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Chapitre XIV

« Rising Soldiers »

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3 Janvier 1978 — Bureau des Préfets, Poudlard, Écosse


Installée dans un des fauteuils qui faisait face au mur de livres du bureau des préfets, Lily sursauta lorsque la porte s'ouvrit à la volée. Elle pivota dans son fauteuil et vit James s'approcher d'elle en ébouriffant distraitement ses cheveux. Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune fille qui ne put s'empêcher de rougir imperceptiblement sous le regard du jeune homme.

— Enfin, je t'ai cherchée partout, bredouilla-t-il en laissant échapper un soupir alors qu'il se laissait tomber dans le fauteuil près du sien.

Lily referma le livre posé sur ses genoux et leva les yeux au ciel avant de replier ses jambes sous ses fesses et de faire face à James. Elle le vit fermer les yeux et laisser retomber sa tête contre le dossier de son fauteuil en soupirant d'aise et ne put s'empêcher de sourire un peu plus encore.

— Tu aurais pu prendre une douche, au moins, fit-elle en se penchant lentement vers lui pour déposer ses lèvres sur sa joue, près d'un bleu naissant.

Un léger rire secoua le jeune homme mais il n'en demeura pas moins immobile, les paupières closes sur ses yeux noisette.

— Mmm, souffla-t-il. Je vais le faire… Mais je ne voulais pas te manquer.

— Me manquer ? Répéta Lily en arquant un sourcil.

— Avant que tu n'ailles te coucher, expliqua-t-il en étouffant un bâillement.

Lily se laissa retomber contre le dossier de son fauteuil et observa le jeune homme en silence. Elle savait que James était particulièrement tendu à l'approche du match contre Serpentard et, de toute évidence, il n'avait ménagé ni ses joueurs, ni lui-même durant l'entraînement ce soir. Pourtant, il semblait presque serein, affalé comme il l'était dans son fauteuil, les yeux fermés, l'ombre d'un sourire accrochée aux lèvres. Il avait l'air jeune, tout à coup. Le fantôme du garçon qu'il était à quinze ans lui apparut brièvement et elle le chassa aussitôt en se rendant compte que ses souvenirs étaient injustement teintés des sentiments qu'elle nourrissait pour lui à l'époque. Mais le James à moitié assoupi en face d'elle n'était pas si différent de l'adolescent arrogant et espiègle qu'elle avait cherché à tenir à distance pendant des années. Obligé de faire face à des responsabilités qu'il avait autrefois cherché à fuir, il avait grandi, sûrement plus vite qu'il ne l'aurait souhaité, et ça lui allait bien. L'homme qu'il était en train de devenir, qu'il avait toujours été destiné à être, ne pouvait susciter chez Lily que l'admiration et le respect qu'elle lui avait trop longtemps refusés. Il n'était pas subitement devenu parfait. Loin de là. Seulement, à l'arrogance qu'elle avait toujours reprochée à l'adolescent se mêlaient désormais la douceur, la compassion et la loyauté de l'homme dont elle était amoureuse.

Lentement, Lily se hissa sur ses pieds et alla reposer son livre avant de revenir sur ses pas et de ramasser son sac et de le balancer sur son épaule. Puis, lentement, elle se pencha vers James et passa une main sur son front pour dégager une mèche de cheveux avant d'y déposer un bref baiser du bout des lèvres.

— Tu viens ? Souffla-t-elle.

James étouffa un grognement qui lui arracha un sourire et lui tendit une main qu'elle s'empressa de saisir pour l'aider à se relever. Il sauta sur ses pieds à son tour et, lorsqu'il ouvrit les yeux et lui adressa un sourire infiniment doux, Lily sentit ses joues s'empourprer et se demanda s'il l'avait toujours regardée de cette manière. Avec cette révérence et cette tendresse qui ne manquaient jamais de lui couper le souffle.

— Je te suis, répondit-il en entremêlant ses doigts aux siens alors qu'elle l'entraînait déjà hors du bureau.

