16.
Le Pharaon tira une dernière bordée de missiles, faisant fuir les deux croiseurs pillards, virant ensuite sur son aile tribord pour revenir vers le cargo de transport désormais sauf.
- Gander, préviens leur capitaine que je me rends à leur bord pour faire le point. Je me rends à un tube d'arrimage. Tiens nos réacteurs prêts pour repartir ensuite.
- A tes ordres, commandant.
- Et que l'Arcadia demeure invisible, il n'est pas censé faire partie de cette intervention !
Rajustant sa veste d'uniforme, Alguérande quitta la passerelle.
- Mok Junguel, s'était présenté le capitaine du Logstyr. Je n'espérais plus que quelqu'un, de suffisamment lourdement armé, capte notre SOS !
- C'est bien en ce but que nous patrouillons ! Vos dégâts ?
- Ils ne nous empêchent nullement de voler, et nous réparerons au fur et à mesure de notre voyage.
- Je suis heureux de l'entendre.
- Et puis, nous avons plus de pièces de rechange que de nécessaire sous la main à présent, ajouta Mok Junguel. En fait, commandant Waldenheim, vu votre âge, vous n'avez rien compris à qui était la véritable proie !
- D'accord, réalisa Alguérande alors que des hommes en armes faisaient irruption, le braquant. Un piège grandeur nature. Vous étiez l'appât, pour nous.
- Vous ou n'importe quel vaisseau qui aurait répondu à l'appel, ricana le capitaine du cargo. Maintenant, j'ai de quoi négocier la reddition de votre cuirassé.
- Aucune chance. Les directives sont claires et mon second ne cèdera pas !
- Nous verrons bien ! En attendant, j'espère que vous apprécierez votre cellule !
Le second du Pharaon ne put s'empêcher de jeter un regard courroucé à son interlocuteur qui tournait comme un lion en cage.
- Même à un Mécanoïde comme moi, vous fileriez le tournis, Albator !
- Et au lieu de vous obstiner, laissez-moi y aller, siffla en retour le capitaine de l'Arcadia.
- Pour faire un massacre ? Ce sont des civils !
- Ce sont des pillards, aboya le grand Pirate balafré. Ils détiennent Alguérande. Et si vous ne vous rendez pas à leurs exigences, ils l'exécuteront purement et simplement.
- Le Logstyr n'est nullement désarmé, et avec ses deux croiseurs de comparses, ça rend l'opposition des forces très limite, pour nous. Et pour réagir à ce SOS, nous nous sommes désolidarisés des cuirassés menés par la colonel Kordenbach, sans appel de nous elle ne viendra pas nous épauler d'autant plus qu'elle a son propre plan de vol sous peu.
- Raison de plus pour que j'aille secourir mon enfant vu que mon Arcadia est obligé de ne pas se montrer afin de ne pas créer un fâcheux précédent dans les archives militaires, laissa froidement tomber Albator.
- Un enfant qui est mon commandant, rétorqua sans se démonter le lhorois. Lui et moi relevons de la Flotte terrestre, nous avons un règlement !
- Je n'en ai pas oublié une ligne, j'ai moi aussi commandé un cuirassé militaire, une seule fois, soit, rappela Albator.
- Désolé, moi je n'avais pas remis suffisamment vite le circuit sur ce fichier mémoire, j'avais mes systèmes mobilisés sur d'autres priorités.
- Et quelles sont vos intentions ? aboya encore le grand Pirate balafré. L'ultimatum de ce Junguel expire dans deux heures. Si vous persistez à m'empêcher d'y aller, envoyez vos commandos !
- C'est compliqué, avoua alors Gander. Le Logstyr a ses lettres de vol en règle, il passe pour un véritable cargo commercial, il est difficile de prouver qu'il est en réalité un appât pillard ! Je ne peux donc ordonner une opération commando et risquer des victimes…
- Le capitaine du Logstyr a introduit une communication, avertit Ark.
- Je la prends.
- Je réduits le délai d'une heure ! menaça Mok Junguel. Je n'ai vraiment pas de temps à perdre ! C'est votre commandant contre votre vaisseau !
- Hérésie, ne put s'empêcher d'intervenir le capitaine de l'Arcadia. Vous voulez ce cuirassé, la vie de son commandant vous importe peu, il est condamné de toute façon. D'ailleurs, même si le Pharaon se rendait, quel sort réserveriez-vous à son équipage ?
- Mais la capture et la revente sur les marchés, sourit Mok Junguel. Je pensais qu'un Pirate comme vous l'aurait deviné ! Tiens tiens, un balafré, un lien avec mon prisonnier ?
- Ça ne vous regarde pas, Junguel.
- Aucune importance, le lien du sang se lit sur vos visages ! Aussi, Pirate, regardez une dernière fois votre fils, car le second de ce cuirassé le condamne par son silence !
Albator frémit jusqu'au plus profond de son être alors que deux pillards qui le retenaient fermement par les bras présentaient à la caméra le visage tuméfié d'Alguérande. Le jeune homme fut retiré aussitôt de l'angle de prise de la caméra de la passerelle du Logstyr, ne laissant que Mok Junguel face à ses interlocuteurs, même si Gander aurait préféré que son turbulent passager ne se soit pas manifesté dans un sujet qui militairement parlant ne le concernait pas !
- J'ai encore une heure, ça me suffira, conclut le second du Pharaon en mettant fin à la communication.
L'assassinant du regard, Albator quitta la passerelle.
- Et évitez de faire quelque chose d'inconsidéré ! jeta le Mécanoïde.
Mok Junguel tourna la tête vers son prisonnier.
- Tu es donc le fils du capitaine de l'Arcadia, j'aurais dû le deviner à ton visage. Il n'est plus le sanguinaire Pirate qui nous rendait si fiers tout en nous faisant trembler, mais sa légende demeure ! J'ai donc fait la meilleure prise qui soit. Maintenant je sais que ton père et ton équipage ne te sacrifieront pas ! Tu peux les attendre paisiblement !
- Je ne leur permettrai pas de se lancer dans une opération idiote ! glapit Alguérande. Laissez-moi leur parler, ils obéiront sans provoquer de bain de sang !
- Mais, ça ne m'arrange pas du tout, sourit Mok Junguel. Je veux un massacre, ainsi je ne vendrai que les plus forts !
- De quoi ? ! hoqueta Alguérande.
- Ramenez-le à sa cellule, ordonna Mok Junguel. Et veillez à ce qu'il se tienne tranquille !
