement l'exemplaire de la Gazette, son regard plus sombre encore que d'ordinaire, toute trace d'amusement ayant déserté ses iris métalliques.

— Il y a eu une nouvelle attaque, commença-t-il avec une prudence qui lui ressemblait peu. Dans le Somerset, lâcha-t-il finalement d'une voix cassée.

James se figea, les doigts crispés autour du journal que lui tendait son meilleur ami.

— Dans le Somerset ? Répéta-t-il lentement.

Sirius hocha lentement la tête avec moue à la fois dégoûtée et abattue.

— C'est là que vit Li…

— Je sais, coupa James d'une voix tremblante. Je sais, je…

Il s'interrompit, incapable de réprimer les frissons qui parcoururent son échine dorsale. Il ferma les yeux un bref instant et les rouvrit sur la une de la Gazette, qui lui donna aussitôt la nausée. Il serra les poings, la colère se mêlant malgré lui à la peur.

Autour d'eux régnait un silence de plomb, que seul Harold Potter se risqua à briser. Il planta son regard dans celui de son fils lorsqu'il eut fini sa lecture et reposa sa tasse de café. Il avait l'air éreinté et James réalisa qu'il était probablement réveillé depuis des heures.

— Tu… tu étais sur place ? Balbutia-t-il.

Son père secoua la tête.

— Non, une équipe de garde est intervenue, mais j'ai été prévenu dès que le Ministère a été informé des événements.

— Comment est-ce que c'est possible ? Et qu'est-ce qu'il s'est passé ? La Gazette parle seulement d'une attaque en masse mais… De plusieurs foyers... Mais... Et est-ce qu'on sait combien il y a de… victimes ? Qui est… ?

— Lily va bien, intervint soudain Sirius.

James cligna des yeux et porta son attention vers son meilleur ami. Il croisa son regard et son cœur se serra malgré la sérénité qu'il y trouva.

— Comment est-ce que tu peux en être sûr ?

Sirius amorça un signe de la tête vers Harold Potter qui posa une main rassurante sur celle de son fils.

— Aucune perte n'a été recensée chez les sorciers, James. Les victimes sont toutes des familles moldues…

— Mais Lily vit dans un quartier moldu, ses parents sont moldus, elle a peut-être été…

— James, l'interrompit tranquillement son père ; si ton amie était décédée, le Ministère le saurait. Les élèves de Poudlard issus de familles moldues sont surveillés de très, très près. Tant qu'ils vivent parmi les Moldus, le Ministère doit s'assurer qu'ils ne révèlent pas l'existence de notre monde, alors ils font l'objet d'une surveillance particulière jusqu'à ce qu'ils aient quitté Poudlard et choisi… choisi leur voie.

— Mais Lily est majeure, elle n'a plus la Trace et...

— Quand bien même, poursuivit Harold avec une impatience dont il avait souvent dû faire preuve avec son fils quand il était plus jeune. Tant qu'elle est à élève à Poudlard, elle reste sous la responsabilité du Ministère. Elle est enregistrée comme n'importe quelle autre sorcière. Les Aurors qui se sont rendus sur place ont fait un bilan des pertes humaines, alors si quelque chose lui était arrivée, on l'aurait su tout de suite. Mais comme je te l'ai dit, aucun sorcier ou sorcière n'a été victime de l'attaque cette nuit.

Le jeune homme hocha lentement la tête, ses pensées trop chaotiques pour qu'il cherche à les ordonner. Mais Lily allait bien. Elle était vivante, et pour l'instant, c'était tout ce qui comptait.

Toutefois, même en sachant qu'elle était vivante, son cœur refusait d'accepter les certitudes de quelqu'un d'autre pour les siennes. Parce que c'était Lily, peut-être. Et qu'il n'était jamais vraiment rationnel lorsqu'elle était concernée. Il oubliait d'être raisonnable ou prudent. Il oubliait de penser avec sa tête et laissait ses émotions prendre les rênes.

Mais il y avait longtemps qu'il avait cessé de se morigéner et s'était fait une raison ses sentiments pour Lily Evans le conduisaient bien souvent à agir comme un aliéné et tant pis pour ceux que cela dérangeait.

C'est pourquoi, sans un mot, le jeune homme se leva, les pieds de sa chaise raclant le carrelage dans un bruit strident et passa plusieurs fois sa main dans ses cheveux avec nervosité. Sirius et ses parents l'observaient calmement, comme s'ils savaient déjà ce qu'il était sur le point de faire et avaient conscience qu'il serait vain d'essayer de l'en empêcher.