— Comment s'est passé l'entraînement ? Demanda alors Lily tandis qu'elle refermait la porte à clé derrière elle, sans jamais lâcher la main de James ; après tout, les couloirs de l'école étaient déserts à cette heure-là et il y avait peu de chance qu'ils croisent un de leurs camarades.

Le jeune homme haussa les épaules, non sans laisser échapper un léger soupir de résignation ;

— Ça a été, mais tout le monde est nerveux. Ils appréhendent tous de se retrouver face à Serpentard et je ne peux pas les blâmer après leur dernier match contre Serdaigle…

Des images fugaces du match en question obscurcirent brièvement l'esprit de Lily, la faisant grimacer, et elle resserra instinctivement ses doigts autour de ceux de James qui esquissa un sourire et lâcha finalement sa main pour passer un bras autour de ses épaules.

— Il faut vraiment que tu prennes une douche, souffla Lily du bout des lèvres, bien qu'elle réduisit à néant l'écart qui subsistait encore entre eux en venant se blottir contre lui.

Le jeune homme se contenta de pouffer et l'entraîna silencieusement dans ses pas jusqu'à la tour de Gryffondor.

Fluctuat nec mergitur, fit James en étouffant un nouveau bâillement lorsqu'ils arrivèrent devant le portrait de la Grosse Dame.

Cette dernière laissa entrer le jeune couple qui se sépara avant de faire irruption dans la Salle Commune de Gryffondor. Plusieurs élèves étaient encore debout et Lily adressa un dernier regard à James, un sourire timide au coin des lèvres, lorsqu'ils arrivèrent aux pieds des escaliers ;

— Bonne nuit, souffla-t-elle d'une voix à peine audible.

James lui adressa un bref signe de tête et la regarda s'en aller, planté aux pieds des escaliers, les mains dans les poches, son regard la suivant jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement dans l'obscurité.

À nouveau seul, il étouffa un soupir et fit volte-face en direction du dortoir des garçons, un sourire tracé à l'encre indélébile sur ses lèvres. Il était heureux et ne se souvenait pas l'avoir un jour était à ce point. Malgré les événements, malgré la peur qui ne le quittait plus, malgré les cadavres qui s'empilaient dans les esprits de tous, chaque jour, et les promesses sombres et terrifiantes que Voldemort n'avait même plus besoin de proférer à voix haute, James était heureux. Et si son bonheur était teinté d'amertume et d'un sentiment de culpabilité qu'il n'arrivait pas à chasser, il n'en restait pas moins heureux. Il était heureux d'être vivant. Heureux d'aimer.

Et c'est parce qu'il était heureux qu'il se battrait. Parce qu'il avait quelque chose de précieux à défendre, à protéger, coûte que coûte.

Contrairement à ce que Lily avait pu penser, à ce qu'il lui avait laissé croire pour ne pas l'inquiéter, ce n'était pas la perspective d'affronter Serpentard qui l'empêchait de dormir. Les visages de Brutus Urquhart et Theodore Nott n'étaient pas responsables des cauchemars qui le tenaient éveillé depuis des mois. Le fantôme de celui de Voldemort et de ses soldats masqués, en revanche, si.

Chaque jour, il laissait la peur le dévorer davantage, mais c'était terminé. Peut-être que c'était à cause de Lily. Peut-être qu'une fois encore, il était la marionnette de ses sentiments, le pantin de ses émotions incontrôlables, mais ça n'avait pas d'importance, il avait fait son choix. Il avait choisi de se battre.

Il refusait de céder à la peur et était déterminé à reprendre peu à peu le contrôle de sa destinée. Et pour ce faire, il savait très précisément par où commencer et sur qui compter.

