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Chapitre XIV

« The Rest of Their Life »

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6 Janvier 1978 — Salle de classe Arithmancie, Poudlard, Écosse


Comme c'était le cas à chaque fois qu'elle arrivait en haut des escaliers en colimaçon qui menaient au sommet de la tour où avait lieu le cours d'Arithmancie, Lily dut inspirer profondément pour reprendre son souffle. Elle rajusta machinalement son sac sur son épaule et pénétra dans l'étrange salle de classe du professeur Numberhead, dans laquelle il fallait se frayer un chemin entre les étagères qui craquaient sous le poids des bibelots en tout genre et les meubles bancals qui attendaient d'être réparés depuis que ce dernier les avait ramenés de ses voyages, pour parvenir jusqu'à une table et une chaise. Lily se laissa tomber sur la chaise à sa place habituelle et sortit ses affaires en silence. Remus la rejoignit quelques minutes plus tard, juste avant que leur professeur d'Arithmancie ne fasse irruption dans la salle de classe à son tour, son chapeau tenant en équilibre précaire sur le sommet de son crâne recouvert de cheveux blancs.

Lily croisa le regard de Remus et rougit lorsqu'il lui adressa un sourire amusé ;

— Alors comme ça, tu as finalement laissé sa chance à James, hein…

La jeune fille se mordit l'intérieure de la joue pour retenir un sourire de faire craquer ses lèvres résolument closes, en vain.

— Je suis impressionnée que tu sois parvenue à te retenir aussi longtemps, Sirius, lui, m'est tombé dessus à la seconde où je suis descendue du train…

— À qui la faute, rétorqua Remus en haussant les épaules avec une expression innocente ; ces derniers temps, c'est presque impossible de te trouver toute seule. Franchement, je me demande comment personne n'a encore rien remarqué…

Lily rougit de plus belle mais un éclat de rire parvint à franchir le mur de ses lèvres et elle plongea la tête dans ses deux mains, les coudes posés sur le bord de la table.

— C'est faux, tenta-t-elle vainement de protester ; c'est juste qu'on a beaucoup de travail et…

Elle s'interrompit en entendant le jeune lycanthrope pouffer à côté d'elle et releva la tête vers lui, un sourire coupable accroché aux lèvres.

— D'accord, bredouilla-t-elle, le teint écarlate ; je le reconnais, on a passé beaucoup de temps ensemble ces derniers jours, mais, c'est tout nouveau, on a juste besoin de… de s'y faire.

— Oh, crois-moi, James s'y fait très bien, lui, répondit Remus en éclatant de rire une fois encore.

Lily lui enfonça son coude dans les côtes, mais son sourire demeura inébranlable. En quelques jours seulement, James était parvenu à lui faire oublier — ou presque — que leur avenir était fragile, incertain. Pour la première fois depuis une éternité, elle était trop heureuse d'être vivante pour avoir peur de ne plus l'être. Elle n'ignorait pas le risque qui planait sur elle mais avait conscience qu'il planait sur chacun d'entre eux ; sur chaque personne un peu différente, sur chaque personne qui refusait de se taire, sur chaque personne qui décidait de se dresser contre la haine que prêchait Voldemort. Et qu'elle le veuille où non, elle était différente et James faisait partie de ces gens qui refusaient de rester silencieux et avaient choisi de s'opposer à Voldemort. La peur qui vivait en elle depuis des mois n'avait pas disparu simplement parce qu'elle avait choisi de l'ignorer et de vivre sa vie, coûte que coûte, mais en quelques jours seulement, la joie de vivre et l'insouciance de James avaient déteint sur elle ; peu à peu, elle lâchait prise et ça lui faisait un bien fou. Il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi légère, aussi heureuse.

— Tu es amoureuse de lui, n'est-ce pas ? Souffla Remus en l'arrachant à ses pensées.

La jeune fille tourna un visage rouge coquelicot vers son ami, dont l'expression s'était soudain faite plus grave, avant de laisser échapper un éclat de rire nerveux et de secouer la tête avec hésitation.

— Ce n'est pas vraiment une question, si ? Demanda-t-elle d'une petite voix.

Remus secoua la tête, un sourire infiniment doux accroché aux lèvres, les yeux plantés dans ceux de la jeune fille avec un sérieux désarmant.

