6.
A quelques minutes de l'arrimage du Pharaon au dock orbital militaire où il serait entièrement révisé avec son prochain vol, Gander s'était rapproché d'Alguérande.
- Si Pesgold était l'Unique, comment le général Hurmonde peut-il toujours croire qu'il était en mission à notre bord, à son instigation ? murmura-t-il afin de n'être entendu que du jeune homme.
- Mais, parce que c'était bel et bien le cas ! L'Unique contrôlait le corps de Pesgold pour me sauter dessus à la première bonne occasion. Entre-temps, c'était bien le demi-frère de notre général qui opération sa mission d'espionnage et de cassage ! Et quand l'Unique est passé à l'action, Pesgold s'est retrouvé sur Terre, devant sans doute rapporter qu'il n'avait rien pu monter contre moi ! J'en aurai confirmation lors de mon entrevue avec le général. Les entités du surnaturel modifie nos fils de vie selon leurs caprices, avec logique, ou non, afin que la plupart d'entre-nous ne soupçonne pas un instant leur existence !
- C'est quand même un peu tarabiscoté !
- Rien n'est simple avec les entités du surnaturel, et elles sont toujours là où on ne les attend pas ! D'autres questions, Gander ?
- Pourquoi l'Unique, justement, ne t'a-t-il pas collé aux basques depuis l'instant où Alveyron t'a subtilisé sous son nez. Il aurait dû ne pas décolérer et repartir en guerre illico ! ?
- Ça me surprend. Là, je n'ai pas d'explication, Gander ! Qui sait, cela s'éclaircira sans doute à la prochaine rencontre.
- Je pourrai venir te visiter chez toi ?
- Oui, je ne ferai que quelques escapades avec les enfants, pour leur changer les idées. J'aurai plaisir à te recevoir.
- Merci. Ta navette est prête au décollage.
- Bien, je vais faire mon rapport, puis je rentre chez moi !
Joal Hurmonde avait reçu le commandant du Pharaon à son arrivée.
- Je suis désolé des conséquences de la naissance de vos jumelles. A présent, pour de toutes autres raisons qu'à votre départ il y a neuf mois, vous avez à repenser à votre avenir dans la Flotte. Je serai à votre écoute, quelle que soit votre décision. Mais, aujourd'hui, nous ne pouvons plus que parler de façon professionnelle.
- Merci, général. Le colonel Pesgold nous a quittés en fin de mission, j'imagine qu'il vous a fait rapport depuis longtemps.
- Oui. Évidemment, il fallait que cette mission se déroule sans aucun souci ! Le colonel Pesgold a cependant continué à vous suivre jusqu'au bout, mais n'a rien pu noter de particulier dans son rapport. A présent, j'attends le résumé condensé de ce que vous avez noté dans votre propre rapport des neufs mois écoulés.
En situation familière, Alguérande se détendit légèrement et détailla les principaux moments marquants de sa mission de surveillance.
La berline rentrant dans la cour intérieure du château familial, Alguérande tressaillit à la vue de deux silhouettes debouts sur le perron.
- Pouchy, Terswhine !
- Nous nous sommes installés pour la durée de tes congés. Nous serons là, si tu le désires.
- Je suis si heureux de votre présence ! On se revoit tout à l'heure !
Et toujours en manteau militaire, Alguérande se précipita vers la nursery.
Oralys assis au milieu de ses jouets, Alveyron avait pris plus que jamais très au sérieux son rôle d'aîné.
Mains accrochées au berceau de ses petites sœurs, il leva son visage rond et rose vers son père.
- J'aide à tout, papa ! déclara-t-il fièrement. Manger, habiller, baigner !
- Les changer ? sourit Alguérande.
Alveyron plissa comiquement le nez.
- Ça sent trop mauvais et ce n'est vraiment pas beau à voir ! Tu es fâché, mon papa ?
- Je suis très fier de toi, mon grand ! assura Alguérande en caressant tendrement les boucles de miel du garçonnet. Tu t'occupes très bien de tous tes cadets. Maintenant que je suis là, je vais pouvoir le faire aussi.
Alveyron se serra contre les jambes de son père.
- Content !
- Je suis tellement heureux de te retrouver, mon guerrier miniature, fit passionnément Alguérande en s'agenouillant devant le garçonnet, effleurant doucement du bout des doigts la balafre qui traversait sa joue gauche. Tu ne la regrettes toujours pas ?
- Je suis comme toi et papy !
Alguérande prit l'aîné de ses enfants dans les bras, s'approchant de la fenêtre donnant sur le parc.
- Je ne vais guère te quitter durant les prochaines semaines, mon petit héros. Nous attendrons ici des nouvelles de ta maman. Ensuite, je pousserai jusque Terra IV pour être au plus près, un moment.
- Mon papa, roucoula Alveyron en nichant la tête contre son épaule.
Se retournant légèrement, il engloba du regard Oralys encore entièrement innocent de tout ce qui se passait, et les jumelles en pleine sieste après un grand biberon.
« Nous serons un jour à nouveau au complet, il le faut ! ».
En début de soirée, un taxi s'était arrêté devant l'entrée principale du château d'Heiligenstadt.
Chevelure noire tirée en une queue de cheval, en tailleur prune qui soulignait la finesse de sa taille, perchée sur de vertigineux talons, le visage légèrement et parfaitement maquillé, la colonel de l'Impérial en descendit, accueillie par un stylé majordome qui fit immédiatement emporter son bagage.
Alguérande était venu embrasser la visiteuse.
- J'arrive tôt, mais je ne pourrai pas rester autant que je le voudrais, j'ai à préparer soigneusement ma prochaine mission car je dirigerai une flottille d'exploration et donc ça va exiger un travail considérable. Et je voulais passer le plus de temps avec toi.
- J'apprécie que tu m'accordes du temps. J'ai bien besoin de toutes les présences amicales en ces moments !
- Je n'en doute pas. Compte sur moi, assura la jeune femme en glissant son bras sous le sien.