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À peine eut-il franchi la porte du dortoir qu'il partageait depuis sept ans avec ses trois meilleurs amis que les visages de ces derniers se tournèrent vers lui. Sirius, une serviette enroulée autour de la taille, les cheveux trempés, sortait visiblement de la douche tandis que Peter, déjà en pyjama, relisait son devoir de Métamorphose pour le lendemain et que Remus terminait l'écriture d'une lettre pour son père.

— Tu lui as dit ? Demanda Sirius sans préambule en se dirigeant vers la malle aux pieds de son lit pour en extraire un tee-shirt.

James avança dans le dortoir en soupirant et entreprit de se déshabiller.

— Non.

— James, grommela Remus en repoussant sa lettre devant lui. Tu dois lui dire.

— Je sais.

— Elle a le droit de savoir, ajouta Peter avec une moue embarrassée.

— Je sais…

— Pendant que vous étiez à l'entraînement avec Sirius, elle est allée à la bibliothèque pour plancher sur sa ligne de vie…

— Que… quoi ? Je croyais que vous deviez rendre ce truc avant Noël ? Et puis comment tu sais ça ?

Remus poussa un long soupir, les traits tirés.

— Je l'ai entendue en parler avec Mary au dîner. Et oui, on devait le rendre avant Noël, mais ce n'est pas ce qui va l'empêcher de continuer à chercher une solution… James, elle a besoin de croire qu'elle a fait une erreur quelque part. Elle a besoin de trouver des réponses et elle ne s'arrêtera pas de chercher une explication tant qu'elle n'en aura pas trouvé une.

Le jeune Préfet-en-Chef ferma les yeux derrière ses lunettes et laissa tomber son sweat-shirt boueux sur le sol.

— Je sais, répéta-t-il pour la énième fois ; mais je croyais qu'on était tous d'accord pour ne pas prendre au sérieux les prémonitions de cette vieille chouette ? Alors en quoi ce serait une bonne chose d'en parler à Lily ?

La douleur dans sa voix n'échappa à aucun de ses amis et Sirius s'approcha de son meilleur ami avant de poser une main sur son épaule.

— James… elle a le droit de savoir parce qu'elle a le droit de pouvoir faire son choix en toute connaissance de cause.

— À toi de la convaincre que vous en valez la peine, ajouta Remus avec un sourire triste peint au coin des lèvres.

— Moi tu m'as convaincu, glissa Peter en adressa un regard à son ami, ses mains nouées nerveusement devant lui.

— Si tu tiens vraiment à elle, ça ne peut pas être si compliqué que ça, conclut Sirius en haussant les épaules avec une expression étonnamment sérieuse. Tout ce que tu as à faire, c'est d'être honnête…

James inspira profondément et hocha lentement la tête, les yeux rivés sur le tapis aux couleurs de Gryffondor sous ses pieds.

— Je sais, oui.

Le silence retomba à nouveau dans le dortoir et aucun des quatre jeunes hommes n'osa prononcer le moindre mot avant un long moment, jusqu'à ce que finalement, James se lève et aille s'enfermer dans la salle de bain.

Le cœur lourd, James acheva de se déshabiller, pointa sa baguette en direction du robinet d'eau chaude et pénétra sous le jet brûlant en inspirant profondément. Les paupières closes, il laissa lentement ses doutes, ses peurs et ses sentiments sinistres se noyer.

Il ne reculerait pas maintenant. Il ne reculerait plus jamais.


4 Janvier 1978 — Salle de classe de Métamorphose, Poudlard, Écosse


Lorsque la cloche retentit, le professeur McGonagall agita sa baguette pour avoir l'attention de ses élèves qui commençaient déjà à rassembler leurs affaires et leur adressa un regard sévère derrière les verres de ses lunettes rondes, perpétuellement posées en équilibre sur le bout de son nez ;

— N'oubliez pas de déposer vos devoirs sur mon bureau avant de partir, les avertit-elle. Oui, c'est pour vous que je dis ça, Monsieur Urquhart, ajouta-t-elle d'une voix sèche.

