2.

- Je crois que je me suis fait de l'huile d'encre. Et Rim Pesgold a disparu du bord, réellement, lui !

- En réalité, il ne s'est rien passé. Ce fut un véritable pétard mouillé. Alveyron m'a escamoté du cristal avant même que je ne puisse porter ma première frappe !

- Je dirais que ce n'est pas plus mal. Et pour Pesgold, que faisons-nous ?

- Je pense qu'il a retrouvé sa liberté de corps, et qu'il est toujours sur Terre. L'Unique avait pris possession de lui… Nous pouvons reprendre la mission, la finir, enfin paisiblement, cela faisait longtemps que ce n'était arrivé !

- Ne vend pas la peau de l'ours…

- Tu as raison, Gander. Je vais passer mon uniforme et je te rejoins sur la passerelle.


Le Pharaon traversant tranquillement la mer d'étoiles, son équipage était relativement détendu, aucune menace ne s'annonçant.

- Des nouvelles de tes parents ? interrogea Gander alors qu'ils partageaient la collation de l'après-midi au Mess des Officiers.

- Mon père est reparti avec l'Arcadia. Cela fait cinq semaines maintenant.

- Et ta mère poursuit sa croisière ?

- Non. Elle a préféré rentrer chez nous, câliner ses petits-enfants. Elle a réalisé qu'elle n'aimait voyager dans l'espace qu'aux commandes d'un cuirassé ! Tout comme pour mon père, une croisière, c'est bien trop paisible !

- Cela ne m'étonne pas un instant, approuva le lhorois. Tes parents ont bien trop de tempérament que pour se satisfaire d'un vol confortable et sans souci. Je suis d'ailleurs très surpris que ton père ait accepté de partir seulement une semaine !

- C'est ce qui donne une idée de son amour pour sa femme. Tes concepteurs n'ont jamais envisagé de te donner une compagne ?

- Pas que je sache. Je n'ai pas ces besoins, je te le rappelle !

- Dommage. Tes concepteurs t'ont voulu à l'image des tiens.

- Oui, une parfaite reproduction. J'avoue qu'avec mes programmes d'apprentissage, chaque jour est une découverte. Une fois mes mises à jour effectuées, je pense profiter de nos mois de congé ! Et toi, des projets ?

Alguérande reposa sa tasse de café.

- En famille, bien sûr, mais comme tu dis, cela ne sera pas encore avant douze semaines et d'ici quelques jours seulement, Madaryne accouchera de nos jumelles !

- Ta navette est prête à décoller à tout instant pour t'amener auprès d'elle.

- Merci, Gander.

- La famille qui s'agrandit, j'imagine qu'il ne doit rien y avoir de plus merveilleux ! ?

- En effet, confirma Alguérande, le regard pétillant.

Le Pharaon avait ralenti à quelques distances de l'Observatoire, puis avait effectué des cercles d'attente, et son commandant avait été prendre les rapports des relevés des trois derniers mois.

- Tout va bien ? fit Gander quand le jeune homme revint à bord.

- Les environs sont parfaitement calmes. Nous pouvons repartir vers notre prochaine destination. Ark, pousse les réacteurs !

- A tes ordres, commandant.

- Plus de signe de l'Unique ? reprit Gander alors qu'il s'asseyait dans son fauteuil.

- Il semble avoir complètement disparu de la circulation, je ne vais pas m'en plaindre ! sourit largement Alguérande. Mais je demeure sur mes gardes et je procède à des balayages sans rien capter, qu'il s'agisse de l'Unique ou d'un autre, qu'il soit ennemi ou ami ! Tout est si paisible que ça presque peur !

- Vous êtes irrécupérables : tout est calme et vous vous plaignez !

Alguérande éclata de rire.


En pleine nuit, Alguérande s'était fait réveiller par un Gander qui le secouait par l'épaule.

- Habille-toi vite et file !

- De quoi ? hoqueta le jeune homme, les yeux bouffis de sommeil. Je n'ai entendu aucune alerte.

- Ce n'est pas ce genre d'alerte…

- Madaryne ! ? sursauta Alguérande, parfaitement réveillé à présent.

- Oui, ils ont dû provoquer l'accouchement un peu plus tôt que prévu… Et ça ne se passe pas bien…