— Non. Ce n'en était pas une, admit-il alors que le professeur Numberhead s'éclaircissait la gorge pour attirer l'attention de ses élèves.

Le jeune loup-garou détourna finalement les yeux et les posa sur le vieux sorcier, laissant Lily reprendre lentement le contrôle des battements irréguliers de son cœur. Puis, après plusieurs secondes, elle tourna la tête à son tour et posa les yeux sur le vieux sorcier planté devant son bureau avec un sourire tranquille.

— J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes de fin d'année... Avant que nous commencions et que je vous parle du projet que vous aurez à faire pour ce second semestre, je vais d'abord vous rendre ceux que vous m'avez remis avant les vacances, dit-il en agitant un tas de devoirs devant lui.

Il descendit aussitôt de son estrade en manquant de tomber tête la première en se prenant les pieds dans un tapis et entreprit de faire le tour de la classe en rendant son devoir à chaque élève. Lorsqu'il rendit son devoir à Lily, la jeune fille sentit le regard inquiet de Remus posé sur elle mais elle l'ignora et rangea sans attendre son devoir dans son sac.

— Tout va bien ? L'entendit-elle demander.

Lily hocha la tête et lui adressa un sourire rassurant.

— T'en fais pas pour moi, Remus, souffla doucement la jeune fille. Il est plus que temps que j'arrête de m'en faire pour cette ligne de vie, non ?

Remus hocha la tête, un faible sourire ornant ses lèvres, et il rangea son devoir à son tour. Puis, ils reportèrent tous les deux leur attention vers le professeur Numberhead qui avait repris sa place, perché sur son estrade, devant son bureau.

— Une dernière chose, marmonna-t-il avant de s'éclaircir la voix et de reprendre ; je sais que certains d'entre vous doivent s'inquiéter de ce qu'ils ont découvert en traçant leur ligne de vie…

Son regard glissa brièvement vers Lily et un autre élève, un élève de Serdaigle assis quelques rangées plus loin.

— … Mais il n'y a aucune raison de vous en faire. Lorsqu'on travaille sur une ligne de vie… les possibilités sont infinies. Ce que vous avez découvert, ce n'est pas le futur, c'est une possibilité. Ce qu'il faut que vous sachiez c'est qu'il y a des millions et des millions de possibilités, coexistant les unes avec les autres dans ce monde et chaque fois que vous faites un choix, que vous faites un pas en avant, ou en arrière, vous en tissez des millions d'autres… Rien n'est jamais, jamais, jamais certain. Les chiffres ne sont que des probabilités... Ils sont comme nous, ils se laissent facilement influencés par des inconnues… Bien… Voilà, c'est tout ce que je voulais dire. Maintenant, revenons-en à nos licornes…


6 Janvier 1978 — Bureau des Préfets, Poudlard, Écosse


Alors que les préfets quittaient le bureau un par un après la réunion hebdomadaire à laquelle ils étaient tenus, James étouffa un bâillement et se laissa tomber contre le dossier de son fauteuil, les yeux rivés sur Lily avec un sourire aux lèvres, pendant que celle-ci rangeait la pièce en agitant machinalement sa baguette dans toutes les directions.

— Tu pourrais m'aider, tu sais ? Fit-elle en arquant un sourcil dans sa direction ; plus vite on aura fini, plus vite on pourra aller dîner avec les autres dans la Grande Salle…

— Mhm, se contenta de répondre James en croisant les bras derrière sa tête, sans se départir de son sourire.

Lily leva les yeux au ciel, mais la courbe de ses lèvres trahit un certain détachement ; de toute évidence, elle était devenue bien trop clémente avec lui.

Lorsqu'elle eut enfin fini, elle abaissa sa baguette et la glissa dans la ceinture de sa jupe avant de se diriger vers James qui sauta sur ses pieds et attrapa leurs deux sacs avant qu'elle n'ait le temps de se baisser pour le faire.

— Je te propose qu'on oublie ça…

— Quoi ? Non, je meurs de faim, protesta Lily en grognant.