Assis au fond de la salle avec Sirius, James jeta négligemment ses affaires dans son sac sous le regard sobre de son meilleur ami.

— Maintenant ? Demanda-t-il simplement.

James lui glissa un regard et hocha la tête.

— Oui, le plus tôt sera le mieux.

Sirius hocha la tête à son tour, comme s'il comprenait.

— Et ensuite tu…

— Et ensuite, je dirai tout à Lily, finit-il en glissant un regard dans la direction opposée où la jeune Préfète-en-Chef rangeait ses affaires en parlant avec Mary avec animation.

— Bien, se contenta de souffler Sirius en se levant.

Il tendit son devoir de métamorphose à James ;

— Tu déposeras le mien en même temps ?

— Oui, on se retrouve en Sortilèges, je n'en aurai pas pour longtemps.

À nouveau, Sirius hocha la tête, adressa un dernier regard à son meilleur ami, et tourna les talons.

James attendit que la classe se vide pour se diriger vers le bureau du Professeur McGonagall et lorsque Melissa Spleen et Meredith Jones eurent enfin quitté la salle, il déposa son devoir et celui de Sirius sur le bureau avant d'attirer l'attention de la directrice de Poudlard en s'éclaircissant gravement la gorge.

Cette dernière, assise derrière son bureau, releva les yeux vers le jeune homme avec surprise avant de froncer les sourcils devant son air grave.

— Monsieur Potter ? Est-ce que je peux vous aider ?

James fit entrer autant d'air qu'il le put dans ses poumons, jeta un regard derrière son épaule pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls et reporta toute son attention sur elle avant d'hocher la tête.

— Oui.

— Bien, assez-vous, je vous en prie, fit-elle en faisant apparaître une fauteuil dans lequel il prit place avec hésitation.

Il posa son sac à ses pieds et croisa les mains sous son menton, son regard noisette planté dans celui de sa directrice de maison avec une détermination qui arracha un sourire à la vieille femme, malgré le sérieux de l'entretien improvisé avec son élève.

— Je vous écoute, reprit-elle avec une douceur désarmante devant le mutisme du jeune homme.

— Je… Mon père m'a parlé de… du projet de Dumbledore.

Le professeur McGonagall s'immobilisa et son regard s'assombrit aussitôt.

— James… non.

Un sourire triste se fraya un chemin jusqu'aux lèvres du jeune homme.

— Je savais que vous diriez ça.

— Votre père n'aurait jamais dû vous parler de ça…

James haussa les épaules.

— Mais vous saviez qu'il le ferait, non ?

La sorcière poussa un long soupir et ferma les yeux, une fraction de seconde à peine avant de les rouvrir sur James et de secouer la tête ;

— Ça ne change rien… Vous êtes… vous êtes trop jeune.

— Je suis un adulte.

— Légalement, peut-être, mais…

— Écoutez, tout ce que je veux, c'est pouvoir parler au professeur Dumbledore, d'accord ? Laissez-moi une chance. Je sais que vous ne me croyez pas capable de…

— James, l'interrompit le professeur McGonagall ; je vous crois plus que capable de vous battre. Vous avez énormément de potentiel et vous êtes extrêmement doué. Plus que ne le sera jamais la plupart de vos camarades, plus que ne le sont des sorciers bien plus expérimentés que vous ne l'êtes…

— Dans ce cas, où est le problème ?

Le professeur McGonagall ferma les yeux, mais pas avant que James ne puisse y voir de la douleur.

— Ai-je tort de penser que vous n'avez pas décidé de tout cela tout seul ? Ai-je tort de penser que comme toujours, vos amis Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow vous suivront une fois encore ?

James demeura silencieux plusieurs secondes avant de secouer la tête.

— Non. Vous n'avez pas tort.

Un sourire triste déchira les lèvres de la directrice de Gryffondor.

