20.
Serrant les dents sur les douleurs de son corps malmené, Alguérande s'assit dans le salon de détente attenant au Mess des Officiers.
- Je peux m'asseoir ? s'enquit Gander.
- Je t'en prie.
- Ton père a de nouveau défait ses malles ?
- Oui, je ne peux pas rester longtemps fâché avec lui. On s'est expliqués. Et puis, je vous avais donné toutes les raisons de redouter le pire.
- Nous aurions dû avoir confiance en toi.
Le jeune homme eut un léger haussement des épaules.
- Je n'arrête pas de passer d'un extrême à l'autre. Rien d'étonnant, finalement, à ce que l'Unique n'arrive pas à trouver le moment propice pour me choper ! persifla-t-il.
Il tendit la main vers sa tasse de café, grimaça, aussi le lhorois la lui passa.
- Merci. Enfin, maintenant, mon père et toi pouvez dormir sur vos deux oreilles, la flottille d'expédition de Shynovaé est loin !
- Et nous, nous allons vers Tumélor. Une escale de dix jours pour que tout l'équipage puisse souffler. Une halte qui promet d'être sans histoire !
Alguérande jeta un coup d'œil ironique à son second.
- Ne me dis pas que tu crois sérieusement à ta dernière phrase.
- Avec toi dans les parages, en effet, on peut émettre de sérieux doutes quant à cette affirmation ! concéda le Mécanoïde. Tu as été passer un check-up auprès de Gléa ?
- Les hématomes se résorbent. Le processus de guérison suit son cours.
- Tu as quand même été bien arrangé, reprit Gander. Junguel ne voulait pas te tuer, dans un premier temps, mais ses hommes ne se sont pas retenus non plus !
Le second du Pharaon se mordit la lèvre.
- Je ne pouvais pas te sortir de là, commandant. Le cuirassé et l'équipage primaient sur toi. Ma seule option véritable était d'entamer le combat !
- Je sais. Je connais le règlement aussi bien que toi ! Tu aurais commis une erreur, lourdement sanctionnée, si tu avais tenté de me récupérer !
Le jeune homme eut un sourire.
- C'était une tâche pour un Pirate !
- Oui, j'aurais dû me servir de son statut d'électron libre… La programmation « retors » n'est pas encore téléchargée en moi.
Alguérande aurait bien aimé s'étirer, mais c'était un mouvement trop rude encore pour ses muscles noués.
- Est-ce que tu as l'intention de provoquer l'affrontement avec l'Unique, afin d'en finir une bonne fois pour toutes ? interrogea le lhorois après un moment de silence durant lequel le jeune homme avait fini son café.
- Plus j'y songe, plus je me dis que ça pourrait être la meilleure des solutions. J'en ai plus qu'assez d'attendre, que ce soit pour Madaryne ou pour ce lézard ! L'ennui, c'est que je n'ai aucune idée de sa puissance, et je n'ai aucune envie de filer au suicide, pour une fois ! Alveyron l'a dit à mon père : il ne va plus se mêler de rien, et Pouchy est pacifique.
- Il y a tes autres amis, remarqua Gander.
- Ce n'est pas davantage leur combat ! gronda le jeune homme à la chevelure méchée de noir. C'est entièrement le mien, pour une raison qui m'échappe totalement !
Alguérande se leva, fit quelques pas jusqu'à une colonne, en saisit la tenture pour la triturer.
- Tu sais, Gander. C'est à Terra IV que ça m'a frappé : l'Unique est dragon.
- Et alors ?
Alguérande massa machinalement son épaule.
- J'ai des ailes de dragon ! Et s'il y avait un rapport ?
Le Mécanoïde eut un petit rire.
- Quoi, tu aurais un troisième père ? Ou un autre demi-frère ? !
- Je m'y perds, tout simplement, Gander ! soupira Alguérande, épuisé au possible.
- Vas te reposer, fit doucement le second du Pharaon. Je vais veiller sur le cuirassé.
- Merci, souffla le jeune homme en quittant la salle à pas lents.
Le sommeil étant venu comme une chape de plomb, Alguérande avait sombré profondément sitôt la tête sur l'oreiller.
Madaryne, l'Unique, Mok Junguel avaient opéré une véritables sarabande dans ses cauchemars, ce qu'il fit qu'il se réveilla encore plus éreinté qu'il ne s'était couché, une désagréable constante depuis des mois !
