8.
Après s'être annoncé, Alguérande était rentré dans la chambre de Shynovaé.
- On va venir prendre tes bagages. Le temps a passé si vite, j'ai l'impression que c'était hier que tu les défaisais !
- Tant mieux si les jours se sont rapidement succédés. Bien que je sache que tu as toujours la même angoisse au cœur. Et j'ai vu comme tu as câliné tes enfants, leurs rires faisaient plaisir à entendre !
- Kya et Pya sont de vrais bonheurs. Elles gazouillent entre deux sommes et sont très réactives.
- Tu as une merveilleuse famille, Algie, sourit la jeune femme. Tu as su la concilier avec les obligations professionnelles. Moi, je n'ai pas voulu faire ce choix et je me suis concentrée sur ma carrière.
- Tu le regrettes ? interrogea Alguérande.
- Parfois…
- Il est encore temps, remarqua-t-il. Tu n'as que vingt-six ans !
Shynovaé eut une moue chagrine.
- Je crois qu'il me manque surtout celui avec qui je voudrais passer ma vie, qui comprendrait et partagerait mon quotidien, que nous regardions dans la même direction chaque jour de l'année. Si un tel homme existait, je ne supporterais pas d'être séparée de lui des semaines durant entre deux escales !
- Là, tu en demandes beaucoup, glissa Alguérande avec un petit sourire.
- Justement, une perle rare, ça ne court pas les rues, et il faut arriver à temps pour mettre la main dessus !
- Je suis sûr que tu trouveras. Peut-être cherches-tu trop loin ce que tu as à portée ?
- C'est bien mon ressenti. Mais c'est ainsi. Et à présent j'ai à préparer les cinq ans d'exploration ! Nous partirons néanmoins ensemble et nous aurons un bout de chemin commun !
- Ça me fera très plaisir, assura Alguérande. Finis de te préparer, je vais t'attendre en bas.
Du regard, Shynovaé le suivit qui quittait l'appartement.
« Oui, juste à portée de main et je t'ai laissé partir… ».
- On s'appelle de temps en temps, puis nous nous rejoignons pour l'envol ? résuma Alguérande après avoir embrassé la voyageuse sur les deux joues.
- Comme on a dit ! Il te reste un mois, câline bien tes petits bouts, ils auront grand besoin de ses souvenirs d'amour une fois que tu seras parti… Tu es sûr de ne pas vouloir demander une prolongation de congés exceptionnelle ?
- Je ne peux plus rester ici à me ronger les sangs. Je dois faire quelque chose, n'importe quoi - ce que je fais le mieux : diriger le Pharaon.
- A bientôt, fit Shynovaé en lui caressant la joue. Tu sais que tu peux toujours compter sur moi, je suis là quand tu veux !
- Tu es une amie précieuse, j'ai beaucoup de chance de t'avoir !
Après avoir fait signe à son amie dont le taxi s'éloignait, Alguérande rentra dans le hall principal, monta l'escalier, trouvant sa mère au-dessus des marches.
- Elle est partie… Elle aussi, soupira-t-il.
- Nous sommes là, rappela doucement Salmanille. Tant de choses te lient à Shynovaé, mais nous sommes ta famille. Nous ne t'abandonnerons jamais ! Le dîner sera bientôt servi.
- Je n'ai pas faim. Je resterai dans ma chambre.
- Je te ferai quand même porter un plateau.
Revenant dans son appartement, Alguérande se dirigea vers sa chambre, se tenant devant l'une des fenêtres lui donnant à voir la route sillonnant le domaine et il pouvait aisément imaginer la progression du taxi de son amie.
- C'était tellement bon de t'avoir auprès de moi. Je pouvais tout te confier, tu prêtais toujours une oreille attentive et une épaule amicale. Il fait si vide à présent… Oui, le vide est plus grand que jamais !
Il s'appuya dos au mur, yeux clos, les cils emperlés de larmes qui refusaient de jaillir.
Le jeune homme serra les poings et plus encore la mâchoire pour ne pas hurler le désespoir qui montait soudain, l'envahissait.
- Je dois tenir pour les petits afin qu'ils ne s'inquiètent pas trop, également pour mes parents sinon ils passeraient leur temps à me couver et ils ont le droit d'en avoir pour eux. Mais ça devient beaucoup trop dur ! Et tu es partie, Shyno… Ta présence m'était devenue indispensable, elle me permettait si souvent de penser que Madaryne était encore là, c'est elle que je voyais parfois quand je te regardais !
Une larme roula enfin sur sa joue.
- Je commence à redouter le pire, Madaryne. Tout comme je sais à présent qu'il me serait impossible de vivre sans toi !
Secoué de sanglots, libérant toutes les émotions qu'il contenait la plupart du temps pour sourire à ses enfants, Alguérande se laissa glisser au sol.
Perdu dans son chagrin, il sentit à peine Pouchy qui était rentré dans la chambre le prendre dans ses bras pour tenter de le réconforter.