— Je dois y aller… je dois vérifier que…

— Tu ne veux pas manger un morceau d'abord ? Demanda sa mère, sans grande conviction. Il est encore tôt, James, ton amie et ses parents dorment peut-être encore…

Mais le jeune homme secoua vivement la tête et sa mère laissa échapper un soupir.

— Tu veux que je t'accompagne ? Demanda Sirius, qui ne posait la question que parce que James était son frère, et qu'il serait là s'il avait besoin de lui, toujours, bien qu'il connaisse déjà la réponse.

— Non. Ce n'est pas la peine. Je vais seulement prendre une douche et y aller. Je ne serai pas long, je dois juste savoir… je dois juste… je veux juste être sûr qu'elle va bien, c'est tout, lâcha-t-il finalement avant de tourner les talons.

Il regagna rapidement sa chambre, attrapa un pull, un jogging et des sous-vêtements propres avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain adjacente dont il ressortit à peine dix minutes plus tard, ses cheveux gouttant sur le parquet en bois.

Il vérifia que sa baguette était bien dans la poche de son pantalon de survêtement et s'empressa de dégringoler les escaliers, traversa le salon et le hall d'entrée, et claqua la porte derrière lui en courant les quelques mètres qui séparaient le perron du grand portail avant de transplaner dès que le champ de protection qui entourait la demeure des Potter le lui permit.


27 Décembre 1977 — Long Ashton, Somerset, Angleterre


Comme tous les jours depuis plus d'une semaine maintenant, Lily se leva un peu avant sept heures et se glissa, encore à moitié endormie, sous une douche brûlante qui s'éternisa bien plus longtemps que nécessaire. Lorsqu'elle eut séché ses cheveux et enfilé un épais pull en laine au-dessus de deux couches de tee-shirts, elle descendit au-rez-de-chaussée et trouva son père assis devant une tasse de café dans la cuisine, la radio allumée à côté de lui.

« … fait plusieurs morts et de nombreux blessés. Si les autorités locales n'ont pas encore fait de communiqué de presse quant aux circonstances exactes d'une telle tragédie, tout laisse à penser qu'il s'agit du fait d'un des patients de Saint Mary, qui a échappé à la surveillance du personnel de l'établissement psychiatrique un peu plus tôt ce mois-ci… »

La jeune fille frissonna et Davis Evans baissa le son pour le réduire à un murmure inaudible lorsqu'elle vint s'asseoir en face de lui.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda Lily en se servant une tasse de café.

Son père affichait une mine grave mais haussa les épaules avec résignation comme il le faisait toujours à la découverte d'un énième fait sordide.

— Une série de meurtres a été commise cette nuit dans l'ouest. Apparemment, ce serait le fait d'un patient de Saint Mary. Il avait été envoyé là-bas pour avoir assassiné sa femme et ses enfants à coups de hache mais aurait réussi à s'enfuir la semaine dernière.

Un nouveau frisson parcourut Lily et elle porta sa tasse à ses lèvres en fermant les yeux avec horreur.

— Je vais prendre une douche, soupira son père. On part d'ici une vingtaine de minutes ?

Lily se contenta de hocher la tête, les yeux rivés sur la pendule accrochée en face d'elle. Son père déposa un baiser sur le haut de son crâne en quittant la cuisine et disparut, la laissant seule avec les visions horrifiantes qui peuplaient son esprit. Elle tendit la main vers la radio en grimaçant et augmenta le volume avant d'attraper un toast dans la petite corbeille posée au milieu de la table.

« …cherchent encore à définir la cause des décès. Aucune des victimes ne semble présenter la moindre blessure physique, ce qui inquiète les forces de polices… »

Lily se figea et son regard glissa vers la radio, un sentiment désagréable s'installant dans sa poitrine. Comment un seul homme avait pu assassiner plusieurs familles en quelques heures sans utiliser d'arme ayant causé la moindre blessure physique…?

Elle secoua la tête et pointa sa baguette sur la radio qui s'éteignit aussitôt. Elle refusait de voir le mal partout.

Ou plutôt, elle refusait de voir Voldemort chaque fois que le mal frappait à sa porte.

