V
4.
- Je t'aimerai à jamais, Madaryne. Et j'espère de tout cœur que ce ne soit qu'un au revoir. Ne me laisse pas seul avec nos enfants, c'est une vision insupportable !
- Je peux ? glissa Pouchy.
- Oui… Que va-t-il se passer ?
- Je lui fais boire les gouttes d'Elixir de Vie. Je l'amène à l'Arbre de Vie. Torien va l'accompagner dans ce long voyage entre vie et mort. Je répète que je ne promets rien quant à l'issue… Sois toujours prêt à entendre le pire, un jour.
- Je ne pourrai que le redouter à chacun instant qui passera désormais, soupira Alguérande. Et je ne veux plus me faire aucune illusion. Ça m'aidera à supporter la vérité, le moment venu.
- Tu repars au Pharaon ? interrogea Albator.
- J'ai à finir la mission, le congé accordé pour une naissance a déjà été prolongé par autorisation spéciale.
Alguérande hoqueta.
- Au moins, je n'aurai pas à empiéter sur de funestes congés pour décès !
- Ca va aller, Algie ? insista son père, le soutenant d'un bras ferme autour de ses épaules.
- Oui, tu peux cesser de me tenir, tu n'as pas à anticiper mon effondrement, je ne vais plus m'évanouir, une énième fois, suite à un choc émotionnel trop inacceptable, comme une chiffe molle. J'ai des responsabilités, je ne puis me permettre de faillir !
Alguérande se tourna vers Pouchy et Torien, ce dernier ayant Madaryne entre les bras.
- A bientôt, promit ce dernier.
- Adieu, jeta lugubrement le jeune homme.
Son frère et son ami repartis, Alguérande se serra contre son père, laissant libre court à ses larmes.
Il se ressaisit après quelques instants.
- Je vais voir les jumelles, elles peuvent quitter la Maternité, elles seront officiellement présentées à leurs grands frères !
Le regard assuré, le corps légèrement vacillant, Alguérande se dégagea de l'étreinte de son père, embrassant sa mère au passage, bénéficiant de l'accolade de son aîné et de sa belle-sœur.
- Merci d'avoir tous été là, je dois retourner à mes obligations. Prends soin de mes bébés, maman, je reviendrai dès que possible !
Le jeune homme hoqueta.
- Ensuite, avec ou sans le général Hurmonde et son demi-frère, il semble que ma carrière soit finie : j'ai à m'occuper de mes quatre enfants et c'est bien là un boulot à temps plein ! Merci, à vous tous, d'avoir été là ces derniers jours.
Prenant au maximum sur lui, Alguérande quitta la chambre des Soins Intensifs de la Maternité, pillant sur le seuil à la vue de celle qui venait d'arriver.
- Shynovaé !
- Shynovaé Kordenbach, ta collègue de l'Académie ? souffla Alhannis à l'oreille de son cadet à la chevelure fauve et noire. La colonel du l'Impérial ?
- Oui, elle fait une remarquable carrière, exemplaire. Les étoiles de générale lui sont promises. Elle est merveilleuse et nous le savions depuis l'Académie Militaire !
Alguérande se tourna vers son ancienne compagne de chambrée.
- Tu es en congé ?
- Je finirai ma mission dans quelques semaines. Si tu acceptes, je pourrai venir, à Heiligenstadt ?
- Je ne sais pas… Je pensais passer ce temps avec mes enfants.
- Oui, je comprends, j'ai été très maladroite ! Je te prie de me pardonner ! Et je ne voulais surtout pas anticiper sur une finalité funeste pour… Je suis si gauche quand il s'agit de personnes tenant autant à mon cœur !
Alguérande eut un soupir alors qu'ils atteignaient l'appartement de la station spatiale.
- Je suis heureux que tu sois là. Mais, excuse-moi, mon cœur n'aura jamais qu'une femme en lui !
- Je comprends, c'est magnifique ! Moi, j'ai sacrifié ma vie de femme à ma carrière. J'ai eu un grand amour, un jour, mais il partait déjà vers d'autres horizons.
- Et tu l'as laissé filer ?
- Il était promis à mieux.
- Je ne comprends pas…
- Je te laisse, à présent. Je ne voudrais surtout pas m'imposer. Ce n'est pas ma place. Regagnons nos cuirassés !
- Plus tard.
Deux précieuses vies entre les bras, minuscules, tenant entre les paumes de ses mains, Alguérande oublia complètement sa visiteuse pour se rendre auprès de ses aînés pour leur présenter leurs petites sœurs.