James leva les yeux au ciel avant de s'approcher de la jeune fille en faisant un pas vers elle et de glisser un bras autour de sa taille, un sourire en coin. Lentement, il courba l'échine pour planter ses lèvres sur les siennes et sentit aussitôt les mains de la jeune fille grimper le long de ses bras avant de venir s'emmêler dans ses cheveux. Il ne put s'empêcher de rire contre ses lèvres et fit un pas en arrière, le regard pétillant.

— Je connais un endroit, souffla-t-il avant de lui adresser un clin d'œil et d'attraper sa main pour l'entraîner hors de la Salle.

— Un endroit ? Demanda la jeune fille en arquant un sourcil perplexe tout en fermant la porte du bureau des préfets derrière eux.

— Un endroit, se contenta de répéter James en lâchant machinalement sa main lorsqu'il entendit des pas approcher.

— Et où est-ce que tu…

Lily s'interrompit brusquement en voyant apparaître Severus Rogue, flanqué de Theodore Nott, et s'immobilisa derrière James qui soutint le regard noir que le jeune homme lui adressa. L'espace d'une seconde, Lily craint que le pire ne se produise, mais lorsque Severus resserra les doigts sur sa baguette et que Theodore Nott cracha dans leur direction en passant devant eux, James demeura parfaitement impassible, bien que sa mâchoire ne se soit crispée et que son regard moqueur ne se fusse instantanément durci. Puis, aussi vite qu'ils étaient apparus, les deux jeunes Serpentard disparurent à l'angle du couloir et Lily relâcha l'air contenu dans ses poumons avant de tourner la tête vers James, les sourcils froncés avec inquiétude.

— Tout va bien ?

Lentement, James hocha la tête avant de baisser les yeux sur la main de sa petite-amie.

— Est-ce que… est-ce que ça te dérange si je…

Il sembla hésiter et Lily vint silencieusement à son secours en entremêlant ses doigts aux siens.

— Ça m'est égal que les autres le sachent, le rassura-t-elle d'une voix douce, un sourire sincère accroché aux lèvres. Je n'ai pas honte d'être avec toi, James.

Le regard du jeune homme s'adoucit aussitôt et un sourire étonnamment timide vint creuser une petite fossette dans sa joue droite. Il laissa échapper un bref rire nerveux, ses pommettes se colorant d'un léger fard que Lily trouva absolument craquant et avant qu'elle ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, James prit à nouveau ses lèvres d'assaut, avec une douceur qui ne cessait de l'étonner.

— Allez, viens, souffla-t-il après un long moment, lorsqu'il mit finalement fin au baiser.

Lily sourit et suivit le jeune homme sans dire un mot, intriguée. Elle savait que James connaissait le château mieux que personne et se demandait où est-ce qu'il l'entraînait comme ça, avant de se rappeler de toutes les fois où il était revenu des cuisines avec Sirius, Remus et Peter, les bras chargés de boissons et de pâtisseries en tout genre.

— Tu m'emmènes aux cuisines, c'est ça ? S'exclama-t-elle sans pouvoir empêcher son visage de revêtir une expression impressionnée.

Le jeune homme éclata de rire et son regard pétillant vint se planter dans celui de la jeune fille, un sourcil arqué au-dessus de ses lunettes avec amusement.

— Peut-être…

— J'ai toujours eu envie d'y aller, admit Lily en essayant de dissimuler un sourire incriminant.

— Vraiment ? Se moqua le jeune homme en retenant un rire. Pourtant, si je me souviens bien, tu m'as donné un nombre incalculable de retenues pour m'avoir surpris en train d'en revenir…

La jeune fille esquissa une moue coupable et haussa les épaules avec autant de nonchalance qu'elle put en feindre.

— Eh bien en principe, les élèves n'ont pas le droit de se rendre aux cuisines, tu sais, bredouilla-t-elle.

— Eh bien tenez-vous bien mademoiselle la préfète-en-Chef, parce que vous vous apprêtez à enfreindre le règlement, souffla James en se penchant vers elle pour lui adresser un clin d'œil moqueur. C'est par là, viens, ajouta-t-il en la tirant légèrement par la main alors qu'ils arrivaient à hauteur d'un petit tableau représentant une coupe de fruits.