— Alors il est là le problème. Je refuse d'envoyer une bande de gamins à la mort. Et croyez bien que j'utilise ce terme avec énormément d'affection, ajouta-t-elle d'une voix presqu'implorante. Ce n'est pas votre combat, James.

Cette fois, c'est James qui esquissa un sourire triste.

— Sauf votre respect professeur, c'est autant mon combat que le vôtre. Pourquoi n'aurais-je pas le droit de me battre pour ceux que j'aime ?

Le silence retomba dans la salle de classe et le professeur McGonagall observa James derrière ses lunettes pendant de longues secondes pendant lesquelles le jeune homme refusa de détourner les yeux.

Puis, lorsque la cloche retentit une seconde fois, annonçant le début du cours suivant, la directrice de Gryffondor poussa un long soupir.

— Bien. J'en parlerai au professeur Dumbledore et vous ferai parvenir sa réponse. Il voudra sûrement en discuter avec vous.

James hocha solennellement la tête.

— Merci.

— Ne me remerciez pas, rétorqua douloureusement la vieille femme tandis qu'il se levait et récupérait son sac. Si ça ne tenait qu'à moi…

Minerva McGonagall secoua la tête mais ne termina pas sa phrase. James comprit tout de même et lui adressa un sourire reconnaissant avant de tourner les talons et de quitter la salle de classe sans ajouter un mot.


4 Janvier 1978 — Bureau des Préfets, Poudlard, Écosse


Après le dîner ce soir-là, lorsque James pénétra dans le bureau des Préfets pour retrouver Lily avant leur ronde, comme tous les mercredis soirs, il ne fut qu'à moitié surpris de la voir plongée dans un livre d'Arithmancie, les jambes repliées sous elle, les sourcils froncés au-dessus des yeux, les traits crispés.

— Hé, souffla-t-il en s'approchant d'elle ; tu n'étais pas au dîner.

Lily esquissa un sourire qui lui parut forcé et referma aussitôt son livre qu'elle glissa dans le sac ouvert à ses pieds.

— Je n'avais pas faim, je me suis gavée de Chocogrenouilles avec Peter tout à l'heure.

James arqua un sourcil et la jeune fille éclata de rire ;

— Je l'aidais pour son devoir de Sortilèges.

— Oh, fit James ; je vois.

Il tendit une main à la jeune fille qui s'en saisit en souriant. Il se délecta du léger fard qui colora ses joues et se pencha vers elle pour l'embrasser chastement sur les lèvres avant de reculer d'un pas.

— On peut y aller ?

Lily hocha la tête, glissa sa baguette dans la ceinture de sa jupe et attrapa la clé du bureau pour fermer derrière eux.

Les mains enroulées dans les poches de son pantalon, James attendit qu'elle ferme la porte, tendu.

— Tout va bien ? Demanda Lily en fronçant légèrement les sourcils lorsqu'elle se tourna vers lui.

— Tout va bien, répondit James en se forçant à esquisser un sourire.

La jeune fille ne sembla pas convaincue et ne lâcha pas le jeune homme des yeux ;

— Mais… ? Le pressa-t-elle avec douceur.

James extirpa une de ses mains de ses poches et ébouriffa ses cheveux, ce qui mit aussitôt la puce à l'oreille de la jeune fille, qui posa une main sur son bras.

— James, qu'est-ce qui ne va pas ?

Le jeune homme déglutit difficilement et planta son regard dans celui de Lily, prêt à laisser la vérité avoir raison de leur relation. Peut-être que c'était mieux ainsi. Peut-il valait-il mieux qu'il perde Lily ce soir plutôt que dans une insupportable poignée d'années.

— Je dois te dire quelque chose…

Il vit la panique déchirer son regard et sentit son cœur se serrer dans sa poitrine. Il s'immobilisa net et prit son visage entre ses mains avec douceur ;

— Ce n'est pas ce que tu crois. Ça n'a rien à voir avec… Je n'ai pas changé d'avis, d'accord ?

