11.
Agenouillé au milieu des siens, Alveyron riait aux éclats, ayant ouvert ses cadeaux.
Un peu à l'écart, son père l'observait.
- Ce n'est pas ainsi qu'il aurait dû passer son anniversaire…
- Tu as pourtant fait venir ses copains de la station spatiale ! remarqua Pouchy qui lui tenait compagnie.
- Evidemment, ici il a intégré la classe en cours d'année, il ne connaît pas encore grand monde.
- Il a l'air heureux, fit encore Pouchy.
- Il demeure un petit garçon, il a besoin de plaisirs simples. Il profite de l'instant présent. Mais il n'oublie pas que sa maman n'est pas là pour l'embrasser…
- Et toi, ça va ?
- J'ai eu un petit coup de mou, c'est passé. Je ne peux pas me permettre de flancher. Si je ne suis pas auprès de mes enfants, ce serait la catastrophe absolue ! se récria Alguérande.
- Mais tu ne peux pas non plus tout prendre sur toi, se désola son cadet.
- Qui le fera sinon ?
- Nous ! intervint Albator en se glissant entre ses fils. Tu peux profiter et abuser de nous. Quand tu repartiras avec le Pharaon, nous ne pourrons te suivre ! Ne sais-tu donc pas depuis bien longtemps qu'il faut savourer chaque instant présent car il pourrait être le dernier ?
- Si… Mais ce n'est pas toujours facile à mettre en œuvre, soupira Alguérande. Je suis loin d'être aussi solide qu'on peut le penser, surtout si je suis privé de la moitié de mon cœur !
Mais en dépit de ses sombres propos, le jeune homme sourit largement alors qu'Alveyron venait vers lui avec une part de gâteau.
- Sois pas fâché, papy, c'est d'abord pour mon papa !
- Tu as bien raison, Alfie. Et je suis assez grand pour aller en chercher une.
- Mais je tiens à te l'apporter ! sourit le garçonnet en repartant vers la pièce montée.
- Cet enfant est une lumière, murmura Pouchy. Et je sais de quoi je parle !
- Là, ne serait-ce qu'un instant, je voudrais le voir adulte…
Pouchy eut un petit rire.
- Désolé, Algie, ça ne fonctionne pas ainsi !
Une bonne s'approcha d'Alguérande.
- Un cadeau vient d'être apporté pour le petit, Monsieur.
- De qui ? s'étonna Pouchy. Nous sommes tous réunis !
- C'est Shynovaé, renseigna son aîné à la chevelure méchée de noir. Elle m'a demandé la permission de lui en envoyer un, expliqua Alguérande en se dirigeant vers les enfants pour s'assurer que tout allait bien.
Pouchy jeta un coup d'œil à son père.
- Elle a beau avoir eu l'autorisation d'Algie, je trouve cela très cavalier ! commenta-t-il. Elle est l'amie d'Alguérande mais elle n'a pas à se rapprocher ainsi des petits ! Je me trompe, papa ?
- Depuis trente ans, j'ai appris à détester que ta mère ait raison ! grinça le grand brun balafré.
Le château tranquille, Salmanille était entrée dans la salle tropicale.
- Je peux m'asseoir près de toi, Algie ?
- Bien sûr, maman. Tu veux que je sonne pour qu'on nous apporte quelque chose ?
- Non, nous sortons juste de table. Alors, Alveyron a-t-il été content de sa soirée d'anniversaire ?
- Voilà quatre jour qu'il n'arrête pas d'en parler, donc je pense qu'on peut en déduire que ça lui a plu ! sourit le jeune homme.
- Je suppose que ça a été dur pour toi ?
Alguérande sourit à sa mère.
- Arrêtez donc tous de croire que je suis en sucre !
- Mais nous ne voulons pas non plus que tu te résignes, glissa doucement Salmanille. Tu quittes la maison à la fin du mois, ça ne te laisse qu'une dizaine de jours pour faire le plein de forces et partir avec le Pharaon.
- Je connais parfaitement mon planning, maman !
- Je ne doute pas que tu prépares soigneusement cette nouvelle mission. Ce n'est pas celui qui nous préoccupe, évidemment.
- Ça ira. Il le faut, tout simplement.
Salmanille fit la grimace.
- Comme je le disais, tu te résignes lentement à ce nouveau quotidien, sans Madaryne…
- Avant, c'était l'espoir que j'entretenais qui vous inquiétait !
- Ce n'est pas faux, admit Salmanille en se levant pour faire quelques pas entre les plants exotiques qui montaient à plusieurs mètres de hauteur. Je crois que dans ta situation présente, chacun des sentiments qui t'anime nous angoisse. Sans doute parce que nous ne savons pas comment t'aider.
- Pourtant, papa, Pouchy, Alhannis lors de ses passages, n'ont cessé de répéter qu'ils étaient là, que j'avais à le savoir, que c'était tout ce qui importait, quoi que je dise ou fasse, ou le contraire ! J'ai apprécié, ça m'a soutenu tout au long de ces trois mois, et ça m'a donné toutes les forces nécessaires ne doutez de rien.
- Je ne suis pas sûre de pouvoir te croire entièrement, mais je vais faire semblant !
- Merci, maman. Viens, allons dans le salon, on va essayer de convaincre ton père de nous servir un autre digestif.
- Il a intérêt !