Elle n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort. Les vacances touchaient à leur fin et il lui restait une poignée de jours seulement à passer avec sa mère. Elle avait passé le pire Noël de sa vie et elle refusait de laisser le week-end qu'elle venait de passer avec Pétunia et son mari au chevet de sa mère gâcher le reste de ses vacances de Noël.

D'aussi loin qu'elle se souvienne, Noël avait toujours été sa période préférée de l'année. Même avant qu'elle n'entre à Poudlard. Noël était synonyme de fête, de famille, de chocolat chaud, de matins enneigés, de couleurs et d'amour.

Mais cette année, elle avait passé le réveillon dans une chambre d'hôpital à voir sa mère souffrir, son père faire de son mieux pour ne pas s'écrouler devant sa femme, et sa sœur faire comme si elle n'existait pas.

Si elle n'était pas terrifiée à l'idée de dire au revoir à sa mère, elle aurait été impatiente à l'idée de retourner à Poudlard.

Mais elle était terrifiée.

D'une traite, elle vida sa tasse de café et alla la déposer dans l'évier, abandonnant le toast qu'elle avait brièvement escompté avaler en guise de petit-déjeuner. Perdues dans ses pensées, elle sursauta lorsqu'elle entendit quelqu'un frapper à la porte d'entrée. Son regard s'envola machinalement vers l'étage, où était son père, et elle se figea, la chaleur de son sang se dérobant malgré elle. Elle enroula instinctivement les doigts autour de sa baguette et traversa lentement la cuisine, puis le hall d'entrée, le cœur battant la chamade. Elle s'arrêta devant la porte et se hissa sur la pointe des pieds, les genoux tremblants, pour regarder à travers l'œil-de-bœuf, avant de pousser un long soupir de soulagement et de laisser retomber son front contre la porte.

Ce n'était que James Potter.

Elle étouffa un rire nerveux et s'écarta rapidement de la porte pour l'ouvrir, tout en glissant sa baguette dans la manche de son pull.

Et ce n'est que lorsqu'elle le vit en chair et en os, sur le pas de sa porte, des flocons de neige dans ses cheveux encore humides, les joues rosies par le froid, qu'elle se rendit vraiment compte de sa présence.

James Potter était chez elle.

— Ja-James ? Balbutia-t-elle en clignant des yeux. Qu'est-ce que tu fais là ?

Le jeune homme poussa un long soupir et ferma brièvement les yeux derrière ses lunettes avant de faire un pas en avant de la prendre dans ses bras sans demander la permission. Abasourdie, Lily demeura immobile pendant plusieurs secondes avant de rougir furieusement. Puis, lentement, elle enroula ses bras autour de sa taille avec hésitation et plongea son visage dans son pull.

Elle savait exactement pourquoi il était là.

Il était là pour elle.

— Tu sais pour l'attaque ? Demanda-t-elle d'une voix si basse que lorsque James ne répondit pas immédiatement, elle se demanda s'il l'avait entendue.

Mais après plusieurs secondes, il hocha la tête et relâcha légèrement son étreinte, juste assez pour pouvoir planter son regard noisette dans le sien.

— C'était dans la Gazette, expliqua-t-il d'une voix tout aussi basse, comme s'ils avaient tous les deux peur de leur propres voix.

Lily esquissa un sourire fragile avant de baisser les yeux, le cœur envahi par l'horreur.

— Alors c'était bien lui ?

— Voldemort ?

— Oui.

James gonfla ses poumons d'air avant de le relâcher très lentement et fit enfin un pas en arrière, une main venant aussitôt semer la zizanie dans ses cheveux déjà ébouriffés.

— Oui. Du moins, c'est ce que semblent penser les Aurors.

— Les Moldus parlent d'un fou qui se serait échappé d'une institution spécialisée mais…

James laissa échapper un rire sans joie et secoua la tête.

— J'aurais préféré que ce soit le cas.

— Moi aussi, avoua Lily qui ne put réprimer un frisson. Savoir qu'il était à quelques kilomètres d'ici cette…

— Lily ? Tu es prête ?

Lily sursauta en se rappelant de la présence de son père et se retourna juste à temps pour le voir débarquer dans l'entrée. Son regard croisa brièvement celui de sa fille avant de se poser sur James qui, au grand soulagement de la jeune fille, avait pris ses distances, ce qui n'empêcha pas l'embarras de prendre possession de ses joues.

— Bonjour ? Fit monsieur Evans sans ciller.