— D'accord, répéta lentement la jeune fille d'une voix hésitante. Mais qu'est-ce qu'il y a alors ?

James laissa retomber les mains le long de son corps et inspira profondément.

— Cet été je suis allé voir une voyante sur le Chemin de Traverse…

L'expression incrédule de Lily le fit grimacer.

— Sous la contrainte, précisa-t-il en passant à nouveau une main dans ses cheveux. Peu importe, ce qui compte, c'est ce qu'elle m'a dit.

James vit le moment précis où Lily sembla comprendre où il voulait en venir et haït instantanément la peur qui noya son regard émeraude.

— James…? Le pressa-t-elle d'une petite voix que le silence qui régnait autour dans le couloir désert dans lequel ils se trouvaient engloutit aussitôt.

— Ce jour-là, elle m'a dit une chose que j'ai essayé d'ignorer pendant des semaines, des mois. Finalement, j'y suis parvenu en me rappelant que… que je ne devais laisser personne décider à ma place de mon futur…

— C'est ce que tu m'as dit quand je t'ai parlé de ma ligne de vie…

James hocha difficilement la tête.

— Je sais. Et je le croyais. Je le crois toujours, mais…

— Mais quoi ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit, James ?

Le jeune homme planta son regard noisette dans celui de la jeune fille et tenta de chasser la peur qu'il y lut, en vain.

— Elle m'a dit que viendrait le moment où je devrais faire un choix.

— Un choix ? Répéta difficilement Lily sans comprendre.

James hocha la tête.

— Elle m'a dit que choisir de… de t'aimer, c'était prendre le risque de mourir jeune.

Lily se raidit et l'horreur imprégna finalement ses iris.

— Qu'est-ce que… qu'est-ce ça veut dire ?

— Ça veut dire que j'ai fait mon choix et que maintenant, c'est à toi d'en faire un, souffla-t-il d'une voix douloureuse.

— Tu as fait ton choix ? Répéta-t-elle d'une voix tremblante. Mais… je ne comprends pas… en quoi est-ce que…

James amorça un pas hésitant dans sa direction avant de poser une main sur sa joue.

— Tu t'échines depuis des mois à trouver une explication à ta ligne de vie et peut-être que j'en ai une. J'en ai une depuis des mois, avoua-t-il douloureusement.

Lily déglutit difficilement, ses cils incapables de retenir plus longtemps les larmes qu'elle refoulait depuis plusieurs minutes.

— En quoi est-ce qu'être ensemble pourrait… Parce que je suis Née-Moldue, c'est ça ?

James refusa de répondre à cette question, le cœur au bord des lèvres.

— Cet après-midi, j'ai discuté avec McGonagall de ce que je ferai après Poudlard, répondit-il plutôt. On ne peut plus fermer les yeux sur ce qui passe dehors… On ne peut pas continuer de croire que parce que nous ne sommes pas directement touchés, parce que nous sommes à l'abri tant que nous sommes à Poudlard, nous ne sommes pas en guerre. On est en guerre, Lily. Et je ne vais pas attendre sagement que Voldemort détruise tout ce en quoi je crois. Je ne vais pas attendre sans rien faire qu'il s'en prenne à ceux que j'aime.

Lily sembla comprendre et James vit la terreur qu'il venait de faire naître dans ses yeux.

— C'est le choix dont tu parles, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle d'une petite voix fragile comme du cristal.

James hocha la tête.

— Je veux que tu fasses partie de ma vie, ça n'a pas changé. Mais tu dois savoir que dès que j'aurais quitté Poudlard, je…

— Tu te battras contre lui, comprit Lily.

— Oui, répondit simplement le jeune homme. Et peut-être que je me ferai tuer par Voldemort ou l'un de ses sbires. Mais ça ne sera jamais parce que je t'aime. Je refuse de croire que ce sont mes sentiments pour toi qui me tueront. C'est tout le contraire, Lily…

La jeune fille laissa une énième larme rouler le long de sa joue et fit un pas en avant, les yeux rivés dans ceux du jeune homme. Elle plaça une main sur son torse, là où se trouvait son cœur, et esquissa un sourire déchirant en le sentant battre sous sa paume, mais demeura silencieuse.