James lâcha momentanément la main de la jeune fille qui fronça les yeux sans comprendre lorsqu'il se planta devant le tableau et leva sa main gauche pour venir chatouiller la petite poire verte qui trônait en haut de la coupe, avant de laisser échapper une exclamation de surprise lorsqu'elle vit cette dernière grandir à vue d'œil et se transformer lentement en poignée de porte.

— Sérieusement ? Demanda-t-elle, interloquée, en clignant des yeux.

James pouffa et lui tendit à nouveau une main, qu'elle saisit sans poser de question. Après tout, Poudlard était toujours pleine de surprises, et pour la première fois depuis qu'elle avait franchi les murs de cette école, elle regretta de ne pas avoir passé ses nuits à explorer le château et envia James et ses amis d'avoir eu le cran de le faire.

Docilement, elle se laissa guider vers James qui poussa la porte et l'entraîna avec lui. Lorsqu'ils pénétrèrent enfin dans les cuisines, le décor qui s'étalait sous ses yeux coupa le souffle de la jeune fille. Pourtant, avant qu'elle n'ait le temps d'en enregistrer chaque détail dans sa mémoire, une dizaine de petites créatures aux yeux immenses et aux oreilles pointues apparut devant eux et elle ne put s'empêcher de sursauter, ce qui arracha un nouvel éclat de rire discret au jeune homme à côté d'elle. Elle lui balança aussitôt son coude dans les côtes en rougissant mais, avant qu'elle ne puisse lui poser la moindre question, l'une des petites créatures se détacha du groupe et fit un pas en avant de s'incliner profondément.

— Monsieur Potter, couina-t-elle ; que pouvons-nous faire pour vous et Mademoiselle Evans, Monsieur ?

Lili cligna des yeux et se tourna brusquement vers James ;

— Que…quoi ? Comment est-ce qu'ils…

— Oh, l'interrompit James en haussant les épaules ; il est possible que j'aie mentionné ton nom une fois ou deux, balaya-t-il d'un geste de la main, sans paraître embarrassé le moins du monde.

Il plongea sa main libre dans ses cheveux avant de se tourner vers la petite créature et de se pencher légèrement en avant pour croiser son regard.

— James, corrigea-t-il d'une voix plus douce. Et on est venus voir si vous n'aviez pas encore tout envoyé là-haut, ajouta-t-il en souriant.

— Tout de suite, Monsieur James Potter. Tiny s'en occupe, Monsieur !

— Merci beaucoup, répondit le jeune Préfet-en-Chef, tandis que les petites créatures se dispersèrent aussitôt, sous le regard abasourdi de Lily, qui les observa s'affairer autour des fourneaux.

— James, commença-t-elle lentement alors qu'il l'entraînait vers une table près d'une des nombreuses cheminées ; qu'est-ce que… qu'est-ce que sont ces créatures ?

— Des elfes de maison, expliqua le jeune homme en s'asseyant en face de Lily. Ce sont eux qui s'occupent du château.

La jeune fille secoua la tête, incrédule, et croisa ses bras sur la table devant elle.

— Je n'avais jamais pensé à ça, avoua-t-elle. Poudlard a toujours semblé si magique, que je n'ai jamais vraiment songé au fait qu'il fallait qu'il y ait quelqu'un pour en prendre soin, pour qu'elle reste propre ou pour préparer les repas… Et puis comment avez-vous découvert cet endroit ? Quel est l'idiot qui a eu l'idée de chatouiller une poire ? Une poire !

James éclata de rire et secoua la tête.

— Ça c'est un secret…

— C'est Sirius, n'est-ce pas ?

James se contenta de lui adresser un sourire énigmatique mais demeura silencieux et la jeune fille leva les yeux au ciel.

— Tu ne diras rien, c'est ça ?

— Non, répondit le jeune homme dont le sourire s'élargit, ses yeux pétillant avec amusement derrière les verres de ses lunettes.

— Très bien, soupira la jeune fille ; je demanderai à Peter.

— Hé ! Protesta James en éclatant de rire une nouvelle fois. Qu'est-ce qui te fait croire que Peter vendrait la mèche ? Il ne dira rien, un frère n'en trahit jamais un autre.

La jeune fille se laissa gagner par l'hilarité de son petit-ami et secoua la tête.

— Je sais, je sais… vous êtes tellement bizarres…

— Bizarres ? Répéta-t-il en arquant un sourcil.

