22.
Alors qu'il se tenait auprès de la rivière avec Terswhine, Pouchy avait bondi sur ses pieds.
- Tu l'as ressenti, toi aussi, n'est-ce pas ?
- Oui, un terrible bouleversement du monde surnaturel. Et celui-là t'est familier.
- C'est le même que l'autre jour : l'Unique. Et s'il est revenu, c'est qu'il veut son combat contre Alguérande ! Et mon frère n'est certainement pas loin…
- Dans ces conditions, toi tu restes ici ! intima la Sorcière d'Orishmir en le retenant fermement par le bras.
- Tu n'as pas arrêté mon père quand il est venu s'informe d'Algie, l'autre fois. Tu ne me stopperas pas aujourd'hui !
- Quoi, tu aurais l'intention de te dresser contre moi ? remarqua la blonde créature.
- Pour Algie, je ferais tout !
- Mais tu n'es pas un guerrier. Tu ne l'as jamais et tu ne le seras jamais !
- Je peux transmettre mon énergie à Alguérande. Et s'il me voit, il saura qu'il a mon entier soutien !
Terswhine caressa tendrement la joue de son époux.
- Comme s'il pouvait l'ignorer. Ici, c'est Terra IV, ton aura est partout. Algie n'a nul besoin de ta présence physique. Et ça pourrait être très dangereux !
- Je ne comprends dès lors pas un instant le choix du terrain de l'Unique ! Quant à moi, je sais me protéger.
- Et je veillerai sur toi d'ici, mon tendre et déterminé Pouch' !
Après un baiser, Pouchy ouvrit ses ailes de papillon et disparut0
Le dragon était déjà bien campé sur ses quatre pattes, sa queue cinglant l'air, quand Alguérande se matérialisa.
- Tu en as mis du temps ! Je pensais pourtant que tu trépignais d'impatience de cette confrontation depuis des mois ? !
- Et tu as parfaitement choisi ton moment pour cela, grinça le jeune homme. Je crois que je n'ai jamais été plus faible depuis des mois !
- Ni plus en colère ? ironisa l'Unique.
- Bien sûr !
- La rage est très bonne conseillère.
- Non, je ne crois pas, mais c'est tout ce qu'il me reste pour ne pas finir de m'effondrer !
- C'est très bien, je n'aurais pu espérer mieux ! rugit de contentement le dragon écarlate !
Bien que ses jambes tremblent d'épuisement sous lui, Alguérande tenta de faire bonne figure, et illusion autant que possible quant à son véritable état physique – bien qu'il doute tromper le dragon.
- Ne crois cependant pas que ce sera suffisant pour que je bascule de ton côté ! menaça-t-il. J'ai déjà expérimenté le Mal, je n'y succomberai plus jamais, tout comme Pouchy. D'ailleurs, à ce sujet, tu n'aurais jamais dû opter pour ce terrain. C'est le Sanctuaire de mon petit frère, ça t'affaiblit donc et moi ça me renforce !
- Tu pourrais avoir tous les Sanctuaires amis auprès de toi en ce moment, tu n'atteindrais pas le quart de ma puissance ! souligna encore le dragon. Tu as mené bien des combats depuis toutes ces années, mais celui-ci est peut-être celui…
- … de trop ? J'en suis parfaitement conscient. Je t'avais prévenu : je n'ai jamais eu l'intention de me mesurer à toi. Cet engagement, c'est toi seul qui l'as voulu.
Alguérande eut un petit rire sans joie.
- Depuis le temps que tu aurais pu me vaporiser d'un claquement de mâchoire. Je ne comprends rien à ta façon de raisonner ! J'étais supposé avoir l'esprit tordu, mais tu me surpasses de très loin !
Les ailes du dragon battirent encore un peu plus bien qu'il demeure au sol.
- Et pourtant, nous nous ressemblons tant, je t'assure ! reprit l'Unique. Tu as tellement cogité dans ta petite d'Humain, je suis certain que tu es parvenu à certaines conclusions, pas vrai ?
- Quelques-unes, admit Alguérande en passant les mains dans ses mèches fauves méchées de noir.
Il eut même l'esquisse d'un véritable sourire qui éclaira son visage creusé par la fatigue.
- Il se pourrait même que je sache comment te terrasser, et ce en dépit de toutes les prévisions !
- Algie, je suis là ! lança Pouchy en apparaissant, mais à bonne distance malgré tout, aussi courageux que prudent ! Mon Sanctuaire te bénit… Mais tu n'as aucune chance !
- Comme à chaque confrontation ! Il me faudra donc me surpasser… Et, effectivement, j'aurai bien besoin du soutien de ton Sanctuaire !
- La Reine des Sylvidres est en prières pour toi. Et les zoness ont décollé et sont prêts à fondre sur ce lézard, au cas où… renseigna Pouchy.
- Des insectes, commenta le dragon avec quelque chose qui ressemblait à un haussement dédaigneux des épaules. Je peux te l'assurer, toi qui t'appelles Pouchy, que si ton aîné marqué du sceau de la rage ne peut me battre, aucune force ne le pourra en ce monde !
L'Unique rit encore à gorge déployée, ce qui se traduisit en rugissements alors que des étincelles commençaient à apparaître au fond de sa gueule.
Pouchy eut un soupir.
- Est-ce que tu réalises que tu tournes en boucle, grand lézard ! jeta-t-il avec colère et impuissance. Alguérande accomplit miracle après miracle ! Je suis certain qu'il en ira de même en ce jour.
Le dragon secoua la tête en un signe négatif.
- Bien, j'aurai du public, ça me va ! Ensuite, je m'occuperai de toi, blondinet, puisqu'il est de notoriété publique que tu ne te bats pas !
L'Unique se tourna encore une fois vers Alguérande qui donnait l'impression de devoir s'écrouler d'un instant à l'autre.
- Ça ne va pas te motiver encore un chouya que je menace ton cadet ?
- Pouchy sait très bien se protéger.
Le dragon se redressa à deux reprises, venant ensuite heurter le sol de tout son poids sur ses pattes avant, provoquant d'inquiétants soubresauts.
Il ouvrit ensuite grand la gueule, crachant son feu incandescent sur Alguérande.
- Alguérande, réagis, défends-toi ! J'arrive !
Mais avant que Pouchy ne puisse se porter à son secours, le souffle brûlant avait enveloppé son aîné à la chevelure fauve méchée de noir.
- Algie !
Pétrifié, le regard écarquillé, Pouchy ne put que voir Alguérande en flammes.
