17.
Téléporté à son bord, afin de ne pas trop éveiller l'attention du Logstyr par un vol en spacewolf, Albator avait fait le point avec deux interlocuteurs.
- Tu vas y aller, rien ne pourrait bien évidemment te retenir, commenta Toshiro.
- Pour ma part, comme je ne suis pas impliquée dans la confrontation entre le Pharaon et le Logstyr, je peux parfaitement envoyer mes commandos, ajouta la colonel de l'Impérial.
Albator approuva d'un bref signe de tête.
- Le règlement de la Flotte terrestre n'empêche absolument pas un commando de bord d'aller au secours d'un de ses pairs en difficultés et dans l'incapacité d'appeler à l'aide, fit-il.
Shynovaé fronça les sourcils.
- Et vous, capitaine Albator, quelles sont vos intentions ?
- Bien que l'envie m'en démange, je ne partirai pas à l'assaut du Logstyr. Le temps que je progresse, je serais immanquablement repéré et bien évidemment je condamnerais mon fils ! Je ne suis pas stupide !
Shynovaé passa la langue sur ses lèvres sèches.
- Il n'y a pas meilleur expert en abordages que vous, capitaine. Une suggestion ? pria-t-elle. Tout ce qui importe est de récupérer Alguérande. Je suis à votre écoute. Je ne me suis jamais retrouvée dans un tel cas de figure… J'ai extrait des prisonniers de forteresses sur un sol terrestre, pas d'un cargo, un seul captif… Soyez mon conseiller, je vous en fais la demande officieuse.
- Bien, écoutez-moi ! Nous allons synchroniser l'intervention avec le Pharaon, dans les règles de la Flotte ! jeta furieusement le grand Pirate balafré.
Apparaissant soudain, cernant le cargo et les deux croiseurs pillards, les cuirassés militaires projetèrent leurs frappes simultanées, les missiles perforant les coques en de multiples points soigneusement étudiés et choisis, leur tête s'ouvrant pour libérer du gaz qui envahit en quelques instants tous les niveaux et toutes les coursives jusqu'aux passerelles.
Lancé, le tube d'abordage de l'Arcadia perça les coques du Logstyr, à peu de distance de la cellule localisée grâce à sa balise du commandant du Pharaon.
Et mû par la plus irrépréhensible des rages, Albator s'élança, ses armes fétiches aux poings, par prudence, bien qu'il sache qu'il ne rencontrerait aucune résistance.
Le cosmogun ayant fait sauter la porte de la cellule, Albator se précipita vers Alguérande, sortant du sac à dos qu'il portait un kit d'assistance respiratoire.
- Inhale, Algie, ça va te faire du bien, murmura-t-il en posant le masque sur le visage de son fils. C'est un mélange spécial, il va dissiper les effets du gaz soporifique.
Après d'interminables instants d'attente, Alguérande eut un frémissement entre les bras de son père, décillant les paupières.
- Papa, tu es venu… souffla-t-il en respirant toujours le gaz revitalisant.
- Je serai toujours là, Algie ! Tu peux te lever, il faut partir, les effets des gaz des missiles ne durent que quelques minutes. Une fois que tu seras sauf à bord du Pharaon, nous pourrons atomiser ces pillards !
- Non, il faudra que nous les tenions en respect, le temps d'attendre les vaisseaux pénitentiaires, que les pillards soient capturés, pour ensuite passer en jugement, c'est ainsi que cela fonctionne, gronda machinalement Alguérande en finissant de se ranimer. Mais pour rentrer sur le Pharaon j'aurai besoin de ton appui, papa, j'ai bien trop la tête qui tourne encore.
- Je te tiens, mon garçon.
Debout, le regard encore vague, Alguérande eut un sourire un peu béat.
- Je t'aime, mon papa !
- Mais, j'espère bien !
Dans la salle d'attente du cabinet de soins des urgences du Pharaon, Shynovaé avait trépigné en attendant Gléa la nouvelle médecin-chef Mécanoïde.
- Alguérande ? jeta-t-elle quand la petite brune au visage constellé de taches de rousseurs sortit.
- J'ai soigné ses ecchymoses, posé un baume sur les écorchures, remis la hanche démise en place. Les deux côtes cassées se ressouderont d'elles-mêmes. Il n'a été battu que pour le chantage, pas pour vraiment lui faire du mal.
- Au vu de son état de santé, j'en doute ! siffla Albator. Il a été sévèrement passé à tabac !
Sur le seuil de la clinique du Pharaon, il se heurta presque à Gander.
- Oui, j'ai entendu, fit le Mécanoïde. Alguérande a été gratuitement mis à mal ! C'est pour cela que vous avez failli faire exploser le crâne de ce Mok Junguel, les caméras ont suivi tout votre parcours ! ?
- On ne s'en prend pas impunément à l'un de miens ! rugit Albator. Mais je ne peux pas tirer sur un homme inconscient et dans l'incapacité de se défendre. Faites rapport, si ça vous chante, je ne relève pas de la Flotte !
- Capitaine Albator, vous avez sauvé mon ami, je n'ai rien à dire. Et nous livrerons ces trois équipages pillards aux vaisseaux pénitentiaires, comme il se doit. Désolé pour vos envies de massacres !
- Je dois l'accepter, quoi qu'il m'en coûte, admit le grand Pirate balafré.
Mais ce fut d'un œil noir qu'il vit Shynovaé s'être précipitée dans la chambre d'observation pour se pencher au chevet d'Alguérande que les calmants avaient fait sombrer dans un profond sommeil.
