9.
Torien, la projection physique de l'Arbre de Vie, sourit à Pouchy qui venait de se matérialiser.
- Je suppose que je n'ai pas à te rappeler que ce voyage était inutile.
- Ça ne m'a pris que le temps d'un battement de cils.
- Mais c'était en pure perte, insista Torien, je ne perçois rien de Madaryne qui est au cœur de l'Arbre pour sa régénération. Il faut attendre qu'il nous la rende.
- Et si elle était déjà…
- Elle aurait réapparu.
Torien posa ses mains sur les épaules du jeune homme blond.
- Je sais que c'est dur à avaler, mais l'absence de nouvelle doit être prise comme un signe positif ! Ah l'impatience légendaire des Humains !
- Et vu notre durée de vie limitée, attendre des mois peut s'apparenter à une éternité et quand autant d'émotions sont en jeu, il est difficile de tenir le coup, de trahir le moins de sentiments possibles justement !
- Que veux-tu me faire comprendre ? s'étonna Torien. Faisons quelques pas, je te prie.
Un long moment, Pouchy n'avait rien dit et Torien avait respecté son silence.
- J'ai longtemps cru qu'Alguérande maîtrisait les talents particuliers qui s'étaient révélé à lui au fur et à mesure, commença-t-il enfin. Je me trompais profondément.
- Je trouve qu'il s'en est tiré très bien depuis toutes ces années ! Et j'ai pu le suivre depuis le tout début !
Vivement, Pouchy secoua la tête en un signe négatif.
- Plus le temps passe, plus il a du mal, au contraire ! jeta-t-il, le visage bouleversé par l'inquiétude. La dernière fois, Phernelmonde s'est servie de sa détresse d'enfant solitaire et maltraité pour faire surgir le Monarque.
- Oui, mais c'est fini, vous l'avez apaisé, tous.
Pouchy soupira.
- A présent, il n'est plus que fureur impuissante, depuis un bon moment déjà. Je n'ose imaginer ce qu'il va créer à présent ! ?
Torien eut un soupir qui se voulait apaisant.
- Aucune entité ne le manipule cette fois. Tout ira bien, Pouch'. Ne t'en fais donc pas ! Tu dois néanmoins te faire bien du souci pour lui si tu es venu aujourd'hui jusqu'ici ?
- C'est Algie qui est terrorisé de l'avenir… Un futur où au fil des semaines il ne voit plus Madaryne… Et pour protéger ses enfants et nous tous, il garde les sentiments pour lui, et ça le mine. Heureusement qu'il s'est laissé aller l'autre jour, sinon l'explosion aurait certainement pu être dramatique !
- Je suis désolé, Pouchy, je ne peux pas t'apaiser.
- Un conseil ? pria le jeune homme d'une toute petite voix.
- Continue d'être auprès d'Alguérande. Il n'y a rien de plus à faire.
- Il ne va plus accepter ce rôle passif encore bien longtemps… gémit encore Pouchy. Et ses mèches ? Pourquoi a-t-il toujours des mèches noires ?
- Il le découvrira le moment venu.
- Tu sais que même moi, tu m'exaspères ? ! avoua Pouchy en tournant les talons.
Revenant près de l'Arbre de Vie, figé, immuable, éternel, il aperçut Terswhine.
- Tu n'aurais pas dû faire ce voyage !
- Ça ne m'a pris que le temps d'un battement de cils.
- J'ai déjà entendu cela, gloussa Pouchy. Je l'ai bien mérité. Tu es parfaite, ma sublime Sorcière d'Orishmir !
- Et toi, tu n'as pas dit toute la vérité à Torien quant à l'état de santé d'Alguérande, reprocha-t-elle doucement à son époux.
- C'était de toute évidence inutile. Il savait déjà tout avant la fin du battement de cil de mon voyage ! Il a été très patient en m'écoutant et en me répondant… par énigme.
- C'est tout notre Torien ! rappela la belle blonde. Il nous laisse notre liberté de réfléchir, de tirer nos conclusions – bonnes ou mauvaises, nous sommes Humains – afin de ne pas changer ou trop emmêler les fils de nos destinées.
- Avec Algie, et ses petits ayant un chromosome doré, vous êtes aussi les enfants de la destinée, et vos fils de vie sont intrinsèquement mêlés, cela durera toute votre vie.
- Je préfère quand tu te mets à mon niveau, rétorqua Pouchy avec une légère grimace. Tu es éternelle et moi encore Humain, j'ai parfois du mal à te suivre !
- Un jour, nous serons égaux. Mais il est encore trop tôt pour cela, tu es si jeune ! Comme pour Madaryne, le Philtre d'Immortalité te ferait tant de mal. Tu dois encore apprendre, grandir, forcir. Ensuite, nous aurons l'éternité, au sens propre. Maintenant, qu'elles sont tes intentions, Pouchy ?
- Je veux rentrer chez moi, là où je suis né, auprès des miens !
- Comme tu as raison, mon amour, sourit Terswhine en lui prenant les mains.
