15.

- Je suis assez grand pour rejoindre tout seul le Pharaon.

- Je m'inquiétais pour toi, répondit simplement Gander. Je n'ai eu aucune nouvelle !

- Désolé, j'ai oublié, reconnut Albator.

- Je me suis dit que tout allait bien, enfin façon de parler, bien sûr.

- Oui, on va dire ça, convint Alguérande.

- Tu as au moins l'air plus reposé, reprit le Mécanoïde.

- Pouchy s'en est occupé, sans me demander mon avis au demeurant, grinça Alguérande.

- Il ne fallait pas épuiser toute ton énergie, rétorqua simplement l'incriminé.

Alguérande lui tira la langue, faisant claquer la boucle de sa valise.

Il fronça ensuite les sourcils.

- Pas à moi, Gander ! Tu n'es pas venu que pour porter mon petit bagage ! ?

- En effet. J'ai reçu des informations provenant de Joharno, si tu te souviens, Algie ?

- Escale de mauvais et bon souvenirs. L'usine à chiots et Lumen !

De la tête, le lhorois approuva.

- L'usine à chiots, justement. Elle va être fermée, définitivement !

- Quelle bonne nouvelle !

- En revanche, cette fermeture est liée à une condition. Les animaux qui ne sont pas trop esquintés doivent impérativement trouver des adoptants pour pouvoir sortir. Et ceux de Joharno n'aiment que les chiens de race parfaitement LOF ! Les pauvres créatures de l'usine n'ont aucune chance de partir. D'ailleurs, ceux qui exigent trop de soins seront immédiatement euthanasiés.

En un réflexe, Alguérande se tourna vers son père.

- Papa ? !

- Du moment que ce n'est pas un orchestre de batterie que tu veux monter au château.

- Tu es d'accord ? insista son fils à la chevelure fauve méchée de noir.

- Oui. Si ça peut te faire sourire, je suis prêt à tout t'accorder ! Et puis, cela mettra un peu d'animation au domaine !

- De quoi parlez-vous, tous les deux ? s'étonna le lhorois.

- On va construire un chenil au château. Les chiens auront tout l'espace et les soins nécessaires. Peut-être que chez nous ce sera plus facile d'en faire adopter la plupart, sinon nous les garderons. Ils seront enfin en paix. Et moi je me rends utile, ça change ! Vous pouvez me laisser un instant, je voudrais retourner à l'Arbre de Vie ?

- D'accord, firent son père, son cadet et Gander.


Se retrouvant devant l'Arbre éternel, le jeune homme sentit à nouveau les émotions s'agiter en lui.

- Je t'attendrai, Madaryne, patiemment. Je te promets de ne plus péter les plombs ou de me laisser sombrer. Enfin, je vais essayer ! Dans la famille, nous ne sommes que sentiments extrêmes, et les tripes l'emportent si souvent sur la raison !

- Ce qui fait de vous des proies idéales ! rugit une voix bien connue.

Alguérande pivota d'un bloc.

- L'Unique ! Tu ne m'avais donc pas oublié ? soupira-t-il.

- Comment le pourrais-je ? ricana le dragon écarlate. Tu es mon obsession comme je suis la tienne !

- Non, franchement, ma vie ne tourne pas autour de toi, moins que jamais ! gronda Alguérande en se mettant en position de combat.

Mais Pouchy approchant, le dragon disparut.

- Depuis quand tu fais peur, toi ? ironisa son aîné à la chevelure méchée de noir.

- Aucune idée ! Il ne t'a pas attaqué, c'est l'essentiel.

- Il faudra pourtant bien que nous l'ayons, notre explication, siffla Alguérande. Cet Unique n'a aucune logique : il se prétend mon ennemi, m'en voulant d'exister, et quand ce n'est pas Alveyron qui me prive du combat c'est ce dragon qui part à tire d'ailes !

Alguérande fronça les sourcils.

- Pourquoi donc cette apparence de dragon ?

- A nouveau aucune idée, reconnut Pouchy. L'essentiel est que tu n'aies rien ! Cette fois, tu repars avec la navette de Gander. Je t'y raccompagne.


Le Pharaon et l'Arcadia avaient quitté l'orbite de Terra IV, se dirigeant vers Tumélor, l'arrêt suivant prévu au planning du cuirassé militaire.

- Tu t'installes à mon bord, papa ?

- Oui !

- Tu ne sais donc pas qu'il faut demander la permission avant de vider ses malles dans les armoires ? s'amusa Alguérande.

- J'adore m'incruster ! rétorqua Albator. Et puis, j'ai mon fils terrible à tenir de mon unique œil ! Aldéran dirait qu'à deux siècles de distance, nous avons reproduit le même schéma familial : mon aîné doux et pacifique, le deuxième une pièce rapportée adorée et se révélant le Mâle Alpha balafré et promis à tous les combats !

- Nous sommes heureux, tout comme cet aïeul, c'est tout ce qui compte, non, papa ? Tu es là, j'apprécie… Je peux avoir un câlin ?

- Bien sûr !