5.
Au retour de son commandant à bord, Gander l'avait longuement étreint.
- Et tu vas tenir le coup ? s'enquit-il tandis que l'ascenseur les emmenait vers les appartements du jeune homme.
- Il le faudra bien. J'ai quatre enfants et j'aurai à m'occuper d'eux sitôt la mission clôturée. Je ne peux pas les laisser éternellement à la charge de ma mère et de nounous. Ils ont besoin de moi, et moi d'eux.
- Comment auras-tu des nouvelles de Madaryne ?
- Uniquement quand l'Arbre de Vie la rendra, qu'il ait pu la guérir, ou non.
- Et, quelles sont ses chances ?
- Pouchy et Torien sont très pessimistes. Elle n'a pas de chromosome doré, aussi le pouvoir de guérison va l'éprouver durement…
- Je vois, le remède est autant un mal pour elle. Comment est-ce que les gamins le prennent ?
- Oralys est bien trop petit. Il pleure en réclamant sa maman. Alveyron aussi, mais il a les sursaut de ses pouvoirs et se projette régulièrement sous sa forme adulte maîtrisant parfaitement ses pouvoirs. Dans cette projection de son lui futur, il est plus jeune que moi, mais ses talents n'ont plus de secrets pour lui. Moi, j'ai encore du chemin à faire !
- Comment cela ? interrogea le Mécanoïde alors que les portes du salon s'ouvraient sur leur passage.
- Mes émotions me parasitent encore trop. Je ne peux que le conclure à mes mèches d'ébène.
- Mais, tu as fait la paix avec ton passé. Le Monarque n'est plus ! protesta le lhorois.
- Oui, ce passage de ma vie ne devrait plus avoir lieu d'être. Je ne comprends pas, Gander ! Quelque chose doit subsister, m'empêchant d'atteindre mon équilibre. Il y a encore des forces incontrôlables en moi, et c'est bien parce que je ne les identifie pas qu'un souci demeure. J'espère au moins ne plus mettre les miens en danger, ou les obliger à venir à mon secours !
- Je crains que tu ne puisses pas avoir cet apaisement. Au moindre de tes soucis, ils accourront tous !
- Je sais…
- Tu veux que je reste un peu ?
- Non, pas aujourd'hui.
- Je te revois alors demain, sur la passerelle.
Alguérande inclina positivement la tête alors que Gander se retirait.
Salmanille sourit en entrant dans la nursery.
- J'adore te voir avec un bébé dans les bras !
- Ça aurait pourtant paru bien incongru pour ceux qui m'auraient croisé du temps où j'écumais la mer d'étoiles sous les ordres de Lothar Grudge ! remarqua son mari, avec un petit sourire.
- Ils ne savent pas ce qu'ils rataient, insista-t-elle.
- J'avoue que ça a surpris plus d'un de me voir trimbaler Alhannis sur le dos ! reconnut Albator.
- Les petites se portent bien ?
- Elles prennent du poids chaque jour. Elles n'ont plus besoin de surveillance médicale, assura-t-il en reposant les nouveaux-nés dans leur berceau de jour, tête-bêche.
- Elles sont belles, mes petites sœurs ? jeta avec fierté Alveyron qui avait trottiné jusqu'à eux depuis la salle de jeux voisine.
- Elles sont magnifiques. Dommage que ton papa n'ait pu en profiter que quelques jours. Mais il se rattrapera ensuite, avec vous tous ! promit sa grand-mère.
- Papa, triste…
- Oui, ta maman est malade, elle ne reviendra pas avant un moment.
Albator se pencha sur son petit-fils aux boucles de miel.
- Vas auprès de ta nounou, elle va finir de t'habiller, ensuite je te conduirai à l'école.
- Oh oui, papy !
Salmanille se rapprocha de son époux.
- Tu le conduis à l'école et puis tu rejoins directement l'Arcadia ?
- Comme prévu. Tout est bien organisé ici, vous pourrez attendre tranquillement le retour d'Alguérande.
- Tu essayeras de le croiser durant ton vol ?
- Il doit finir sa mission, je ne vais pas le déranger, mais tout comme toi, je l'appellerai souvent. Je serai de retour peu après qu'il soit revenu ici. Là, je pourrai être auprès de lui, s'il le désire.
- Il aura grand besoin de nous, en effet. Qui sait d'ici là, on aura peut-être des nouvelles de Madaryne, de bonnes nouvelles !
- Il le faut. Ils sont comme nous, fusionnels au possible, et les enfants ne peuvent demeurer sans leurs parents !
Salmanille eut un soupir.
- Et si le pire se produisait ? lâcha-t-elle après un long moment d'hésitation.
- Il leur faudrait apprendre à vivre avec ce vide, avec ce manque, il n'y a pas d'autre solution !
- Je n'ose imaginer le drame…
- C'est l'incertitude actuelle qui ne peut qu'être le plus insupportable pour Alguérande. Même si ça devait lui briser le cœur, il préfèrerait savoir une fois pour toutes. Nous devons espérer que Madaryne lui reviendra, y croire, pour lui transmettre notre foi.
- Il pourra compter sur nous.
Et ce fut avec un mutuel réconfort qu'ils échangèrent un baiser.