Lily hocha la tête, mais ses yeux effilés trahirent la tendresse qu'elle attachait à ce mot.

Les elfes de maison ne tardèrent pas à réapparaître et déposèrent devant une multitude de plats fumants qui rappelèrent à Lily qu'elle était affamée.

— Merci beaucoup, souffla-t-elle à l'attention des elfes qui s'inclinèrent devant elle avant de disparaître à nouveau. Est-ce qu'ils sont toujours comme ça ? Demanda Lily à James en fronçant les sourcils lorsqu'ils furent à nouveau seuls.

— Oui, grimaça James ; c'est dans leur nature. Ils sont élevés pour servir les sorciers, de génération en génération, et il est presque impossible de les convaincre de nous traiter comme leur égal.

— Est-ce que ta famille a un elfe ? Demanda Lily en laissant le jeune homme remplir son assiette d'haricots verts persillés et de poulet rôti.

— Oui, Ecky, répondit-il avec un sourire affectueux. Ne le dis pas à Sirius, mais c'est elle, ma meilleure amie. On a fait les quatre-cents coups ensemble. Ou plutôt, j'ai fait les quatre-cents coups, et elle était toujours là pour sauver ma peau quand ma mère se mettait en colère…

La jeune fille éclata de rire avant de comprendre que le jeune homme qu'elle avait devant les yeux avait dû être un enfant bien seul en grandissant. Il n'avait eu ni frère ni sœur et comme tous les enfants nés de parents sorciers, il n'était pas allé à l'école avant d'entrer à Poudlard. Elle ne doutait pas du fait qu'il n'avait pas manqué d'amour ; ses parents semblaient avoir aimé et gâté leur fils unique plus que de raison, mais son cœur se pinça tout de même en pensant au petit garçon qui avait dû rêver d'aventure toute son enfance, ayant pour seul ami une petite créature qui, à en juger par ce qu'elle venait d'apprendre, avait dû jouer le rôle d'une gouvernante plus que celui d'un ami.

Elle décida de changea de sujet et porta son verre de jus de citrouille à ses lèvres ;

— Prêt pour le match de demain ? Demanda-t-elle avec précaution.

James hocha tranquillement la tête avant de piquer un morceau de poulet avec sa fourchette ;

— Ils ont Regulus, mais on a une meilleure équipe qu'eux et on est prêt à encaisser chaque coup qu'ils essayeront de nous porter. S'ils veulent la jouer vicieusement comme lors du match contre Serdaigle, très bien, mais ça ne nous empêchera pas de gagner.

Lily grimaça mais le jeune homme lui adressa un sourire rassurant.

— Contrairement à eux, on a une bonne raison de se battre. On aime le jeu. Et c'est pour ça qu'on gagnera…

Un sourire fendit lentement les lèvres de la jeune fille et elle observa James pendant de longues secondes, sans prononcer le moindre mot, car jamais encore elle n'avait tant admiré et envié son assurance à toute épreuve.


7 Janvier 1978 — Vestiaires de Gryffondor, Terrain de Quidditch, Poudlard, Écosse


Épuisé, les bas de sa cape boueux, un œil au beurre noir et une épaule démise qu'il avait refusée que Madame Pomfresh examine après être descendu de son balai, James pénétra dans les vestiaires de Gryffondor, un sourire heureux aux lèvres, le reste de son équipe braillant joyeusement autour de lui. Dans chaque regard, il pouvait lire la même fierté d'avoir écrasé l'équipe de Serpentard en se battant à la loyale, le même amour du jeu, la même euphorie enivrante.

Il s'éclaircit la gorge et ses joueurs se turent aussitôt, des sourires extatiques peints sur toutes les lèvres.

— Ça, mes amis, c'était un match comme je les aime… Si on a gagné aujourd'hui, c'est parce que vous avez refusé de laisser des brutes épaisses vous dérober votre passion et rappelé à tout le monde ce qu'est censé être ce jeu… Et en toute franchise, je n'ai jamais été aussi heureux d'être votre capitaine…

Des exclamations assourdissantes retentirent autour de lui et le visage de James se fendit en un large sourire.