— Je ne te force à rien. Tu as le droit de choisir ce que tu penses de tout ça. C'est à toi de décider si tu veux prendre le risque ou pas… Mais sache que quoi tu décides, ça ne changera rien de ce que j'éprouve pour toi, d'accord ?

Lily laissa échapper un éclat de rire aussitôt englouti par un sanglot avant d'enrouler ses deux bras autour du jeune homme ;

— Tu as raison. Personne n'a le droit de décider à ma place. Ni Tu-sais-qui, ni une voyante… Tu m'as répété un million de fois depuis le début de l'année que l'avenir n'est pas gravé dans la pierre. Rien n'est jamais certain et c'est à nous de construire notre avenir… Je ne veux pas être lâche, James. Je veux nous donner une chance, peu importe ce qu'en penseront les autres. Peut-être qu'on est si mal assortis que ça ne durera pas plus de deux semaines. Peut-être que je finirai par en avoir assez de ton égo surdimensionné ou de tes plaisanteries stupides, fit-elle en haussant les épaules alors qu'un sourire timide étirait lentement ses lèvres tremblantes ; Et peut-être que ce sera toi. Peut-être que tu finiras par ouvrir les yeux et te demanderas ce que tu me trouves. Peut-être que tu te rendras compte que je ne suis pas la fille après laquelle tu pensais courir pendant tout ce temps…

Le sourire de James creusa lentement une fossette dans sa joue droite et Lily posa une main sur sa joue gauche avec douceur avant de prendre une longue inspiration ;

— Mais ça n'a aucune importance, reprit-elle finalement, son regard planté dans celui du jeune homme. Ce qui compte, c'est les choix que nous faisons. Et là, tout de suite, c'est toi que je choisis.

James sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine et ferma les yeux, comme s'il cherchait à imprimer les mots de la jeune fille dans son esprit pour le restant de ses jours.

— Tu es sûre de vouloir prendre le risque ?

Lily hocha lentement la tête.

— Certaine, souffla-t-elle avant de se hisser sur la pointe des pieds et de venir poser ses lèvres sur les siennes.

James n'hésita pas une seconde avant d'enrouler ses bras autour de Lily.

Et à nouveau, il sut que peu importe ce que l'avenir lui réservait, il était le plus heureux des hommes.


N/A : Bonsoir à tous... :$ Une fois encore, je n'ai pas publié ce chapitre en temps promis et j'en suis sincèrement désolée. Mais la bonne nouvelle, c'est que la fin est proche donc vous ne devriez plus avoir à attendre très longtemps pour l'avoir.

Et comme toujours, je vous suis sincèrement reconnaissante de prendre le temps de lire cette histoire qui n'aurait pas vraiment lieu d'être si vous n'étiez pas si encourageants. Alors merci beaucoup, vraiment. Je radote, oui, mais je me fais vieille, alors va falloir s'y faire.

Je vous souhaite à tous un excellent week-end et je vous dis à très bientôt,

LittlePlume

PS : Et parce que ma bêta, DelfineNotPadfoot doute d'elle en ce moment, rappelons-lui que son aide nous apporte beaucoup et qu'elle est et restera une super bêta de la mort qui tue !

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RàR : à Mea95Gryffondor ; Tant mieux si tu aimes la guimauve, parce que je crois que je ne suis bonne qu'à ça, finalement… ^^' Je ne sais pas si ce chapitre était parfait, mais s'il t'a plu, c'est tout ce qui compte ! Merci encore et toujours ;)

à Nyx ; Hé ! Eh bien merci en tout cas, ça me fait énormément plaisir et je suis très contente que HoL t'ai plu ^^ Bon week-end !