18.

L'instant de désolidarisation entre le Pharaon et l'expédition d'exploration menée par Shynovaé était arrivé.

Aussi cette dernière était venue sur le cuirassé d'Alguérande.

- Toi et moi n'allons plus nous revoir avant cinq ans. C'est une certitude. Mais concernant Madaryne et toi, c'est le flou le plus total ! Je suis là, moi, en cet instant ! C'est notre chance, notre unique chance.

La jeune femme caressa doucement la joue de son ami.

- Cinq mois… Ne me dis pas qu'un Mâle Alpha de ta lignée – comme vous dites – peut faire un nœud à sa queue aussi longtemps ? Tu es un homme, je suis une femme, c'est aussi simple que cela ! Et je t'aime, Alguérande ! Je t'ai aimé durant ces années à l'Académie, j'ai été heureuse de ton bonheur. Mais tu es et seras à jamais celui qui aura pris mon cœur !

Shynovaé se mit sur la pointe des orteils pour effleurer les lèvres d'Alguérande.

- Je t'aime, de tout mon cœur, de tout mon corps. Je t'offre les deux, Algie.

- Mais, tu es mon amie. Je ne t'aime pas ! Et même si je devais rencontrer ton vœu le plus cher, ce serait trahir le serment pur envers la seule femme que j'aime !

Alguérande eut un soupir.

- Bien sûr que tu me mets les sens en feu. Je crois même que tu n'œuvres ainsi que depuis que tu es venue à Heiligenstadt… Tu es une magnifique femme, mais quoi que tu aies fait, je n'aurais pas trahi le souvenir de mon épouse. A quoi donc pensais-tu ? Qu'espérais-tu ? Les Mâles Alphas sont comme les loups, ou les cygnes, ils ont une compagne pour la vie, sauf si la mort les sépare – et Madaryne est en vie, d'une certaine façon.

Alguérande effleura du doigt la joue de la jeune femme.

- Je sais ce que tu attends, mais je ne peux pas te le donner. Je suis désolé. Je suis celui que tu espérais, mais je ne serai pas à toi. Je ne te donnerai pas ces souvenirs de toute une vie. J'ai…

- Tu as Madaryne ! Comment ai-je pu avoir le moindre espoir face à elle, présente ou non ?

Shynovaé se racla la gorge.

- Il ne me reste donc que ma carrière. Et un jour je serai ta générale !

Elle rit, gentiment.

- Et là, je pourrai te donner des ordres que tu ne pourras refuser ! Je t'aime à en crever, Algie. A défaut de toi, tu acceptes de me laisser un souvenir, un peu plus qu'amical ?

- Bien sûr, sourit Alguérande en s'emparant des lèvres de la jeune femme pour un long baiser.

- Merci, Algie. J'avais fini par ne plus en espérer autant…

- Sois prudente durant ces cinq ans d'exploration, hors de toutes nos frontières, souhaita Alguérande. Tu ne disposeras d'aucune assistance…

- Je sais. Mais ça remplit tous mes désirs d'aventure ! Adieu, Alguérande Waldenheim, comme je le savais, le plus merveilleux homme qui existe !

Mais Shynovaé se retirant, Alguérande capta les regards furieux de son père et de Gander qui venus le voir n'avaient assisté qu'au baiser !

- Oh vous deux, foutez-moi la paix, pour une fois, ça me changera ! hurla le jeune homme en leur faisant claquer la porte aux nez !


Au soir chronologique du bord, Albator était venu avec un plateau supportant une bouteille de digestif et deux verres dans l'appartement de son fils.

- Je peux, Alguérande ?

- Oui, désolé pour mes propos de tout à l'heure… Gander et toi m'avez surpris dans une situation ambiguë, mais il n'y avait rien de répréhensible. Ou plutôt des adieux très poussés entre deux amis.

- Je sais, j'ai réfléchi, j'ai compris. J'ai juste eu peur, pour Mady et toi. Et Shynovaé est une femme accomplie et avec tout ce qu'il faut où il faut, comme c'est visible comme le nez au milieu du visage !

Albator remplit les deux verres ballons, en tendit un à son fils à la chevelure méchée de noir.

- Tu lui as résisté, cela n'a pu qu'être dur. Tu as été fidèle à Madaryne, je ne pourrai jamais être plus fier de toi, Alguérande !

- Heu, papa, quoi qu'il se soit passé, en bien ou en mal, ça ne regarde que moi. Et je n'aurais jamais supporté aucun jugement, quoi que j'aie fait ! Même à toi, je ne t'autorise pas à me juger !

- Mais tu n'as rien fait !

- Mais, maman et toi, vous en étiez tellement certains ! C'est offensant, ulcérant ! Papa, tu n'es plus le bienvenu à mon bord, va-t'en !

- Oui, Alguérande, tu es seul maître à ce bord…