— Maintenant, allez vous laver ! Cria-t-il pour couvrir le bruit. Il y a une fête qui nous attend…

Des rires éclatèrent, mais ses joueurs se dispersèrent aussitôt et s'exécutèrent, les filles d'un côté, les garçons de l'autre.

James croisa le regard de son meilleur ami, qui entreprenait de défaire sa cape, et s'approcha de lui en faisant de même ;

— Ça va ? Demanda-t-il.

Sirius lui adressa un sourire tranquille et hocha la tête.

— Eh bien je n'ai pas envoyé mon frère à l'infirmerie cette-fois, si ce que tu demandes…

James grimaça, mais son meilleur ami éclata de rire et posa une main sur son épaule en bon état.

— T'en fais pas, James, je vais bien.

— Si tu en es sûr…

— J'en suis sûr.

— Okay. Bien…

— Bien.

Sirius lui adressa un dernier clin d'œil et fit volte-face en direction des douches. James le regarda s'éloigner en poussant un bref soupir et finit de se déshabiller avant d'en faire autant, en grimaçant de douleur lorsqu'il dut lever son bras gauche pour enlever son sweat-shirt.

Il soupira d'aise en pénétrant sous le jet d'eau chaude et un sourire béat reprit possession de ses lèvres lorsqu'il ferma les yeux et laissa le match se re-dérouler entièrement sous ses paupières closes.

Après un long moment, il entendit la voix de James lui parvenir de l'autre côté de la porte et se rendit compte qu'il n'avait pas bougé depuis de longues minutes.

— James ? Tu te dépêches ? On t'attend tous !

— Allez-y sans moi, je vous rejoins. Je dois passer à l'infirmerie de toute façon, sinon, Pomfresh risque de me tuer de ses propres mains.

Il entendit plusieurs éclats de rire avant que Sirius ne reprenne ;

— Très bien, mais grouille-toi, parce que je ne te garderai pas de Whisky Pur Feu !

Cette fois, c'est James qui laissa échapper un rire et leva les yeux au ciel ;

— Promis, je me dépêche.

— Si ça peut te motiver, Lily t'attend dehors ! Hurla Sirius, déclenchant à nouveau l'hilarité du reste des joueurs.

James se sentit aussitôt rougir.

— Va te faire voir, grommela-t-il alors qu'il entendait déjà ses amis quitter les vestiaires.

Le silence retomba aussitôt et il ferma à nouveau les yeux, un sourire tranquille accroché aux lèvres, l'eau brûlante défroissant délicieusement ses muscles endoloris.

Il resta encore plusieurs minutes sous la douche avant de se forcer à couper l'eau et sortir en enroulant une serviette autour de sa taille. Il s'empressa d'enfiler des vêtements propres, sans prendre la peine de sécher ses cheveux. Puis, après avoir vérifié qu'aucun de ses joueurs n'avait laissé traîner quelque chose, il se dirigea vers la sortie en agitant machinalement sa baguette pour éteindre les lumières derrière lui.

S'il ne fut pas surpris de voir que Lily l'attendait, il fut étonné, en revanche, de la voir discuter avec le professeur McGonagall. Il s'approcha des deux sorcières en fronçant les sourcils et lorsqu'elles se tournèrent vers lui, il vit le sourire de la directrice de Gryffondor s'effriter légèrement.

— Monsieur Potter… Toutes mes félicitations pour le match.

— Merci Professeur, sourit James en glissant un bref regard à sa petite amie, dont le teint était écarlate.

Minerva McGonagall lui tendit un rouleau de parchemin scellé avec un ruban émeraude, un sourire crispé accroché aux lèvres.

— Tenez, le professeur Dumbledore m'a chargé de vous remettre ceci. Il vous verra demain matin, à huit heures trente dans son bureau.

James cligna les yeux et se saisit lentement de la convocation avant de relever les yeux vers son professeur de métamorphose.

— Merci, répéta-t-il en lui adressant un signe révérencieux de la tête.

— Bien, je vous laisse.

Elle s'éclaircit la gorge et lissa distraitement les pans de sa cape d'hiver avant de se tourner à nouveau vers Lily.

— Et Mademoiselle Evans, veillez à ce qu'il fasse soigner cette épaule, d'accord ? Ajouta-t-elle avec un bref sourire entendu, avant de faire volte-face et de s'éloigner en direction du château.