James fit un pas en avant et tendit une main franche au père de Lily, sans baisser les yeux.

— Bonjour Monsieur. Je suis James, un ami. Je suis sincèrement désolé de débarquer aussi tôt sans prévenir, je…

Il glissa un regard vers la jeune qui l'observait avec effroi et soudain, il comprit l'origine des démons de Lily. Elle était seule. Épouvantablement seule, prise au piège entre deux mondes auxquels elle n'appartenait jamais totalement, tiraillée entre deux familles auxquelles elle ne pouvait pas renoncer. Elle transportait ses démons d'un monde à l'autre, incapable de se confier.

Comment aurait-elle pu expliquer à ses parents ce qu'il se passait dans le monde des sorciers depuis des mois ?

Le cœur en miettes, James détourna les yeux et reporta son attention vers le père de Lily en esquissant un sourire auquel il ne crut pas lui-même.

— Je voulais seulement m'assurer que tout allait bien. Elle n'a pas répondu à ma dernière lettre, alors…

Le père de la jeune fille secoua la tête et adressa un regard d'excuse au jeune homme qui se tenait debout devant lui.

— C'est sûrement de ma faute, admit-il avec un rire mélancolique. On a passé beaucoup de temps à l'hôpital et…

— À l'hôpital ? L'interrompit James malgré lui.

Il adressa un regard paniqué à Lily qui baissa les yeux sur le bout de ses chaussettes. Elle refusait de croiser les iris noisette de James, car elle n'était pas sûre d'être tout à fait prête à lui exposer la dernière de ses faiblesses. Elle ne voulait pas qu'il cesse de la regarder comme il le faisait encore. Elle ne voulait pas lire la pitié noyer son regard habituellement tendre et rieur.

Mais son père fronça les sourcils et ne lui laissa pas l'occasion de se retrancher derrière le silence qu'elle avait porté comme une armure depuis des mois.

— Lily ne vous a rien dit, c'est ça ? Demanda Davis Evans d'une voix tremblante.

— Papa…

Son père se passa une main sur le visage et poussa un long soupir, avant de secouer la tête et de faire un pas en direction de sa fille.

— Écoute… peut-être que je devrais y aller sans toi, d'accord ? Tu me rejoindras quand tu seras prête, fit-il en lançant un bref regard en direction de James. Tu n'auras qu'à… euh… apparaître, là, comme tu sais le faire.

Un sourire triste s'accrocha aux lèvres de la jeune fille.

— Transplaner.

— C'est ça, poursuivit son père. Tu n'auras qu'à transplaner.

Il se pencha vers sa fille et déposa un rapide baiser sur son front avant de tendre une main à James, qui la serra chaleureusement.

— Je… euh… Prenez soin de ma fille, d'accord ?

James hocha la tête, mais un sourire se dessina lentement sur ses lèvres.

— Promis.

Davis Evans adressa un dernier regard hésitant à sa fille avant de secouer la tête et d'attraper son manteau et son écharpe, accrochés à l'une des patères derrière la porte.

— Bien.

Et sans ajouter un mot, il abandonna les deux adolescents et quitta la maison.


N/A : Bonsoir à tous :) Je ne vous remercierai jamais assez pour vos reviews et vos encouragements, c'est un plaisir de vous retrouver à la fin de chaque chapitre ^^
Je suis désolée de vous faire attendre si longtemps à chaque fois, mais j'espère que ça en vaut, au moins un petit peu, la peine.

Je vous souhaite à tous un bon week-end et je vous dis à bientôt :)

EDIT : Et bien sûr, sachant que j'ai oublié de brancher mon cerveau aujourd'hui, apparemment, je remercie Delfine, oui, juste Delfine ce soir vu que vous devez tous la connaître maintenant, pour avoir pris le temps, malgré son emploi du temps chargé, d'avoir corrigé ce chapitre pour vous et pour moi :)

.

RàR : à Mea ; Bonsoir :D C'est vrai que James a beaucoup évolué et qu'il continue de s'affirmer de chapitre en chapitre. Ce qui est une bonne chose parce si on veut que Lily lui ouvre son coeur (ET ON VEUT QUE LILY LUI OUVRE SON COEUR), il a besoin de devenir l'homme qu'il a toujours été censé devenir ^^ Merci infiniment pour le temps que tu prends à chaque fois :) Je te souhaite un très bon week-end !