3.

- J'ai fait du plus vite possible, prenant votre mère au passage, jeta Albator qui ne trouva pas rassurant d'être accueilli par l'aîné de ses enfants et sa belle-fille. Comment vont-ils ?

- Venez tous les deux, on doit parler, fit le jeune homme à la chevelure incandescente en l'entraînant dans le salon de l'appartement que Madaryne occupait avec ses deux fils sur la station spatiale où elle donnait ses concerts.

- Comment vont-ils, tous ? insista Salmanille.

- L'accouchement a été bien trop long et trop pénible. Et vu la position des bébés, il n'était pas possible d'intervenir sans les blesser, ou leur mère. Les jumelles se portent bien.

- Mais, Madaryne ! ? siffla Albator.

- Elle n'en a plus pour très longtemps… avoua alors Khélye. Je vais perdre ma petite sœur !

- Où est Alguérande.

- Dans la chambre, avec les deux gamins. Les jumelles ont encore besoin de soins à la Maternité.

- Vas les voir, Albator, pria Salmanille. Je viendrai ensuite.


Distraitement, Alguérande caressait les boucles de miel d'Alveyron endormi contre lui, en pleine sieste.

- Je ne sais pas ce que je donnerais pour que tu prennes ta forme adulte, même pour seulement quelques minutes ! ? Quand ta maman et toi êtes venus me ramener après que je n'aie pas désigné la Reine des Sylvidres, tu avais parlé d'une longue ligne de vie ! Mais je ne peux pas envisager une existence où elle ne serait pas ! Nous sommes promis l'un à l'autre depuis que nous avons douze et quatorze ans ! Elle n'ignore plus rien de moi, m'a accepté ainsi. Je ne pourrais jamais retrouver une telle complicité avec une autre !

- Tu veux que je m'occupe des petits pendant que tu vas à son chevet ?

- Oh, papa, je ne t'attendais pas si tôt !

- Ta mère et moi aurions voulu être là avec encore plus d'avance !

- Cela n'aurait rien changé. Mais j'apprécie de tous vous savoir présents. Tu as vu les jumelles ?

- Je pense qu'elles peuvent attendre. Leur venue au monde a été chaotique elles ont besoin de repos. Et toi, tu as besoin de nous. Un clan doit toujours être réuni quand un des siens est dans la peine.

- Merci.

Du bras, Albator étreignit les épaules d'Alguérande.

- Combien de temps… ?

- Elle a tenu bon près de dix jours. Là, les médecins ne lui en donnent plus qu'un.

- Seulement ! ?

- Oui, murmura le jeune homme d'une voix brisée d'émotions et de fatigue.

Albator retira doucement son petit-fils des bras de son père qui avait sombré d'un seul coup dans le sommeil.

- Dors un peu, Algie, il te faudra bien toutes tes forces pour que tu auras à affronter durant les vingt-quatre prochaines heures !


Plus tard, en début de soirée, les portes s'ouvrirent sur un Alveyron adulte qui s'approcha de son père toujours endormi

- Un Elixir pour une vie, chuchota-t-il à son oreille.

- Mais, il ne peut servir qu'une fois ! réagit télépathiquement Alguérande, son rêve plus réel que jamais.

- Tu n'y as plus droit. Maman en a grand besoin !

- Ca suffira ?

- Non, mais ensuite l'Arbre de Vie l'aidera. Il est très bienveillant envers notre lignée !

- Mais l'issue n'est absolument pas garantie, soupira Alguérande. Elle l'a été pour moi, à plus d'une reprise ! Même avec l'Elixir, il est possible que…

- Si tu ne le tentes pas, tu ne le sauras pas. Il te faudra de toute façon beaucoup de patience et de courage, mon papa !

- J'ai tellement peur !

- Je sais, et moi donc !

Alguérande s'agita un moment avant de rouvrir les yeux.

- Pouchy où es-tu ? Tu viens bien ramener tes fesses, au trot ?

- J'ai cru que tu n'allais jamais le demander ! remarqua Pouchy en apparaissant. J'ai cru que tu ne te souviendrais jamais de l'Elixir de Vie ! ?

- J'ai un fils merveilleux, un peu trop changeant en âge à mon goût, mais il est toujours là quand il le faut !

Pouchy étreignit son aîné à la chevelure fauve toujours méchée de noir.

- Je vais administrer l'Elixir à Madaryne, ensuite je l'emporterai avec moi pour la confier à Torien. Mais comme l'a dit Alveyron, le pire pourrait toujours arriver, demeure prêt à l'encaisser, à t'y préparer.

- Je ne pourrai jamais être assez fort pour ça. Et après cette journée, mon général me renvoie sur le Pharaon. Merci d'être là toi aussi, mon Pouch'. La propre grossesse d'Alcéllya est très pénible, elle doit demeurer allongée, sinon elle serait accourue aussi !

- Je vais auprès de Madaryne, ensuite je te laisserai lui faire tes adieux.

Alguérande se contenta d'un sanglot pour commenter la dernière phrase de son cadet blond.