Lily rougit de plus belle et James vint enrouler son bras valide autour de ses épaules. Il observa le professeur McGonagall s'en aller sans dire un mot, puis, lorsqu'elle fut suffisamment loin, il tourna son visage vers la jeune fille et un sourire fendit son visage en deux.

— Je t'avais dit qu'on gagnerait, souffla-t-il en riant avant de l'embrasser chastement sur les lèvres.

Il la sentit sourire et s'écarta pour lui prendre la main. Elle se laissa faire sans protester mais son regard glissa vers la poche de sa cape dans laquelle il avait enfoui la convocation et, l'espace d'une fraction de seconde, son cœur se serra.

— Tu crois qu'il va accepter ? Demanda-t-elle.

— Aucune idée, admit James en haussant les épaules. Mais de ce que mon père m'en a dit, il a déjà commencé à recruter plusieurs personnes et après tout, une fois que j'aurai quitté Poudlard, je serai un adulte comme les autres, non ?

Lily esquissa un sourire triste mais hocha la tête avant de pousser un léger soupir.

— Je peux être honnête ?

— Bien sûr, répondit James en fronçant les sourcils alors qu'ils approchaient des portes du château ; à vrai dire, je préférerais que tu le sois.

Lily leva lentement les yeux vers lui ;

— Je ne sais pas si j'ai peur qu'il dise oui, ou si je suis je suis extrêmement impressionnée par ta détermination à vouloir… à vouloir te battre pour ce en quoi tu crois.

James sourit et se pencha vers elle pour déposer un baiser sur le haut de son crâne.

— Tu as le droit d'être les deux, souffla-t-il. Ça veut seulement dire que tu es folle amoureuse de moi…

Lily lui balança son coude dans les côtes avant de se rappeler qu'il souffrait déjà le martyr et poussa une exclamation horrifiée qui déclencha l'hilarité du jeune homme.

— Oh merlin, James, je suis vraiment désolée !

— C'est rien, je l'ai mérité, fit James sans pouvoir cesser de rire, bien que la douleur lui arrachât une nouvelle grimace. Allez viens, ajouta-t-il avant de se remettre en route.

Ils franchirent les portes du château et laissèrent échapper le même soupir d'aise lorsque la chaleur les enveloppa et, sans dire un mot, prirent la direction de l'infirmerie où Madame Pomfresh devait sûrement attendre James de pied ferme.


8 Janvier 1978 — Dortoir des garçons de septième année, Tour de Gryffondor, Poudlard, Écosse


Le lendemain matin, après avoir dormi une poignée d'heures seulement de l'heure tardive à laquelle il était allé se coucher, James eut toutes les peines du monde à s'extirper de la chaleur de son lit à huit heures. Il ne fut pas surpris de voir que les lits de Remus et Sirius étaient vides et se leva en bâillant. Il se dirigea vers la salle de bain sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Peter qui ronflait encore faiblement, et mit un temps record pour prendre sa douche. Il sortit rapidement de la salle de bain, enfila son uniforme, mais abandonna l'idée de mettre une cravate, et quitta le dortoir.

Lorsqu'il arriva aux pieds des escaliers, il ne fut qu'à moitié surpris de voir Remus, Sirius et Lily assis dans un coin de la Salle Commune, en train de discuter avec animation. Ils se turent lorsqu'ils le virent arriver et James leva les yeux au ciel avec amusement. Si Sirius et Remus semblaient sereins, Lily, en revanche, ne pouvait dissimuler complètement son inquiétude.

— C'est seulement un entretien, fit-il en secouant la tête.

— Un entretien dont dépend le reste de notre vie, rétorqua Sirius avec un sourire goguenard.

James éclata de rire et s'approcha de Lily qui lui adressa un faible sourire.

— Il a raison, souffla-t-elle d'une petite voix. Je veux dire, tu sais que…

Elle secoua la tête et inspira profondément avant de reprendre ;

— On te suit où que tu ailles, tu le sais ça, n'est-ce pas ?

James planta douloureusement son regard dans le sien et demeura un long moment silencieux avant de hocher lentement la tête. Il déglutit difficilement, un léger sourire accroché au coin des lèvres.

— Oui, je sais.

Le sourire de la jeune fille se fit plus confiant et elle posa une main sur sa joue avec douceur ;

— Bien. Tant mieux.

Derrière eux, Sirius s'éclaircit bruyamment la gorge ;

— Oui, oui, vous êtes super mignons, mais James, tu vas être en retard…

Remus lui balança son pied dans le tibia et le jeune homme poussa un juron avant d'adresser un regard noir à son ami ;

— Bah quoi ? Grommela-t-il.

— Laisse tomber, marmonna le jeune lycanthrope en levant les yeux au ciel ; tu n'es pas assez sensible pour comprendre…

Bien que rouge comme un coquelicot, Lily pouffa légèrement, puis releva la tête vers James ;

— Il a raison, tu devrais y aller.

James hocha la tête et un sourire se dessina progressivement sur ses lèvres.

— Je sais, j'y vais.

Il se redressa légèrement et lança un clin d'œil à ses amis avant de tourner les talons et de se diriger vers le portrait de la Grosse Dame. Lorsque celui-ci pivota, il enjamba l'ouverture et adressa un dernier regard aux trois jeunes adultes par-dessus son épaule, puis sortit définitivement, le portrait se refermant sur lui dans un bruit sourd.

De la poche de son pantalon, il sortit la convocation que lui avait remise le professeur McGonagall la veille et la déplia pour vérifier pour la centième fois au moins l'unique mot couché sur la papier.

Barbe-à-papa.

James n'avait aucune idée de ce qu'était une telle chose, mais savait, pour avoir été convoqué suffisamment de fois dans le bureau du professeur Dumbledore, qu'il s'agissait du mot de passe qui lui permettrait de franchir la gargouille en pierre qui se situait dans la grande tour du deuxième étage.

Il emprunta plusieurs raccourcis, si bien qu'il ne lui fallut que quelques minutes pour arriver à destination.

Barbe-à-papa, souffla-t-il en enfonçant les deux mains dans ses poches pour ne pas les voir trembler.

La gargouille déploya ses ailes et un escalier en colimaçon apparut aussitôt. James monta machinalement les marches quatre à quatre et arriva en haut, légèrement essoufflé.

Il inspira profondément et laissa retomber son poing contre la lourde porte en bois, le cœur battant à tout rompre

Parce que, comme l'avait si bien dit Sirius, de ce simple rendez-vous avec Dumbledore dépendait le reste de leur vie.


N/A : Bonsoir à tous... Je suis très contente de vous retrouver en ce début de week-end pour le tout dernier chapitre de AR. Je sais que ce dernier chapitre est un peu abrupt, en quelque sorte. Disons que pendant longtemps, je me suis demandé si je n'écrirais pas cette histoire en deux parties, et ce chapitre devait signer la fin de la première. Seulement, la deuxième partie aurait été bien trop sombre, et je crois que je ne suis tout simplement pas prête à écrire sur James et Lily après Poudlard, parce que je ne suis pas prête à les voir mourir. Alors un jour (peut-être), mais pas maintenant.

Tout ça pour dire... Merci infiniment d'avoir lu cette histoire, merci pour votre soutien, et merci pour vos reviews qui ont toujours été si encourageante et chaleureuses :)

Et puis, évidemment, un grand, grand, grand merci à DelfineNotPadfoot qui, malgré un emploi du temps trèèèèès chargé cette année, a pris le soin de corriger cette histoire chaque semaine.

J'espère vous revoir bientôt,

LittlePlume

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RàR : à Mea95Gryffondor ; Mea... Comme toujours, je suis extrêmement touchée par tes encouragements et ta fidélité à cette histoire. Je suis très contente que tu aies relevé pour le mot de passe, c'était ma façon à moi (pas très courageuse ou originale, certes) de montrer mon soutien. Et je trouvais qu'il y avait beaucoup de parallèles involontaire entre cette histoire et les attaques, donc... enfin bref, je ne suis pas là pour déprimer qui que soit. Une fois de plus, je ne peux que te remercier du fond du coeur pour toutes tes reviews et tout ton soutien :) À très bientôt j'espère, xx

à Nyx ; Merci beaucoup pour tes encouragements :) J'espère que la fin ne t'aura pas déçue ;)